Les limbes (2/6), Emmanuel Lefloch

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
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Résumé de l’épisode précédent : Dans un quartier calme de la ville, un homme a pénétré dans la maison de Pierre, un sexagénaire à la retraite pour lui faire subir un châtiment bien étrange. L’officier Le Balcon enquête et a bien du mal à comprendre. Il doit investiguer, analyser, des indices finiront bien par surgir.

Retrouvez l’épisode précédent : 1/6

Episode 2
Contours

La maison coquette aux volets verts s’harmonise parfaitement avec l’environnement résidentiel. Si on pénétrait dans cette maison, nul doute qu’on y trouverait de l’ordre.

En effet, tout y est bien rangé. Dans la cuisine, un homme boit un café en lisant son journal. Tout va bien, aucune nouvelle ne le concerne.

Il pose sa tasse dans l’évier et décide de rester en peignoir. Il n’a pas à sortir, simplement à continuer son travail. A ne jamais relâcher son effort car la mémoire, la déduction s’entretiennent. Il le sait, il a suivi des études de médecine, ces choses-là n’ont pas de secret pour lui.

Il descend les quelques marches qui mènent à la cave. La lumière est sombre, mais on distingue assez vite un effrayant décor.

Cet homme n’est pas médecin.

***

L’enquête préliminaire est la première étape. Après avoir reçu le rapport de la police scientifique, Patrice Le Balcon décide d’interroger le voisinage. Rien d’original mais il doit bien commencer par quelque chose. Après tout, quelqu’un a peut-être vu un individu s’introduire chez la victime.

« Rien » et « non » remportent le concours des mots les plus prononcés en un après-midi. Alors pourquoi ici ? La tranquillité du quartier semble en être la raison, l’agresseur doit penser qu’il ne sera pas dérangé. Il aurait fait la même analyse.

Le Balcon a prévu de rencontrer un médecin-anesthésiste, histoire d’en savoir plus sur les méthodes de cet étrange agresseur. Et vu le voile noir que tissent les voisins autour de cette affaire par leur sincère incrédulité, il ne faut pas traîner.

***

Dans la cave de la maison aux volets verts, l’homme étudie, réfléchit, élabore de nouvelles méthodes. Il est plongé dans ses lectures. Sa concentration est extrême. Autour de lui, le sol est jonché de valises, de trousses, de bocaux. Dans les valises, du matériel médical ; dans les trousses, des seringues ; dans les bocaux, des organes humains imbibés de formol.

***

— Asseyez-vous, je vous en prie
— Merci docteur. Tout en s’installant, Le Balcon poursuit : Pouvez-vous me parler de l’expérience de mort imminente ?
— Vous faites une enquête sur l’E.M.I. ?
— Oui, quelqu’un que je recherche s’intéresse au sujet en la faisant vivre à ses victimes.
— Ah, je vois… L’expérience de mort imminente, effectivement dans notre jargon « E.M.I. », est très étudiée par des collègues du monde entier, je vous transmettrai une bibliographie. Il s’agit d’interroger les patients qui ont été en mort cérébrale durant quelques instants. On les nomme les expérienceurs. Ça se passe après un infarctus, une attaque cardiaque, un coma prolongé… A leur « retour », ils racontent ce qu’ils ont vu ou ressenti.
— Le tunnel, la lumière blanche, sortir de son corps… J’ai lu un article sur Internet.

Le silence s’installe quelques secondes et le médecin reprend.

— Vous dites qu’il provoque une E.M.I. chez ses victimes, pratiquant une sorte d’étude clinique, c’est cela ?
— Ce serait ça, enfin pour l’instant, nous n’avons qu’un plaignant. Reste à savoir s’il s’agit d’un cas isolé.
— Je comprends votre embarras, mais qui donc pourrait se lancer dans une telle aventure ?

Le Balcon est perplexe. Qui peut faire ça ? Notre homme – ou notre femme – cherche à étudier l’E.M.I., d’accord, mais beaucoup de travaux existent. Il veut avoir une démarche originale, créer quelque chose, faire l’événement ? Il a du matériel médical sophistiqué, comment l’a-t-il eu ?

Le cerveau de Le Balcon se met à fonctionner à pleine régime. « L’enquête démarre, maintenant », se dit-il. L’image de l’agresseur reste encore très floue, mais fort de son expérience de trente ans à la criminelle, il en imagine les premiers contours.

Retrouvez la suite : 3/6 – 4/65/6 – 6/6