léna
C’est au tour de Léna Léticée Chanas, alias Rakshalalouve de répondre à nos questions. Poète franco-antillaise, elle a senti dès son plus jeune âge la caresse des mots et s’illustre en tant que slameuse dans le groupe Gwadad Café. Auteure éclectique, elle nous parle de sa vision de la poésie, de  son goût pour le rap, de sa double-culture et du chanteur Renaud.

Miléna : Bonjour Léna, vous avez toujours eu un goût pour l’écriture, et peu à peu vous vous êtes mise à faire du slam. Pouvez-vous nous en parler ?

Léna : Oui j’ai commencé il y a 6 ans, lorsque le slam faisait ses premiers pas en Guadeloupe. Je suis d’abord poète, mais les vibrations du slam m’intéressaient. Pour moi le slam c’est la communication, or la communication n’est pas le souci du poète. Le slam utilise un langage courant ou populaire, alors qu’en poésie, les mots sont très choisis, il y a des références bibliques, des images parfois difficiles à cerner… Le slam est plus accessible, moins didactique. A l’opposé, comprendre un poème de Mallarmé demande un véritable travail intellectuel ! Pour moi la poésie est à tout âge une manière d’exprimer ce que l’on ressent, sa souffrance. La poésie, c’est une manière de voir la vie avec espérance !

M : Votre goût pour le slam vous a amené à former le groupe Gwadad Café, pouvez-vous nous en parler ?

L : Oui, Gwadad Café est un groupe familial, que j’ai formé avec mes fils musiciens. Nous faisons du rap, du reggae, du slam… Nous organisons régulièrement des show-cases en Guadeloupe et en métropole. Entre nous, c’est une histoire de loyauté ! Je prépare notamment un clip avec mon plus jeune fils pour le 27 mai,  le jour de l’abolition de l’esclavage en Guadeloupe. Gwadad Café permet aux jeunes de se familiariser avec la poésie.  Pour moi la poésie n’est pas la littérature romancée, elle est à part. Un poème est un instantané, et le poète est comme un surfeur sur la mer : il se laisse porter par la vague, il compose avec trois éléments, lui-même la vague et la vitesse, il crée l’équilibre.

M : J’ai vu que vous avez réalisé des choses très différentes, et notamment un album de rap…

L : Oui, j’ai eu une période rap ! C’est moi qui ai écrit les textes, mais c’est mon second fils qui l’interprète. Mon 3ème fils m’a fait découvrir le rap de Ali et Bouba. J’ai été très émue par ces « djeuns » de banlieue délaissés qui produisent une musique très sensible, aux sons très profonds. Cela m’a inspirée. J’ai aussi  publié un recueil de poésie La Demande en Mariage. Pour moi ces poèmes sont des jaillissements, ils sont venus comme cela. Ensuite j’ai publié Gawadad Slam, je me suis également attardée sur le roman et je m’y attarde toujours ! C’est intéressant car dans le roman, on peut créer des personnages et se venger. On dit à juste titre que l’écriture est une « névrose réussie ».

M : Est-ce que pour vous la double culture est une source d’inspiration ? Je pense notamment à votre poème Les Fils du Père.

L : Eh bien je suis une vraie mulâtre, née d’une mère blanche et d’un père guadeloupéen. Je suis née à Paris, mais je n’ai pas souffert du racisme car j’habitais dans le quartier Latin, il y avait toujours une mixité. Mais c’est vrai qu’on se rend compte assez vite qu’on est pas « blanc ». Moi j’ai cherché ma part blanche, mais également ma part noire. Je suis française d’abord, et pour moi ma part noire a quelque chose d’une écorchure, d’une blessure.

M : Est-il important pour vous de promouvoir la culture guadeloupéenne ?

L : Eh bien je suis un peu à l’écart. En Guadeloupe il y a une recherche phénoménale de l’identité… C’était vrai pour la génération de mes parents, mais je pense qu’aujourd’hui c’est dépassé. Personne n’empêche les gens de parler créole ! Je suis en dehors de ces clivages, moi, je suis dans la création, je ne me préoccupe pas de savoir si je promeus cette culture de façon sociale ou intellectuelle, il faut s’ouvrir au monde ! Mais c’est sûr que cela transparaît dans mes textes.

M : Avez-vous des modèles littéraires ?

L : Bien sûr, mes modèles sont les grands classiques de la littérature française, russe et américaine : Balzac, Dostoïevski, Faulkner… Évidemment quand on écrit on lit beaucoup, ma vie n’est faite que de lectures !

M : Et avez-vous des projets à venir ?

L : Pour la musique, j’ai des projets de tournée avec un guitariste parisien. En terme d’écriture, je termine un roman policier, et je vais réaliser une série de textes sur des joueurs de rugby. Ah oui, parce que le rugby, c’est aussi une affaire de famille chez nous !

M : Qu’est-ce qui vous a plu chez shortEdition ?

L : Je trouve que shortEdition est vraiment dans la littérature, vous ne faites pas semblant, et c’est cela qui m’a plu !

M : Vous avez aussi dit que l’une de vos rencontres marquantes a été celle avec le chanteur Renaud…

L : Eh oui, Renaud et moi on a fait une partie de notre adolescence et de notre jeunesse en commun. On a été ensemble à l’école quand on était jeunes, on a fait beaucoup de choses. On avait pas les même loisirs que tous les autres, on aimait le surréalisme. Lui voulait être acteur. Moi qui était une grande timide, j’ai été très influencée par son esprit caustique et surtout par sa grande liberté d’esprit.

M : Auriez-vous une philosophie de vie en quelques mots ?

L : Il faut donner de l’amour aux enfants pour qu’ils puissent en donner, je pense que c’est très important…Et surtout, je pense qu’il faut rester sur son fil, rester sincère, ne pas verser dans la médiocrité même si on se dit qu’on a pas le choix. Il faut rester soi-même !

M : Eh bien merci pour ce bel échange Léna, et à très bientôt !

L : Oui à Paris peut-être, merci et à bientôt !

–> Pour en savoir plus, rendez-vous sur le blog Léna Slam.

 Interview réalisée par Miléna Salci