Ce jeudi, c’est Yannick Pagnoux qui nous a accordé une interview ! Professeur de SVT, passionné de littérature et de heavy métal, il a été élu Lauréat de l’Eté avec son poème Le monstre de foire. Il revient en quelques mots sur cette expérience, mais nous parle aussi des auteurs qui l’ont marqué, et des Shadoks.

Coralie : Bonjour Yannick, d’où vous est venu votre goût pour l’écriture ?
Yannick : C’est venu quand j’étais très jeune et que j’ai commencé à lire les romans de Jules Verne et Alexandre Dumas. Par la suite, j’ai lu Tolkien, et c’est vraiment parti de là. A 15 ans, j’ai commencé à vouloir écrire de l’héroïc fantasy : j’avais un roman en cours, j’avais même fait des cartes des mondes. Mais j’avais mes études, je jouais au rugby, et il y avait aussi ma passion pour le heavy métal qui me prenait du temps, je n’ai pas pu poursuivre. Ces dernières années, tout est revenu. J’ai commencé à faire lire ce que j’avais écrit quand j’étais jeune à une bonne collègue – puisque je suis prof ! On parlait poésie, Montaigne, et au détour d’une conversation, je lui ai dit que j’écrivais un peu, sans avoir jamais rien fait lire. Elle me disait que c’était super, et je n’y croyais pas. On a fait lire quelques textes à un autre prof de français, qui m’a corrigé certaines tournures, et ils m’ont encouragé à la publication !

C : Et c’est de là que vient votre recueil de poèmes ?
Y : Oui, j’ai publié Petits poèmes entre amis, chez Edilivre. C’est un recueil qui reprend mes poèmes depuis mes 18 ans jusqu’à aujourd’hui : pour 20 ans d’écriture, ça fait 108 poèmes ! Evidemment, je ne les ai pas tous mis : certains étaient trop hors contexte, trop « ado rebelle » quand je criais encore dans la rue « vive l’anarchie » ! [rires] Enfin, à partir de là, j’ai retrouvé le virus de l’écriture et maintenant ça sera difficile de m’en défaire !

C : Quels sont les auteurs que vous lisez ?
Y : Je lis surtout Stephen King, mais j’aime beaucoup Dan Simmons : j’avoue que c’est le summum pour moi, entre ses romans de science-fiction, Hypérion, Endymion, et L’Homme nu ou Nuit d’été. J’ai acheté tous ses romans, mais un de mes préférés reste Les Fils des ténèbres : il reprend la légende de Dracula, mêlée à de la biologie moléculaire. C’est très pointu, très riche, surtout pour mon niveau d’études. Dan Simmons arrive à tout conjuguer, la littérature pure et, selon les romans, la mythologie, les mathématiques, les sciences, …

C : Finalement, il fait le lien entre vos deux passions : les sciences et la littérature…
Y : Oui ! On peut dire que la littérature c’est mon dada, mais la science c’est pire encore. Depuis tout petit, ça a toujours été la science en premier. Au final, j’ai fait des études de biologie moléculaire, puis arrivé à un certain niveau d’études, je venais d’avoir ma maîtrise, la seule voie qui m’intéressait était la paléontologie, qui permettait de lier l’évolution et la génétique. Mais pour entrer dans la seule école spécialisée à l’époque, il fallait un certain portefeuille et les places étaient limitées. Je n’ai pas pu l’intégrer, alors j’ai commencé à travailler comme surveillant au collège, et le contact avec les gamins m’a plu tout de suite : j’ai passé le concours pour être prof.

C : Et en tant que professeur, est-ce qu’écrire de la littérature jeunesse vous intéresse ?
Y : Je n’y ai jamais pensé ! Ça fait une petite année que je me suis remis à écrire vraiment sérieusement en reprenant mes textes. Mais je lis beaucoup Stephen King, et je trouve que ce sont des textes qui sont abordables par tous… J’aimerais bien, moi aussi, écrire quelque chose qui serait multi génération. Mon projet de roman collerait à ça : c’est dans un contexte post-apocalyptique, et en rapport avec des thèmes de la société actuelle. Etant plongé dans le domaine des sciences, je suis assez inquiet de ce qui se passe sur Terre, des problèmes écologiques évidemment, même si les médias en font des tonnes et sont parfois hors sujet. J’ai des craintes pour l’avenir, et c’est ce sujet que je veux traiter, en fiction.

C : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre passion pour le métal ?
Y : J’en écoute depuis que j’ai douze ans. A l’époque le rap n’existait pas, et il y avait des « grands » dans le quartier qui écoutaient du métal : ma grand-mère me disait de ne pas fréquenter « ces gens-là », et forcément on n’écoute jamais ses parents ! J’ai grandi avec cette musique, elle est inscrite en moi. Ça fait partie de ma culture : on la décrie beaucoup, mais si on lit les paroles, il y a une vraie poésie… Enfin, pas pour tous les groupes ! [rires] J’ai aussi eu un groupe plus jeune : on cherchait à faire un peu de musique mais on était tellement mauvais qu’on a arrêté ! On est montés quelques fois sur scène, j’étais au chant, mais j’ai vite compris que la musique ne voulait pas de moi ! [rires].

C : Vous avez été Lauréat du Prix Eté avec votre Poétik Le monstre de foire. Que vous a apporté cette expérience sur shortEdition ?
Y : Ça m’a beaucoup apporté, vraiment ! ShortEdition m’a permis de faire lire mes textes et de connaître des gens exceptionnels, comme Philippe Vlad, un auteur grâce à qui je fourmille de projets annexes ! J’ai pris plaisir à partager, échanger avec d’autres auteurs autour de nos textes. Le côté communautaire me laissait un peu dubitatif au départ, mais maintenant je me rends compte qu’on me lit plus qu’on ne l’aurait fait au préalable. J’espère que ça m’amènera à pouvoir éditer mon projet de roman, mais au-delà de ça, je n’ai pas plus de prétention, je ne vais pas me faire plus grand que je ne le suis – déjà que je fais deux mètres ! [rires]

C : Enfin, y a-t-il une citation que vous aimeriez partager avec nous ?
Y : Ce n’est même pas une citation littéraire, mais je l’avais vue dans une vieille série qui passait quand j’étais tout petit, Les Shadoks, dont je continue à lire les BD : « S’il n’y a pas solution c’est qu’il n’y a pas de problème »… C’est mon côté scientifique qui ressort ! [rires]

C : Merci pour votre temps Yannick, et à bientôt !
Y : Merci, à bientôt !

Interview réalisée par Coralie Bailleul.