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GP-300-hiver

Les œuvres lauréates du Palmarès Hiver 2016 viennent d’être désignées par les lecteurs (d’une part) et par Short Edition et les lecteurs du Comité éditorial (d’autre part) !
Vous pourrez les savourer à nouveau dans SHORT 15, qui sortira début février…

Félicitations à tous !

Et à demain…

Matteo

Le laboratoire du sommeil (6/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Jeanne Mazabraud :
épisode 1/6 : Mystérieux décès
épisode 2/6 : Disparitions curieuses
épisode 3/6 : Un avocat peu coopératif
épisode 4/6 : Le mobile improbable
épisode 5/6 : La veuve noire

Résumé des épisodes précédents : Alors que Georges et John s’interrogeaient sur le comportement suspect de Francis K. – le patient narcoleptique qui avait disparu en pleine nuit, à l’heure même du décès inexpliqué de Dean B. –, celui-ci regagne la clinique. La veuve de Dean B. lui tombe dans les bras : c’est son « grand frère » ! Les sleepdoctors vont de surprise en surprise.

Episode 6
L’irréfutable diagnostic

Georges a l’impression d’être acteur dans une série télé. Ces invraisemblables rebondissements le laissent pantois. Il essaie de se ressaisir, passant en revue les faits : Dean B. meurt de façon inexpliquée à trois heures du matin. Dans le même temps, Alex G. le somnambule, brutalement tiré de sa crise par Francis K., prend peur et s’enfuit.
Avant de se plonger dans d’autres théories, Georges décide de téléphoner aux parents d’Alex G. : peut-être que leur fils – encore mineur – a réintégré leur domicile dans la nuit, indemne. Fait confirmé par le père du jeune homme, qui maugrée – mais modérément – contre la clinique « qui pourrait un peu mieux surveiller ses patients ».
Deuxio, Francis K. et Jacky, la veuve de Dean B. ne sont pas amants. Georges s’éponge machinalement le front, soulagé d’échapper au moins à une incongruité : le couple illégitime improbable uni dans le crime pour se débarrasser du mari encombrant. Ouf !

Jacky est passée tranquillement aux « aveux » pendant la somnolence de son frère. Longtemps, elle avait été dans l’ignorance des séjours de Dean B. à la clinique. Le dynamique – et tyrannique – septuagénaire, jaloux comme un pou, ne tenait pas à ce que sa quatrième épouse lui échappe comme les trois autres ; elles avaient gagné de somptueuses pensions en faisant valoir lors du divorce « l’instabilité nocturne » de leur époux. Francis K. tentait donc de se faire soigner à l’insu de sa compagne. Laquelle avait découvert le pot aux roses grâce à son frère.

Francis K. était aussi attaché à sa sœur qu’il avait son beau-frère en grippe. L’infâme lawyer plein aux as le méprisait au point de lui interdire sa demeure. Il voyait donc Jacky en cachette. Au cours d’un brunch en tête-à-tête, il avait fini par révéler à sa cadette le secret des hospitalisations de son époux, lui décrivant avec brio la tête du beauf lorsqu’ils s’étaient trouvé nez à nez, en pyjama, au laboratoire du sommeil. Quelle histoire ! Francis K. était passé du vert au framboise, avait éructé puis fini par supplier son beau-frère de garder le secret. Il paierait le prix. Combien Francis K. voulait-il ? Stupéfait par tant de morgue, humilié qu’un parent (même par alliance) le juge achetable, Francis K. avait tourné les talons… et avait sombré dans le sommeil. Les deux hommes ne s’étaient plus jamais adressé la parole. Francis K. avait-il eu des envies de meurtre ? Jacky fit la moue : peut-être mais ce bon gros mou n’aurait jamais eu le courage de passer à l’acte. Elle n’en aurait pas dit autant de cette teigne de Dean B.

Un silence de mort s’établit soudain dans le lobby. L’éminent Professeur Gil Mountain, – dont le staff, avec l’accord de la police, avait sollicité l’expertise –, après avoir attiré l’attention de l’assistance, annonça avec autorité : « Mes amis, j’ai examiné le corps de Dean B. avec la plus grande attention. Le patient a succombé à une rupture d’anévrisme cérébral. J’ai délivré le permis d’inhumer. Madame B., je vous présente mes très sincères condoléances ».

Déjà la police se repliait, le hall de la clinique reprenait son allure normale, le staff avait libéré la salle d’attente. Georges et John s’apprêtaient eux aussi à quitter les lieux, un peu mal à l’aise de leurs élucubrations nocturnes. Il faudrait en rire un jour… Fred, le technicien, parka sur le dos, les frôla sans les voir. Un intense soulagement éclairait son visage anodin. Georges pourtant crut apercevoir dans son regard comme une maléfique jubilation… Allons, se dit le sleepdoctor, le manque de sommeil doit me jouer des tours.

