Sans Lien Apparent (5/7), Céline Laurent-Santran

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.
Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Céline Laurent-Santran :
épisode 1/7 : Une banale visite
épisode 2/7 : Des symptômes inquiétants
épisode 3/7 : Ultime consultation
épisode 4/7 : Le couperet

Résumé des épisodes précédents : La visite de Gaspard chez son généraliste puis chez un neurologue ne l’a pas du tout rassuré. Et pour cause : l’électromyogramme qu’il a passé a révélé une maladie incurable, que le neurologue n’a cependant pas eu le courage d’annoncer de but en blanc à Gaspard. Désorienté, il se retrouve au CHU.

Episode 5
Une fuite en avant

Survie… Pierre avait répété le mot plusieurs fois. Oui, c’est vrai, il fallait s’y faire, désormais, on ne parlerait plus de vie.
Du coup, la quête que son père avait poursuivie depuis tant d’années prenait un sens différent. Même si la SLA et ce qu’elle impliquait paraissaient encore irréels à Pierre comme à Gaspard, ils ressentaient tous deux une urgence à achever leur mission, et paradoxalement, cette quête vitale sembla donner des ailes à Gaspard. C’est en tout cas ainsi qu’il voulait voir les choses même si, une fois le terrible diagnostic posé, il eut cette sensation étouffante que la maladie explosait d’un coup, révélant ainsi pleinement son existence.
Le père et le fils s’envolèrent donc pour l’Uruguay en espérant, comme ils l’avaient fait lors de leurs précédents voyages, que ce périple serait le dernier. Le bon. Mais une fois sur place, tout se compliqua. Non seulement l’homme traqué avait une fois de plus disparu mais Gaspard se sentait faiblir de jour en jour. Il mit d’abord cela sur le compte du traitement, qui n’en était pas vraiment un mais qui était le seul que les médecins pouvaient à ce jour proposer, à base de Rilutek et de Toco, et qui pouvait, au mieux, ralentir l’évolution de la maladie. « Ralentir tu parles », avait maugréé Gaspard avec cette impression de parler la bouche pleine de chamallows. Et ces repas que désormais il appréhendait. Lui qui ne s’était jamais laissé impressionner par une côte de bœuf ou un cassoulet au confit, voilà qu’il avait toutes les peines du monde à avaler le plus petit morceau de viande. Il fondait à vue d’œil. Pierre sentait la panique le gagner. À ce rythme-là, il ne tiendrait pas longtemps.
Et puis dans les pires malheurs, il y a parfois des petites lucioles qui s’allument, lueurs évanescentes qui se posent au chevet d’un mourant comme pour se faire pardonner et réparer une injustice, avant qu’il ne soit trop tard. Ainsi, la veille de leur retour en France, Pierre reçut enfin une information capitale et rentra en courant à l’hôtel, rempli d’espoir.


Retrouvez les épisodes suivants : 6/77/7