Archives for category: L’aventure de la littérature courte

Le laboratoire du sommeil (4/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Jeanne Mazabraud
épisode 1/6 : Mystérieux décès
épisode 2/6 : Disparitions curieuses
épisode 3/6 : Un avocat peu coopératif

Résumé des épisodes précédents : Peu avant le décès de Dean B. le jeune Alex G. faisait une crise de somnambulisme. Francis K. semblait être sorti du sommeil et s’être débranché. Les deux patients avaient disparu. L’imagination de Georges bouillonnait. Quitte à susciter la risée de ses collègues, il devait faire part de ses hypothèses.

Episode 4
Le mobile improbable

Le jour commençait à poindre. La fatigue s’imposait à tous. Fred, que l’enquêteur avait longuement interrogé, avait rejoint le lobby, épaules basses, voix éteinte : « Il m’a cuisiné comme si j’étais le coupable idéal. Il voulait m’entendre dire que j’avais fait une fausse manip, que j’avais injecté je ne sais quel produit en surdose. Et pourtant je lui ai expliqué que c’est un labo du sommeil : on branche des électrodes, on surveille les tracés du cerveau, du cœur, le mouvement des yeux… On n’injecte aucun produit dangereux ! Mais rien à faire. Et cette Jacky qui joue les veuves éplorées ! ». Fred s’effondrait. On l’entourait, mais avec une certaine retenue. Après tout… Who knows ? Un homicide par négligence cela s’était vu maintes fois. Inconsciemment, chacun échafaudait un scénario plausible dans sa tête : arrêt cardiaque, Fred, qui n’est pas médecin et qui est peut-être occupé à autre chose ne réagit pas immédiatement. La fraction de temps qui tue.

Alors que le staff, replié dans un salon d’attente, se concertait sur les mesures à prendre pour éviter les débordements médiatiques, Georges s’approcha de Fred et, lui posant une main fraternelle sur l’épaule, lui demanda :
— Je peux te poser une ou deux questions ?
Le technicien, qui en avait plus que sa claque des interrogatoires, répondit avec réticence.
— What else ? J’ai tout dit ! Mais toi le Frenchie, je te fais confiance. Dis-moi.
— Simplement où était Francis K. au moment du drame. Son tracé d’EEG montre qu’il était sorti du sommeil paradoxal. Il ne dormait plus. Est-ce que tu as vu quelque chose ?
Fred ouvrit des yeux incrédules. Eveillé Francis K. ? Polarisé par l’urgence Dean B., il n’avait plus prêté attention aux faits et gestes des autres patients. A la réflexion, il se souvenait de la crise de somnambulisme du petit rouquin et il avait encore dans les oreilles les ronflements apnéiques. Le reste… Non, vraiment, il ne se souvenait pas. Sauf peut-être le bruit sourd qu’il avait perçu du côté de la chambre de Francis K.

Tracé en main, Georges se tourna vers son confrère John, un sleepdoctor chevronné. Marié à une Française, John avait vécu un temps à Paris. Le couple avait fréquemment invité le médecin français et une amitié était née. On avait ri des aventures de John dans une boulangerie du cinquième arrondissement, découvrant la subtile différenciation entre pain coupé et tranché. On avait pris en pitié Georges, confronté au terrible dilemme des étrennes à distribuer à la myriade de concierges, garçons d’étages et d’ascenseur qui hantaient son building de trente étages downtown.

John prit son temps pour examiner les relevés que lui tendait Georges. D’un hochement de tête, il confirma l’hypothèse : Francis K. était bel et bien éveillé au moment de l’accident. Quelles déductions en tirer ? Les deux amis étaient perplexes. Le bruit entendu par Fred était-il le signe d’un incident cataplexique qui aurait fait chuter l’obèse ? Ces épisodes étaient souvent déclenchés par une émotion forte : anxiété d’avoir commis l’irréparable sur la personne de Dean B. ? Joie intense de l’avoir fait ? Et cette fuite au nez et à la barbe de tous… Les faits cliniques pouvaient, dans une certaine mesure, corroborer leurs extrapolations. Restait cependant l’essentiel : le mobile de crime – si crime il y avait – et, last but not least, la façon dont il aurait pu être commis en présence permanente d’un technicien dans la salle de contrôle du labo.

