Archives for category: Nos auteurs

Les œuvres lauréates du Palmarès Eté 2017 viennent d’être désignées, par le vote des lecteurs et par l’équipe éditoriale de Short Edition – sur la base des avis du Comité de lecteurs !
Vous pourrez les savourer à nouveau dans SHORT 21, le recueil papier qui sortira au mois d’août !

Félicitations à tous !

Et à très vite…

Matteo

Les œuvres lauréates du Palmarès Printemps 2017 viennent d’être désignées, par le vote des lecteurs et par l’équipe éditoriale de Short Edition – sur la base des avis du Comité éditorial !
Vous pourrez les savourer à nouveau dans SHORT 20, le recueil papier qui sortira dans quelques semaines…

Félicitations à tous !

Et à très vite…

Matteo

Les œuvres lauréates du Palmarès Hiver 2017 viennent d’être désignées par les lecteurs et par l’équipe éditoriale de Short Edition – sur la base des avis du Comité éditorial !
Vous pourrez les savourer à nouveau dans SHORT 19, qui sortira en février…

Félicitations à tous !

Et à demain…

Matteo

Les œuvres lauréates du Palmarès Automne 2016 viennent d’être désignées par les lecteurs et par l’équipe éditoriale de Short Edition – avec les analyses des lecteurs du Comité éditorial !
Vous pourrez les savourer à nouveau dans SHORT 18, qui sortira en octobre…

Félicitations à tous !

Et à demain…

Matteo

Les œuvres lauréates du Palmarès Eté 2016 viennent d’être désignées par les lecteurs et par l’équipe éditoriale de Short Edition – avec les analyses des lecteurs du Comité éditorial  !
Vous pourrez les savourer à nouveau dans SHORT 17, qui sortira en août…

Félicitations à tous !

Et à demain…

Matteo

Les œuvres lauréates du Palmarès Printemps 2016 viennent d’être désignées par les lecteurs (d’une part) et par Short Edition et les lecteurs du Comité éditorial (d’autre part) !
Vous pourrez les savourer à nouveau dans SHORT 16, qui sortira début mai…

Félicitations à tous !

Et à demain…

Matteo

GP-300-hiver

Les œuvres lauréates du Palmarès Hiver 2016 viennent d’être désignées par les lecteurs (d’une part) et par Short Edition et les lecteurs du Comité éditorial (d’autre part) !
Vous pourrez les savourer à nouveau dans SHORT 15, qui sortira début février…

Félicitations à tous !

Et à demain…

Matteo

Le laboratoire du sommeil (6/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Jeanne Mazabraud :
épisode 1/6 : Mystérieux décès
épisode 2/6 : Disparitions curieuses
épisode 3/6 : Un avocat peu coopératif
épisode 4/6 : Le mobile improbable
épisode 5/6 : La veuve noire

Résumé des épisodes précédents : Alors que Georges et John s’interrogeaient sur le comportement suspect de Francis K. – le patient narcoleptique qui avait disparu en pleine nuit, à l’heure même du décès inexpliqué de Dean B. –, celui-ci regagne la clinique. La veuve de Dean B. lui tombe dans les bras : c’est son « grand frère » ! Les sleepdoctors vont de surprise en surprise.

Episode 6
L’irréfutable diagnostic

Georges a l’impression d’être acteur dans une série télé. Ces invraisemblables rebondissements le laissent pantois. Il essaie de se ressaisir, passant en revue les faits : Dean B. meurt de façon inexpliquée à trois heures du matin. Dans le même temps, Alex G. le somnambule, brutalement tiré de sa crise par Francis K., prend peur et s’enfuit.
Avant de se plonger dans d’autres théories, Georges décide de téléphoner aux parents d’Alex G. : peut-être que leur fils – encore mineur – a réintégré leur domicile dans la nuit, indemne. Fait confirmé par le père du jeune homme, qui maugrée – mais modérément – contre la clinique « qui pourrait un peu mieux surveiller ses patients ».
Deuxio, Francis K. et Jacky, la veuve de Dean B. ne sont pas amants. Georges s’éponge machinalement le front, soulagé d’échapper au moins à une incongruité : le couple illégitime improbable uni dans le crime pour se débarrasser du mari encombrant. Ouf !

