Gaël Montade

Gaël Montade, alias Galet Nomade, a répondu à nos questions ! Lauréat du Prix Short Edition – Livres en Tête dans la catégorie « Sonore et Gomorrhe » avec Une histoire de crevettes, il nous parle de sa pratique de l’écriture, de la lecture à haute voix, et de Bukowski.

Coralie : Bonjour Gaël ! Comment avez-vous eu connaissance du Prix Short Edition – Livres en Tête ?
Gaël : Régulièrement, je vais voir sur un site qui recense les concours : la thématique me plaisait bien, le format aussi. Et il y avait ce petit plus d’une lecture à haute voix : j’ai un certain rythme dans mon écriture, et ça me plaisait que ça puisse être rendu à l’oral.
Et c’était très bien ! Mon cousin et son amie, qui m’ont accompagnés à la soirée « Sonore et Gomorrhe », ont trouvé ça excellent : ça change du rapport qu’on a à l’écriture, et même à la lecture. Les textes arrivent par un média différent, la voix, et il y a aussi une notion de jeu qui fait ressortir beaucoup mieux le texte. Toute la communication non verbale, quand c’est en direct comme à la soirée, ajoute quelque chose à la lecture.

C : Est-ce que vous écrivez depuis longtemps ?
G : J’écris depuis 2008. J’ai commencé avec un atelier d’écriture qui venait de se mettre en ligne, j’étais un des premiers à poster. Puis j’ai sorti prématurément un recueil de nouvelles chez un micro-éditeur rennais. Il se définit comme un producteur bio : il ne fait pas de rendement intensif, mais plutôt une production adaptée à la demande… c’est-à-dire qu’il imprime au fur et à mesure des commandes. C’est une bonne chose, mais il fallait quand même le vendre par moi-même, ce qui n’a pas très bien réussi… J’aimais lire mes textes aux gens que je rencontrais – à cette époque, j’étais cuisinier dans une colonie de vacances – mais je n’arrivais pas à leur vendre. J’en garde un petit regret vis-à-vis de cette précipitation… Maintenant, j’écris moins régulièrement, c’est difficile d’être constant. Mais ce qui est bien avec Short Edition, c’est qu’on peut poster des petites histoires et avoir un retour : ça permet de voir ce que donne son écriture, et de prendre confiance.

C : Est-ce que vous écrivez uniquement des nouvelles ?
G : A la base, je voulais faire des arts graphiques, parce que j’ai une imagination très visuelle. C’est une passion, j’aime beaucoup l’art contemporain, le cinéma et la BD. J’aimerais écrire pour mettre en scène de manière filmée, d’ailleurs je suis en train d’apprendre à écrire des scénarii. C’est moins littéraire, mais ça ouvre plus de perspectives. J’ai beaucoup de plaisir à écrire, mais j’ai parfois des difficultés pour exprimer une idée que je veux faire passer, parce qu’il me manque des connaissances littéraires. Je pense que mon style d’écriture fonctionne mieux pour une adaptation visuelle, qui rendrait l’interprétation de mon texte plus juste.

C : Quelles sont vos sources d’inspiration ?
G : Je suis généralement inspiré par l’échec. Mon recueil s’intitule Des idiots presque parfaits, et les personnages sont ce qu’on pourrait qualifier de borderline, pas forcément en phase avec la réalité, mais qui essaient malgré tout de réussir dans ce qu’ils entreprennent.
J’ai une production assez irrégulière, je n’ai pas trouvé de recette magique… Je joue souvent avec les contraintes, parce que ça fait ressortir quelque chose en un espace de temps très court. C’est ce qui me plaît ! J’aime bien les mots imposés par exemple, et tout ce qui est dans le jeu d’écriture. Le fait d’avoir une contrainte aide à former le cadre d’une histoire, ou un personnage.
Il y a un auteur que j’aime beaucoup, Thomas Gunzig, qui semble maintenir une contrainte dans son recueil Le plus petit zoo du monde : chaque nouvelle a son animal totem. Il y a, par exemple, un type qui trouve une girafe dans son jardin et veut s’en débarrasser, parce qu’il n’a rien à faire d’une girafe, ou un homme trop timide et frustré devient violent – ce qu’on pourrait imaginer arriver chez un chien de traîneau.

C : Ça a l’air sympa ! Est-ce que vous avez d’autres auteurs favoris, qui vous inspirent ?
G : Il y a Didier Van Cauwelaert qui a une manière d’écrire très intéressante, il a un style très riche qui lui permet de garder l’attention du lecteur sans le lasser ; chaque phrase est élégante… Il a d’ailleurs reçu le Prix Goncourt pour Un aller simple. J’aime aussi Luis Sepúlveda, qui est un formidable conteur. Tout le monde connaît Le vieux qui lisait des romans d’amour, mais son recueil Journal d’un tueur sentimental est aussi très bien.
Enfin, j’aime beaucoup les écrits de Bukowski, et ceux de Dan Fante. D’ailleurs, Bukowski a été inspiré par les écrits de John Fante… et il a ensuite inspiré Dan Fante, le fils de John ! C’est l’authenticité qui me plaît, le courage de décrire leurs propres (sur)vies pas toujours glorieuses ni faciles.