Ugo Bagnarosa a pris du temps pour notre interview du jeudi ! Lauréat de la Matinale de shortEdition avec Ver de péché, il revient sur son métier de graphiste illustrateur, sur sa vision de la bande dessinée, mais nous parle aussi de roller derby.

Coralie : Bonjour Ugo, d’où vous est venu votre goût pour le dessin ?
Ugo : Je dessine depuis toujours, donc c’est un peu compliqué de le savoir. Il y a peut-être l’influence de mon père, qui aime beaucoup peindre en amateur, mais ça vient surtout de mes études de graphisme. J’ai commencé par un BTS en communication visuelle, qui m’a permis d’acquérir les compétences techniques, notamment sur la façon de mener des projets, de concevoir des solutions. C’était de l’art appliqué pur et dur, c’est pour ça qu’après je suis allé aux Beaux-Arts. Ça m’a permis de m’ouvrir à d’autres disciplines que le dessin et la communication. Je suis très touche à tout, et à force de rencontres, on a des opportunités d’apprendre des choses de ci de là… ce qui fait que je me perds aussi un parfois. [rires] Au final, c’est aussi propre à ma génération, on a accès à tout alors on arrive vite à se faire un petit catalogue de compétences assez variées.

C : Lorsqu’on parcourt votre site, on se rend compte que vous avez un style très varié, est-ce que vous l’adaptez suivant vos projets ?
U : Je n’essaye pas vraiment d’avoir un style graphique très reconnaissable. Pour moi, un projet amène une écriture plutôt que l’inverse. Mais j’ai beaucoup de respect pour les gens qui ont une écriture très marquée ! Ça dépend du contexte. Pour la Matinale par exemple, j’ai essayé d’utiliser des outils efficaces pour moi parce qu’il y avait une contrainte de temps, même si j’ai failli me faire avoir là-dessus ! [rires]
Grâce à shortEdition, j’ai eu l’occasion de me mettre aux strips, c’est un exercice qui n’est pas facile du tout pour moi. Ça peut se faire de manière instinctive, mais moi je réfléchis pas mal, et du coup pour arriver à avoir quelque chose qui semble spontané, efficace, qui fasse rire ou sourire quand il faut, pour bien amener la chute quand il y en a une, c’est un travail de précision que j’apprends petit à petit.

C : Pensez-vous que la BD soit un art ?
U : C’est à la fois un art et une technique. J’ai une vision très large de ce qu’est un art : à partir du moment où il y a un projet avec une idée et qu’on la réalise formellement au travers d’un travail technique et sensible, pour moi c’en est un. Après, il y a toujours des gens qui vont dire que si c’est trop commercial, ça ne va pas être de l’art. Je ne suis pas vraiment d’accord, l’aspect commercial n’a rien à voir avec la qualité artistique. Il y a peut-être beaucoup d’œuvres « commerciales » mauvaises mais un contexte industriel contraignant peut également produire des œuvres de grande qualité. C’est sans doute moins facile mais c’est possible.
Le monde des comics américains avec ses super héros en est un exemple. Alan Moore (Watchmen) et Grant Morrison sont des scénaristes capables de produire des choses artistiquement exigeantes à l’intérieur de systèmes plutôt industriels. J’ai beaucoup d’admiration pour cette démarche, ils arrivent à insuffler des choses très surprenantes et en avance sur le reste, mais artistiquement exigeantes.

C : Et avez-vous des projets en cours ?
U : Oui j’en ai quelques-uns ! Je fais partie d’un collectif qui publie la revue Dédales, chez Dédales éditions. Cette année, c’est sur le thème de la tempête, et je suis en train de finir ma petite histoire. J’ai aussi un projet plus vaste avec deux amis, une BD en plusieurs volumes qu’on aimerait présenter à des éditeurs. Nicolas et Sébastien Chantal s’occupent du scénario, et moi du dessin. Ils viennent plutôt du cinéma, mais ce sont de grands passionnés de BD et de comics. Sébastien a réalisé Je ne suis pas Samuel Krohm, un court-métrage pour lequel j’ai fait un travail graphique. Et en ce moment, je travaille aussi sur des projets de jeu, avec mon ami Batiste Carpinetty, qui conçoit des jeux de société. On essaye de lancer JAM, un jeu de carte de simulation de roller derby, et pour septembre, on a une commande de jeu de cartes sur le thème des geeks !

C : Ça fait pas mal de projets ! Mais revenons sur le roller derby : est-ce que vous le pratiquez ?
U : Oui, depuis presque deux ans. Maintenant j’entraîne une équipe féminine, les All Blocks de Mérignac, et je fais partie d’une équipe masculine, les S.T.Y.X de Bordeaux. C’est un sport de contact et de vitesse relativement récent en France, qui vient des Etats-Unis. Ça date du début du 20° siècle et a été remis au goût du jour dans les années 2000 par les américaines. Ça plaît aux filles parce qu’elles peuvent assumer d’être brutale, tout en étant féminine et exprimer leur créativité en inventant un personnage.
Tout se fait dans un esprit complètement « do it yourself » : il n’y a pas de financement, donc il y a une grosse culture du goodies, du badge, des t-shirts avec les noms d’équipe écrits en gros, tout ça ! [rires]. Mais attention c’est avant tout un vrai sport !

C : Y a-t-il des bandes dessinées ou des auteurs qui vous ont particulièrement touchés ?
U : Oh bah oui ! J’y ai un peu réfléchi, et si je devais citer quelques noms seulement, ça serait : David Mazzucchelli, Chris Ware, Moebius, Tezuka, Alberto Breccia, Hergé, Spiegelman…
Chris Ware est un des plus marquants, il est très exigeant avec ce qu’il fait : il passe beaucoup de temps à travailler tous les petits dessins, comme s’il travaillait une typographie. Pour lui, les formes ne sont pas là pour être vues mais pour être lues. C’est un univers assez noir et déprimant, mais c’est un modèle pour tous ceux qui essayent de comprendre comment fonctionne la BD.

C : Y a-t-il une BD que vous voudriez nous conseiller ?
U : J’ai lu récemment Le chercheur fantôme de Robin Cousin aux éditions Flblb et c’est vraiment très bien ! Il y a une vraie ambiance et une histoire prenante autour de la recherche fondamentale, un thème trop peu abordé. Et en plus on apprend plein de choses.

C : Merci Ugo d’avoir pris du temps pour répondre à nos quelques questions, et à bientôt !
U : Merci Coralie, à bientôt.

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Interview réalisée par Coralie Bailleul