Jacky est passée tranquillement aux « aveux » pendant la somnolence de son frère. Longtemps, elle avait été dans l’ignorance des séjours de Dean B. à la clinique. Le dynamique – et tyrannique – septuagénaire, jaloux comme un pou, ne tenait pas à ce que sa quatrième épouse lui échappe comme les trois autres ; elles avaient gagné de somptueuses pensions en faisant valoir lors du divorce « l’instabilité nocturne » de leur époux. Francis K. tentait donc de se faire soigner à l’insu de sa compagne. Laquelle avait découvert le pot aux roses grâce à son frère.

Francis K. était aussi attaché à sa sœur qu’il avait son beau-frère en grippe. L’infâme lawyer plein aux as le méprisait au point de lui interdire sa demeure. Il voyait donc Jacky en cachette. Au cours d’un brunch en tête-à-tête, il avait fini par révéler à sa cadette le secret des hospitalisations de son époux, lui décrivant avec brio la tête du beauf lorsqu’ils s’étaient trouvé nez à nez, en pyjama, au laboratoire du sommeil. Quelle histoire ! Francis K. était passé du vert au framboise, avait éructé puis fini par supplier son beau-frère de garder le secret. Il paierait le prix. Combien Francis K. voulait-il ? Stupéfait par tant de morgue, humilié qu’un parent (même par alliance) le juge achetable, Francis K. avait tourné les talons… et avait sombré dans le sommeil. Les deux hommes ne s’étaient plus jamais adressé la parole. Francis K. avait-il eu des envies de meurtre ? Jacky fit la moue : peut-être mais ce bon gros mou n’aurait jamais eu le courage de passer à l’acte. Elle n’en aurait pas dit autant de cette teigne de Dean B.

Un silence de mort s’établit soudain dans le lobby. L’éminent Professeur Gil Mountain, – dont le staff, avec l’accord de la police, avait sollicité l’expertise –, après avoir attiré l’attention de l’assistance, annonça avec autorité : « Mes amis, j’ai examiné le corps de Dean B. avec la plus grande attention. Le patient a succombé à une rupture d’anévrisme cérébral. J’ai délivré le permis d’inhumer. Madame B., je vous présente mes très sincères condoléances ».

Déjà la police se repliait, le hall de la clinique reprenait son allure normale, le staff avait libéré la salle d’attente. Georges et John s’apprêtaient eux aussi à quitter les lieux, un peu mal à l’aise de leurs élucubrations nocturnes. Il faudrait en rire un jour… Fred, le technicien, parka sur le dos, les frôla sans les voir. Un intense soulagement éclairait son visage anodin. Georges pourtant crut apercevoir dans son regard comme une maléfique jubilation… Allons, se dit le sleepdoctor, le manque de sommeil doit me jouer des tours.

Le laboratoire du sommeil (5/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Jeanne Mazabraud :
épisode 1/6 : Mystérieux décès
épisode 2/6 : Disparitions curieuses
épisode 3/6 : Un avocat peu coopératif
épisode 4/6 : Le mobile improbable

Résumé des épisodes précédents : Après examen des tracés d’EEG de Francis K., Georges et son confrère John sont convaincus que le patient narcoleptique était parfaitement éveillé au moment du décès de Dean B. Les hypothèses et faits cliniques tendraient vers une théorie criminelle… Quand soudain, Francis K. réapparaît.

Episode 5
La veuve noire

Le souffle court, la démarche gauche, Francis K. s’avança dans le hall où stationnaient policiers, médecins, infirmiers, sans compter la veuve et son inséparable avocat. Il s’arrêta bras ballants et regard perdu tandis que, faisant volte-face vers l’entrée, la majorité de cette assemblée hétéroclite s’exclamait en chœur : « Francis ! Où étiez-vous donc passé ? ». Deux malabars en tenue s’étaient prestement positionnés près de la porte, prêts à dégainer.

