Ce jeudi, place à la poésie ! Marcel Michel – ou Le Balladin –, lauréat du Grand Prix du Court Automne avec Le Cerf et Hiver avec Le crépuscule du soir, a pris quelques minutes pour nous expliquer sa vision de la poésie. Si Baudelaire et Hugo ont trouvé leur place dans cette interview, on y remarque aussi Gilles Sorgel et Walter Farley.

Coralie : Bonjour Marcel ! Comment s’est déclenché votre goût pour l’écriture ?
Marcel : J’étais très jeune, je crois que ça a commencé à six ou sept ans. J’ai été hospitalisé trois semaines, parce que les médecins ne trouvaient pas ce que j’avais. Ma mère m’a ramené des bouquins et j’ai passé mon temps à lire ! Ça a démarré comme ça et je n’ai jamais arrêté de lire. Le premier livre était L’étalon noir de Walter Farley, d’ailleurs je crois que je l’ai toujours.

C : Et maintenant, que lisez-vous ?
M : J’ai essayé les romans, mais je m’en suis rapidement détaché parce que je m’ennuyais… Je n’ai peut-être pas fait les bons choix, mais en tout cas l’écriture ne m’intéressait pas. Après, je ne suis pas sectaire, je suis capable de lire n’importe quoi ! [rires] J’aime beaucoup tout ce qui touche à l’Histoire, je lis beaucoup de biographies historiques : même si c’est romancé, ça s’appuie sur l’Histoire. Je lis aussi beaucoup de livres qui touchent à la spiritualité, à la sagesse, des essais philosophiques, … Dès les premières pages, je sais si ça va me plaire ou non, si c’est bien écrit, selon mes critères, ou non. Je suis très ouvert niveau lecture et écriture. Non, moins en écriture, parce que je trouve que les gens ne font pas assez d’efforts [rires].
Je trouve ça merveilleux que les gens écrivent, j’aime l’Art quel qu’il soit et si les gens peuvent s’exprimer de cette façon et se sentir mieux, je trouve cela très bien. Mais la poésie c’est une façon particulière de voir le monde qui nous environne et de percevoir la réalité. On peut écrire en prose, comme le font la plupart des auteurs, mais il faut qu’il y ait non pas nécessairement une musique, mais au moins une émotion. C’est ce qui différencie la prose de base, l’écriture romancée, de la poésie. Ce n’est pas évident à expliquer, mais on ne dira jamais : « écrivez comme cela, vous serez poète » ! La poésie c’est exprimer par les mots une vision sensitive du monde, c’est faire surgir la beauté à travers les mots. Et si l’on ne connaît pas forcément toutes les règles, il y a des bases, comme la ponctuation qui au moins permet de structurer les idées.

C : Où trouvez-vous votre inspiration pour votre poésie ?
M : Il faut que j’aie l’esprit libre pour écrire. Souvent j’écoute de la musique, je suis un passionné de musique baroque et Renaissance. Je sais que ce n’est pas trop la musique de l’époque [rires], mais c’est ce que j’aime, même si j’écoute de tout. Je peux écrire un sonnet en l’espace d’une demi-heure, cela dépend de mon ressenti intérieur, des images qui me viennent. Parfois, un vers me vient de je ne sais où, pof ! Et parfois, je vais batailler trois ou quatre heures sur un tercet, parce que je ne trouve pas le mot que je cherche ou que je ne suis pas satisfait… Je suis mon imagination, mon envie, et les vers se placent au fur et à mesure. Ils peuvent se suivre logiquement parfois, ou arriver dans le désordre.
Un sonnet est plus difficile à composer, c’est le type de poème le plus compliqué. Il faut parvenir à condenser le propos tout en gardant une logique sur 14 vers et restituer un poème dont le contenu allie puissance des mots, force des images, beauté et intelligibilité. En néoclassique, on est plus libre, mais en classique on ne peut déroger aux règles, comme par exemple le hiatus qui n’est pas autorisé. Quand j’ai commencé à vraiment m’y intéresser il y a deux ans, j’ai commencé par étudier un traité de prosodie. C’est rébarbatif et je conçois que le traité le plus connu, celui de Gilles Sorgel qui fait 125 pages, rebute plus d’un novice. Mais une fois qu’on respecte la prosodie, tout est possible.

C : Est-ce qu’il y a un auteur en particulier qui vous a marqué, au fil de vos lectures ?
M : C’est la question qui tue ! Un peu comme dans les matchs sportifs quand on vous demande : « Qui est-ce qui va gagner selon vous ? » [rires]
J’aime beaucoup Baudelaire, même si je n’ai pas la même façon d’écrire. Il avait une écriture particulièrement douloureuse, sur les thèmes de la mort, la souffrance, les femmes, mais écrivait aussi des poèmes très lumineux comme La fin de la journée. Ses poèmes de jeunesse en particulier sont très beaux. De manière générale, j’aime les auteurs du Parnasse : Théophile Gautier, Stéphane Mallarmé – même s’il a une écriture parfois hermétique –, mais aussi Jean Richepin, Marceline Desbordes-Valmore, …
Je place, à part, Victor Hugo pour la qualité de son écriture : il avait une grâce particulière qu’on ne retrouve pas chez la plupart des auteurs et avait la faculté peu commune de trouver de merveilleuses métaphores, ce qui est pour moi l’un des ressorts les plus importants de la poésie, à condition de l’utiliser avec parcimonie et intelligence. C’était un grand bourgeois, mais il se préoccupait beaucoup des autres et certains de ses poèmes comme A ceux qu’on foule aux pieds, Lorsque l’enfant paraît ou A Villequier sont particulièrement beaux.
Je pense aussi à Emile Verhaeren et Tristan L’Hermite… Disons que j’ai plutôt une quinzaine d’auteurs qui m’ont marqué… !