Le laboratoire du sommeil (5/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Jeanne Mazabraud :
épisode 1/6 : Mystérieux décès
épisode 2/6 : Disparitions curieuses
épisode 3/6 : Un avocat peu coopératif
épisode 4/6 : Le mobile improbable

Résumé des épisodes précédents : Après examen des tracés d’EEG de Francis K., Georges et son confrère John sont convaincus que le patient narcoleptique était parfaitement éveillé au moment du décès de Dean B. Les hypothèses et faits cliniques tendraient vers une théorie criminelle… Quand soudain, Francis K. réapparaît.

Episode 5
La veuve noire

Le souffle court, la démarche gauche, Francis K. s’avança dans le hall où stationnaient policiers, médecins, infirmiers, sans compter la veuve et son inséparable avocat. Il s’arrêta bras ballants et regard perdu tandis que, faisant volte-face vers l’entrée, la majorité de cette assemblée hétéroclite s’exclamait en chœur : « Francis ! Où étiez-vous donc passé ? ». Deux malabars en tenue s’étaient prestement positionnés près de la porte, prêts à dégainer.

Soudain Jacky, qui n’avait plus émis de lamentations depuis quinze bonnes minutes, fonça sans prévenir sur Francis K., bras tendus : « Francky, darling ! C’est si gentil d’être venu. Je savais que je pouvais compter sur toi ». Sans plus de façon, la veuve s’écroula sur l’épaule rebondie de l’obèse, dont le sourire gêné n’échappa à personne. Surtout pas à Georges ni à John qui échangèrent des regards stupéfaits. Jacky et Francis K. se connaissaient donc ? Pouvait-on imaginer une relation entre deux êtres aussi dissemblables ? La belle et énergique quatrième épouse de Dean B. et le somnolent sexagénaire au statut social flou, complices d’un crime passionnel ? D’un rapide échange de regards, les deux médecins convinrent de ne pas s’emballer. Il fallait par dessus tout raison garder. S’en tenir aux faits.

Les effusions de Jacky se calmèrent, son lawyer ayant pris l’initiative de lui faire lâcher prise. Elle accepta de s’asseoir dans la salle d’attente.
Francis K., libéré et soulagé, se soumit sans protester aux questions. Oui, reconnut-il avec un grand naturel, il s’était éveillé vers trois heures du matin. Oui, il s’était débranché, mais c’était pour venir en aide au jeune Alex G. qu’il voyait errer dans le couloir, sans doute atteint d’une crise de somnambulisme. Il ne connaissait pas plus que ça le jeune homme, mais ils avaient été voisins de chambre à deux ou trois reprises au cours de sleep tests. Le regard vide, « comme perdu », de ce gamin « sans défense » l’avait ému. Maladroitement, il le reconnaissait volontiers, il avait, cette nuit-là, tenté d’arrêter la marche du jeune homme et essayé de le remettre au lit. C’est alors qu’il avait fait une chute. Alex G. s’était éveillé pour de bon, en sursaut, paniqué. Après, après… Francis K. avait un trou de mémoire. S’était-il évanoui, tombant en syncope, ou – comment disait-on déjà ? –, avait-il eu une crise de cataplexie, mou comme une chiffe sur le carrelage ? Toujours est-il que lorsqu’il avait retrouvé ses esprits, Alex G. avait disparu, ce que corroborait le témoignage du policier en faction dans le lobby.

Georges insista : pourquoi ne pas avoir donné l’alerte ? Il était aisé de sonner le technicien. Habitué des lieux, Francis K. connaissait les procédures que l’on rappelait de toute façon à chaque patient à chacun des tests, ainsi que l’exigeait le règlement. C’est le moment que choisit l’obèse pour tomber en brusque somnolence. Simulation ? Georges interrogea John du regard. Le sleepdoctor fit un signe de dénégation. Il fallait prendre le symptôme au sérieux.
C’est alors que Jacky réapparut, toutefois sans la théâtralité qui avait jusqu’alors caractérisé ses prestations. Digne, presque humble, la veuve, sans doute conseillée par son avocat, sollicita la parole. « Laissez-moi vous expliquer. » Puis, interloquée, découvrant Francis K. avachi dans le sommeil : « Mais… Qu’arrive-t-il à mon grand frère ? »

Retrouvez les épisodes suivants : 6/6

Le laboratoire du sommeil (4/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Jeanne Mazabraud
épisode 1/6 : Mystérieux décès
épisode 2/6 : Disparitions curieuses
épisode 3/6 : Un avocat peu coopératif

Résumé des épisodes précédents : Peu avant le décès de Dean B. le jeune Alex G. faisait une crise de somnambulisme. Francis K. semblait être sorti du sommeil et s’être débranché. Les deux patients avaient disparu. L’imagination de Georges bouillonnait. Quitte à susciter la risée de ses collègues, il devait faire part de ses hypothèses.