Alors que leurs échanges semblaient confirmer leur théorie, Francis K. poussa la porte à tambour de la clinique.

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Le laboratoire du sommeil (3/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Jeanne Mazabraud :
épisode 1/6 : Mystérieux décès
épisode 2/6 : Disparitions curieuses

Résumé des épisodes précédents : Parallèlement à l’enquête de police qui semblait se concentrer sur l’interrogatoire du technicien et l’autopsie, Georges eut la curiosité d’examiner les enregistrements des autres patients dans la cabine technique et un détail retint son attention…

Episode 3
Un avocat peu coopératif

A l’instant où il allait appeler un confrère pour lui faire part de son observation, Georges vit Fred happé dans le couloir par un policier en surpoids.

L’enquêteur procédait maintenant aux auditions et en tant que témoin de première main, Fred devait être entendu le premier. Il a donc expliqué avoir suivi la routine : accueil des patients, pose des électrodes, vérification du bon fonctionnement des appareils. Le jeune Alex G., pour une fois, s’était montré coopératif. Tout s’était bien passé aussi avec Francis K. Et les deux nouveaux s’étaient montrés particulièrement dociles. Quant à Dean B… A son habitude, l’avocat s’était comporté avec froideur et arrogance. On se demandait, pensait Georges in petto, pourquoi ce genre de personnage s’imposait la corvée d’une nuit au labo dont il ne tirerait que peu de profit. Ce juriste habitué à analyser avec finesse et intelligence les cas les plus complexes changeait totalement d’attitude lorsqu’il s’agissait de sa santé. Il vitupérait, refusait de suivre les traitements prescrits. Hormis un usage intensif et constant de zolpidem, Dean B. ne voulait rien entendre. Toujours est-il qu’il avait quand même pris place dans sa chambre.

Compte tenu du nombre restreint d’hospitalisations cette nuit-là, un seul technicien était affecté au laboratoire. Fred, une fois les cinq patients installés, avait pris place dans la salle de contrôle d’où il surveillait l’évolution du sommeil de chacun d’eux. A trois heures moins le quart, Alex G. avait traversé sa première crise de somnambulisme, en phase de sommeil profond. L’EEG, consulté par Georges, le montrait nettement. Alex G. s’était déplacé, vraisemblablement dans le couloir. Selon Fred, rien d’anormal ou de violent ne s’était produit bien qu’il ait entendu un bruit « comme quelqu’un qui trébuche ou se cogne dans un meuble ». A partir de trois heures, le technicien, alerté par les bips de détresse émanant du corps de Dean B., s’était entièrement concentré sur son patient, intervenant d’abord à partir de sa salle de contrôle pour vérifier que toutes les électrodes étaient correctement branchées. Cinq minutes s’étaient écoulées avant que Fred – enfin pleinement conscient du drame qui se jouait – n’alerte le médecin de garde. Trop tard. Dean B. s’en était allé ad patres.

Et Francis K. ? Le narcoleptique avait rapidement atteint sa phase de sommeil paradoxal ; mais, vers trois heures, heure fatidique, l’enregistrement montrait que le patient était totalement éveillé ! Telle était la conclusion de Georges dont il tenait particulièrement à s’entretenir avec un confrère ainsi qu’avec Fred, certes monopolisé par le cas Dean B., mais seul technicien présent au laboratoire et, à ce titre, censé surveiller l’ensemble des hospitalisés. Qu’avait fait Francis K. pendant cette période ? Avait-il quitté sa chambre ? Dans quel but ? Généralement les patients débranchaient leurs électrodes, avec ou sans aide, une ou deux fois par nuit pour se rendre aux toilettes. Peut-être était-ce tout bêtement le cas ? Mais pourquoi disparaître en pleine nuit sans prévenir ? Avait-il entraîné dans sa fuite le jeune somnambule ?

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Le laboratoire du sommeil (2/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez l’épisode précédent de la nouvelle de Jeanne Mazabraud :
épisode 1/6 : Mystérieux décès

Résumé de l’épisode précédent : Georges, un médecin français en contrat chez les sleepdoctors américains, a été confronté au laboratoire du sommeil à un très grave incident. Un patient est mystérieusement décédé pendant sa nuit en observation.

