Cette semaine, c’est Maxime qu’on a délogé de son bureau ! En quelques phrases, il nous plonge dans un univers de BD et nous ramène en enfance.

Coralie : Salut Maxime ! Pourrais-tu nous résumer ce que tu fais chez shortEdition ?
Maxime : Je m’occupe principalement de recruter de nouveaux auteurs de BD, de regarder ce qui se fait sur différents blogs et différentes plateformes. Evidemment, je m’occupe aussi des échanges avec les auteurs, par exemple à propos de petites modifications à faire ou lorsqu’ils ont des questions.

C : Quelles sont tes références en BD ?
M : J’aime bien quand la BD quitte le format européen. J’ai beaucoup aimé Habibi de Craig Thompson, qui est une BD très longue. C’est une fable sur les Mille et Une Nuits, mais également sur le bouleversement que connaît le Moyen-Orient en ce moment avec la construction de grosses tours , etc. C’est très onirique et très joli.
J’ai aussi beaucoup aimé Freaks’ Squeele de Florent Maudoux : on suit des étudiants qui sont dans une université de super-héros. C’est assez réaliste au sens où ils ont des cours de marketing, de gestion de leur image, ils apprennent à faire leurs costumes, … Ça fait très « teen movie » à la française. Florent Maudoux a bien géré la mise en scène. Je me souviens d’une planche qui montre une héroïne sous forme de Walkyrie, qui passe à travers une verrière, fais un roulé-boulé et monte sur une moto : j’ai rarement vu une action qui soit aussi lisible, c’est très impressionnant.

C : Est-ce que tu fais toi-même de la BD ?
M : J’aimerais bien à force de lire autant de BD ! Mais ça demande une certaine technique et une maîtrise qui n’est pas évidente. Si je sais dessiner sur du papier, à l’ordi c’est plus compliqué. J’ai récupéré une tablette graphique et j’essaye de m’y mettre, mais je suis assez exigeant. Par contre, la grande différence qu’apporte une tablette graphique, c’est qu’il y a plus de liberté avec le dessin : tu peux retourner en arrière, dupliquer, tordre, modifier un trait, apporter des choses, et ton papier ne s’abîme jamais ! Il y a plus de possibilités, et surtout tu peux le partager plus facilement.

C : Quelle est la première BD qui t’a marqué ?
M : La Jeunesse de Picsou de Keno Don Rosa. Il faut bien comprendre que Picsou, Donald et compagnie, il y a eu plein d’auteurs différents qui s’en sont occupés. On croit que c’est Walt Disney qui a fait tous les dessins, mais il n’y mettait que sa signature. Du coup, il y a deux auteurs très bien, qui sont Don Rosa et Carl Barks. La Jeunesse de Picsou ressemble à Forrest Gump, tu as toute sa vie qui repasse en même temps qu’évolue l’histoire de l’Amérique (parce que Picsou est un écossais qui émigre, et participe aux ruées vers l’or !). Arriver à faire une série de BD d’aussi bonne qualité pour les jeunes lecteurs, c’est quelque chose que j’apprécie beaucoup. Parce qu’on pense toujours qu’on n’a pas besoin de faire de la qualité pour les enfants, mais c’est faux.

C : Est-ce que, d’après toi, on peut allier communication et BD ?
M : Bien sûr. La BD est un super moyen d’expression, un média, très clairement. Elle fait partie de l’industrie culturelle, on l’utilise de plus en plus dans les publicités, les documents d’entreprise, … J’aime bien citer Pyongyang de Guy Delisle : c’est le document qui m’a le plus appris sur la Corée du Nord, bien plus que tous les articles que j’ai pu lire sur la situation de ce pays.

C : Aurais-tu un livre, un site voire un film à nous recommander ?
M : Un livre : J’ai beaucoup aimé La chute de Camus, parce que ça raconte l’histoire d’un avocat qui est à la poursuite de la perfection, et il y arrive, mais en étant trop parfait il dégringole d’un coup. C’est un écrit très stylisé, tu as l’impression qu’à chaque page tu pourrais faire un commentaire composé sans problème !

Un site : Je lis beaucoup slate.fr, c’est un site d’informations, mais ils sont assez forts parce qu’ils arrivent à être détachés du direct. Ils sont toujours à j+1, ils ont un point de vue et une approche particulière. Ils me fournissent une bonne part des anecdotes que je sors lors de conversations !

Un film : J’ai envie de faire mon original, c’est un film que j’ai vu tout petit et revu il y a pas longtemps : un Winnie l’Ourson, il était très soigné ! Non mais je suis sérieux ! Ça se passait dans un livre, et le film joue avec le livre en tant que support. Par exemple, les lettres tombent lorsqu’il pleut, les personnages sautent de pages en pages et négocient avec la voix off. Le fait d’avoir vu un film de cette qualité m’a poussé à considérer le livre avec suffisamment de liberté, vraiment comme un support. Et arriver à évoquer ça pour un public de cet âge, c’est assez fort. Mais attention, tous les films de Winnie l’Ourson ne sont pas bien ! [rires]

C : On te croit ! Merci pour ton temps Maxime !
M : Merci à toi !