Episode 4
Le mobile improbable

Le jour commençait à poindre. La fatigue s’imposait à tous. Fred, que l’enquêteur avait longuement interrogé, avait rejoint le lobby, épaules basses, voix éteinte : « Il m’a cuisiné comme si j’étais le coupable idéal. Il voulait m’entendre dire que j’avais fait une fausse manip, que j’avais injecté je ne sais quel produit en surdose. Et pourtant je lui ai expliqué que c’est un labo du sommeil : on branche des électrodes, on surveille les tracés du cerveau, du cœur, le mouvement des yeux… On n’injecte aucun produit dangereux ! Mais rien à faire. Et cette Jacky qui joue les veuves éplorées ! ». Fred s’effondrait. On l’entourait, mais avec une certaine retenue. Après tout… Who knows ? Un homicide par négligence cela s’était vu maintes fois. Inconsciemment, chacun échafaudait un scénario plausible dans sa tête : arrêt cardiaque, Fred, qui n’est pas médecin et qui est peut-être occupé à autre chose ne réagit pas immédiatement. La fraction de temps qui tue.

Alors que le staff, replié dans un salon d’attente, se concertait sur les mesures à prendre pour éviter les débordements médiatiques, Georges s’approcha de Fred et, lui posant une main fraternelle sur l’épaule, lui demanda :
— Je peux te poser une ou deux questions ?
Le technicien, qui en avait plus que sa claque des interrogatoires, répondit avec réticence.
— What else ? J’ai tout dit ! Mais toi le Frenchie, je te fais confiance. Dis-moi.
— Simplement où était Francis K. au moment du drame. Son tracé d’EEG montre qu’il était sorti du sommeil paradoxal. Il ne dormait plus. Est-ce que tu as vu quelque chose ?
Fred ouvrit des yeux incrédules. Eveillé Francis K. ? Polarisé par l’urgence Dean B., il n’avait plus prêté attention aux faits et gestes des autres patients. A la réflexion, il se souvenait de la crise de somnambulisme du petit rouquin et il avait encore dans les oreilles les ronflements apnéiques. Le reste… Non, vraiment, il ne se souvenait pas. Sauf peut-être le bruit sourd qu’il avait perçu du côté de la chambre de Francis K.

Tracé en main, Georges se tourna vers son confrère John, un sleepdoctor chevronné. Marié à une Française, John avait vécu un temps à Paris. Le couple avait fréquemment invité le médecin français et une amitié était née. On avait ri des aventures de John dans une boulangerie du cinquième arrondissement, découvrant la subtile différenciation entre pain coupé et tranché. On avait pris en pitié Georges, confronté au terrible dilemme des étrennes à distribuer à la myriade de concierges, garçons d’étages et d’ascenseur qui hantaient son building de trente étages downtown.

John prit son temps pour examiner les relevés que lui tendait Georges. D’un hochement de tête, il confirma l’hypothèse : Francis K. était bel et bien éveillé au moment de l’accident. Quelles déductions en tirer ? Les deux amis étaient perplexes. Le bruit entendu par Fred était-il le signe d’un incident cataplexique qui aurait fait chuter l’obèse ? Ces épisodes étaient souvent déclenchés par une émotion forte : anxiété d’avoir commis l’irréparable sur la personne de Dean B. ? Joie intense de l’avoir fait ? Et cette fuite au nez et à la barbe de tous… Les faits cliniques pouvaient, dans une certaine mesure, corroborer leurs extrapolations. Restait cependant l’essentiel : le mobile de crime – si crime il y avait – et, last but not least, la façon dont il aurait pu être commis en présence permanente d’un technicien dans la salle de contrôle du labo.

Alors que leurs échanges semblaient confirmer leur théorie, Francis K. poussa la porte à tambour de la clinique.

Retrouvez les épisodes suivants : 5/66/6

Le laboratoire du sommeil (3/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Jeanne Mazabraud :
épisode 1/6 : Mystérieux décès
épisode 2/6 : Disparitions curieuses

Résumé des épisodes précédents : Parallèlement à l’enquête de police qui semblait se concentrer sur l’interrogatoire du technicien et l’autopsie, Georges eut la curiosité d’examiner les enregistrements des autres patients dans la cabine technique et un détail retint son attention…

Episode 3
Un avocat peu coopératif

A l’instant où il allait appeler un confrère pour lui faire part de son observation, Georges vit Fred happé dans le couloir par un policier en surpoids.