Episode 2
Disparitions curieuses

La clinique était réputée, tout autant que Dean B. La police s’était donc efforcée de se faire discrète, épargnant la stridence des sirènes. Il n’en régnait pas moins un beau remue-ménage lorsque Georges rejoignit le hall. Fred, le technicien qui avait constaté le décès, était le centre de toutes les attentions. Un enquêteur l’avait isolé pour l’interroger sur les circonstances exactes du décès.

Jacky, la veuve de Dean B., tous voiles dehors, n’avait pas mis longtemps à endosser son nouveau rôle. Elle s’était empressée de convoquer un lawyer qui fourbissait déjà ses arguments pour attaquer l’établissement rendu d’emblée responsable du décès. Les enfants d’un premier lit, qui vivaient sur la Côte Ouest, étaient attendus en fin de matinée. Ils engageraient vraisemblablement eux aussi une procédure. On allait traverser des turbulences. Un peu de battage médiatique autour de l’affaire risquait de mettre en péril la réputation, pourtant solide, du laboratoire.

Georges interrogea ses collègues : pourquoi n’avait-on pas accès au corps de Dean B. ? La police scientifique s’affairait, lui dit-on, dans la chambre qu’avait occupée l’avocat. Aucun membre de la clinique n’y était admis pour l’instant.

Tout se passait comme si la conduite des événements échappait au personnel médical et même au staff de la clinique. Il n’était que quatre heures du matin. Les autres patients étaient censés subir les tests jusqu’à huit heures. Georges vérifia la liste des hospitalisés de la nuit. Sur les onze chambres, cinq seulement étaient occupées. Deux apnéiques dont c’était le premier sleep test ronflaient au bout du couloir. Le brouhaha n’avait apparemment pas interrompu le rythme erratique de leur respiration. Outre l’habitacle réservé à Dean B., les deux autres malades n’étaient autres qu’Alex G., le petit rouquin, et l’obèse Francis K. Georges, sans réfléchir, s’engouffra dans le couloir du laboratoire à leur recherche.. Impossible que le bruit ne les ait pas perturbés. Dans le cas d’Alex G. il craignait l’effet dévastateur que pourrait avoir la découverte de la mort d’une personne que l’adolescent connaissait, même s’il n’existait – c’est le moins qu’on puisse dire – aucun rapport d’affection entre eux. Quant à Francis K., on ne pouvait prévoir l’impact. Tout dépendait de la phase dans laquelle se trouvait le patient.

Georges constata rapidement que les deux chambres étaient vides ! Avant d’inquiéter le reste du staff, il s’assura rapidement qu’ils n’avaient pas trouvé refuge dans les stalles vacantes. Force était de constater qu’ils s’étaient envolés tous les deux, à l’insu du technicien submergé par les événements, mais aussi au nez de la sécurité. L’un des policiers stationnés dans le lobby se souvint avoir vu passer le petit rouquin. Quant à Francis K., mystère.

On verrait plus tard. La première des choses était de vérifier la cause du décès de Dean B. Les enregistrements devraient fournir de précieuses informations. Georges se rendit dans la cabine technique, mais l’électroencéphalogramme et l’électrocardiogramme du mort avaient été récupérés, vraisemblablement par la police. Il aurait dû y penser. En revanche, les enregistrements des deux ronfleurs se poursuivaient sans discontinuer. Ceux de Francis K. et d’Alex G. étaient encore en place. Par curiosité médicale, Georges commençait à les examiner lorsqu’un détail attira brusquement son attention.

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Aujourd’hui, voici l’interview de Pascale Pujol, auteure dont Short Edition a tout de suite beaucoup aimé l’écriture (que vous pouvez, à votre tour, découvrir sur sa Page).

Elle a en effet commencé sa vie publique d’écriture en 2012/2013 passant par Short Edition, sous pseudo puis sous son vrai nom. Son premier roman a été publié lors de la rentrée littéraire de septembre 2015 aux éditions Le Dilettante, il a pour nom appétissant Petits plats de résistance et rencontre un écho favorable, dans la presse et en librairie.

C’est un des fondateurs qui a réalisé l’entretien.

Un joli plaidoyer pour le format court. Et une belle reconnaissance pour Short, finalement !

A demain,

Matteo

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L’écriture, depuis quand et pourquoi ? 

