Cette semaine, Francis Collignon nous a accordé un peu de son temps pour une interview ! Passionné de poésie, il nous parle bien sûr de Victor Hugo, mais aussi de son expérience de théâtre et de Woody Allen.

Coralie : Bonjour Francis, d’où vous est venu votre goût pour l’écriture ?
Francis :
C’était un petit peu par hasard, je n’ai pas du tout une formation littéraire puisque j’ai fait des études scientifiques, je suis vétérinaire. Le concours d’entrée dans les écoles vétérinaires, c’est essentiellement des maths et de la physique. Dans un premier temps de ma vie professionnelle, j’étais complètement accaparé par la création d’une clientèle, et l’écriture était très loin de mes soucis. C’est donc arrivé par hasard, à l’occasion d’un texte écrit pour l’anniversaire de copains : une longue comédie. J’ai pris un énorme plaisir à le faire, ça a eu un super succès et on m’a demandé de continuer à écrire. L’idée de la pièce : mes trois copains étaient censés être des chevaliers partis en croisade, et je faisais jouer leurs trois femmes restées dans leurs domaines en seule compagnie d’un intendant (moi-même) et de son ami ménestrel. L’action se passe au moment du retour annoncé de leurs maris. Le texte aurait pu être en prose mais je me suis obligé à l’écrire en alexandrins.

C : En lisant vos œuvres, on constate bien que vous aimez particulièrement l’alexandrin… Mais avez-vous poursuivi cette expérience de théâtre ?
F :
Oui ! J’ai écrit beaucoup de pièces de théâtre, dont sept ou huit ont été montées réellement et jouées par la troupe d’amateurs qui s’est constituée alors, d’autres en duo avec mon épouse.
Puis j’ai eu une commande officielle de la municipalité de Noyon pour la commémoration du 500e anniversaire de la naissance de Calvin. Mais là on n’était plus dans la comédie ! [rires] Ma pièce a été acceptée et jouée à trois reprises, dans le cadre de ces festivités. Elle a rencontré un certain succès, j’étais fier de moi. J’avais mis en scène sa femme, Idelette de Bure, enceinte de quelques mois, qui va voir son mari un matin et s’inquiète de la vie qu’aura sa future fille. J’en fais la première des féministes, qui ose s’affronter à son monument de mari. Cette pièce était donc une joute d’un peu plus d’une heure entre Calvin et sa femme. Le titre était : « Jehan, il faut qu’on parle ! ».
Ensuite, j’ai commencé à tellement y croire que j’ai engagé un jeune metteur en scène, devenu un très bon ami, et deux actrices professionnelles. J’ai écrit Le Jeu de l’Amour et du Canard, que j’ai fait jouer au Théâtre des Blancs-Manteaux, à Paris. La pièce est restée à l’affiche tous les week-ends pendant cinq mois. Ça m’a coûté un bras, et ça m’a calmé ! [rires] Je pense que je suis allé jusqu’au bout de ce que je pouvais faire. J’ai arrêté le théâtre, mais j’étais pris par l’écriture. J’ai donc écrit des poèmes, le premier, Eclipse, il y a dix ans.

C : Quelle vision avez-vous de la poésie ?
F :
Très classique et académique : pour moi la poésie c’est de l’alexandrin, avec une césure à l’hémistiche. J’ai du mal à apprécier des vers libres, même si parfois ça fonctionne, je suis séduit et j’apprécie, mais quand je lis un sonnet bien calibré, bien équilibré, j’y suis a priori plus sensible. Ça m’arrive de lire de la poésie, surtout Victor Hugo, évidemment. Mais ce n’est pas vraiment ma lecture quotidienne. Je lis un peu de tout ce qui me tombe sous la main, des biographies, des romans.
Pour écrire de la poésie je suis laborieux : j’y pense longtemps, je commence à aligner quelques mots, je les reprends… Je m’impose de trouver le mot qui a la bonne sonorité, la bonne longueur, à la bonne place. C’est ça qui me plaît, et c’est aussi pour ça que je reste sur la poésie : à l’échelle d’un roman, ça serait impossible.

C : Avez-vous déjà publié ?
F :
Je n’ai jamais cherché à être publié, même si on peut dire qu’une pièce de théâtre jouée s’approche d’une publication. Je n’ai jamais envoyé un recueil à un éditeur et c’est pour combler ce vide que je me suis tourné vers shortEdition, pour avoir une petite ouverture. Maintenant, j’y pense, mais c’est relativement récent. C’est aussi parce que je commence à avoir un peu de matière pour envisager une petite publication : j’ai une dizaine de textes sur shortEdition et d’autres non présentés.

C : Avez-vous un thème récurrent qui constituerait une connexion entre toutes ces œuvres ?
F :
Il n’y a pas vraiment de thème récurrent, je suis assez éclectique. On pourrait quand même noter que beaucoup de mes poèmes comprennent une réflexion sur la mort, mais pas dans un sens pathologique, dépressif ou suicidaire ! Ce thème reste une grosse interrogation, c’est pourquoi j’y fais assez régulièrement des allusions. Dans La noir’queue, j’en fais carrément le sujet central puisque j’y parle du jeu éternel entre la vie et la mort. J’ajoute toujours aussi une note d’humour dans mes poèmes, c’est important, ça me correspond.
Le choix d’un thème reste important, tout part de là. Lorsque j’ai écrit mon Ode pour être enterré avec ma vieille savante, je me disais qu’on pouvait faire de la poésie sur n’importe quel sujet, et donc pourquoi pas sur des chaussures !

C : Avez-vous des modèles littéraires ?
F :
Au niveau de la poésie, c’est clairement Victor Hugo, mais aussi Ronsard et Du Bellay. Je reste dans le classique, parce que ça m’a marqué, et je n’arriverai pas à faire autrement que reproduire ce style là, avec ces règles là. Quand je veux écrire, spontanément l’alexandrin arrive, donc voilà, la place est prise ! [rires] Après je le retravaille, mais avec moins de facilité que Victor Hugo, qui était capable d’écrire deux pages d’alexandrins pendant que sa petite-fille faisait la sieste. Deux pages, ça serait six mois pour moi, alors ça fait de longues siestes ! [rires]

C : Enfin, auriez-vous une citation à nous faire partager ?
F :
Il y en a une qui me ravit de Romain Gary : « un de ces bouquets de fleurs qui partent toujours à la recherche d’un cœur et ne trouvent qu’un vase. » (in Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable). Je trouve ça succulent ! C’est une façon tellement élégante de parler de difficultés de communication entre les gens, et dans certains cas de complètes incompréhensions.
J’en ai également une autre qui a moins de sens, mais qui me fait rire. C’est de Woody Allen : « J’ai rencontré Isocèle. Il a une idée pour un nouveau triangle. » (in Destins tordus). Ça me ravit, même si ça ne plaît pas à tout le monde. J’ai été enthousiasmé par ses tous premiers films, mais moins maintenant : même si ça reste très différent de ce qu’on peut voir ailleurs, on reste plus ou moins toujours dans la même ambiance.

C : En tout cas, merci pour ces deux belles citations et pour cette interview, Francis. A bientôt !
F :
Merci Coralie, à bientôt !