L’enquêteur procédait maintenant aux auditions et en tant que témoin de première main, Fred devait être entendu le premier. Il a donc expliqué avoir suivi la routine : accueil des patients, pose des électrodes, vérification du bon fonctionnement des appareils. Le jeune Alex G., pour une fois, s’était montré coopératif. Tout s’était bien passé aussi avec Francis K. Et les deux nouveaux s’étaient montrés particulièrement dociles. Quant à Dean B… A son habitude, l’avocat s’était comporté avec froideur et arrogance. On se demandait, pensait Georges in petto, pourquoi ce genre de personnage s’imposait la corvée d’une nuit au labo dont il ne tirerait que peu de profit. Ce juriste habitué à analyser avec finesse et intelligence les cas les plus complexes changeait totalement d’attitude lorsqu’il s’agissait de sa santé. Il vitupérait, refusait de suivre les traitements prescrits. Hormis un usage intensif et constant de zolpidem, Dean B. ne voulait rien entendre. Toujours est-il qu’il avait quand même pris place dans sa chambre.

Compte tenu du nombre restreint d’hospitalisations cette nuit-là, un seul technicien était affecté au laboratoire. Fred, une fois les cinq patients installés, avait pris place dans la salle de contrôle d’où il surveillait l’évolution du sommeil de chacun d’eux. A trois heures moins le quart, Alex G. avait traversé sa première crise de somnambulisme, en phase de sommeil profond. L’EEG, consulté par Georges, le montrait nettement. Alex G. s’était déplacé, vraisemblablement dans le couloir. Selon Fred, rien d’anormal ou de violent ne s’était produit bien qu’il ait entendu un bruit « comme quelqu’un qui trébuche ou se cogne dans un meuble ». A partir de trois heures, le technicien, alerté par les bips de détresse émanant du corps de Dean B., s’était entièrement concentré sur son patient, intervenant d’abord à partir de sa salle de contrôle pour vérifier que toutes les électrodes étaient correctement branchées. Cinq minutes s’étaient écoulées avant que Fred – enfin pleinement conscient du drame qui se jouait – n’alerte le médecin de garde. Trop tard. Dean B. s’en était allé ad patres.

Et Francis K. ? Le narcoleptique avait rapidement atteint sa phase de sommeil paradoxal ; mais, vers trois heures, heure fatidique, l’enregistrement montrait que le patient était totalement éveillé ! Telle était la conclusion de Georges dont il tenait particulièrement à s’entretenir avec un confrère ainsi qu’avec Fred, certes monopolisé par le cas Dean B., mais seul technicien présent au laboratoire et, à ce titre, censé surveiller l’ensemble des hospitalisés. Qu’avait fait Francis K. pendant cette période ? Avait-il quitté sa chambre ? Dans quel but ? Généralement les patients débranchaient leurs électrodes, avec ou sans aide, une ou deux fois par nuit pour se rendre aux toilettes. Peut-être était-ce tout bêtement le cas ? Mais pourquoi disparaître en pleine nuit sans prévenir ? Avait-il entraîné dans sa fuite le jeune somnambule ?

Retrouvez les épisodes suivants : 4/6 – 5/66/6

Le laboratoire du sommeil (2/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez l’épisode précédent de la nouvelle de Jeanne Mazabraud :
épisode 1/6 : Mystérieux décès

Résumé de l’épisode précédent : Georges, un médecin français en contrat chez les sleepdoctors américains, a été confronté au laboratoire du sommeil à un très grave incident. Un patient est mystérieusement décédé pendant sa nuit en observation.

Episode 2
Disparitions curieuses

La clinique était réputée, tout autant que Dean B. La police s’était donc efforcée de se faire discrète, épargnant la stridence des sirènes. Il n’en régnait pas moins un beau remue-ménage lorsque Georges rejoignit le hall. Fred, le technicien qui avait constaté le décès, était le centre de toutes les attentions. Un enquêteur l’avait isolé pour l’interroger sur les circonstances exactes du décès.

Jacky, la veuve de Dean B., tous voiles dehors, n’avait pas mis longtemps à endosser son nouveau rôle. Elle s’était empressée de convoquer un lawyer qui fourbissait déjà ses arguments pour attaquer l’établissement rendu d’emblée responsable du décès. Les enfants d’un premier lit, qui vivaient sur la Côte Ouest, étaient attendus en fin de matinée. Ils engageraient vraisemblablement eux aussi une procédure. On allait traverser des turbulences. Un peu de battage médiatique autour de l’affaire risquait de mettre en péril la réputation, pourtant solide, du laboratoire.

Georges interrogea ses collègues : pourquoi n’avait-on pas accès au corps de Dean B. ? La police scientifique s’affairait, lui dit-on, dans la chambre qu’avait occupée l’avocat. Aucun membre de la clinique n’y était admis pour l’instant.