J’ai toujours aimé écrire même : mon premier métier, que j’ai exercé pendant plus de dix ans, est le journalisme. Dans le second, (je suis consultante aujourd’hui), l’écriture est toujours présente, même si la forme est différente. Et puis j’ai toujours beaucoup lu, et je continue bien sûr. Je suis avant tout une lectrice, j’adore qu’on me raconte des histoires ! Mais pour autant, écrire de la fiction ne me semblait pas être une trajectoire possible. Et puis un ami m’a fait découvrir l’écrivain colombien Alvaro Mutis, dont le personnage récurrent (Maqroll le Gabier) hante plusieurs longues nouvelles. Son univers mélancolique et un peu fantasque m’a plu et j’ai eu envie d’écrire une aventure du Gabier à ma manière. En juin 2012, j’ai écrit un premier texte de 4 pages et j’y ai pris goût, puis deux autres toujours avec ce personnage que je réinventais à ma sauce. Une porte s’est ouverte… D’autres histoires sont venues, et l’écriture est devenue une évidence. Comme j’écrivais seule dans mon coin, j’ai fouiné sur le net et j’ai découvert Short Edition où j’ai posté trois textes, « pour voir ». Cette première expérience de publication m’a permis de confronter mes écrits à des lecteurs, avec des retours plutôt positifs et encourageants, et de rencontrer une communauté d’auteurs, puis d’échanger avec eux. Pendant 6 mois, j’ai écrit une trentaine de nouvelles, puis j’ai décidé d’en rassembler une partie pour constituer un manuscrit, Fragments d’un texto amoureux, avant de partir à la recherche d’un éditeur.

Ce premier roman, une idée récente ou un vieux vieux sujet que tu travailles depuis longtemps ?

Non, tout est venu subitement, au début de l’été 2013. Jusque là l’envie ne s’était pas faite sentir particulièrement, je n’avais rien à raconter qui s’inscrive dans le format long, même si l’idée me semblait séduisante. Et puis j’ai eu d’un coup devant moi plusieurs fils de pelote, je ne me souviens même pas comment et j’ai tiré dessus… Beaucoup de personnages et d’intrigues sont venues se nouer. Fin février, le texte était terminé.

La porte d’entrée de cet éditeur, tu l’as trouvée facilement ?  

Oui, d’une certaine façon, même si c’est étrange de le dire ainsi car ce milieu est difficile. Pour mon livre précédent, le recueil de nouvelles, j’avais envoyé le manuscrit à plus de 40 éditeurs et il a fallu 6 mois pour que Quadrature l’accepte, alors que tous les autres l’avaient refusé… Je n’y croyais plus trop. Pour le roman, j’ai été beaucoup plus sélective, avec moins d’une dizaine d’envois. Je pense que c’est indispensable même si la tentation de contacter le maximum d’éditeurs est très forte. Mais là, j’ai ciblé des maisons qui publient des comédies contemporaines, et j’avais aussi en tête que mon histoire avait besoin d’une couverture illustrée. Parmi les 10 éditeurs, le Dilettante était en tête de ma short-list. Il a répondu au bout d’un mois, début mai. C’est un éditeur qui aime découvrir de nouveaux auteurs et réagit très vite. Il a donc accepté le livre, mais en me prévenant qu’il souhaitait le sortir à la rentrée littéraire 2015.

Le roman, par rapport à la nouvelle : ce que tu aimes chez l’un et que tu aimes chez l’autre

J’ai continué d’écrire quelques textes courts tout en travaillant sur le roman, et je continue toujours : des nouvelles, ou des micro fictions d’une page à peine. Les deux écritures se complètent. Pour le court, une certaine fulgurance et la satisfaction d’un projet qui aboutit vite, en quelques heures ou quelques jours. Une tension dramatique aussi parfois, une forme d’intimité, peu de personnages… Il faut saisir les choses vite et bien, comme pour un croquis. Pour le roman, de ma petite expérience en tout cas, c’est le plaisir de déployer des intrigues et surtout de développer de nombreux personnages : j’adore ça ! On peut mêler plusieurs histoires, travailler sur des rebondissements. Mais évidemment il faut des plages d’écriture plus longues et on passe par des moments de fatigue. Il faut tenir la longueur.

Qui es-tu ?

Une toute jeune auteure plus si jeune que ça qui rêve de passer plus de temps à écrire, voire à ne plus faire que ça ! Et qui profite à plein de cette aventure de premier roman chez un éditeur à taille humaine où les auteurs sont chouchoutés. J’ai beaucoup de chance d’ailleurs : mes deux éditeurs sont géniaux.

