L’affaire Dobelyou (3/6), Albert Dardenne

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé des épisodes précédents : Le tueur a signé son meurtre d’un W. Le commissaire Lefin craint d’avoir affaire à un déséquilibré. Une lettre anonyme arrive… 

Retrouvez les épisodes précédents : 1/6 – 2/6

Episode 3
Au suivant !

Avant même d’avoir lu, Delneuville se doute de ce qu’il va découvrir. Effectivement, c’est un classique collage de fragments de journaux :

« APPEL À TEMOIN INUTILE : DIEU PROTEGE MON BRAS
ET ME GUIDE POUR PURIFIER LA VILLE.
À BIENTÔT POUR LES SUIVANTS W. »

― Pas un mot à la presse, surtout, souligne Lefin. Ils vont encore nous créer une psychose.

***

Mardi 19 février.

― Un, deux, trois, nous irons au bois…
L’homme ricane. Finalement, c’était trop facile. Elle s’est à peine débattue. Et la flicaille est complètement dans le gaz. L’absence de réaction à sa lettre en témoigne. Il sent bondir en lui une pulsion d’irrépressible orgueil. Vite, au suivant !
Les dés roulent. Encore. Et encore. Et il note scrupuleusement le code qu’il traduit en numéro de page de l’annuaire. Puis vient le numéro de colonne. Ce n’est qu’alors, Benoît est formel, qu’il faut compter les lettres pour trouver le premier nom. Seule cette méthode objective est à même de désigner les seize victimes offertes pour sauver la planète. Seize ! C’est le nombre fétiche et la règle du jeu. Un rapide coup d’œil à la photo le fait frissonner : pas question de tricher !
Quinze, seize… Ça y est, le prochain nom est connu : ce sera Jacqueline Quinet. Ses coordonnées sont sans plus attendre transcrites dans le carnet…

***

Vendredi 22 février.

Une femme retrouvée égorgée
Saint-Jean-la-Ruelle. Ce jeudi sur le coup de 10 heures, le corps d’une dame âgée de soixante-sept ans a été retrouvé à son domicile, situé rue Maurice-Millet, à St-Jean-la-Ruelle, dans la périphérie orléanaise. Selon nos informations, c’est son fils qui réside un peu plus loin dans cette même rue qui aurait découvert, sur le carrelage de sa cuisine, le corps ensanglanté de Jacqueline Q.
La sexagénaire aurait été égorgée à l’aide d’un coup de couteau particulièrement effilé. L’heure du décès se situerait aux alentours de 2 heures du matin, mais personne n’a rien entendu dans le voisinage. Dès l’appel du fils de la victime, la police, le parquet et le laboratoire judiciaire ont investi la maison du drame pour y effectuer les différents devoirs et analyses d’enquête.
« C’était une femme sans histoire, confie une voisine qui la connaissait bien, Jacqueline était retraitée. Je ne comprends pas. Pourquoi la tuer ? En plus, nous vivons dans un quartier si paisible. »
Pour l’heure, le mobile du meurtre resterait inconnu du commissaire Lefin qui se sent toutefois interpellé par la blessure en forme de W qui entaille une paume de la victime.
Nos lecteurs se souviendront sans doute qu’en l’espace d’une semaine c’est en effet le second meurtre « marqué d’un W » qui survient dans la région. Serait-on en présence d’un tueur en série ?
PC

― Tueur en série ! soupire le commissaire en reposant sur son bureau l’édition locale de La Rep de ce vendredi 22 février, il voudrait semer la panique chez ses lecteurs, il ne ferait pas autrement.

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Lundi 25 février, 23h30.

Jean-Léon Monfrère prend congé de ses amis et quitte Le Bas Bleu, bistrot littéraire de la rue de Bourgogne, pour rentrer chez lui.
― À pied ? Mais bien sûr ! Comme tous les jours, bande de jean-foutre ! … Il pleut ! Et alors ? Il en a vu d’autres pendant la bataille de la Somme, nom de Dieu.
Du haut de ses quatre-vingt-neuf ans, Jean-Léon est presque vexé. À petits pas qu’il voudrait plus décidés, il s’engage en maugréant dans la rue de l’Éperon…
Il n’a rien senti venir. Quand il voit la lame, éclaboussée du sang qui gicle de sa carotide, il est déjà trop tard. Étonnamment, il n’éprouve aucune douleur. L’homme qui a surgi derrière lui parle, mais il ne l’entend pas. Ses genoux plient. Il a froid, il…
L’inspecteur Delneuville notera dans son rapport avoir été le premier à découvrir le corps, par hasard, à l’angle des rues de l’Éperon et du Puits de Linières. Les lieux étaient totalement déserts. De son côté le docteur Valderama confirmera que, d’après ses premières constatations, la mort ne devait pas remonter à beaucoup plus de trois heures avant son arrivée sur les lieux : la rigidité cadavérique ne commençait en effet à saisir le corps de la victime qu’au seul niveau de la nuque.

Retrouvez la suite : 4/6 – 5/6 – 6/6