Ce jeudi, Philippe de la Fuente revient sur ses premiers pas dans le milieu de la bande dessinée. Il nous parle de son Atelier Cachalot, de sa vision du métier de dessinateur et de Peyo.

Coralie : Bonjour Philippe, d’où vous est venu votre goût pour la bande dessinée ?

Philippe : Je ne vais pas être très original ! [rires] Déjà tout petit, je dessinais tout le temps, c’est quelque chose qui est venu naturellement. En fait, j’avais deux passions : la lecture et le dessin. C’est donc vers la bande dessinée que je me suis tourné, puisque je pouvais dessiner tout en racontant des histoires.

C : Comment vous êtes-vous fait connaître dans le milieu ?

P : Quand j’étais adolescent, je faisais des fanzines avec des copains : on les imprimait et on allait les distribuer dans les festivals. Ça nous a permis d’appréhender le métier : d’apprendre comment réaliser une page de BD, les outils à employer, comment structurer la narration, mais aussi comment défendre son œuvre face aux lecteurs, expliquer son travail, attirer les gens !
Après, c’est devenu plus professionnel. A Paris, des amis ont monté une structure indépendante, Les éditions de La Comédie Illustrée, et on est passés au premier livre imprimé… C’est avec ce bouquin qu’on a trouvé du boulot. Parce que le problème de l’édition, c’est que tant qu’on n’a pas publié, on n’existe pas. Mais ça a un peu changé aujourd’hui, par exemple avec les blogs…

C : Et aujourd’hui, vous faites partie de l’Atelier Cachalot… Comment cet atelier s’est-il créé ?

P : L’avantage d’être à Tours, c’est qu’on est une trentaine d’auteurs de bande dessinée, et on se connaît un peu tous. Et qu’on soit écrivain ou dessinateur, c’est toujours un peu pareil : travailler chez soi fait qu’on ne voit personne, et on peut être tenté de faire autre chose. A l’atelier, on partage un espace avec d’autres personnes du métier, mais chacun travaille de son côté. Créativement parlant, pouvoir observer le travail des autres est quelque chose de très stimulant et ça donne envie de se dépasser. Et puis, ça permet aussi de maintenir un lien social : on fait des pauses café, on mange ensemble, et on discute de nos projets, de nos enfants, des vacances… Il nous arrive même, mais c’est très rare, de réaliser un projet en commun.

C : Votre dernier tome des Blagues Juives est sorti en 2008… Travaillez-vous sur un autre projet en ce moment ?

P : Alors, là je viens de signer un contrat pour une bande dessinée jeunesse, chez un petit éditeur, Daguan éditions. Ça s’appellera Les Princes d’Aksoun. On suivra l’histoire de deux enfants jumeaux, un garçon et une fille, qui vont vivre différentes aventures à l’époque de Cléopâtre. Le premier tome s’intitule Le Sorcier des Brumes, et porte sur la liberté de l’Homme, parce que c’est ce qui est le plus important, qu’on soit riche ou pauvre. L’idée c’est de permettre aux enfants qui la liront d’y réfléchir, parce qu’aujourd’hui encore, il existe certaines formes d’esclavage. J’essaye toujours d’aborder des sujets importants et toujours d’actualité, transposés dans une autre époque, parce que le décalage permet de pouvoir mieux comprendre certaines choses.

C : Avez-vous des modèles, des sources d’inspiration ?

P : Au départ, je m’inscris plus dans la tradition du style franco-belge, mais plutôt Franquin que Hergé ! J’ai toujours voulu faire de la BD populaire, afin de toucher le plus large public. Vous savez, le fameux slogan, de 7 à 77 ans ! [rires]. J’aime traiter de sujets qui amènent une certaine réflexion mais avec de la légèreté, et de l’humour. On peut dire, par certains aspects, que la bande dessinée est fermée sur elle-même, mais on a intérêt à s’intéresser aux problématiques actuelles, puisqu’on vit dans une société complexe, avec des problèmes économiques, sociaux, d’identité, …
Quelque part, j’ai aussi un petit quelque chose de La Fontaine : la preuve, je m’appelle de la Fuente !* [rires]. Ses Fables amènent à la réflexion avec humour, et c’est ce que j’essaye de faire : mettre en place plusieurs niveaux de lectures dans mes bandes dessinées. C’est un peu la même chose avec les histoires courtes.

C : A ce propos, qu’est-ce qui vous a amené à publier sur shortEdition ?

P : J’aimais bien votre concept, que j’avais commencé à développer sur mon blog, en publiant des gags courts sur des sujets d’actualité, ou plus universels. D’ailleurs, je me balade toujours avec un carnet dans mon sac.  On ne sait pas à quel moment peut arriver l’inspiration ! Il faut toujours être attentif à ce qu’il se passe autour de vous. Je commence par faire un petit croquis quand j’assiste à une scène qui me plaît ou quand une blague se met en place. Je le mets ensuite au propre, le peaufine, met en place les dialogues, et je vous l’envoie !

C : Avez-vous une réplique culte de BD que vous aimeriez partager avec nous ?

P : Une bande dessinée qui m’a marqué, et qui reste toujours, selon moi, une trouvaille : les Schtroumpfs, de Peyo. J’aime particulièrement cette réplique : « Quand on est schtroumpfement bien, on peut tout schtroumpfer ! »
Ce langage schtroumpf permet d’avoir une interactivité avec la personne qui va la lire : même si Peyo met toujours ses répliques dans un contexte, elles laissent une part d’imaginaire, chacun se demandant ce que ça pourrait bien vouloir dire !…

C : C’est une réplique vraiment bien schtroumpfée ! Merci Philippe pour cet échange, et à bientôt !
P : Merci à vous, à bientôt.

* Pour les non-adeptes de l’espagnol, fuente signifie fontaine… Sans blague !

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Interview réalisée par Coralie Bailleul.