Nout (4/5), Nicolas Gorodetzky

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
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Résumé des épisodes précédents : Un jeune étudiant en médecine, faisant son stage au Caire, tente de soigner un vieil homme, Salah, victime d’une forte infection rénale. Alors que son diagnostic était très sombre, Salah guérit en trois jours. Pour remercier le médecin en devenir, il lui donne Nout : un chat mystérieux, traversant les âges, qui a le don d’exaucer un vœu, qu’il soit conscient ou non, si celui-ci est très fort. Peu convaincu, le jeune médecin l’adopte malgré tout et revient en France avec Nout.

Retrouvez l’épisode précédent : 1/5 – 2/5 – 3/5

Episode 4
Retour en France

Mon diplôme en poche et mon stage validé, je décidai de m’installer à côté de Perpignan, dans un village des Aspres.
Enfin, je m’étais lancé dans le grand bain…
Je trouvai une ravissante maison à flanc de colline, à la sortie sud du village, et intégrai un cabinet de groupe situé à trois rues de là. Nout, comme si de rien n’était, s’accommoda à son nouvel environnement, trouvant ses repères comme s’il avait toujours vécu là.
Mon activité de généraliste prit très vite de l’ampleur et quelques mois plus tard, enfin serein, je rencontrai Valentine.
Nous fûmes mariés avant même que je me rende compte de ce qui m’arrivait, mais il ne me serait pas venu à l’esprit de me plaindre tant j’étais persuadé d’avoir trouvé mon idéal.
Ma seule crainte au début fut que Nout ne se montrât jaloux de cette nouvelle présence dans la maison qui, la journée, lorsque je travaillais, lui appartenait tout entière. Il n’en fut rien car Nout adopta tout de suite Valentine, et vice-versa. Elle travaillait à Perpignan et rentrait en fin d’après-midi, alors que je finissais souvent tard. Quant à Nout, qui avait la garde de la maison et du jardin, il passait le plus clair de son temps à se prélasser au soleil.

Et les jours passèrent sans que rien ne vienne altérer notre bonheur.

Un soir pourtant, je reçus un appel d’un de mes malades coronariens du village de Sorède, qui se plaignait d’une gêne thoracique. Malgré la diffusion du match USAP – Stade Français à la télévision et l’orage violent qui s’abattait sur le pays, je me décidai à lui rendre visite…
Valentine dormait déjà et Nout ronronnait sur le canapé. Je quittai précipitamment la maison, oubliant d’éteindre la télé.
En réalité, mon patient avait seulement fait une grosse crise d’angoisse, si bien qu’une heure plus tard, j’étais sur le chemin du retour.
La pluie avait cessé.

Deux kilomètres avant le village, j’aperçus l’incendie.

Pris d’un sourd pressentiment, j’accélérai… Soudain, j’eus la certitude que ma maison était la proie de ces flammes.

Les pompiers n’avaient pas encore pu approcher du brasier tant la chaleur dégagée était grande. Je me précipitai, je courus comme un fou vers la première ligne de badauds, en cherchant Valentine du regard.
Je tirai violemment par la manche Martial, le chef des pompiers.

— Valentine, où est Valentine ? Avez-vous vu ma femme ? Est-elle dehors ?

Martial, lieutenant volontaire des sapeurs-pompiers, charcutier de son état et père de famille nombreuse, ne répondit pas et mit sa main sur mon épaule.
Il m’expliqua qu’elle n’avait pas pu sortir à temps et que les gens l’avaient entendue crier.
Atterré, c’est comme un somnambule que je me laissai entraîner par mes voisins.
La pluie reprit et continua toute la nuit.
Il m’était impossible de dormir ou même de m’asseoir, j’étais mû par un mouvement involontaire et perpétuel de mes jambes. Par la fenêtre, je regardais, hébété, les efforts des pompiers pour circonscrire le feu.

Au petit matin, le feu était enfin éteint mais il ne restait de la maison que des ruines informes. D’énormes poutres calcinées fumaient encore et les pompiers commençaient à déblayer ce qui avait été l’entrée de la maison.

Je m’avançai parmi les décombres quand Martial, qui venait d’enlever son casque intégral, s’adressa à moi :
— C’est peut-être le poste de télé qui a implosé pendant l’orage et a provoqué l’incendie.
Je répondis avec un geste las de la main :
— A-t-on retrouvé son corps ?
— Pas encore, mais nous n’en sommes qu’au début.
Il avait la voix grave et fatiguée.

Retrouvez la suite : 5/5