Les limbes (5/6), Emmanuel Lefloch

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
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Résumé des épisodes précédents : L’officier Le Balcon se laisse aller à ses intuitions. Il a raison. L’agresseur a commis un faux-pas : retourner voir Pierre Clamart, première victime de sa folle entreprise – faire subir des expériences de mort imminente – et ainsi laisser un indice. Il commence à perdre pied et une brèche est ouverte.

Retrouvez les épisodes précédents : 1/6 – 2/6 – 3/6 – 4/6

Episode 5
Livres

Des ouvrages empruntés à la bibliothèque de la faculté de médecine, une bonne moitié étaient les études complémentaires des éditions « Au-delà et Sciences ». Le Balcon appelle donc les bureaux de l’éditeur et apprend que la petite entreprise ne bénéfice pas des services d’un distributeur. Pour acquérir les titres, il faut les commander directement.

— Pouvez-vous me dire si vous avez un acheteur important issu de notre ville ?
— Attendez que je regarde… Non, pas spécialement. L’endroit dans lequel nous en vendons le plus est la faculté de médecine.
— La bibliothèque de la faculté, vous voulez dire ?
— C’est ça.

Les livres… Sûrement la clef de cette histoire.

***

L’homme en noir monte dans le tramway pour se rendre à son travail, un seul changement de lignes et vingt minutes de trajet.

Dans son esprit en désordre, l’enthousiasme des derniers jours a laissé place à la morosité. Il se sent emprisonné, incapable d’avancer, de trouver de nouvelles solutions à l’impasse. Lui, si inventif, si érudit, si confiant, ne trouve plus l’énergie et les premières pages de son ouvrage scientifique ne sont pas à la hauteur de son ambition. Une série de clichés, de propos mille fois prononcés en constituent jusqu’ici l’essentiel. Insatisfaisant.

Il récapitule : un homme âgé (deux fois le même), une lycéenne, un jeune expert-comptable, une secrétaire ; cela ne doit pas suffire, il faut continuer et chercher encore.

Mais après tout, quatre expériences… Peut-être en faut-il des dizaines. Des centaines même, pourquoi pas, donneront des résultats bien plus exploitables. Assez avec la lumière ! Le tunnel ! La décorporation ! Si l’un des expérienceurs donne un jour un témoignage différent, alors tout pourra commencer.

Il voit déjà les titres des journaux en caractères gras : « Le Christophe Colomb de la science ! »

A présent guilleret, il sort du bus, fait les quelques mètres qui le séparent d’une grande bâtisse de verre, s’arrête devant la porte d’entrée, sourit.

***

La bibliothèque est très fréquentée ce jour-là. La proximité des examens déclenche tous les ans le même empressement d’avril. Patrice Le Balcon a rendez-vous avec la directrice.

— Bonjour officier, asseyez-vous, je vous en prie.
— Bonjour, merci beaucoup.
— Que puis-je pour vous exactement ?
— J’ai besoin de votre aide, pouvez-vous me donner les coordonnées des personnes ayant emprunté ces livres ?

Le Balcon lui transmet une feuille où sont inscrits les titres des ouvrages consacrés à l’E.M.I. La manœuvre dure une quinzaine de minutes au cours de laquelle la directrice fait une remarque qui attire l’attention du policier.

— Si vous avez besoin de détails, vous devriez interroger notre plus ancien bibliothécaire, c’est une vraie bible en littérature médicale.
Un temps. Un silence.
— Où est-il en ce moment ?

***

Le bibliothécaire, travailleur méticuleux, est bien considéré par sa hiérarchie et ses collègues. Tous louent sa bonne humeur, sa rigueur, sa capacité à renseigner. Il fait parfois les recherches bibliographiques à la place des étudiants, ce qui ne manque pas d’irriter les enseignants. Souvent, eux aussi font appel à lui.

***

Le Balcon s’approche du bibliothécaire affairé à reclasser des livres dans les rayonnages.
— Bonjour Monsieur. Vous auriez quelques instants ?
— Bien sûr, que puis-je faire pour vous ?
— Je m’intéresse à l’expérience de mort imminente, vos collègues m’ont recommandé de m’adresser à vous.
— Ah, vous êtes chercheur ?
— Non, curieux, passionné, je dois dire… Auriez-vous des ouvrages à me conseiller ?
Le Balcon sait qu’il va falloir engager un jeu subtil.

Retrouvez la suite : 6/6