Effets secondaires (7/7), Elodie Torrente

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
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Résumé de l’épisode précédent : Muriel Martin, jeune médecin généraliste, installée en libéral depuis trois ans, est victime d’un attentat manqué qui ébranle sa vocation. Malgré le refus d’exercer, elle accepte de soigner Alexis Chevalier dont elle tombe amoureuse. Mais en l’attendant pour partir avec lui, le téléphone de la jeune généraliste sonne.

Retrouvez les épisodes précédents : 1/7 – 2/7 – 3/7 – 4/7 – 5/7 – 6/7

Episode 7
Gêne

— Docteur Martin ? Prigent à l’appareil. Connaissez-vous un certain Alexis Chevallier ?
— … euh… oui. Pourquoi ?
— Parce que le brigadier Cotin vient de le ramener au commissariat. Il l’a trouvé nu comme un ver, hurlant à qui voulait l’entendre que vous étiez le meilleur médecin qui existe, que les villageois n’étaient pas dignes de vous. Le tout en gesticulant devant la boulangerie ! Alors vous le connaissez ?
— Oui, c’est un de mes patients. J’arrive tout de suite.
— Pas la peine. Les pompiers sont en train de le prendre en charge afin de l’amener aux urgences. Je serais vous…
Muriel raccrocha sans écouter le conseil du commissaire. En moins de quinze minutes, elle fut à l’hôpital. Lorsqu’elle entra dans le sas des urgences, elle découvrit son Alexis en plein délire maniaque, enserré par deux infirmiers prêts à l’emmener manu-militari en psychiatrie. Lorsqu’il la vit, il se débattit de plus belle, insultant les équipes soignantes tout en essayant de leur donner des coups de pieds. Malgré son énergie, ils parvinrent à le maîtriser puis à le transporter, attaché, dans le service désigné. Le docteur Martin s’assit dans la salle d’attente, abattue, vidée. Elle resta ainsi de longues minutes avant de se ressaisir et de demander quand elle aurait des nouvelles de son patient. Une jeune interne en psychiatrie lui répondit que 48 heures était le délai habituel pour ce genre de cas. Les bipolaires devaient passer par une phase d’isolement avant qu’un protocole de soins ne soit engagé. Muriel indiqua à l’interne qu’Alexis avait récemment souffert de sarcoïdose traitée par des corticoïdes. Dans ce cas, ne cherchons plus, lui annonça la soignante. Grâce à la pathologie que vous avez très bien soignée, un bipolaire est révélé ! s’exclama-t-elle avant de partir dans un éclat de rire digne de son jeune âge.
Muriel ne partagea pas sa joie. Affligée de savoir Alexis atteint de cette même pathologie dont son père souffrait jusqu’à ce qu’il se tire une balle dans la tête. Cette maladie qui l’avait rendue si malheureuse. Certaine de ne plus vouloir revivre ça, elle rentra chez elle, prépara deux valises et un sac contenant ses biens les plus précieux, puis quitta ce village maudit, terreau de toutes ses désillusions.
Six mois plus tard, la vérité sur l’attentat éclata enfin. Adeline Mercier, épouse du vieux médecin à qui Muriel avait succédé, fut surprise à déposer un explosif fait maison sous un siège de la salle d’attente du remplaçant du docteur Martin. Son mari mort trois ans après son passage en retraite, elle avait entrepris de détruire tout ce qui avait incarné le bonheur des années passées.
Cet épilogue, Muriel Martin n’en eut pas connaissance. Dans ce village thaïlandais où elle avait fui, aucune nouvelle ne lui parvenait. Pourtant pas un jour ne passait sans qu’elle repense à son dernier patient. Il allait être père et jamais ne le saurait.