Archives for the month of: novembre, 2015

Le laboratoire du sommeil (6/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Jeanne Mazabraud :
épisode 1/6 : Mystérieux décès
épisode 2/6 : Disparitions curieuses
épisode 3/6 : Un avocat peu coopératif
épisode 4/6 : Le mobile improbable
épisode 5/6 : La veuve noire

Résumé des épisodes précédents : Alors que Georges et John s’interrogeaient sur le comportement suspect de Francis K. – le patient narcoleptique qui avait disparu en pleine nuit, à l’heure même du décès inexpliqué de Dean B. –, celui-ci regagne la clinique. La veuve de Dean B. lui tombe dans les bras : c’est son « grand frère » ! Les sleepdoctors vont de surprise en surprise.

Episode 6
L’irréfutable diagnostic

Georges a l’impression d’être acteur dans une série télé. Ces invraisemblables rebondissements le laissent pantois. Il essaie de se ressaisir, passant en revue les faits : Dean B. meurt de façon inexpliquée à trois heures du matin. Dans le même temps, Alex G. le somnambule, brutalement tiré de sa crise par Francis K., prend peur et s’enfuit.
Avant de se plonger dans d’autres théories, Georges décide de téléphoner aux parents d’Alex G. : peut-être que leur fils – encore mineur – a réintégré leur domicile dans la nuit, indemne. Fait confirmé par le père du jeune homme, qui maugrée – mais modérément – contre la clinique « qui pourrait un peu mieux surveiller ses patients ».
Deuxio, Francis K. et Jacky, la veuve de Dean B. ne sont pas amants. Georges s’éponge machinalement le front, soulagé d’échapper au moins à une incongruité : le couple illégitime improbable uni dans le crime pour se débarrasser du mari encombrant. Ouf !

Jacky est passée tranquillement aux « aveux » pendant la somnolence de son frère. Longtemps, elle avait été dans l’ignorance des séjours de Dean B. à la clinique. Le dynamique – et tyrannique – septuagénaire, jaloux comme un pou, ne tenait pas à ce que sa quatrième épouse lui échappe comme les trois autres ; elles avaient gagné de somptueuses pensions en faisant valoir lors du divorce « l’instabilité nocturne » de leur époux. Francis K. tentait donc de se faire soigner à l’insu de sa compagne. Laquelle avait découvert le pot aux roses grâce à son frère.

Francis K. était aussi attaché à sa sœur qu’il avait son beau-frère en grippe. L’infâme lawyer plein aux as le méprisait au point de lui interdire sa demeure. Il voyait donc Jacky en cachette. Au cours d’un brunch en tête-à-tête, il avait fini par révéler à sa cadette le secret des hospitalisations de son époux, lui décrivant avec brio la tête du beauf lorsqu’ils s’étaient trouvé nez à nez, en pyjama, au laboratoire du sommeil. Quelle histoire ! Francis K. était passé du vert au framboise, avait éructé puis fini par supplier son beau-frère de garder le secret. Il paierait le prix. Combien Francis K. voulait-il ? Stupéfait par tant de morgue, humilié qu’un parent (même par alliance) le juge achetable, Francis K. avait tourné les talons… et avait sombré dans le sommeil. Les deux hommes ne s’étaient plus jamais adressé la parole. Francis K. avait-il eu des envies de meurtre ? Jacky fit la moue : peut-être mais ce bon gros mou n’aurait jamais eu le courage de passer à l’acte. Elle n’en aurait pas dit autant de cette teigne de Dean B.

Un silence de mort s’établit soudain dans le lobby. L’éminent Professeur Gil Mountain, – dont le staff, avec l’accord de la police, avait sollicité l’expertise –, après avoir attiré l’attention de l’assistance, annonça avec autorité : « Mes amis, j’ai examiné le corps de Dean B. avec la plus grande attention. Le patient a succombé à une rupture d’anévrisme cérébral. J’ai délivré le permis d’inhumer. Madame B., je vous présente mes très sincères condoléances ».

Déjà la police se repliait, le hall de la clinique reprenait son allure normale, le staff avait libéré la salle d’attente. Georges et John s’apprêtaient eux aussi à quitter les lieux, un peu mal à l’aise de leurs élucubrations nocturnes. Il faudrait en rire un jour… Fred, le technicien, parka sur le dos, les frôla sans les voir. Un intense soulagement éclairait son visage anodin. Georges pourtant crut apercevoir dans son regard comme une maléfique jubilation… Allons, se dit le sleepdoctor, le manque de sommeil doit me jouer des tours.

