Phil

Ce jeudi, on sort des coulisses pour l’interview d’un lauréat du Grand Prix du Court Hiver 14 ! C’est Philippe Simon, alias Philippe Vlad, auteur de L’histoire du béton désarmé, qui nous parle de son goût pour le fantastique, de sa poésie et du déclic «Léo Ferré ».

C : Bonjour Philippe ! Comment en êtes-vous venu à l’écriture ?
P : En fait, j’ai toujours plus ou moins écrit, mais surtout en réaction à un mal être, à des choses que je vivais. J’ai grandi dans un environnement religieux et hypocrite : ceci ne devait pas être lu, ceci ne devait pas être écouté… Et puis je me suis mis à écouter Léo Ferré, et dans « Le chien » il chantait : « Et si vraiment Dieu existait / Comme le disait Bakounine / Ce Camarade Vitamine / Il faudrait s’en débarrasser ». Imaginez la bombe ! Ça m’a fait réagir, j’ai continué de l’écouter et commencé à résister ! Ecrire est aussi un acte de résistance qui permet de conserver une certaine liberté, au moins celle d’avoir encore un univers à notre mesure, en développant l’esprit critique nécessaire pour rester lucide. Ça permet aussi de rendre acceptable l’inacceptable, en créant un imaginaire à la dimension de notre idéal. C’est un exutoire à certaines situations, bobos et tracas. C’est pour ça que ce que j’écris paraît pessimiste – tout le monde me le dit – : mais c’est ce que je ressens et c’est surtout réaliste ! Et puis, je ne suis pas pessimiste, je crois vraiment au bonheur, tout du moins à des successions de moments heureux et je tends à y aller, l’écriture et la musique y participant ! [rires]

C : Est-ce que vous jouez de la musique ou composez ?
P : Je joue du rock, et c’est assez amusant parce que tout se recoupe : ce que je joue ressemble beaucoup à ce que j’écris, c’est très mélancolique.
Pendant un temps, je jouais dans un groupe, et puis chacun s’en est allé de son côté. Mais j’avais tendance à influencer tout le monde tellement ce que je ressentais était fort. Ce n’était pas une volonté d’imposer les choses mais là, ça venait naturellement, j’arrivais à générer un mouvement, une envie et on prenait plaisir à jouer…

C : On constate que vous êtes plutôt rythme et poésie : avez-vous aussi tenté d’autres formes d’écriture, plus libres ?
P : J’ai écrit des nouvelles il y a pas mal de temps, que j’essaye de retrouver en ce moment. 
 Au fil des déménagements, j’essaye de garder mes affaires, mais là je n’arrive pas à remettre la main dessus. Je suis assez passionné par le fantastique, c’est d’ailleurs pourquoi j’ai choisi « Vlad » en pseudo : en référence à l’empaleur de Bram Stoker… Ces nouvelles sont donc dans ce registre fantastique, mais plutôt dans le sens où elles font ressortir le fantastique dans le quotidien.  Je sais qu’à l’époque, lorsque je les ai écrites, je n’avais pas le vécu que j’ai maintenant : c’est pour ça que je veux les retrouver et pouvoir les retravailler avec l’expérience que j’ai acquise aujourd’hui au niveau de mon écriture.

C : Lorsque vous écrivez, préférez-vous tout écrire en une fois, ou y revenir et finaliser petit à petit ?
P : Je suis assez exalté de nature, j’ai tendance à vouloir faire les choses tout de suite, jusqu’à ne plus me rendre compte de l’heure… ce qui a été un problème pour mon travail ! Je me mettais à écrire quelque chose qui paraissait évident, et tout d’un coup je changeais des choses, voulant toujours l’améliorer, et puis finalement je voyais le jour se lever…
J’ai du mal à couper puis reprendre, parce que je sais que quand je vais m’y remettre ce sera moins fort. Bon, c’est plus difficile quand on écrit des nouvelles, mais là c’est un peu différent.

C : Vous avez été lauréat du Grand Prix du Court Hiver 14 avec L’histoire du béton désarmé : que retirez-vous de cette expérience ?
P : Un sentiment de reconnaissance… Parmi les gens qui votent, il y a des gens qui aiment vraiment ce que vous faites et vous encouragent. Ça m’a aidé au moment où j’avais un doute énorme, je n’arrivais plus à m’autocritiquer, et savoir si ce que je faisais était bon ou non.
Et j’ai rencontré des personnes super sur Short Edition, notamment Yannick Pagnoux. J’ai eu des périodes de doute, de pages blanches, et il m’a encouragé, tiré vers le haut. J’ai aussi pu lire des auteurs excellents et des textes qui m’ont beaucoup plu, qui mériteraient d’ailleurs plus de reconnaissance des internautes …

C : Y a-t-il des auteurs, des artistes qui vous ont influencé ?
P : Le premier texte qui m’a vraiment touché, c’était Le dormeur du val, ça m’a fait un électrochoc ! Et ça m’a vraiment donné envie de lire. Quand j’étais gamin, et qu’à cette époque on cherche son identité, j’avais honte de dire que j’aimais la poésie parce que ça ne faisait pas viril ! [rires] Mais j’ai continué, avec Rimbaud, Baudelaire, Ronsard, Verlaine … William Blake aussi, Lautréamont plus tard !
Et Léo Ferré, c’était une bombe atomique. Il me tire les larmes, et quand je le voyais j’étais toujours impressionné. Il y a aussi Bashung que j’aime : si vous écoutez – j’allais presque dire « si vous lisez » – deux de ses derniers disques « Fantaisie militaire » et « L’imprudence », c’est d’une poésie ! On dirait qu’il s’est lâché et a sorti ce qu’il avait vraiment envie de faire sans avoir plus rien à prouver. Il a une manière de chanter-déclamer, c’est une décharge poétique qui vous parcourt l’épiderme. Il y a aussi encore tellement de gens dont je pourrai parler et qui ont été marquants pour moi…