Effets secondaires (6/7), Elodie Torrente

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé de l’épisode précédent : Muriel Martin, jeune médecin généraliste, installée en libéral dans un village de banlieue depuis trois ans, est victime d’un attentat manqué qui ébranle sa vocation. Alors que l’enquête piétine, elle retourne au village, et, tandis qu’elle se rend chez le boucher, un homme s’écroule dans la rue, devant elle.

Retrouvez les épisodes précédents : 1/7 – 2/7 – 3/7 – 4/7 – 5/7

Episode 6
Confusion

Dès qu’elle arriva à l’hôpital, le docteur Muriel Martin se sentit revivre. L’odeur des couloirs, l’agitation qui régnait aux urgences, le ballet des blouses blanches dans les salles, tout lui rappelait le temps de ses études et sa passion pour ce métier. La main sur l’épaule de celui dont le corps s’était affaissé devant elle et qui, à travers une maladie mystérieuse mais violente, la faisait renaître à sa vocation, elle attendait patiemment les résultats des examens prescrits le matin même en plus de ceux demandés par les urgentistes.
Alexis Chevallier, quant à lui, dormait, vaincu par une terrible pathologie qu’elle n’avait pas réussi à déceler. Elle resta jusqu’au soir et revint le lendemain comme les jours suivants. Au bout de quatre jours, après s’être enquise des résultats de la radio des poumons auprès de l’interniste, Muriel annonça à Alexis qu’il était atteint de sarcoïdose. Une maladie inflammatoire assez rare, très bien traitée par de la cortisone, le rassura-t-elle, assise à côté de son lit. Vous devriez sortir rapidement. La nouvelle parut attrister le malade. Pourtant, et même si sa réaction l’atteignit, elle ne lui posa aucune question. Après tout, c’était un patient. Pas un ami et encore moins un amant. Ce n’est que lorsqu’elle le quitta peu de temps après qu’il lui dit : « Même si je suis guéri, on continuera à se voir, docteur ? ». Définitivement conquise par sa timide demande, elle acquiesça dans un sourire avant de lui lancer, rayonnante : « Dès demain. Évidemment. »
Le jour suivant, Alexis sortit de l’hôpital. Son traitement à la cortisone durerait quelques mois et imposerait une diminution progressive avec effets secondaires consécutifs. Il s’en accommoda ; les douleurs s’estompaient déjà. Muriel l’attendait dans sa voiture, sourire aux lèvres, le cœur battant. Dans la chaleur de ce jour d’été, ils s’embrassèrent langoureusement avant de vivre leurs premiers ébats amoureux à l’abri des regards, dans la moiteur d’une chambre en soupente. Ils y restèrent une semaine sans se soucier des autres, loin de cet attentat, des rumeurs et de l’enquête menée par le commissaire Prigent. Pendant des heures, des étincelles dans les yeux, Muriel fondit sous le regard enamouré et les baisers suaves par lesquels le jeune homme l’éloignait de cet attentat délirant. Entre ses bras, elle sentit la vie en plus jolie et c’était exactement ce dont elle avait besoin. Une vie jolie.
Au huitième jour, Alexis rentra chez lui afin de récupérer ses affaires. Dans l’exaltation de leur passion amoureuse, ils avaient décidé de quitter ce bled où ni l’un, ni l’autre n’avait d’attaches. Cependant, alors qu’il était censé revenir deux ou trois heures plus tard, elle ne le vit pas réapparaître. Inquiète, elle partit à sa recherche en fin de journée. Tandis qu’elle sillonnait le village de bout en bout, elle reçut un appel de Prigent.

Retrouvez la suite : 7/7