L'art de la scène d'ouverture - UNE

Amis cinéphiles, voilà un petit cadeau pour le week-end… Pour réveiller des souvenirs ou tester votre culture.

Réalisée par la chaîne Filmnørdens Hjørne, cette vidéo compile les 35 plus belles scènes d’ouverture de films. On en prend évidemment plein les yeux en 4′ 46″. C’est de l’ultra short !

Personnellement, ma préférée reste celle d’A********e N*w (un petit pendu pour la route!). Et vous alors ?

Certaines sont faciles à reconnaître, d’autres moins, mais la solution figure sous la vidéo… Ne descendez pas trop vite, le jeu est amusant.

Et si d’autres scènes d’ouverture vous semblent mériter de figurer dans la prochaine édition de ce montage dédié au cinéma, levez la main !

A lundi,

Matteo
 

The Art of the Opening Shot from Filmnørdens Hjørne on Vimeo.

 

 

2001, l’Odyssée de l’espace (1968), Metro-Goldwyn-Mayer (MGM)
Apocalypse Now (1979), Zoetrope Studios
Les Incorruptibles (1987), Paramount Pictures
TRON : Legacy (2010), Walt Disney Pictures
Léon (1994), Gaumont
Lawrence d’Arabie (1962), Horizon Pictures
La Soif du Mal (1958), Universal International Pictures
Star Wars : Episode IV – Un nouvel espoir (1977), Lucasfilm
Rain Man (1988), United Artists
Taxi Driver (1976), Columbia Pictures Corporation
Sherlock Holmes (2009), Warner Bros.
Fenêtre sur cour (1954), Paramount Pictures
Les septs samouraïs (1954), Toho Company
Heat (1995), Warner Bros.
Lost in Translation (2003), Focus Features
Casino Royale (2006), Columbia Pictures
Black Rain (1989), Paramount Pictures
Jeux de guerre (1992), Mace Neufeld Productions
The Dark Knight (2008), Warner Bros.
Délivrance (1972), Warner Bros.
À la poursuite d’octobre rouge (1990), Paramount Pictures
There Will Be Blood (2007), Paramount Vantage
Naissance d’une nation (1915), David W. Griffith Corp.
Il faut sauver le soldat Ryan (1998), DreamWorks SKG
Blade Runner (1982), The Ladd Company
Matrix (1999), Warner Bros.
Superman (1978), Dovemead Films
Stoker (2013), Fox Searchlight Pictures
No Country for Old Men (2007), Paramount Vantage
Thelma & Louise (1991), Pathé Entertainment
Shining (1980), Warner Bros.
Take Shelter (2011), Hydraulx
La Prisonnière du désert (1956), Warner Bros
Gladiator (2000), DreamWorks SKG
Les Sentiers de la perdition (2002), DreamWorks SKG

De l'art en formule - UNE

Un logiciel à l’âme d’artiste ? C’est ce qu’annoncent les chercheurs de l’Université de Tubingen en Allemagne ayant développé un algorithme qui identifie le style de peintres connus pour l’appliquer à des images. Les chercheurs présentent un résultat plutôt convaincant.

Ils utilisent le même genre d’algorithmes que ceux qu’utilise Google pour la reconnaissance d’image (ça s’appelle même du « Deep Learning », ai-je cru comprendre).

L’outil sert à modifier une photo (ici, celle d’appartements sur les rives de Tubingen) pour lui appliquer le coup de pinceau et la distinction de :
En B : Le Naufrage du Minotaur, de Turner
En C : Nuit Etoilée, de Van Gogh
En D : Le Cri, de Munch
En E : Femme nue assise, de Picasso
Et en F : Composition VII, de Kandinsky

Je trouve le résultat assez réussi, pouvant avoir un intérêt pour le monde du design. Après, je ne saurai bien sûr pas vous expliquer en détail le processus et la nature de l’algorithme, mais pour les cracks et les curieux, voilà l’étude complète publiée par les chercheurs.
Donc si quelqu’un peut expliquer en langage simple (niveau 2+2 = 4) en quoi ça consiste exactement, je suis tout ouïe !

A demain,

Matteo

140 - De l'art en formule - IMAGE TEXTE

Le laboratoire du sommeil (5/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Jeanne Mazabraud :
épisode 1/6 : Mystérieux décès
épisode 2/6 : Disparitions curieuses
épisode 3/6 : Un avocat peu coopératif
épisode 4/6 : Le mobile improbable

Résumé des épisodes précédents : Après examen des tracés d’EEG de Francis K., Georges et son confrère John sont convaincus que le patient narcoleptique était parfaitement éveillé au moment du décès de Dean B. Les hypothèses et faits cliniques tendraient vers une théorie criminelle… Quand soudain, Francis K. réapparaît.