Tout se passait comme si la conduite des événements échappait au personnel médical et même au staff de la clinique. Il n’était que quatre heures du matin. Les autres patients étaient censés subir les tests jusqu’à huit heures. Georges vérifia la liste des hospitalisés de la nuit. Sur les onze chambres, cinq seulement étaient occupées. Deux apnéiques dont c’était le premier sleep test ronflaient au bout du couloir. Le brouhaha n’avait apparemment pas interrompu le rythme erratique de leur respiration. Outre l’habitacle réservé à Dean B., les deux autres malades n’étaient autres qu’Alex G., le petit rouquin, et l’obèse Francis K. Georges, sans réfléchir, s’engouffra dans le couloir du laboratoire à leur recherche.. Impossible que le bruit ne les ait pas perturbés. Dans le cas d’Alex G. il craignait l’effet dévastateur que pourrait avoir la découverte de la mort d’une personne que l’adolescent connaissait, même s’il n’existait – c’est le moins qu’on puisse dire – aucun rapport d’affection entre eux. Quant à Francis K., on ne pouvait prévoir l’impact. Tout dépendait de la phase dans laquelle se trouvait le patient.

Georges constata rapidement que les deux chambres étaient vides ! Avant d’inquiéter le reste du staff, il s’assura rapidement qu’ils n’avaient pas trouvé refuge dans les stalles vacantes. Force était de constater qu’ils s’étaient envolés tous les deux, à l’insu du technicien submergé par les événements, mais aussi au nez de la sécurité. L’un des policiers stationnés dans le lobby se souvint avoir vu passer le petit rouquin. Quant à Francis K., mystère.

On verrait plus tard. La première des choses était de vérifier la cause du décès de Dean B. Les enregistrements devraient fournir de précieuses informations. Georges se rendit dans la cabine technique, mais l’électroencéphalogramme et l’électrocardiogramme du mort avaient été récupérés, vraisemblablement par la police. Il aurait dû y penser. En revanche, les enregistrements des deux ronfleurs se poursuivaient sans discontinuer. Ceux de Francis K. et d’Alex G. étaient encore en place. Par curiosité médicale, Georges commençait à les examiner lorsqu’un détail attira brusquement son attention.

Retrouvez les épisodes suivants : 3/6 – 4/6 – 5/66/6

Le laboratoire du sommeil (1/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Episode 1
Mystérieux décès

Georges est un habitué des nuits troublées, apnéiques, voire sans sommeil. Pas le sien. Celui des autres. Aux Etats-Unis, on appelle ce métier sleepdoctor. Il a quitté la France pour un contrat d’un an dans l’une de ces cliniques spécialisées où viennent en consultation des gens riches et stressés, des hommes pour la plupart. Riches parce qu’en Amérique, comme on le sait, la couverture sociale n’est pas encore généralisée. Avant de mettre un orteil dans les laboratoires du sommeil, il faut sortir sa carte de crédit et prouver que l’on dispose d’un compte généreusement approvisionné. Parmi les patients atteints de troubles du sommeil que traitait sa clinique d’accueil, nombreux étaient les lawyers septuagénaires qui en étaient à leur dixième sleepstudy. A se demander si les nuits passées le crâne, la face et la poitrine bardés d’électrodes en vue de leur polysomnographie, n’étaient pas les seuls moments de calme dans une vie hantée par l’obligation de réussir, de produire, de faire du fric. Ils ingéraient à haute dose café et alcool, étaient des workaholics patentés dont les nuits tournaient au cauchemar. Ils étaient fréquemment affectés de tremblements irrépressibles, de crampes et de sueurs si abondantes qu’épouses et maîtresses déclaraient forfait en dépit des engagements couchés dans le prenup, le contrat de mariage, d’entretenir des relations sexuelles à fréquence fixe et rapprochée.

Gavés de tranquillisants et de somnifères, que le temps rendait inefficaces, les septuagénaires rejoignaient au laboratoire les obèses narcoleptiques, affectés de somnolences diurnes à répétition qui leur pourrissaient la vie. Certains d’entre eux subissaient en outre des crises d’hallucination en passant de la veille au sommeil. C’était le cas de Francis K. : cette bonne pâte d’obèse pouvait se transformer sans préavis en furie. Il « voyait » des cadavres ambulants le menacer de leurs dents avides, des animaux de légende compresser sa cage thoracique jusqu’à l’étouffement. Le technicien et le sleepdoctor de permanence avaient toutes les peines du monde à rendre Francis K. au monde réel. Georges en avait personnellement fait l’expérience.

