Cette semaine, nous avons contacté Sébastien Pinel, pour en savoir un peu plus sur son goût pour le dessin et son expérience de la Matinale… Lauréat ex-aequo dans la catégorie BD courtes avec Malentendu, il nous parle de la « course de fond » qu’a été cette création en 7 h 07 !

Coralie : Bonjour Sébastien ! Pouvez-vous nous dire comment vous en êtes arrivé au dessin ?
Sébastien : Je suis diplômé des Gobelins en industrie graphique, et j’ai fait une formation du métier du livre pour découvrir la chaîne. Après j’ai travaillé 6 ans en tant que graphiste dans les jeux vidéos : je m’occupais de l’imprimé, donc mon savoir-faire technique servait, et la partie graphique me permettait de dessiner et d’utiliser mes compétences créatives.
Mais au niveau de la BD, ça s’est fait en 2003 : j’ai passé un an dans une école de BD en Normandie, ce qui m’a permis de découvrir complètement le métier, ça permettait de me cadrer, de prendre des habitudes pro… Quand on est autodidacte, on a tendance à répéter des erreurs ou prendre beaucoup de temps pour des choses simples. Ça m’a permis aussi de rencontrer d’autres dessinateurs et scénaristes, et m’a amené à me lancer dans l’édition alternative.
Maintenant, je suis graphiste et auteur, et éditeur indépendant de BD plutôt alternative : trash, subversif, des choses qu’on ne trouve pas partout parce que les éditeurs sont frileux, et se basent sur l’offre et la demande… Mais si on n’offre pas de BD différentes, les lecteurs n’en demanderont pas !

C : Est-ce que vous avez été influencé par certains dessinateurs ?
S : Quand j’étais tout petit, je voulais être Franquin ! Et il y a Bilal, pour le côté science-fiction. Ben Templesmith, qui a fait 30 jours de nuits, apporte un côté plastique intéressant dans son travail graphique. Du côté du Japon, je suis un gros fan de One Piece et Dr Slump.

C : Qu’est-ce qui vous a motivé à candidater pour la Matinale ?
S : La prise de risque : j’ai reçu la newsletter par hasard. Le fait que ça soit hyper tôt le matin et que ça soit sur un thème donné au dernier moment, je me suis dit « pourquoi pas tenter ! ».
Il y a un côté challenge, de se mettre en condition, de travailler à l’ancienne – je ne fais plus que du travail à l’ordi. Une feuille, des crayons, et un peu de peinture me permettaient de retrouver les bases.
J’ai pu finir mes pages, j’étais content. Au niveau du temps, plus long ça aurait modifié l’exercice : il y a quelques années, j’avais participé aux 23 heures de la BD : on a 23 heures, pour faire 24 pages. C’était un marathon ! Alors que 7 heures, c’est une course de fond.

C : Avez-vous été rapidement inspiré par le thème ?
S : Je n’ai pas eu à chercher longtemps mais en BD c’est assez facile. Je regardais les écrivains, c’était plus compliqué, surtout avec le thème. En BD on peut faire du remplissage graphique… La narration n’est pas forcément formelle, elle ne doit pas faire passer un message de manière franche, mais plutôt insidieuse, sans la traiter directement. Pour l’écriture, c’est plus difficile de contourner le thème. Je voyais les écrivains, qui avaient l’air de bouillonner ! Mais on a peut-être chacun une vision différente selon nos médias…
J’ai attaqué toutes mes pages en même temps, j’avais pas vraiment l’œil fixé sur ma montre, ça avançait au fur et à mesure. Je suis habitué à ces exercices, je fais des performances graphiques pendant des concerts : du coup, j’arrive toujours à avoir une marge de sécurité. Là quand il y a eu le rappel « plus que 20 minutes ! », j’ai su qu’il fallait que je place mes dialogues, etc.
Moi je raconte plutôt mes histoires en images, je colle le texte par-dessus. J’étais parti sur quelque chose de très graphique, avec un texte assez minimaliste, et une petite chute à la fin.

C : Et aujourd’hui, quelle souvenir vous reste-t-il de cette journée ?
S : Je me souviens bien du réveille-matin déjà ! Je travaille plutôt la nuit, d’habitude 7 h, c’est quand je me couche. Ça m’a permis de voir à quoi ressemblait le monde le matin ! Et puis après, il y a eu la soirée qui était sympathique, et pendant laquelle j’ai pu discuter notamment avec Lily, la gagnante ex-aequo.

C : Enfin, auriez-vous un conseil à donner aux participants des futures Matinales ?
S : 7 heures c’est long finalement, mais le tout c’est de continuer à avancer. J’allais dire «penser à bien dormir », mais pas forcément – j’y suis allé avec 3 heures de sommeil – mais plutôt y aller détendu, sans stress ! Et quand vient la cloche, on voit ce qui est fait ou pas.

Pour retrouver sa BD courte Malentendu, c’est par ici !
Et les vidéos de La Matinale, c’est par là !