Episode 5
La veuve noire

Le souffle court, la démarche gauche, Francis K. s’avança dans le hall où stationnaient policiers, médecins, infirmiers, sans compter la veuve et son inséparable avocat. Il s’arrêta bras ballants et regard perdu tandis que, faisant volte-face vers l’entrée, la majorité de cette assemblée hétéroclite s’exclamait en chœur : « Francis ! Où étiez-vous donc passé ? ». Deux malabars en tenue s’étaient prestement positionnés près de la porte, prêts à dégainer.

Soudain Jacky, qui n’avait plus émis de lamentations depuis quinze bonnes minutes, fonça sans prévenir sur Francis K., bras tendus : « Francky, darling ! C’est si gentil d’être venu. Je savais que je pouvais compter sur toi ». Sans plus de façon, la veuve s’écroula sur l’épaule rebondie de l’obèse, dont le sourire gêné n’échappa à personne. Surtout pas à Georges ni à John qui échangèrent des regards stupéfaits. Jacky et Francis K. se connaissaient donc ? Pouvait-on imaginer une relation entre deux êtres aussi dissemblables ? La belle et énergique quatrième épouse de Dean B. et le somnolent sexagénaire au statut social flou, complices d’un crime passionnel ? D’un rapide échange de regards, les deux médecins convinrent de ne pas s’emballer. Il fallait par dessus tout raison garder. S’en tenir aux faits.

Les effusions de Jacky se calmèrent, son lawyer ayant pris l’initiative de lui faire lâcher prise. Elle accepta de s’asseoir dans la salle d’attente.
Francis K., libéré et soulagé, se soumit sans protester aux questions. Oui, reconnut-il avec un grand naturel, il s’était éveillé vers trois heures du matin. Oui, il s’était débranché, mais c’était pour venir en aide au jeune Alex G. qu’il voyait errer dans le couloir, sans doute atteint d’une crise de somnambulisme. Il ne connaissait pas plus que ça le jeune homme, mais ils avaient été voisins de chambre à deux ou trois reprises au cours de sleep tests. Le regard vide, « comme perdu », de ce gamin « sans défense » l’avait ému. Maladroitement, il le reconnaissait volontiers, il avait, cette nuit-là, tenté d’arrêter la marche du jeune homme et essayé de le remettre au lit. C’est alors qu’il avait fait une chute. Alex G. s’était éveillé pour de bon, en sursaut, paniqué. Après, après… Francis K. avait un trou de mémoire. S’était-il évanoui, tombant en syncope, ou – comment disait-on déjà ? –, avait-il eu une crise de cataplexie, mou comme une chiffe sur le carrelage ? Toujours est-il que lorsqu’il avait retrouvé ses esprits, Alex G. avait disparu, ce que corroborait le témoignage du policier en faction dans le lobby.

Georges insista : pourquoi ne pas avoir donné l’alerte ? Il était aisé de sonner le technicien. Habitué des lieux, Francis K. connaissait les procédures que l’on rappelait de toute façon à chaque patient à chacun des tests, ainsi que l’exigeait le règlement. C’est le moment que choisit l’obèse pour tomber en brusque somnolence. Simulation ? Georges interrogea John du regard. Le sleepdoctor fit un signe de dénégation. Il fallait prendre le symptôme au sérieux.
C’est alors que Jacky réapparut, toutefois sans la théâtralité qui avait jusqu’alors caractérisé ses prestations. Digne, presque humble, la veuve, sans doute conseillée par son avocat, sollicita la parole. « Laissez-moi vous expliquer. » Puis, interloquée, découvrant Francis K. avachi dans le sommeil : « Mais… Qu’arrive-t-il à mon grand frère ? »

Retrouvez les épisodes suivants : 6/6

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La saison 2 de Tête de lecture a redémarré, à la Loge, Paris 11, 77 rue de Charonne, M° Charonne ou Bastille ou Ledru-Rollin. Et maintenant ce n’est plus le dimanche à 17 h, c’est le lundi à 20 h. Beaucoup plus facile à glisser dans son emploi du temps !

Lundi 23 novembre sera une soirée consacrée à Hervé Guibert, à l’occasion de la sortie chez Gallimard d’un recueil qui lui est consacré.

A demain (soir),

Matteo

> Toutes les dates de Tête de lecture pour la saison 2015/2016 sont ici.

 

hypster

Superficiel bien sûr, aussi, mais rafraîchissant.

Ma copine m’a montré ce visuel simple qui peut faire sourire. Et qui m’a même fait sourire. Comme il y est question, finalement, d’écriture, j’ai pensé que vous, lecteurs et auteurs de Short Edition, apprécieriez la chose. Si ce n’est pas le cas, j’essaierai de faire mieux après-demain !

