Gilles Mazuir, ou Zélig, lauréat du Prix Short Edition – Livres en Tête dans la catégorie « Athlettres » avec Rien ne sert de courir, nous a accordé quelques minutes de son temps. En quelques lignes, on parle lecture à haute voix, recueil préfacé par Didier Daeninck et bande dessinée.

Coralie : Bonjour Gilles ! Comment avez-vous pris connaissance du concours Short Edition – Livres en Tête ?
Gilles : De mémoire, c’est un mail des Livreurs qui m’est parvenu, puisque je suis dans leur liste de distribution. J’ai découvert Short Edition à cette occasion-là ! J’ai une petite expérience tout à fait modeste de publication : j’ai fait deux recueils de nouvelles dans les années 2000, dont le premier, Toutes blessent, la dernière tue !, avait été repéré par hasard par les Livreurs. Il leur arrive de lire ma nouvelle La randonnée dans leur Bal à la page : c’est une histoire de randonnée, où il se passe des trucs… mais je garde le mystère.

C : Quel genre de nouvelles avez-vous écrit dans ces recueils ?
G : Ce sont des nouvelles assez courtes et assez sombres, mais La randonnée est une nouvelle qui se veut drôle, même si tout ne l’est pas. Je l’avais écrite en me disant « tiens, je vais tenter de faire rire quelques personnes de mon entourage » : je n’ai pas réussi à faire rire grand monde tout de suite… Les Livreurs se sont emparés du sujet, en ont décelé la tournure drôle à la lecture.
Pour mon premier recueil, j’ai eu la chance de recevoir le prix de la Société des Gens de Lettres, mais je pense que c’est en partie grâce à ma préface… parce que j’ai eu la chance d’avoir une préface de Didier Daeninckx. Une connaissance en entraînant une autre, mes manuscrits sont arrivés chez lui, il les a lus et a fait une préface. Ça ouvre plein de portes, et mon recueil s’est bien vendu. Le second, sur lequel je n’ai pas de préface, a moins marché par contre… Ensuite, j’ai abandonné cette activité au profit de ma deuxième passion : l’assurance. [rires]

C : Et vous avez repris avec ce concours ?
G : Oui. Il y avait le boulot, qui aspire du temps, et ma famille avec qui j’aime aussi passer du temps ! [rires] Après, c’est une question de résistance physique plutôt que d’envie : quand on se met devant l’écran à 22h30, il est compliqué d’être régulier. Le format court m’a plu, mais ça reste un exercice de faire rentrer un certain nombre de choses sans charger le texte. Ça m’a remis le pied à l’étrier, et j’ai eu la chance d’être remarqué sur la première soirée, donc c’était vraiment bien !

C : Qu’avez-vous pensé de la lecture à haute voix de votre texte ?
G : J’avais déjà eu la chance d’être lu, c’est carrément troublant. Pour vous raconter précisément la lecture : à la soirée « Athlettres », Bernhard Engel avait précisé à quel moment le texte du lauréat allait arriver, mais comme j’étais troublé, je ne me souvenais plus vraiment du début de mon texte. Je me souvenais du sujet, mais plus de comment ça débutait. Donc je n’arrêtais pas de me dire « si c’est moi, est-ce que je vais le reconnaître ? ». Finalement, je l’ai bien entendu : Bernhard Engel a pris la bonne tonalité, a ponctué la lecture au bon moment. J’avais essayé de faire une rupture pour la chute, il l’a super bien amenée, c’était super sympa.

C : Quelles sont vos sources d’inspiration ?
G : J’aime bien quand il y a un cahier des charges, comme ça je sais où aller, comment partir. Mais il m’arrive aussi de faire du libre. En règle générale, ça commence par une phrase : elle me tourne dans la tête, je la pose, c’est le début. Et advienne que pourra ! J’écris dans la foulée, tout d’un coup. C’est pour ça que les nouvelles courtes, voire très courtes, sont pas mal : j’ai du mal à aller me coucher quand je n’ai pas la fin de mon texte. Après évidemment je retouche, puisqu’il y a des maladresses quand on fait ça d’un coup.

C : Avez-vous déjà essayé d’écrire du long ?
G : Non. A une époque, je me disais « le court c’est l’étrier pour le long », et puis à la remise du prix de la SGDL, il y avait plein de gens, dont une dame qui est venue me parler : « Surtout restez sur un format court, il faut des nouvelles, c’est vraiment bien, si les gens vous disent d’aller sur du format long, résistez ! » J’ai demandé à un ami s’il connaissait cette dame, et il m’a dit que c’était Annie Saumont, grande nouvelliste française que je ne connaissais pas encore. Depuis, je garde précieusement ce conseil en tête.

C : Avez-vous des auteurs qui vous inspirent, que vous aimez lire ?
G : Oui, par exemple, j’adore Philippe Jaenada : il écrit de l’autofiction, et vient de sortir biographie sur Bruno Sulak, un cambrioleur des années 80. Il écrit avec plein de parenthèses, d’humour, de détachement. Il a une approche décalée, très drôle. Ma bibliothèque est surtout composée de romans noirs… J’aime surtout Denis Lehane : même quand il sort quelque chose de moins bon, j’aime bien. Il pourrait sortir l’annuaire, je le lirais ! [rires]
Et puis Didier Daeninckx, Jean-Bernard Pouy, Caryl Férey qui a écrit Zulu, … Et beaucoup de BD. Je suis un fan tardif, mais je les dévore : Lewis Trondheim, David B, Manu Larcenet. Et j’ai aussi un faible pour Jiro Taniguchi, qui a fait, entre autres, Le sommet des dieux.