L’interview du jeudi est consacrée cette semaine à Valentine Magnée. Elle nous parle de ses habitudes d’écriture, de l’Inde et de l’influence du poète Giovanni Pascoli sur sa façon d’appréhender le monde.

Coralie : Bonjour Valentine, d’où vous est venu votre goût pour l’écriture ?
Valentine : Ça a été avant tout un besoin d’extérioriser certaines choses. Ensuite, j’ai pris plaisir à inventer des histoires et à les raconter. Au départ, je n’avais pas assez confiance en ce que j’écrivais pour le faire lire. Depuis trois ans, je fais partie d’ateliers d’écriture : le fait de partager et d’avoir un retour m’a permis de croire en ce que j’écris et de m’améliorer. A partir de là, j’ai pris l’initiative de faire lire mes textes plus souvent, mais pas uniquement à mon entourage : ils ne sont pas toujours objectifs ! [rires] Je les dépose sur des sites communautaires, parce que je n’ai pas de blog : comme j’écris des textes très différents, j’aurai du mal à l’organiser. Et puis, je ne suis pas sûre de tout vouloir faire lire à tout le monde.

C : Certaines de vos œuvres, comme Zestes de lumière, ou Il n’est jamais trop tard sont émouvantes et pleines de sensibilité… Quelles sont vos sources d’inspiration ?
V : Souvent mes textes partent de choses vues, entendues et qui me touchent. C’est ce que je vois autour de moi qui me fait, quelque part, un peu violence et me fait ressentir quelque chose, une émotion. Je garde une situation, une personne ou une sensation en tête, et petit à petit ça évolue dans mon esprit jusqu’à ce que je sente que j’ai envie d’écrire sur ce sujet. La plupart du temps, ça part d’un fait réel, que je transforme complètement. C’est ce qui me plaît : partir de quelque chose de violent et le transformer en quelque chose de plus poétique.
Parfois, les personnes ont envie de savoir le vrai du faux dans une histoire, mais c’est quelque chose qui n’appartient qu’à l’auteur. Je ne pense pas qu’il soit possible de faire la part entre le vrai et le faux, et ça ne devrait pas être important. C’est aussi ce qui permet de se protéger, en tant qu’auteur ! Le but n’est pas de raconter ma vie ou celle des autres, mais raconter des histoires dans lesquelles chacun peut se retrouver à sa manière.

C : Alors est-ce que vous écrivez sous l’inspiration de l’instant ou vous notez vos idées ?
V : Je fonctionne avec un carnet d’écriture, dans lequel j’essaye de relever des phrases ou des mots qui me percutent, dans des films ou des livres, qui me font voir ou ressentir quelque chose. Je laisse une petite trace, et je reviens à ce carnet quand je suis bloquée, ça re-nourrit mon imaginaire.
J’ai plusieurs types de pages dans ce carnet. Celles où je note des citations de chansons, de livres, de films ou des images qui me parlent. Et celles où je fais une recherche sur une thématique, je fais des listes qui me permettent de rebondir. Pour Zestes de Lumières, par exemple, je cherchais des images autour de la lumière. Dans l’idéal, il faudrait que je l’aie toujours sur moi, mais le rythme de la vie fait que ce n’est pas le cas. C’est davantage par période, quand je sens que j’ai besoin de trouver un nouveau souffle dans ce que j’écris.

C : Avez-vous des projets en cours ?
V : Je suis partie en Inde l’année dernière, et ça a généré un projet de roman… C’est une fiction qui s’ancre dans ce que j’ai vu là-bas, dans la réalité de ce pays. J’y ai vécu des choses fortes qui m’ont donné envie d’écrire, de partager les choses magnifiques et très violentes que j’ai vues. C’était un voyage humanitaire où nous étions accueillis chez des locaux, ce qui m’a permis de voir ce qu’est réellement la vie des personnes là-bas.
Écrire le premier jet ne me pose pas trop de problème, mais pour le retravailler un peu plus. [rires]
Alors j’essaye de faire lire régulièrement un chapitre à droite et à gauche. La plupart du temps, je réajuste en fonction des remarques et conseils des gens qui m’ont lus. Mon problème c’est d’écrémer : j’ai tendance à trop expliquer, trop détailler. C’est assez dur de trouver un compromis entre ce qu’on veut faire et ce qu’on fait…

C : Que vous a apporté shortEdition ?
V : Quand j’ai découvert le concept de shortEdition, j’ai compris qu’il me correspondait bien puisque j’écris surtout des textes courts. J’ai donc soumis Zestes de lumières, et puis je me suis laissée prendre par le jeu ! J’aime aussi pouvoir passer cinq minutes sur le site et lire un TTC ou deux, il y a des œuvres très variées !
En tant qu’auteur, je fais déjà lire de temps en temps mes textes. Mais j’apprécie également le fait d’avoir des retours de la part de personnes que je ne connais pas, qui m’encouragent ou réagissent à mes œuvres. Ça m’a permis de prendre confiance en mon écriture.

C : Y a-t-il une citation que vous aimeriez partager avec nous ?
V : C’est plus une idée du poète italien Giovanni Pascoli : chaque individu devrait essayer de regarder le monde avec des yeux d’enfants pour arriver à s’émerveiller des petites choses du quotidien et du monde. C’est ce que j’essaye d’appliquer dans la vie, et cela me permet de faire ressortir dans mes textes des choses qu’on ne voit pas toujours, ou plutôt qu’on ne prend pas toujours le temps de regarder. En fait, je dois l’avouer, j’aime l’idée de Pascoli, mais je n’aime pas du tout sa poésie ! [rires]

C : C’est en tout cas une belle idée ! Merci pour votre temps Valentine, à bientôt !
V : Merci à vous, à bientôt !

 

Interview réalisée par Coralie Bailleul.