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Cette semaine, rencontrez Stoon ! Lauréat du Grand Prix Printemps 14 avec Fisheye, découvrez ce passionné de BD autodidacte et autoédité. En quelques lignes, il nous en dit plus sur son travail et les dessinateurs qui l’ont inspiré.

C : Bonjour Stoon ! Comment avez-vous commencé à dessiner ?
S : Depuis l’âge de 7 ans, je dessine. Quand je me déplaçais avec ma famille au restaurant pour ces longs repas familiaux du dimanche pendant lesquels je m’ennuyais énormément, ma mère n’oubliait jamais d’emmener un stylo pour que je gribouille. Plus tard, adolescent, j’ai pris des cours de dessin et commencé à réaliser de petits strips de quelques cases. Ma première « vraie » bande dessinée date de 1986, elle ressemblait plutôt à un fanzine d’ailleurs.
J’ai surtout appris à faire de la BD en lisant des albums de Bilal, Mézières, Tardi, Druillet, Moebius, Loisel, entre autres… Je suis assez fier d’être autodidacte.
Et puis, je suis devenu infographiste. J’ai décidé alors de mettre la BD de côté par manque de temps. J’ai repris autoéditant un album en 2007, CK. J’ai mis un an et demi pour le réaliser. CK était la synthèse de tout ce que je n’avais pas fait pendant 15 ans. C’était surtout la première fois que j’écrivais, seul, un scénario qui tenait la route. Je me suis dit « voilà, j’ai accompli l’album que j’avais envie de faire, je peux maintenant mourir tranquille » [rires]. Puis est venue l’envie d’en faire un 2e, puis un 3e… je viens de publier le 8e, et je prépare deux gros projets.

C : Quelles techniques de dessin utilisez-vous ?
S : J’ai un peu tout expérimenté… Généralement, je réalise un story-board assez poussé au crayon ou au stylo : ce n’est pas la qualité qui importe mais la mise en place des personnages et des décors. Ensuite je passe au crayonné, la partie la plus créative et la plus intéressante. Puis j’encre au feutre pinceau : ça fait des traits un peu épais, mais comme je travaille sur du A3 pour un format final en A4 ou A5, les traits s’amincissent donnant une bonne qualité. Enfin la couleur. Pour mes albums Un chapeau magique et le tout dernier Avant/Après, j’ai réalisé toutes les planches à l’aquarelle en couleurs directes. Mais pour CK, Pandora’s box et Un pistolet sur la tempe toutes les couleurs ont été faites sur mon ordinateur… ça va plus vite !

C : Dans création d’une BD, quelle est la partie la plus difficile pour vous ?
S : Il y a des étapes où je prends un réel plaisir : l’écriture et le story-board sont toujours des moments de création très plaisants. Le crayonné aussi, c’est la mise en forme des étapes précédentes. Mais il ne faut pas se tromper, car c’est la version définitive qui se dessine.
L’étape de l’encrage est toujours fastidieuse et fatigante : il faut être précis, on a toujours envie d’aller vite. Il y a toujours le risque de tout gâcher. C’est pour ça que très souvent, par sécurité, je fais la mise en couleur sur ordinateur.

C : J’imagine que vous avez des dessinateurs qui vous ont influencé ?
S : Il y en a tellement ! Je suis un peu comme tout le monde, j’ai été fasciné quand j’étais gamin par le Tintin d’Hergé et le Spirou de Franquin. Plus tard, dans les années 80, j’ai adoré le travail des auteurs américains, comme Bodé, Crumb, Eisner et Frazetta. Ces jeunes dessinateurs étaient contestataires et irrévérencieux, avec de vraies prises de position au niveau politique. La plupart d’ailleurs militait contre la guerre du Vietnam.
En France, il y a eu Bilal, Druillet, Loisel, Moebius, Conrad, pour ne citer que ceux-là. J’aime beaucoup, dans deux styles très différents, les travaux de Cromwell et de Brüno.

C : Et si vous deviez nous citer une BD qui vous a particulièrement marqué ?
S : Celle qui m’a marqué le plus est sans aucun doute « Delirius » de Lob et Druillet. Un univers de science fiction apocalyptique bien rendu par le torturé Philippe Druillet. Je pense avoir été aussi marqué par La quête de l’oiseau du temps de Loisel, les albums magiques de La Trilogie Nikopol de Bilal ou Les Innommables de Yann et Conrad. Un impressionnant travail qui s’étale sur 10 à 15 ans.
Et 10 à 15 ans de BD, c’est un sacré bout de vie !