John-Henry

Le phénylcétonurique (5/5), John-Henry Brichart

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé des épisodes précédents : Sergio participait à une émission de télé-réalité où chaque candidat avait un secret. Le sien, c’était d’être phénylcétonurique, une maladie qui l’empêchait de manger des protéines. Mais pour garder son secret, il s’était mis à manger normalement du poisson et de la viande. L’émission l’a renvoyé pour tricherie. Et à sa sortie, un homme, père d’une fille handicapée mentale, atteinte de la même maladie mais qui n’a pas été traitée à temps, le menace de sa carabine.

Retrouvez les épisodes précédents : 1/5 – 2/5 – 3/5 – 4/5

Episode 5
Ainsi finissent les reportages animaliers

Les humains sont la plus grande cause de mortalité de leur propre espèce. L’humain ne connaît plus d’autre prédateur que lui-même. C’est un cas unique dans le règne animal. C’est un problème que ne connaissent pas les lions, pourtant au sommet de la chaine alimentaire.

Le lendemain Thierry a diffusé les images de l’agression, captées par des caméras de surveillance. Des acteurs avaient été engagés pour rejouer les dialogues inaudibles sur les images originales. On voyait l’agresseur reculer et puis les images s’arrêtaient. Les familles derrière l’écran de télévision se sont arrêtées de parler, elles avaient la bouche sèche.

Ce soir-là, la « télé-réalité » avait franchi une nouvelle étape, elle passait dans les journaux, à la radio. Sergio avait acquis un nouveau statut parmi les hommes, en France et en Belgique. Il n’avait rien fait mais il était désormais une célébrité. Les derniers épisodes de l’émission avaient connu des audiences record, Thierry exploitait un succès qu’il avait quelques difficultés à expliquer.

L’humanité cherchait à savoir ce qui était arrivé à Sergio, on cherchait à connaitre la vérité, « la télé-réalité en plein » jubilait Thierry.

Et le téléviseur s’est éteint.

La douce folie est retombée et les gens ont repris leur vie et d’autres distractions sont venues remplacer l’émission où une douzaine de jeunes humains avaient été enfermés. Les humains trouvaient aujourd’hui tout cela un peu stupide.

La musique s’est enclenchée. Le générique de fin approchait.

« L’homme est le seul animal incapable de communiquer avec l’entièreté de ses congénères. » Sergio échappait en partie à cette incapacité, il parlait français et portugais, grâce à son père.

Sergio est sorti d’un de ces engins dans lesquels les humains se déplacent, il est sorti d’un avion. Il est au Portugal. Il a l’air heureux. Il s’est installé à un point de nourrissage, face à d’antiques monuments.

Des pizzas ont été déposées devant eux, dont une sans fromage et sans viande pour Sergio.

L’homme qui l’accompagne l’a regardé bizarrement.

— Vous êtes végétarien Sergio ?

Sergio a pris le temps d’observer le visage de l’homme. Puis il a secoué la tête et il a signé les documents posés sur la table. On peut y lire : « La maison des secrets, à Lisbonne. J’ai survécu à une agression à la carabine. »

— J’aime ma pizza simple, une marinara, à l’italienne. C’est tout. C’est tout…

Les reportages animaliers ne se finissent pas toujours avec la mort. Les documentaires de ce genre suivent un moment de vie, une naissance, un virage, un déclin. On ne sait jamais ce que deviennent les acteurs de ces reportages. On peut simplement le supposer.

On éteint la télévision. Et la vie continue.