Le laboratoire du sommeil (1/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Episode 1
Mystérieux décès

Georges est un habitué des nuits troublées, apnéiques, voire sans sommeil. Pas le sien. Celui des autres. Aux Etats-Unis, on appelle ce métier sleepdoctor. Il a quitté la France pour un contrat d’un an dans l’une de ces cliniques spécialisées où viennent en consultation des gens riches et stressés, des hommes pour la plupart. Riches parce qu’en Amérique, comme on le sait, la couverture sociale n’est pas encore généralisée. Avant de mettre un orteil dans les laboratoires du sommeil, il faut sortir sa carte de crédit et prouver que l’on dispose d’un compte généreusement approvisionné. Parmi les patients atteints de troubles du sommeil que traitait sa clinique d’accueil, nombreux étaient les lawyers septuagénaires qui en étaient à leur dixième sleepstudy. A se demander si les nuits passées le crâne, la face et la poitrine bardés d’électrodes en vue de leur polysomnographie, n’étaient pas les seuls moments de calme dans une vie hantée par l’obligation de réussir, de produire, de faire du fric. Ils ingéraient à haute dose café et alcool, étaient des workaholics patentés dont les nuits tournaient au cauchemar. Ils étaient fréquemment affectés de tremblements irrépressibles, de crampes et de sueurs si abondantes qu’épouses et maîtresses déclaraient forfait en dépit des engagements couchés dans le prenup, le contrat de mariage, d’entretenir des relations sexuelles à fréquence fixe et rapprochée.

Gavés de tranquillisants et de somnifères, que le temps rendait inefficaces, les septuagénaires rejoignaient au laboratoire les obèses narcoleptiques, affectés de somnolences diurnes à répétition qui leur pourrissaient la vie. Certains d’entre eux subissaient en outre des crises d’hallucination en passant de la veille au sommeil. C’était le cas de Francis K. : cette bonne pâte d’obèse pouvait se transformer sans préavis en furie. Il « voyait » des cadavres ambulants le menacer de leurs dents avides, des animaux de légende compresser sa cage thoracique jusqu’à l’étouffement. Le technicien et le sleepdoctor de permanence avaient toutes les peines du monde à rendre Francis K. au monde réel. Georges en avait personnellement fait l’expérience.

Georges se souvenait en revanche avec attendrissement d’Alex G., un maigre garçon, un rouquin fragile affecté d’un somnambulisme tenace. Le technicien du laboratoire devait, à chacun des séjours de l’adolescent, employer des trésors de patience et de douceur pour le persuader d’accepter la pose des électrodes. Alex G. faisait parfois plusieurs crises par nuit. Il arrachait les branchements, déambulait d’une chambre à l’autre au grand dam des autres patients que le passage inopiné et silencieux du jeune fantôme troublait profondément. L’un des lawyers, Dean B., une des pointures du barreau de Nashville., avait d’ailleurs menacé à plusieurs reprises d’attaquer la clinique, ainsi qu’Alex G. et ses parents.

Mais Dean B. n’avait pas eu le temps de mettre ses menaces à exécution : son troisième séjour devait lui être fatal. En pleine nuit, le technicien, confronté à la platitude soudaine des électro-encéphalogramme et électrocardiogramme du patient, avait donné l’alerte. Ses tentatives de réanimation restèrent vaines. Il fallut constater le décès. On prévint la police, puis la famille. Rappelés en urgence de leur domicile, les médecins – Georges compris – accoururent en hâte.

Retrouvez les épisodes suivants : 2/63/6 – 4/6 – 5/66/6

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Sans rien dire… et sans même nous envoyer un petit signal clignotant, le compteur des visiteurs a passé le cap des 2 millions de personnes (différentes) qui se sont connectées, depuis l’ouverture du site, à Short Edition.

C’était il y a quelques jours mais on est un peu obligé de le signaler parce que 2 millions, ça fait quand même 25 stades de France, alignés en rang d’oignon et remplis à ras bord !

Ce compteur discret – et peut-être même sournois à son heure – avait passé le premier million en août 2014. Cap sur le troisième million… On l’espère pour 2016.