Georges se souvenait en revanche avec attendrissement d’Alex G., un maigre garçon, un rouquin fragile affecté d’un somnambulisme tenace. Le technicien du laboratoire devait, à chacun des séjours de l’adolescent, employer des trésors de patience et de douceur pour le persuader d’accepter la pose des électrodes. Alex G. faisait parfois plusieurs crises par nuit. Il arrachait les branchements, déambulait d’une chambre à l’autre au grand dam des autres patients que le passage inopiné et silencieux du jeune fantôme troublait profondément. L’un des lawyers, Dean B., une des pointures du barreau de Nashville., avait d’ailleurs menacé à plusieurs reprises d’attaquer la clinique, ainsi qu’Alex G. et ses parents.

Mais Dean B. n’avait pas eu le temps de mettre ses menaces à exécution : son troisième séjour devait lui être fatal. En pleine nuit, le technicien, confronté à la platitude soudaine des électro-encéphalogramme et électrocardiogramme du patient, avait donné l’alerte. Ses tentatives de réanimation restèrent vaines. Il fallut constater le décès. On prévint la police, puis la famille. Rappelés en urgence de leur domicile, les médecins – Georges compris – accoururent en hâte.

Retrouvez les épisodes suivants : 2/63/6 – 4/6 – 5/66/6

La stagiaire (6/6), Patrick Ferrer

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Patrick Ferrer :
épisode 1/6 : Un colis embarrassant
épisode 2/6 : La théorie des asticots
épisode 3/6 : Tempête au 36
épisode 4/6 : Rendez-vous au Frigo
épisode 5/6 : Perdu

Résumé des épisodes précédents : Coup de théâtre au Palais de justice ! Le procureur a refusé d’entériner les conclusions de l’enquête, éliminant la thèse du suicide. Voici le commissaire Desjoux dans de très sales draps…

Episode 6
L’épreuve du matelas

Le divisionnaire ouvrit la bouche pour protester, mais le procureur l’arrêta net.
— Je comprends que les liens étroits que la victime entretenait avec le préfet de police puissent s’avérer embarrassants, mais si quiconque tente d’exercer des pressions sur votre enquête, je veux que vous m’en informiez immédiatement. Le greffier vous remettra le mandat de perquisition. Un matelas, ça ne doit pas être bien difficile à trouver, n’est-ce pas ?
Le divisionnaire émit des sons indéchiffrables et se retira, l’air sombre. Desjoux allait le suivre lorsque le procureur l’interpella.
— Commissaire, j’aimerais vous garder un instant.
Le magistrat descendit de sa chaire, sa robe noire flottant autour de lui. Il souriait.
— Excellent travail, Desjoux. Ça faisait un moment que j’accumulais des dossiers sur cet énergumène, mais jusqu’à présent, rien qui m’ait permis de le coincer. Vous nous avez rendu un grand service.
Le policier se sentit rougir.
— Je n’ai fait que mon…
Le procureur posa une main sur son épaule.
— Je tenais également à vous remercier pour la confiance que vous avez accordée à ma nièce lors de l’enquête préliminaire.
— Votre nièce ?
— Amélie. C’est grâce à vous qu’elle a pu passer son examen final. Je suis très fier de la voir suivre la voie familiale, même si elle a choisi une discipline qui, ma foi… Elle parle très hautement de vous, vous savez.
— C’est elle qui vous a… ?
— Chut. Secret d’instruction. Mais vous la connaissez, n’est-ce pas ? Une jeune fille extrêmement déterminée, un peu comme son oncle. Bon, je ne veux pas vous retenir, vous avez du travail.
Le procureur pointa ses index vers lui comme s’il tenait des pistolets, fit volte-face et disparut par une porte latérale.
Desjoux ne rejoignit pas immédiatement le 36. Il fit un détour par la Brasserie dans l’espoir de noyer ses ennuis dans une longue série de verres. Lorsqu’il arriva enfin dans son bureau, la procédurière de son équipe l’y attendait de pied ferme.
— Commissaire, où étiez-vous passé ? Nous avons une mort suspecte sur le canal Saint-Martin.
— C’est-à-dire… Je n’en ai pas fini avec le dossier Rosie Desmarets…
— Vous n’êtes pas au courant ? Le préfet a été arrêté. Quelqu’un avait dû l’informer que nous préparions une perquisition de son domicile et il a tenté de brûler un matelas dans son jardin. Comme ça ne prenait pas très bien, il est allé chercher du kérosène… Bref, l’accident bête du gars qui lance de l’alcool à brûler dans son barbecue. Il est sous surveillance à l’hôpital avec des brûlures assez sérieuses. Les policiers du coin lui ont demandé pourquoi il essayait de mettre le feu à un matelas. Il a craqué, ça doit être les analgésiques. Ils nous ont faxé sa confession il y a une heure. L’enquête est bouclée. Et ce nouveau cas, c’est urgent. Le corps de la victime était coincé sous l’écluse et vient de refaire surface. Les gars de l’IJ sont déjà sur place.

