photoflo blog

Cette semaine, Florent Jaga, alias Flolacanau, a répondu à nos questions. Auteur inclassable, il a écrit dans tous les registres, des contes pour enfants au polar, en passant par le genre érotique… Défenseur de la nouvelle, il aime la sobriété, l’écrivain Jean Vautrin, le cinéma de Capra et plus que tout, les désespérés pleins d’humour.

Miléna : Bonjour Florent, d’où t’est venu ton goût pour l’écriture ?

Florent : Ce n’est pas très glorieux ! J’avais un pote en terminale qui écrivait des poésies pour séduire les filles. Cela marchait. J’ai voulu lire et mon verdict était que c’était gnangnan… Il était très doux et gentil, mais il s’est mis en colère et m’a lancé un défi. C’est parti comme ça, et j’y ai pris goût ! Je me suis vite lassé des poèmes, et je suis passé aux nouvelles et romans. Windows 3 n’existait pas encore, je tapais à la machine à écrire, dans ma mansarde, avec le chat qui passait par là [rires]. J’étais entouré de gens qui faisaient de la musique, de la peinture, etc. Moi, je ne dansais pas et ne savais pas peindre… donc l’écriture, c’était pas si mal.

M : Écris-tu encore beaucoup aujourd’hui ?

F : Ça dépend, c’est par périodes, il n’y a pas de règle. Quand j’ai un roman en tête, les personnages sont là tout le temps avec moi, même quand je fais mes courses. Cela peut être encombrant ! Mais si je n’arrive pas à finir le roman, je dois m’en séparer, c’est un peu triste. Sur mon blog, il y a un extrait de roman que je vais vraiment essayer de faire éditer. Le problème, c’est que je suis nul pour solliciter les éditeurs ! Je ne suis pas trop paperasse, et les envois sont chers.

M : En terme de genre, il est difficile de te définir car tu as écrit des choses très éclectiques…

F : Oui, j’ai fait dans tous les genres : fantastique, science-fiction, des contes pour enfants… J’ai été publié dans des revues très différentes, notamment la revue Pr’ose, des revues de science-fiction (Géante Rouge et au Québec, Brins d’Éternité),  dans des fanzines aussi, des recueils collectifs suite à des concours. Je n’ai pas de barrières, je lis de tout, et là j’écris quelque chose dans le genre Young Adult. J’ai aussi fait dans le genre érotique. C’était un défi, et ma nouvelle a été appréciée et imprimée. C’est un genre « casse-gueule », il est très difficile de ne pas être ridicule !

M : As-tu publié d’autres choses ?

F : Eh bien une fois, un ex-directeur de collection de Flammarion était intéressé par l’un de mes romans, il m’a téléphoné et je n’ai jamais terminé le roman en question. La loose, quoi ! Ce n’était sans doute pas le moment. Entre 2000 et 2006 pas une ligne, j’écrivais dans ma tête sans rien fixer sur le papier. J’ai repris l’écriture au moment où j’ai appris que j’avais un cancer. Là j’ai pondu pas mal de nouvelles. Je ne dormais pas beaucoup, j’ai écrit quelques nouvelles noires, et un recueil est sorti : Fenêtres Sur Court. C’est un collectif avec de bons auteurs dont certains sont devenus des pointures depuis (Paul Colize, Hervé Sard). Et moi ? ben je me fais engueuler car je ne propose rien ! [rires]

M : Entre un poème comme Fusibles, et une nouvelle comme La chute, est-ce que ton fil rouge serait la dérision ?

F : Mon fil rouge serait plutôt une sorte d’humanité désabusée. Ce qui m’intéresse, ce sont les petits grains qui enrouent la machine bien huilée, ces petites choses qui clochent, qui coincent, ce qui nous rend à la fois touchant et minable. Tout ce qui au fond nous rend humain.

M : Pourrais-tu nous citer quelques auteurs qui te tiennent à cœur ?

F : En nouvelles, ce que je déplore, c’est que les gens écrivent souvent par facilité. Une nouvelle ne se définit pas seulement par une durée, cela requiert d’autres qualités. Lisez les recueils qui paraissent chez Quadrature, chez Delphine Montalant ou chez D’un noir si bleu, par exemple.
J’aime beaucoup Jean Vautrin, ancien cinéaste qui a trouvé en l’écriture le geste juste, lorsqu’il a été confronté à l’autisme de son fils. Il a raflé de nombreux prix, Goncourt, Goncourt de la nouvelle etc. J’ai eu la chance de le rencontrer au Salon « Lire en poche » dans la périphérie bordelaise. Nous avons pu discuter autour d’une bonne bouteille de rouge !
Chez les auteurs francophones : Djian, Incardona, Urien, Colize, etc.
Chez les auteurs américains : Raymond Carver, Salinger, Richard Ford, Jim Harrison, James Crumley.  À l’est : Dostoïevski. Mon dernier coup de cœur, Arnaud le Guilcher, un auteur excellent pour les abdos : hirsute et loufoque !

M : Es-tu un partisan de la sobriété ?

F : Eh oui, je pense que le plus dur c’est de faire simple. Il est très facile de rajouter des adverbes, de faire des longues phrases. Moi je pense que la ligne doit être claire, les phrases courtes, avec peu de descriptions. Un écrivain doit faire un travail de télépathe, il doit laisser de la place au lecteur pour tendre son univers. Si on impose trop d’éléments, le lecteur ne peut plus s’approprier le récit.

M : Tu aimes le cinéma de Franck Capra… Quel film nous recommanderais-tu ?

F : Peut-être L’homme de la rue : une journaliste sur le point de se faire virer imagine un héros, et ses articles ont un succès inattendu. Cela lui permet d’écrire sur tous les travers de la société, mais le public finit par réclamer son héros, et panique à bord : il faut trouver un gars qui colle… J’aime beaucoup les frères Coen, mais le cinéma m’intéresse moins aujourd’hui. Je suis plus les séries américaines comme Breaking Bad. C’est sûr qu’en France, les séries ce n’est pas notre fort, je ne peux pas plébisciter Julie Lescaut ! [rires].

M : Y a-t-il une citation que tu aimerais partager avec nous ?

F : Une saillie de Cioran, un désespéré plein d’humour : « Dans un monde sans poésie, les rossignols se mettraient à roter » ! (in Syllogismes de l’amertume)

M : Merci beaucoup Florent, espérons que nous n’en soyons pas encore là… et à bientôt !

F : Merci à toi, bonne semaine !

Interview réalisée par Miléna Salci