A demain,

Matteo

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Et voilà un premier résumé en 1’30 + 3′ fait par France 3. Sympa… et ici on a bien aimé ! Sylvia l’a posté dans les commentaires du blog, hier, mais elle m’a donné consigne de faire remonter ce témoignage fort en une… donc je m’exécute. Pour que le monde entier (de Short Edition) puisse le visionner !

Le premier accueil est ultra-positif. Il y a plein d’idées de déclinaisons possibles, pour la jeunesse, pour les classiques, pour un thème ou encore pour parler d’un territoire ou d’un univers…

On en reparlera certainement.

A demain,

Matteo

 

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Voilà une première mondiale que Short Edition porte fièrement : le Distributeur d’histoires courtes ! C’est un OVNI dans le monde des bornes qui distribue des mini-papyrus lorsque vous lui indiquez que vous avez envie de lire 1 minute, 3 minutes ou 5 minutes. Que du papier. Et pas d’écran. C’est quand même énorme, aujourd’hui, non ?

Ces bornes sont des protos mis au point avec le soutien du Département de l’Isère. Et la Ville de Grenoble a décidé de jouer l’innovation d’usage en installant 8 bornes dans des lieux accueillant du public : l’Hôtel de Ville, les mairies annexes, des bibliothèques et la Maison du Tourisme. Elles contiennent des nouvelles vraiment courtes et quelques poèmes qui sont déjà en libre lecture sur short-edition.com et sur les applis mobiles. Une nouvelle voie de mise en valeur des auteurs de Short…

Il paraît que c’est de la gestion dynamique de l’accueil. Nous, on trouve que c’est une belle illustration de l’intérêt et de la force de la littérature courte.

On vous tient au courant du succès de l’affaire. L’inauguration par le Maire de Grenoble a lieu aujourd’hui… et nos belles bornes amusent déjà les journalistes. C’est bon pour le court, tout ça !

A demain,

Matteo

> La photo a été prise hier soir, dans nos locaux… Avant le déploiement sur site. Si vous regardez bien, vous verrez qu’il y a un tabouret qui semble perdu mais qui aime déjà ses nouvelles amies !

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Le Baiser de Pandore est dans la liste des 10 romans nominés pour le Prix Amazon du roman auto-édité. Joli, non ? C’est un roman policier, écrit par Patrick Ferrer, auteur Short Edition dont nous venons de publier la nouvelle en 6 épisodes réalisée pour Le Quotidien du Médecin et qui est proposé à la vente depuis début août. Il en est à 33 jours dans le Top 100 des ventes Amazon aux côtés de Millénium 4 et d’auteurs de romans policiers comme Bussi, Grangé, Minier ou Haas… Rien que ça !

On espère que la boîte que vient d’entrouvrir Pandore pour Patrick lui apportera beaucoup de bonnes choses… Et d’abord le 1er Prix Amazon du livre auto-édité.

Bonne chance Patrick… et à bientôt.

Matteo

> Le Baiser de Pandore, Patrick Ferrer, 3 € 99… et c’est par ici.

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> J’ai volé dans la boîte mail de Coralie ce petit mot de Patrick…

« Bonjour Coralie,

 Mon dernier roman, Le Baiser de Pandore, entame son 23ème jour (après 25 jour de publication) dans le top 100 Amazon, aux côtés d’auteurs prestigieux tels Bussi, Grangé, Minier ou Hayes côté polars. Il a également été sélectionné parmi les 25 titres Kindle conseillés par Amazon cette semaine. Un effet Quotidien du Médecin et Short Edition ? Je ne saurais le dire, quoique cela ait sans doute contribué et que l’accueil que j’ai reçu initialement de votre équipe et de vos lecteurs m’ait indéniablement encouragé à persévérer dans ma démarche et mon travail d’écrivain. Voilà, je voulais donc indirectement vous en remercier car vous avez joué un rôle dans ce succès, certes encore modeste mais prometteur vu mes courbes de ventes en constante progression. »

> La stagiaire, nouvelle policière de Patrick Ferrer en 6 épisodes publiée par Le Quotidien du Médecin, c’est par ici. Commencez par l’épisode 1, ça fonctionne mieux pour un polar !

