Cette semaine nous avons échangé avec Philippe Greffard, ou Philgreff ! Lauréat du Grand Prix Printemps avec J’ai rencontré le Père Noël, il nous parle de son expérience sur Short Edition, mais aussi de ses projets en cours, d’encre de Chine et de Bruegel.

Coralie : Bonjour Philippe ! Comment vous est venu le goût du dessin ?
Philippe :
Je l’ai depuis tout petit, comme tout le monde. Tous les enfants dessinent mais certains s’arrêtent en chemin : moi pas, je continuais de dessiner même dans les marges des cahiers à l’école. Après la 3e, j’ai préparé un CAP de peintre en lettres (ça garde un lien avec le dessin, sans doute !). Au bout de quelques temps, j’ai passé un équivalent du bac et suis allé étudier l’histoire à la fac. J’étais surveillant d’internat, puis formateur en centre de formation d’apprenti en histoire géo, français et éducation socio-culturelle. Finalement avec la réforme du bac pro, je n’ai pas continué dans cette voie. Par contre, c’est à ce moment-là que j’ai commencé mon blog de dessin. Actuellement, je survis en dessinant toute la journée, j’ai plein de projets.

C : Le lancement de votre blog avait-il pour objectif d’exposer vos illustrations tout simplement ou plutôt de vous faire une place dans ce monde ?
P : J’avais eu un désamour avec la BD au début des années 90 : j’avais essayé de démarcher des éditeurs et je me suis rendu compte que c’était un milieu très fermé, difficile d’accès. Au bout d’un moment, j’ai repris la peinture et mis mes toiles sur internet, mais mon style ressemble trop à de l’illustration ou de la BD pour qu’on le pense comme une simple peinture.
Il y a deux ans à peu près que je me suis lancé dans le blog BD. J’ai découvert un monde fantastique, j’ai relu des BD d’auteurs que je connaissais, d’autres que je ne connaissais pas. J’ai continué à poster des dessins d’humour sur mon blog et finalement Internet a fait la différence : j’ai rencontré plein de gens, monté plusieurs projets. Ça m’a aussi amené à auto publier 5 ouvrages.
Mon but maintenant est de continuer d’alimenter le blog parce qu’il y a un public que ça touche et qui vient tous les jours.

C : Quels sont vos projets actuels ?
P : J’ai un projet avec Mr Pyl, qui est principalement dans la musique, fait des spectacles et des concerts. J’avais commencé une série « Jean Quelque Chose », qui raconte l’histoire d’un personnage dont le nom commence par « Jean ». Avec Mr Pyl, on se connaissait un petit peu, j’avais fait une caricature de son groupe de rock et il est venu vers moi suite à ça. Depuis quelque temps, on met en ligne deux fois par semaine une chanson illustrée : Mr Pyl créé une chanson sur ce thème de « Jean Quelque Chose » et je l’illustre. Pour l’instant ça nous amuse et semble ne pas trop mal fonctionner. Mais je multiplie les projets, j’ai parfois des commandes d’affiches, d’illustrations : il y a l’association des parents d’élèves qui commence à bien me connaître [rires], mais aussi des sites comme 30 jours de BD ou Vie de merde qui viennent me chercher. Je ne suis pas d’une nature à aller forcément vers les gens, je suis plutôt timide donc ce sont de bonnes occasions !

C : Quelle technique de dessin utilisez-vous ?
P : Surtout l’encre, je n’y connais rien en informatique ! [rires] J’ai un copain qui m’a installé Photoshop mais je ne m’en sers que pour redimensionner mes planches. Il faudrait que je m’y mettre mais ça demande de prendre du temps pour y aller pas à pas. J’adore le pinceau sur le papier, faire des traces d’encres, j’ai du mal à m’en passer. Les outils modernes m’aideraient pas mal pour certains projets, mais j’adore travailler à l’ancienne avec un crayon de bois, un pinceau, de l’encre de Chine.

C : Que retirez-vous de votre expérience sur Short Edition ?
P : Je suis plutôt content parce qu’au départ, j’avais mis quelques dessins pour voir ce que ça allait donner : j’essaye d’être présent un peu partout. Je trouve qu’il y a pas mal de réactivité notamment au niveau des commentaires. Je suis quelquefois surpris, parce que ce ne sont pas les planches que je préfère qui marchent le mieux, c’est intéressant de voir l’interprétation qu’en font les gens. Par exemple, j’adorais Royal Ascot, où il pleut des jockeys, c’était une idée surréaliste dont j’adorais le traitement, le dessin. Le Comité éditorial ne l’a pas retenu mais ce n’est pas un souci, ça fait partie du jeu ! Alors que J’ai rencontré le Père Noël, je l’aimais bien mais ne pensais pas qu’il serait lauréat pour le Grand Prix Printemps 14 ! Tout ça me permet de me redéfinir et ajuster en fonction des attentes des lecteurs.

C : Avez-vous des modèles au niveau de l’illustration ou de la peinture ?
P : Hugo Pratt, même si ce que je fais n’y ressemble pas. J’aime bien quand ses cases deviennent presque abstraites, ces grands à-plats de noir et de blanc qu’il sait faire.
Gir (Jean Giraud) aussi, notamment quand il faisait Blueberry : c’était plein de détails, de traits fins.
Et Hergé, c’est un style encore différent, une ligne claire et un sens certain de la narration. On ne peut pas tricher avec un dessin comme ça, tout est dit dans les lignes simples.
Côté peintres, Bruegel est un de mes préférés : c’est presque de la BD tellement ses tableaux sont denses et décrivent des histoires.