La troupe de badauds sur les bords du canal se tenait à une distance respectueuse du cadavre sans qu’il ait été nécessaire d’imposer un périmètre de sécurité. La chose putride avait été étendue sur le bord du quai et une silhouette solitaire était penchée sur elle. Une silhouette familière. Elle agita la main vers Desjoux.
— Ah ! Vous voilà. Venez, j’ai un truc super intéressant à vous montrer.
Le policier soupira, sortit son mouchoir et s’avança vers le cadavre et la jeune femme en tailleur accroupie à ses côtés. Elle balaya d’un doigt ganté la mèche de cheveux qui s’était échappée de son chignon. Il devina qu’elle souriait sous le masque.
— Commissaire, je sens que nous allons faire une super équipe, vous et moi !

La stagiaire (5/6), Patrick Ferrer

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Patrick Ferrer :
épisode 1/6 : Un colis embarrassant
épisode 2/6 : La théorie des asticots
épisode 3/6 : Tempête au 36
épisode 4/6 : Rendez-vous au Frigo

Résumé des épisodes précédents : Un cadavre qui vous colle aux basques, ce n’est jamais très agréable. Surtout quand celui-ci pourrait vous attirer un tas d’ennuis avec votre hiérarchie et qu’une jeune stagiaire menace de faire exploser le dossier d’enquête devant le procureur.

Episode 5
Perdu

La salle des pas perdus lui faisait immanquablement penser à un immense hall de gare qui ne conduisait nulle part. Les gens apparaissaient et disparaissaient pour réapparaître, comme s’ils erraient au hasard dans les vingt-quatre kilomètres de couloirs du Palais de justice. Le divisionnaire avait tenu à accompagner le commissaire Desjoux pour l’entrevue avec le procureur de la République et distillait ses dernières recommandations que le policier n’écoutait pas. Il espérait et redoutait à la fois de voir apparaître la perspicace Amélie et laissa échapper un soupir de soulagement quand il aperçut le docteur Corneille qui s’avançait, un épais dossier sous le bras. Le légiste avait largement dépassé l’âge de la retraite, mais la pénurie d’experts qualifiés à l’Identité Judiciaire l’avait poussé à prolonger son activité en attendant la relève.
— Bonjour, messieurs. J’espère que je ne vous ai pas fait attendre…
— Bonjour docteur, répliqua le divisionnaire. Le procureur devrait nous recevoir d’ici quelques minutes. Je suis heureux de voir que vous ne nous avez pas envoyé une stagiaire, cette fois.
— Oui, certes… J’ai pensé en effet que, vu la gravité des charges…
Le divisionnaire renifla bruyamment.
— Il y a eu suffisamment de dérives sur ce dossier, nous n’avons pas besoin d’en rajouter avec les théories fumeuses de jeunes laborantines.
— Certes, certes, acquiesça le légiste.
Le procureur finit par les recevoir dans la vaste salle d’audience. Il écouta en silence l’exposé du dossier que fit le commissaire divisionnaire avant de se tourner vers le légiste.
— Vos analyses concordent-elles, docteur ?
Le vieil homme se racla la gorge.
— L’état de décomposition au moment de la levée du corps nous empêche d’être plus catégoriques quant aux circonstances exactes du décès, monsieur le procureur. Tout ce que nous pouvons affirmer avec certitude est que la mort a été occasionnée par un tir unique et transfixiant au niveau du thorax, ce qui est cohérent avec les conclusions de monsieur le commissaire divisionnaire. Les plaies correspondent au calibre de l’arme trouvée sur les lieux.
Le procureur examina le dossier.
— Le rapport forensique de la scène du crime ne mentionne pas de projectile.
Le divisionnaire fut le plus rapide.
— Ce ne serait pas la première fois, monsieur le procureur. La balle peut se désintégrer ou se loger dans les vêtements et se perdre durant le transport du corps. De notre avis professionnel, cela n’est pas significatif. Par contre, l’absence de signes d’effraction ou de violence écarte clairement la thèse de l’acte criminel.
Le procureur hocha la tête pensivement.
— Donc, vous soutenez la thèse de l’accident et demandez la clôture sans suite du dossier judiciaire, c’est bien cela ?
Le commissaire divisionnaire exhiba un sourire confiant, l’image même de la compétence.
— C’est bien cela, monsieur le procureur.
— Eh bien, monsieur le divisionnaire, je ne partage pas votre avis. À la lecture des éléments mis à ma disposition, votre thèse de la mort accidentelle ou du suicide me semble assez peu fondée. Les éléments de l’enquête, et tout particulièrement le rapport forensique, m’obligent à transmettre ce dossier au juge d’instruction afin de conduire une mise en examen pour acte criminel en propre et due forme.