 

La stagiaire (6/6), Patrick Ferrer

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Patrick Ferrer :
épisode 1/6 : Un colis embarrassant
épisode 2/6 : La théorie des asticots
épisode 3/6 : Tempête au 36
épisode 4/6 : Rendez-vous au Frigo
épisode 5/6 : Perdu

Résumé des épisodes précédents : Coup de théâtre au Palais de justice ! Le procureur a refusé d’entériner les conclusions de l’enquête, éliminant la thèse du suicide. Voici le commissaire Desjoux dans de très sales draps…

Episode 6
L’épreuve du matelas

Le divisionnaire ouvrit la bouche pour protester, mais le procureur l’arrêta net.
— Je comprends que les liens étroits que la victime entretenait avec le préfet de police puissent s’avérer embarrassants, mais si quiconque tente d’exercer des pressions sur votre enquête, je veux que vous m’en informiez immédiatement. Le greffier vous remettra le mandat de perquisition. Un matelas, ça ne doit pas être bien difficile à trouver, n’est-ce pas ?
Le divisionnaire émit des sons indéchiffrables et se retira, l’air sombre. Desjoux allait le suivre lorsque le procureur l’interpella.
— Commissaire, j’aimerais vous garder un instant.
Le magistrat descendit de sa chaire, sa robe noire flottant autour de lui. Il souriait.
— Excellent travail, Desjoux. Ça faisait un moment que j’accumulais des dossiers sur cet énergumène, mais jusqu’à présent, rien qui m’ait permis de le coincer. Vous nous avez rendu un grand service.
Le policier se sentit rougir.
— Je n’ai fait que mon…
Le procureur posa une main sur son épaule.
— Je tenais également à vous remercier pour la confiance que vous avez accordée à ma nièce lors de l’enquête préliminaire.
— Votre nièce ?
— Amélie. C’est grâce à vous qu’elle a pu passer son examen final. Je suis très fier de la voir suivre la voie familiale, même si elle a choisi une discipline qui, ma foi… Elle parle très hautement de vous, vous savez.
— C’est elle qui vous a… ?
— Chut. Secret d’instruction. Mais vous la connaissez, n’est-ce pas ? Une jeune fille extrêmement déterminée, un peu comme son oncle. Bon, je ne veux pas vous retenir, vous avez du travail.
Le procureur pointa ses index vers lui comme s’il tenait des pistolets, fit volte-face et disparut par une porte latérale.
Desjoux ne rejoignit pas immédiatement le 36. Il fit un détour par la Brasserie dans l’espoir de noyer ses ennuis dans une longue série de verres. Lorsqu’il arriva enfin dans son bureau, la procédurière de son équipe l’y attendait de pied ferme.
— Commissaire, où étiez-vous passé ? Nous avons une mort suspecte sur le canal Saint-Martin.
— C’est-à-dire… Je n’en ai pas fini avec le dossier Rosie Desmarets…
— Vous n’êtes pas au courant ? Le préfet a été arrêté. Quelqu’un avait dû l’informer que nous préparions une perquisition de son domicile et il a tenté de brûler un matelas dans son jardin. Comme ça ne prenait pas très bien, il est allé chercher du kérosène… Bref, l’accident bête du gars qui lance de l’alcool à brûler dans son barbecue. Il est sous surveillance à l’hôpital avec des brûlures assez sérieuses. Les policiers du coin lui ont demandé pourquoi il essayait de mettre le feu à un matelas. Il a craqué, ça doit être les analgésiques. Ils nous ont faxé sa confession il y a une heure. L’enquête est bouclée. Et ce nouveau cas, c’est urgent. Le corps de la victime était coincé sous l’écluse et vient de refaire surface. Les gars de l’IJ sont déjà sur place.

La troupe de badauds sur les bords du canal se tenait à une distance respectueuse du cadavre sans qu’il ait été nécessaire d’imposer un périmètre de sécurité. La chose putride avait été étendue sur le bord du quai et une silhouette solitaire était penchée sur elle. Une silhouette familière. Elle agita la main vers Desjoux.
— Ah ! Vous voilà. Venez, j’ai un truc super intéressant à vous montrer.
Le policier soupira, sortit son mouchoir et s’avança vers le cadavre et la jeune femme en tailleur accroupie à ses côtés. Elle balaya d’un doigt ganté la mèche de cheveux qui s’était échappée de son chignon. Il devina qu’elle souriait sous le masque.
— Commissaire, je sens que nous allons faire une super équipe, vous et moi !