L’affaire Dobelyou (5/6), Albert Dardenne

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
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Résumé des épisodes précédents : Échappant toujours à la police, Dobelyou continue à tirer ses victimes au sort. Qui sera le suivant ?

Retrouvez les épisodes précédents : 1/6 – 2/6 – 3/6 – 4/6

Episode 5
Coup dur pour Lefin

Lefin en est venu à souhaiter qu’effectivement l’arrestation de Dobelyou puisse être le fait de ses jeunes collaborateurs, Valderama et Delneuville, et leur valoir à tous deux une promotion méritée… Mais le commissaire ne peut s’empêcher de conclure en grinçant des dents : « Faudrait seulement que ça vienne. Et vite ! »

***

Quatre, cinq, six, cueillir des cerises…
Les dés tourbillonnent. Il ne pensait pas que sa mission serait si enivrante et que l’exécution de ses victimes le conduirait quasi systématiquement à la petite mort de l’orgasme. Plus qu’une dernière exécution et il aura mené sa mission à bien… Après ? Benoît lui fera-t-il à nouveau confiance ? Il l’espère, il le croit, il le veut. De toute façon, il est le plus fort.
Ça y est, les dés ont parlé. Au comble de l’excitation, il se livre fébrilement au décodage de la combinaison chiffrée. À la page de l’annuaire succède maintenant la détermination de la colonne. Et son doigt glisse déjà, cherchant le premier nom qui aura la longueur requise (ne pas se tromper, c’est capital !)… Ça alors, quelle coïncidence ! Que le monde est petit !
Valderama Vincent ! Il a fallu que le tirage au sort désigne précisément, le légiste ! Il n’en revient pas. Il recompte par acquit de conscience, mais sans aucun doute possible, c’est bien le nom du Dr Vincent Valderama que le jet de dés a désigné. D’instinct, son regard s’est levé vers la photo. Même si le sourire figé du vieillard est là pour le rassurer, Dobelyou sait que cette fois, ce sera loin d’être évident. Mais puisque telle est la volonté de Benoît, Valderama sera donc la prochaine victime offerte pour le Salut de l’Humanité. Renoncer si près du but équivaudrait à admettre qu’il n’était pas digne de la mission qui lui a été confiée. La seule facilité qu’il se permettra cette fois, sera le recours à une arme à feu…

***

Jeudi 4 avril, 9 H 30.

— Allô patron ? C’est Balthazar. Je suis chez Valderama, comme vous l’avez demandé…
— Alors quoi ? Le médecin est grippé ? C’est un comble. Pouvait pas, au moins faxer son rapport ? marmonne distraitement le commissaire.
— Valderama… est mort, patron. Je viens de le trouver. Une balle dans la tempe…
Lefin en a le souffle coupé. Il veut jurer pour se soulager, mais ne parvient à proférer aucun son.
— Allô ? … Vous êtes là, patron ?
— Oui… Oui… Ne te… Laisse-moi le temps d’encaisser, si tu veux bien…
— Je comprends. Moi aussi, je suis secoué. D’autant que… Ce n’est pas tout… Il y a un W calligraphié sur…
— Nom de Dieu ! Bouge pas, j’arrive ! Et je t’envoie les gars du labo.
Le commissaire voudrait déglutir, mais il se sent la gorge subitement sèche. Son estomac se noue. Sans perdre de temps à chercher un véhicule de service, il saute dans son antique Peugeot personnelle et démarre dans un hurlement de pneus. Vincent ! Vincent, victime de ce salaud qu’il traquait ! Vincent ! Mort ! Il déboule déjà en trombe sur le boulevard. Vincent, fauché à l’aube d’une carrière de brillant légiste ! Vincent ! Lefin se rend compte qu’il s’est peu à peu pris d’affection pour ce jeune médecin. Il fonce à tombeau ouvert. Vincent ! Vincent ! Il n’arrive qu’à seriner ce refrain de malheur : Vincent est mort ! Mort ! Il vient de griller un feu rouge. Il va falloir prévenir la famille. Quelle famille ? Il ne sait finalement pas grand-chose du jeune homme. Vincent ! Il faudra consulter son dossier. Refus de priorité, la collision est à nouveau évitée de justesse.
Cela tient du miracle, mais, quinze minutes plus tard, c’est une 404 intacte qui s’immobilise le long du trottoir où Balthazar attend.
— Attendez-vous à un choc, patron.
— Merci, Simon, mais le choc, c’était tout à l’heure, au téléphone. Maintenant, ce serait plutôt la rage au ventre…
— Je comprends, patron, mais attendez-vous quand même à un choc. À un autre choc.

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