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Retour des auteurs à l’honneur le jeudi ! Mohamed Rezkallah a répondu à nos quelques questions. Il nous parle de son roman édité, de ses projets, de son approche de l’écriture, et nous laisse pensifs… A vous de plonger au cœur de son univers.

Coralie : Bonjour Mohamed, d’où vous vient votre goût pour l’écriture ?
Mohamed : Quand j’étais plus petit, j’habitais dans un quartier difficile, et j’avais un voisin qui n’arrêtait pas de voler. Comme il avait de la sympathie pour moi, il venait souvent me voir pour me montrer ce qu’il avait obtenu. La première fois que l’écriture m’a intéressé, c’était lors d’un de ces moments. Un jour, il a ramené un sac, et dedans il y avait un bouquin de Dostoïevski. Je l’ai pris, je l’ai parcouru, et là un petit déclic s’est fait. C’était comme un rideau qui s’ouvrait, et je me retrouvais face à un abysse insondable, un trésor effrayant. Puis je l’ai rapidement refermé, et j’ai oublié. C’était comme une possibilité qui s’offrait, mais je ne m’en suis pas rendu compte. On ne se rend jamais compte des choses les plus importantes quand ça nous arrive.
Des années plus tard, c’était il y a 5 ans, j’ai eu un accident et je ne pouvais plus bouger. Mais j’avais besoin de faire quelque chose, et écrire était ce qui me demandait le moins d’efforts. Ça m’a plu, alors j’ai continué.

C : Vous avez aussi fait de la musique, je crois ?
M : Oui, je faisais d’abord du rap, puis je me suis ouvert à d’autres styles musicaux, comme le rock. J’ai fait des concerts, des enregistrements, … Ça se passait bien, en plus j’étais toujours en contact avec l’écriture, même si c’est différent puisque c’est rimé, rythmé. Après l’accident, je ne pouvais plus tenir de guitare. Je n’ai pas zappé la musique mais j’ai trouvé l’écriture plus intéressante. C’est aussi un travail sur soi… Et j’ai eu des retours plutôt favorables, les gens aimaient, même si j’ai dû persévérer dans l’orthographe. Mais j’ai lu, un peu de tout ce qui me tombait sous la main, et ça m’a aussi aidé à rattraper le retard.

C : Et vous avez édité un roman, Le sous-sol, qui va sortir en papier l’année prochaine !
M : Oui ! Dès que j’ai commencé à écrire, j’ai senti que je pouvais écrire un roman, mais il me fallait un peu d’entraînement, il fallait écrire des choses de plus en plus longues à chaque fois et ne plus penser à être validé par les autres. C’est un cercle vicieux : on écrit, on attend que les gens nous disent qu’ils ont aimé. Mais un jour plus personne ne le dit. Il faut alors briser ce cercle vicieux, et moi j’ai décidé d’écrire un roman. Ecrire, et ne plus rien demander à personne.
Ça s’est fait rapidement, un peu moins de trois mois avec les corrections. Ensuite, lorsque je l’ai envoyé aux éditeurs, je ne pouvais plus le voir, plus en entendre parler ! [rires] Finalement, le plus dur c’est pas d’écrire, mais d’envoyer, d’attendre les réponses. J’ai trouvé la maison d’édition Le Texte Vivant, qui ouvrait en proposant un concours sur le thème de la ville. Finalement, ils m’ont contacté : mon roman était hors concours, mais ils voulaient quand même le publier !
J’ai donc eu cette première expérience d’allers/retours, de corrections, c’était pas forcément une partie de plaisir. Ils l’ont finalement sorti en numérique, pour tester les retours, et maintenant ils le sortent en papier, en janvier 2014. Il y aura des petites séances de dédicaces, c’est pas énorme mais ça commence doucement ! Et puis, je continue quand même à écrire à côté…

C : Est-ce que vous avez des projets en cours ?
M : J’ai deux romans, et quelques nouvelles… Mais je vais attendre que Le sous-sol prenne son envol doucement. J’aime bien les nouvelles, parce qu’on prend du plaisir à les écrire : on peut changer d’univers à chaque fois, tester, sans penser à la publication derrière. C’est comme des fleurs, on a envie de varier. Et on le fait, sinon la passion meurt vite.

C : Vos nouvelles sont très imprégnées de la société actuelle et parfois même un peu durs à lire – notamment Le fond du pot. Où trouvez-vous l’inspiration ?
M : C’est comme si on était dans un bâtiment avec plusieurs étages, plusieurs endroits qu’il faut visiter. Mais plus on descend, plus ça devient sombre, inconnu. Il faut relâcher son esprit, puis aller chercher à l’intérieur. Quand on s’aventure dans ces régions, on trouve des images, des symboles, des sensations. Un peu comme lorsqu’on fait de la méditation, on plonge à l’intérieur de soi. C’est un gros travail, de se déconnecter de la réalité pour entrer dans son esprit, son subconscient, même si je n’aime pas ce mot. On absorbe tout, tout le temps, et une part de notre esprit s’attelle, sans qu’on en ait la moindre conscience, à monter des histoires, des récits… Ce processus concerne surtout les romans.

C : Avez-vous des auteurs qui vous ont influencé ?
M : J’ai bien aimé Louis-Ferdinand Céline, c’est assez bouillant comme écriture, on ressent facilement l’esprit au contact de ses mots. Mais pour moi, ce qui m’influence vraiment ce sont les gens : je les écoute parler, j’écoute leurs discussions. Et là où j’ai vraiment trouvé quelque chose d’intéressant, c’était au niveau de la philosophie vivante, en discutant sur des forums avec des psychiatres, des philosophes, etc. J’ai élaboré un langage et une manière de mettre en forme l’articulation de la pensée. Ce n’était pas fait pour écrire quelque chose, mais plutôt pour s’exprimer. Dire l’ineffable, dans la forme la plus simple.

C : Auriez-vous une citation à nous faire partager ?
M : J’en ai une, dont je suis l’auteur, mais je trouve que ça dit l’essentiel : « Etre ce que tu es ne suffit pas, il faut le devenir. »

Interview réalisée par Coralie Bailleul