Effets secondaires (3/7), Elodie Torrente

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
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Résumé de l’épisode précédent : Muriel Martin, jeune médecin généraliste, empathique et enjoué, est installée depuis trois ans en libéral dans un village de l‘Ile de France. Elle vient de sauver un bébé avaleur d’aimant quand, en lieu et place de Mme Chéret, professeur dépressif, elle reçoit la visite d’un patient troublant. Avant que des cris éclatent dans la salle d’attente… 

Retrouvez les épisodes précédents : 1/7 – 2/7

Episode 3
Dépression

Alexis Chevallier rentra d’Inde encore plus mal en point qu’à son départ. Non seulement sa tache sur le tibia comme sa toux avaient empiré mais pire que tout, alors qu’il ne s’était pas cogné lors de son voyage, il avait mal à une cheville et à l’épaule droite. Aussi, à peine eut-il déposé ses bagages chez lui qu’il se rendit au cabinet du docteur Martin. Non qu’il ait particulièrement confiance en ce médecin, mais cinq semaines auparavant elle l’avait reçu rapidement et sans rendez-vous. Et puis, elle était belle. Ce qui n’était pas négligeable pour ce célibataire à la recherche d’une âme sœur. À 35 ans, il ne rêvait plus vraiment même s’il fantasmait toujours. En Inde, il avait souvent imaginé la belle dans des positions peu conventionnelles.

Pour autant, ce fut bien sa mauvaise santé qui le précipita au cabinet médical du 6 rue des Alouettes en ce jour de juillet. Mais il trouva porte close. Un écriteau informait les patients de l’arrêt des consultations pendant une durée indéterminée. Les faits récents ayant contraint le médecin à stopper momentanément son activité. Alexis en fut pantois. Qui allait-il consulter ? Il ne connaissait aucun autre généraliste dans ce bled paumé. C’était maintenant elle son médecin traitant. Il fallait qu’elle l’examine, absolument. Il nota le numéro de téléphone du secrétariat afin de s’enquérir auprès d’eux sinon de la date de reprise des consultations au cabinet, du moins de la possibilité d’être visité à domicile par le joli toubib. Son téléphone portable oublié à l’appartement, il se hâta de rentrer, toussant et claudiquant, étrangement inquiet de ne pas revoir la charmante praticienne.

De son côté, Muriel, ne sortait plus de chez elle. Depuis qu’une bombe défectueuse avait été déposée dans sa salle d’attente, ne provoquant que de faibles dégâts dans le cabinet, la jeune femme vivait recluse, loin de ce village où elle s’était pourtant sentie acceptée. Elle venait pour les soigner, s’était crue appréciée, en sécurité et visiblement une ou plusieurs personnes voulaient la tuer. C’est en tout cas ce que semblait penser le Commissaire Prigent qui enquêtait sur l’affaire, plutôt énergiquement, à en croire les convocations reçues par la plupart des patients du docteur. Pourtant, il n’avançait pas plus que s’il avait joué la carte de l’immobilisme. D’après les dépositions enregistrées, tous aimaient le docteur Martin. Et ceux qui l’aimaient moins avaient des alibis irréfutables. La bombe du toubib, comme on l’appelait dans le coin, n’avait, pour le moment, pas le moindre suspect digne de ce nom. Le fonctionnaire de police en était déconfit tandis que Muriel se désintéressait de l’enquête, préoccupée par son éminent besoin de sortir faire des courses dans ce village qui avait souhaité sa mort. Depuis l’évènement, elle avait eu sa mère à la maison pour s’occuper du quotidien et l’aider à surmonter sa peur. Mais celle-ci partie, elle devait affronter les autres et leurs regards condescendants, curieux ou implorants. Le commissaire, croyant l’aider, lui avait souvent dit que son professionnalisme manquait à tous. Ce qui la tétanisait. Elle était médecin et n’avait plus confiance en l’être humain. Dès lors, comment le soigner ? Malgré l’angoisse qui montait en elle, Muriel enclencha la première vitesse de sa Clio pour se rendre dans le bourg, à la boulangerie, à l’épicerie et, si elle avait le courage d’affronter d’autres rencontres, chez le boucher. Elle prit machinalement la route qui menait à son cabinet et ce n’est que lorsqu’elle parvint à l’entrée de la rue des Alouettes qu’elle eut conscience de son acte manqué. Elle freina pour faire marche arrière quand elle vit une personne devant le numéro 6. Elle resta un instant à l’observer avant de sentir une chaleur l’envahir. Cet homme au loin, elle le reconnaissait. C’était le bel Alexis Chevallier qui, maintenant, boitait.

Retrouvez la suite : 4/75/76/7 – 7/7