La stagiaire (4/6), Patrick Ferrer

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Patrick Ferrer :
épisode 1/6 : Un colis embarrassant
épisode 2/6 : La théorie des asticots
épisode 3/6 : Tempête au 36

Résumé des épisodes précédents : Les cadavres ont parfois une drôle d’odeur mais celui qui a atterri dans les bras du commissaire Desjoux bat tous les records. Pas seulement parce qu’il s’agit de la petite amie du préfet, mais il y a aussi cette jeune stagiaire qui s’acharne à lui attirer les pires ennuis avec toute sa hiérarchie.

Episode 4
Rendez-vous au Frigo

L’institut médico-légal est situé en bord de Seine. Les rives du fleuve ont toujours fait partie de l’édifice, les eaux boueuses lui ayant de tout temps apporté sa moisson de noyés et les corps acheminés par voie fluviale à l’époque où les réfrigérateurs n’existaient pas.
Elle lui avait donné rendez-vous dans le parc jouxtant le bâtiment de brique. Elle arriva avec un peu de retard, engoncée dans le tailleur étroit qu’elle semblait porter en toutes circonstances.
— Je suis désolée, l’autopsie a été plus longue que prévu.
Ses joues avaient une teinte rose comme si elle avait couru. Elle avait défait ses cheveux qui cascadaient autour de son visage. C’était la première fois qu’il la voyait sans son chignon et l’effet n’était pas déplaisant. Comment avait-il pu la trouver ordinaire ?
— Vous en faites beaucoup ?
— Assez peu, à vrai dire. Vous savez, tant qu’on est en études, la plupart de nos clients sont encore en vie. On se fait une idée un peu romantique de la chose, mais je passe plus de temps à établir des certificats d’aptitude à conduire qu’autre chose.
« Romantique » ? Le mot le fit sourire.
— On m’a dit que vous aviez passé votre épreuve finale.
— Oui. Ce dernier cas m’a bien aidé. Merci de m’avoir permis…
Ses joues rosirent encore et elle laissa la phrase en suspens. Desjoux se sentit vaguement gêné.
— Heu… oui, en fait, vous avez fait du très bon boulot, mademoiselle Bourdin. Je m’excuse si je vous ai un peu…
— Amélie, commissaire. Non, au contraire. Un esprit sceptique, c’est très stimulant. Alors, vous avez coincé le coupable ?
— C’est-à-dire… hum…
— Je suis sotte ! Vous ne pouvez pas en parler tant que l’enquête est en cours. Mais bon, on sait déjà qu’il est entraîné au tir à distance et qu’il connaissait bien la victime, je dirais intimement. Ça ne devrait pas être très compliqué.
— Tir à distance ?
— Oui, votre homme est un habitué des stands de tir. La victime a été tuée d’une seule balle qui a traversé le cœur. À plus d’un mètre cinquante de distance, peu de gens sont capables d’un tel degré de précision. Surtout avec une arme de poing. Il n’y avait pas de traces de lutte chez la victime, donc elle était consentante et à poil dans son lit. Et vous avez la piste du matelas.
— Je ne…
— Il a été obligé de le cacher quelque part ! Imaginez, un matelas plein de sang avec un trou au milieu ! Il ne pouvait pas appeler les encombrants.
— Oui, bien sûr. Et vous êtes certaine que c’est un homme ?
Elle le regarda bizarrement.
— Vous en connaissez beaucoup, des femmes qui auraient pu porter le corps jusqu’au cinquième étage ?
Cette fille ne comprenait rien aux méandres du pouvoir. Ce n’était pas de sa faute, elle ne mesurait pas les enjeux. Elle allait les mettre dans une merde noire et il ne savait pas comment lui faire comprendre. Il aurait voulu se réveiller soudainement en se disant que tout cela n’était qu’un mauvais rêve. Le métro aérien passa à l’horizon, une flèche verte et blanche entre les arches graciles du viaduc flottant au-dessus de la Seine.
— Amélie ?
— Oui.
— Il faut me promettre de ne parler de cette histoire à personne. Et surtout de vos… théories. Ça peut être… dangereux.
S’il avait espéré l’impressionner, il se rendit rapidement compte de son erreur. Amélie laissa échapper un petit cri de joie, se leva brusquement et esquissa un pas de danse, les bras levés au ciel.
— Je le savais ! C’est un flic, n’est-ce pas ? Quelqu’un de haut placé ?
Desjoux se prit la tête entre les mains. S’il amenait cette fille devant le procureur, sa carrière était foutue.


Retrouvez les épisodes suivants : 5/6 – 6/6