Cette semaine, Marc Goncalves alias Sarell, nous a accordé une petite interview. Désigné plusieurs fois « chouchou » du Comité éditorial, il revient sur cette expérience mais nous parle aussi de son activité d’illustrateur, et de son projet de BD inspirée du Cycle des Robots.

Coralie : Bonjour Marc ! Pouvez-vous nous dire d’où vous vient ce goût pour le dessin ?
Marc : En fait j’ai toujours dessiné, d’abord comme tous les autres enfants à la maternelle, et je n’ai jamais arrêté. Je suis allé à partir de la troisième vers un CAP de dessinateur pour publicité, mais après je n’ai pas continué : j’aurais voulu faire les Gobelins mais c’était trop axé sur le dessin animé. Je n’ai pas trouvé d’école qui me plaisait alors je me suis arrêté là. J’ai fait des petits boulots et l’armée, puis de Paris je suis venu en Corse, et j’ai continué les petits boulots. Depuis un an et demi, j’ai l’occasion de dessiner à temps plein, et je me suis lancé dans les strips.

C : Est-ce que vous faites uniquement des strips ou aussi un peu d’illustration ?
M : J’ai récemment réalisé les illustrations d’un jeu de sept familles et d’un jeu de poker pour les enfants, et comme ils publient également un magazine, ils m’ont proposé de faire quelques illustrations d’articles et les picto de l’horoscope.
Les strips, c’est vraiment ce qui me plaît. Après comme je ne suis pas écrivain, j’ai beaucoup de mal à écrire une histoire. Quand j’en ai l’occasion, j’illustre les textes d’autres personnes. Mes tous premiers strips étaient en noir et blanc, et très inspirés par la série La Quatrième Dimension qui passait le samedi quand j’étais petit. J’aime ces histoires, un peu science-fiction mais aussi un peu mystiques, bizarres. Petit à petit, j’ai fait évoluer mes strips vers des sketchs, et je me suis inspiré de quelques VDM. Je me fais plaisir, et ça me fait plaisir que ça plaise aux gens.

C : Plusieurs de vos strips – Zerro, Le forcené, Le cuistot – ont été sélectionnés par le Comité éditorial de shortEdition : que vous a apporté cette expérience ?
M : Il y a eu cette interview pour Corse Matin qui m’a vraiment fait plaisir. Avec ces strips, je me fais plaisir mais c’est aussi une façon de me faire remarquer et c’est vraiment le cas avec shortEdition, surtout que les gens commencent de plus en plus à parler de votre revue. Après, j’espère que ça me permettra de mettre le pied dans l’édition, dans la bande dessinée : je ne veux pas dire attaquer tout de suite par un album, mais commencer à travailler pour des magazines, faire des illustrations d’articles ou des strips dans des quotidiens, par exemple.

C : Y a-t-il des auteurs de BD qui vous ont particulièrement touchés ?
M : J’aime bien Sempé : en quelques traits il fait des personnages très expressifs. Au niveau des caricatures, des expressions des visages, je suis un admirateur d’Uderzo. C’est, pour moi, un maître incontesté.
Je ne lis pas trop la BD européenne mais j’ai un faible pour Larcenet, Franquin et Peyo. Je suis plus BD américaine ou britannique. J’aime bien Alan Moore pour ses histoires sachant que les adaptations de ses œuvres à l’écran les dénaturent complètement. Il a écrit Watchmen, V pour Vendetta, La Ligue des Gentlemans Extraordinaires, From Hell, … Je trouve personnellement que Watchmen le film s’en est plutôt bien sorti, mais il vaut mieux lire les BD même si ce sont, pour certains, de gros volumes.
Du côté des Etats-Unis, j’ai beaucoup aimé le roman graphique Mon ami Dahmer, dessiné par Derf Backderf : Dahmer est un tueur en série et cet auteur était dans la même école que ce type. Il en parle d’une manière originale, inattendue : de son enfance, de sa vie privée et à l’école, des choses qu’on a entendues plus tard sur lui. La BD m’a vraiment beaucoup plu dans le style, le cadrage, la manière de raconter. Il a ce style presque enfantin, assez simple, avec des détails mais pas trop, qui fait que le noir et blanc rendent à merveille.
Et enfin, Canales et Guarnido qui font Blacksad : tous les personnages ont un corps humain mais avec une tête d’animal. Le héros est un chat noir, un détective et ça se déroule dans les années 1950/1960. Cette série s’inscrit dans la tradition des polars noirs américains, il y a une vraie maîtrise de la couleur, du dessin, de l’histoire. Quand on connaît un peu le dessin, on voit bien que la moindre case est très travaillée, et on comprend que la sortie d’un nouvel album prenne autant de temps.

C : Est-ce que vous avez des projets personnels publiés ou en cours ?
M : J’ai des histoires à moi mais c’est très compliqué, il faut tout écrire, ça demande beaucoup de temps. J’ai commencé à faire un travail sur le Cycle des Robots d’Isaac Asimov, même si je ne sais pas comment ça se passe au niveau des droits. Ce Cycle est déjà écrit, très bien écrit, et il est assez facile à illustrer. C’est une œuvre qui m’a marquée, il y en a d’autres que je me vois bien illustrer, comme La planète des singes de Pierre Boule – qui n’a quasiment rien à voir avec les films, l’histoire est plus profonde et la fin beaucoup plus intéressante – mais le dessin devra être plus réaliste et travaillé.
Dans le Cycle des Robots, Isaac Asimov ne parle pas tant des robots que de la place des hommes. Je ne vais pas dire que c’est un roman philosophique, on se rend compte que si l’homme n’est pas parfait, les robots non plus, malgré toutes les sécurités mises en place. J’ai fait quelques premières planches que j’ai mis sur mon site, et je pense que mon style peut coller assez bien à ces histoires. J’ai eu des retours favorables de gens qui aiment la façon dont j’ai amené les cases et les personnages.
Enfin, ça reste de la passion, et si j’arrive à faire des illustrations et des strips, je ne gagne pas du tout ma vie avec ça. J’essaye de faire un maximum de choses sans trop me disperser, et j’espère qu’un jour ça fonctionnera !

C : On vous le souhaite ! Merci pour votre temps Marc, et à bientôt !
M : Merci, à bientôt !

-> Pour en savoir plus : son site, ses strips, son book, ses robots !

Interview réalisée par Coralie Bailleul.