Soudain Jacky, qui n’avait plus émis de lamentations depuis quinze bonnes minutes, fonça sans prévenir sur Francis K., bras tendus : « Francky, darling ! C’est si gentil d’être venu. Je savais que je pouvais compter sur toi ». Sans plus de façon, la veuve s’écroula sur l’épaule rebondie de l’obèse, dont le sourire gêné n’échappa à personne. Surtout pas à Georges ni à John qui échangèrent des regards stupéfaits. Jacky et Francis K. se connaissaient donc ? Pouvait-on imaginer une relation entre deux êtres aussi dissemblables ? La belle et énergique quatrième épouse de Dean B. et le somnolent sexagénaire au statut social flou, complices d’un crime passionnel ? D’un rapide échange de regards, les deux médecins convinrent de ne pas s’emballer. Il fallait par dessus tout raison garder. S’en tenir aux faits.

Les effusions de Jacky se calmèrent, son lawyer ayant pris l’initiative de lui faire lâcher prise. Elle accepta de s’asseoir dans la salle d’attente.
Francis K., libéré et soulagé, se soumit sans protester aux questions. Oui, reconnut-il avec un grand naturel, il s’était éveillé vers trois heures du matin. Oui, il s’était débranché, mais c’était pour venir en aide au jeune Alex G. qu’il voyait errer dans le couloir, sans doute atteint d’une crise de somnambulisme. Il ne connaissait pas plus que ça le jeune homme, mais ils avaient été voisins de chambre à deux ou trois reprises au cours de sleep tests. Le regard vide, « comme perdu », de ce gamin « sans défense » l’avait ému. Maladroitement, il le reconnaissait volontiers, il avait, cette nuit-là, tenté d’arrêter la marche du jeune homme et essayé de le remettre au lit. C’est alors qu’il avait fait une chute. Alex G. s’était éveillé pour de bon, en sursaut, paniqué. Après, après… Francis K. avait un trou de mémoire. S’était-il évanoui, tombant en syncope, ou – comment disait-on déjà ? –, avait-il eu une crise de cataplexie, mou comme une chiffe sur le carrelage ? Toujours est-il que lorsqu’il avait retrouvé ses esprits, Alex G. avait disparu, ce que corroborait le témoignage du policier en faction dans le lobby.

Georges insista : pourquoi ne pas avoir donné l’alerte ? Il était aisé de sonner le technicien. Habitué des lieux, Francis K. connaissait les procédures que l’on rappelait de toute façon à chaque patient à chacun des tests, ainsi que l’exigeait le règlement. C’est le moment que choisit l’obèse pour tomber en brusque somnolence. Simulation ? Georges interrogea John du regard. Le sleepdoctor fit un signe de dénégation. Il fallait prendre le symptôme au sérieux.
C’est alors que Jacky réapparut, toutefois sans la théâtralité qui avait jusqu’alors caractérisé ses prestations. Digne, presque humble, la veuve, sans doute conseillée par son avocat, sollicita la parole. « Laissez-moi vous expliquer. » Puis, interloquée, découvrant Francis K. avachi dans le sommeil : « Mais… Qu’arrive-t-il à mon grand frère ? »

Retrouvez les épisodes suivants : 6/6

Le laboratoire du sommeil (4/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Jeanne Mazabraud
épisode 1/6 : Mystérieux décès
épisode 2/6 : Disparitions curieuses
épisode 3/6 : Un avocat peu coopératif

Résumé des épisodes précédents : Peu avant le décès de Dean B. le jeune Alex G. faisait une crise de somnambulisme. Francis K. semblait être sorti du sommeil et s’être débranché. Les deux patients avaient disparu. L’imagination de Georges bouillonnait. Quitte à susciter la risée de ses collègues, il devait faire part de ses hypothèses.

