Cette semaine, Fabien Hérisson, alias Livresque Du Noir, s’est prêté au jeu de l’interview ! Passionné de littérature noire, il nous parle de ses recueils de nouvelles à but caritatif et du don de soi, mais aussi des auteurs qui l’ont marqué, et de Louis XIV.

Coralie : Bonjour Fabien, d’où vous vient votre goût pour l’écriture ?
Fabien : J’ai toujours eu une envie d’écrire enfouie en moi. Après avoir beaucoup lu, essentiellement des polars, et suite au décès de mon frère, je me suis mis à écrire. Je me suis dit « il faut que je laisse quelque chose « avant qu’il soit trop tard » : la vie est courte, il faut se lancer ». J’ai commencé par du court, de la nouvelle, parce que le long demande du temps, mais surtout le temps de prendre le temps. Le court permet d’écrire plus facilement ce qu’on a en tête. On arrive plus facilement du point A au point Z. Z, et non B parce que dans une histoire, il y a plusieurs étapes, plusieurs points par lesquels passer.

C : Selon vous, dans le court, est-ce que conserver une certaine structure, et notamment la chute, est important ?
F : L’intérêt d’une nouvelle est la chute : elle doit être courte, marquante, le lecteur doit rester surpris. Ce n’est pas un exercice facile. C’est plus difficile au niveau de l’intrigue qu’un roman, où on a le temps de poser son histoire, présenter les personnages, planter le décor. Dans la nouvelle on a moins le temps, c’est une structure particulière qui doit prendre le lecteur de la première ligne et ne doit pas le lâcher avant la dernière. C’est du one shot. Pour ma part, j’ai l’idée de la chute au départ, et tout le reste vient au fur et à mesure de l’écriture.

C : Avez-vous déjà publié ?
F : Oui, j’ai été l’initiateur de deux recueils de littérature noire dans lesquels je me suis gardé une petite place. Le premier, l’année dernière, était sur le thème de la différence, le second cette année sur le thème de la santé. Le but est de faire découvrir des auteurs pas forcément connus du grand public, et de leur faire côtoyer ceux qui ont une assise dans le milieu, mais aussi de faire connaître le genre de la nouvelle aux lecteurs. On leur donne carte blanche, ils n’ont que la thématique. Chacun l’aborde selon son point de vue, sa sensibilité, ce qui donne au final des recueils très diversifiés.
Tous les auteurs qui y participent acceptent de céder leurs droits au profit d’une association choisie au préalable, qui change à chaque projet. Cela montre aux gens que même avec nos petits talents, on peut apporter sa pierre à l’édifice, faire évoluer les choses. Qu’il ne faut pas forcément donner de l’argent mais qu’on peut donner du temps.

C : Y a-t-il des auteurs qui ont influencé votre style d’écriture ?
F : Il y a des auteurs qui m’ont donné envie d’écrire du noir, oui. Parmi eux, il y a notamment Franck Thilliez, Laurent Scalese, Paul Colize et Maxime Gillio. Ce sont non seulement des auteurs qui écrivent bien, avec un style bien particulier, mais qui sont aussi de très bons conteurs d’histoire. Et dans la vie de tous les jours, ce sont des personnes humaines, ce qui est très important. Elles restent humbles, sont toujours à l’écoute. Elles ne sont pas avares de conseils mais ne pensent pas avoir la science infuse sur la façon d’écrire, sur ce qui est bon ou pas.
Mais je ne lis pas que du noir ! Dans un autre genre, j’aime beaucoup Gilles Legardinier parce que c’est une littérature rafraîchissante, positive, qui dit que la vie n’est pas si noire et qui redonne espoir en l’humain. J’aime aussi les biographies de personnalités historiques, plus particulièrement celles de l’historien Jean-Christian Petitfils sur Louis XIV et les personnages de cette période : j’aime beaucoup la personnalité de ce monarque, les personnes dont il s’est entouré et ce qu’il a fait.

C : Vous avez été Lauréat du Printemps 2013 avec Dernier appel après embarquement. Que vous a apporté cette expérience sur shortEdition ?
F : Ça m’a permis d’avoir un regard extérieur : j’ai trouvé assez intéressant l’engouement qu’il a pu avoir auprès des personnes qui l’ont lu et découvert. Je ne pensais pas qu’autant de personnes aimeraient le style de la nouvelle. C’est encourageant pour moi, mais aussi pour la nouvelle en général. On n’est jamais trop sûr de ce qu’on écrit, de ce qu’on fait, et c’est instructif de voir en-dessous de la nouvelle les réactions des lecteurs, les avis positifs, et surtout négatifs, qui permettent d’évoluer. Il y a eu quelques critiques négatives. On ne peut pas plaire à tout le monde, et heureusement, sinon ça serait un peu ennuyeux [rires]. Après, tout dépend de la façon dont la critique est écrite, et de la volonté de l’auteur : si c’est juste pour taper dessus sans être objectif, ça peut être lourd, mais quand elles sont bien posées et que c’est un avis donné de façon courtoise, il n’y a pas de soucis. Pour Dernier appel après embarquement, il y avait des personnes qui avaient compris la chute assez tôt, d’autres qui ont trouvé le texte plein de clichés. C’est enrichissant, et je les remercie parce que c’est toujours bon à prendre et c’est ce qui permet d’évoluer.

C : Question piège : selon vous, comment cerner les limites de la littérature noire ?
F : C’est effectivement assez vague, on peut y englober beaucoup de choses. Le policier, le polar, le thriller, et même le fantastique peuvent faire partie de la littérature noire. Il n’y a pas nécessairement d’intrigues policières.
Mais c’est aussi une question d’ambiance, qui doit être noire, notamment au niveau de la chute, lorsque c’est une nouvelle.

C : Y a-t-il une citation que vous aimeriez partager avec nous ?
F : « On ne fait jamais rien d’extraordinaire, de grand et de beau, qu’en y pensant plus souvent et mieux que les autres ».
C’est une citation de Louis XIV que j’aime beaucoup, parce qu’elle reflète bien le personnage, et qu’elle n’est pas loin de la vérité : quand on veut arriver à quelque chose, il faut s’en donner les moyens. Je ne sais pas si c’est une ligne de conduite que j’arrive à tenir, mais je tente de l’appliquer. Je n’ai pas non plus la prétention de faire des choses extraordinaires, grandes et belles mais j’essaye de me donner les moyens pour que mes projets prennent vie et aillent au bout. Pour l’instant ça fonctionne et j’espère que ça continuera !

C : On vous le souhaite ! Merci de votre temps, à bientôt Fabien !
F : Merci Coralie, à bientôt !

 

-> Plus d’informations sur le collectif des auteurs du noir Santé !

Interview réalisée par Coralie Bailleul.