Effets secondaires (5/7), Elodie Torrente

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
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Résumé de l’épisode précédent : Muriel Martin, jeune médecin généraliste, est installée en libéral dans un village de banlieue depuis trois ans quand, après une journée de consultations, un attentat manqué ébranle sa vocation. Alors qu’elle est traumatisée et refuse d’exercer, elle accepte de soigner le bel Alexis Chevallier avant d’affronter les habitants du village qui, dorénavant lui inspirent crainte et répulsion.

Retrouvez les épisodes précédents : 1/7 – 2/7 – 3/7 – 4/7

Episode 5
Malaise

À peine eut-elle garé sa voiture aux abords de la boulangerie que le docteur Martin vit le commissaire Prigent en sortir. Dès qu’il l’aperçut, il se dirigea vers elle, suant à grosses gouttes, visiblement excité comme une puce (bien que le poids du bonhomme n’ait aucune similitude avec celui du minuscule insecte sauteur). Après un bonjour rapide, le fonctionnaire informa la jeune femme qu’il avait tenté de la contacter toute la matinée, en vain. Il y avait du nouveau. Un suspect potentiel était retenu en garde à vue. Il s’agissait d’un homme, déjà connu des services de police pour des faits similaires et qu’aucun alibi valable n’innocentait complètement le soir de l’attentat. Elle devait le suivre pour identifier le suspect comme étant ou non l’un de ses patients. Bien sûr c’était urgent. À la moue qu’elle fit, il lui rappela, d’un ton affable mais ferme et définitif, que l’absence de registre tenu par le médecin sur les visites de tous ses patients obligeait ces identifications pour faire avancer l’enquête. Vaincue par l’argument imparable en même temps que culpabilisante d’avoir négligé l’administratif ce jour-là, elle n’eut d’autre choix que de le suivre, non sans lui demander l’autorisation d’aller chercher son pain avant. Puisqu’elle était là. Il lui accorda ce mince privilège et l’attendit dans sa voiture.
Dès qu’elle entra dans la boulangerie, le silence se fit, alors que les conversations semblaient aller bon train à en juger par les éclats de voix qui perçaient à travers la porte, quelques secondes plus tôt. Il y avait là madame Lebrun, la tête baissée, occupée à récupérer sa monnaie auprès de la boulangère, blanche comme un linge, soudain pressée de quitter la boutique. Ce qu’elle fit, tout en saluant la patronne, mais sans un regard pour le docteur. Muriel frissonna malgré elle lorsque la femme passa à ses côtés. L’attitude de cette mère de famille à son encontre incarnait à elle seule toute la haine que, depuis l’attentat, elle ressentait. Prigent avait interrogé cette Lebrun mais sans succès. Le soir de l’explosion, elle donnait une soirée. L’alibi était en béton. Pourtant Muriel ne put s’empêcher de penser que Magali Lebrun était mouillée dans cette explosion. Sinon comment expliquer son départ précipité ? Elle en parlerait au commissaire en sortant d’ici.
Fort heureusement, la boulangère respecta son statut de victime en même temps que celui de notable en ne lui posant aucune question personnelle. Elle s’enquit seulement de la réouverture du cabinet avant de lui vendre deux pains complets, une baguette Tradition et une belle brioche, sans avoir eu de réponse précise à sa question. Ne pas avoir de scoop à divulguer à sa clientèle la déçut. Malgré tout, elle salua chaleureusement la jeune docteure, emplie de compassion pour celle que certains entendaient bien faire fuir. Surtout depuis qu’elle avait signalé des cas de maltraitance aux services de police. S’occuper des affaires familiales n’était jamais bienvenu dans le pays.
Loin d’imaginer la pensée de la boulangère, Muriel rejoignit le commissaire. Sur le chemin, il lui répéta que Lebrun avait un alibi en or et que non, ils ne pouvaient rien contre elle. Arrivée derrière la vitre sans tain qui la séparait du suspect, elle fut catégorique. Elle ne reconnaissait absolument pas cet homme comme étant l’un de ses patients. Déçu, le commissaire la laissa retourner à ses courses. À l’épicerie, elle ne fit aucune rencontre en dehors du jeune apprenti timide et effacé qui ne sembla pas la remarquer vraiment. Rassurée, elle décida de poursuivre chez le boucher quand un homme, marchant devant elle, s’écroula. Instinctivement, elle se précipita sur lui. Et ne put s’empêcher d’émettre un cri quand elle découvrit qui gisait à ses pieds.

Retrouvez la suite : 6/7 – 7/7