Episode 4
Le mobile improbable

Le jour commençait à poindre. La fatigue s’imposait à tous. Fred, que l’enquêteur avait longuement interrogé, avait rejoint le lobby, épaules basses, voix éteinte : « Il m’a cuisiné comme si j’étais le coupable idéal. Il voulait m’entendre dire que j’avais fait une fausse manip, que j’avais injecté je ne sais quel produit en surdose. Et pourtant je lui ai expliqué que c’est un labo du sommeil : on branche des électrodes, on surveille les tracés du cerveau, du cœur, le mouvement des yeux… On n’injecte aucun produit dangereux ! Mais rien à faire. Et cette Jacky qui joue les veuves éplorées ! ». Fred s’effondrait. On l’entourait, mais avec une certaine retenue. Après tout… Who knows ? Un homicide par négligence cela s’était vu maintes fois. Inconsciemment, chacun échafaudait un scénario plausible dans sa tête : arrêt cardiaque, Fred, qui n’est pas médecin et qui est peut-être occupé à autre chose ne réagit pas immédiatement. La fraction de temps qui tue.

Alors que le staff, replié dans un salon d’attente, se concertait sur les mesures à prendre pour éviter les débordements médiatiques, Georges s’approcha de Fred et, lui posant une main fraternelle sur l’épaule, lui demanda :
— Je peux te poser une ou deux questions ?
Le technicien, qui en avait plus que sa claque des interrogatoires, répondit avec réticence.
— What else ? J’ai tout dit ! Mais toi le Frenchie, je te fais confiance. Dis-moi.
— Simplement où était Francis K. au moment du drame. Son tracé d’EEG montre qu’il était sorti du sommeil paradoxal. Il ne dormait plus. Est-ce que tu as vu quelque chose ?
Fred ouvrit des yeux incrédules. Eveillé Francis K. ? Polarisé par l’urgence Dean B., il n’avait plus prêté attention aux faits et gestes des autres patients. A la réflexion, il se souvenait de la crise de somnambulisme du petit rouquin et il avait encore dans les oreilles les ronflements apnéiques. Le reste… Non, vraiment, il ne se souvenait pas. Sauf peut-être le bruit sourd qu’il avait perçu du côté de la chambre de Francis K.

Tracé en main, Georges se tourna vers son confrère John, un sleepdoctor chevronné. Marié à une Française, John avait vécu un temps à Paris. Le couple avait fréquemment invité le médecin français et une amitié était née. On avait ri des aventures de John dans une boulangerie du cinquième arrondissement, découvrant la subtile différenciation entre pain coupé et tranché. On avait pris en pitié Georges, confronté au terrible dilemme des étrennes à distribuer à la myriade de concierges, garçons d’étages et d’ascenseur qui hantaient son building de trente étages downtown.

John prit son temps pour examiner les relevés que lui tendait Georges. D’un hochement de tête, il confirma l’hypothèse : Francis K. était bel et bien éveillé au moment de l’accident. Quelles déductions en tirer ? Les deux amis étaient perplexes. Le bruit entendu par Fred était-il le signe d’un incident cataplexique qui aurait fait chuter l’obèse ? Ces épisodes étaient souvent déclenchés par une émotion forte : anxiété d’avoir commis l’irréparable sur la personne de Dean B. ? Joie intense de l’avoir fait ? Et cette fuite au nez et à la barbe de tous… Les faits cliniques pouvaient, dans une certaine mesure, corroborer leurs extrapolations. Restait cependant l’essentiel : le mobile de crime – si crime il y avait – et, last but not least, la façon dont il aurait pu être commis en présence permanente d’un technicien dans la salle de contrôle du labo.

Alors que leurs échanges semblaient confirmer leur théorie, Francis K. poussa la porte à tambour de la clinique.

Retrouvez les épisodes suivants : 5/66/6