A après-demain,

Matteo

 

Vous n’êtes pas un vrai hipster… tant que vous n’apportez pas votre machine à écrire au parc

L'évolution en pâte à modeler - UNE

J’avais un peu le souffle coupé depuis vendredi soir… Me revoilà.

Aujourd’hui, c’est une jolie petite vidéo qui est à l’honneur. Parce que je suis un énorme fan de Wallace et Gromit, j’ai toujours de l’affection pour les animations en pâte à modeler et en stop-motion.

Et puis ça nous parle d’une époque où notre cerveau était plus petit… mais il avait peut-être moins de possibilité de nuire ! A moins de monde… Et il se laissait moins modeler par d’autres cerveaux nuisibles.

A demain,

Matteo

Ape from Eustace Ng on Vimeo.

Le laboratoire du sommeil (4/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Jeanne Mazabraud
épisode 1/6 : Mystérieux décès
épisode 2/6 : Disparitions curieuses
épisode 3/6 : Un avocat peu coopératif

Résumé des épisodes précédents : Peu avant le décès de Dean B. le jeune Alex G. faisait une crise de somnambulisme. Francis K. semblait être sorti du sommeil et s’être débranché. Les deux patients avaient disparu. L’imagination de Georges bouillonnait. Quitte à susciter la risée de ses collègues, il devait faire part de ses hypothèses.

Episode 4
Le mobile improbable

Le jour commençait à poindre. La fatigue s’imposait à tous. Fred, que l’enquêteur avait longuement interrogé, avait rejoint le lobby, épaules basses, voix éteinte : « Il m’a cuisiné comme si j’étais le coupable idéal. Il voulait m’entendre dire que j’avais fait une fausse manip, que j’avais injecté je ne sais quel produit en surdose. Et pourtant je lui ai expliqué que c’est un labo du sommeil : on branche des électrodes, on surveille les tracés du cerveau, du cœur, le mouvement des yeux… On n’injecte aucun produit dangereux ! Mais rien à faire. Et cette Jacky qui joue les veuves éplorées ! ». Fred s’effondrait. On l’entourait, mais avec une certaine retenue. Après tout… Who knows ? Un homicide par négligence cela s’était vu maintes fois. Inconsciemment, chacun échafaudait un scénario plausible dans sa tête : arrêt cardiaque, Fred, qui n’est pas médecin et qui est peut-être occupé à autre chose ne réagit pas immédiatement. La fraction de temps qui tue.

Alors que le staff, replié dans un salon d’attente, se concertait sur les mesures à prendre pour éviter les débordements médiatiques, Georges s’approcha de Fred et, lui posant une main fraternelle sur l’épaule, lui demanda :
— Je peux te poser une ou deux questions ?
Le technicien, qui en avait plus que sa claque des interrogatoires, répondit avec réticence.
— What else ? J’ai tout dit ! Mais toi le Frenchie, je te fais confiance. Dis-moi.
— Simplement où était Francis K. au moment du drame. Son tracé d’EEG montre qu’il était sorti du sommeil paradoxal. Il ne dormait plus. Est-ce que tu as vu quelque chose ?
Fred ouvrit des yeux incrédules. Eveillé Francis K. ? Polarisé par l’urgence Dean B., il n’avait plus prêté attention aux faits et gestes des autres patients. A la réflexion, il se souvenait de la crise de somnambulisme du petit rouquin et il avait encore dans les oreilles les ronflements apnéiques. Le reste… Non, vraiment, il ne se souvenait pas. Sauf peut-être le bruit sourd qu’il avait perçu du côté de la chambre de Francis K.

Tracé en main, Georges se tourna vers son confrère John, un sleepdoctor chevronné. Marié à une Française, John avait vécu un temps à Paris. Le couple avait fréquemment invité le médecin français et une amitié était née. On avait ri des aventures de John dans une boulangerie du cinquième arrondissement, découvrant la subtile différenciation entre pain coupé et tranché. On avait pris en pitié Georges, confronté au terrible dilemme des étrennes à distribuer à la myriade de concierges, garçons d’étages et d’ascenseur qui hantaient son building de trente étages downtown.

John prit son temps pour examiner les relevés que lui tendait Georges. D’un hochement de tête, il confirma l’hypothèse : Francis K. était bel et bien éveillé au moment de l’accident. Quelles déductions en tirer ? Les deux amis étaient perplexes. Le bruit entendu par Fred était-il le signe d’un incident cataplexique qui aurait fait chuter l’obèse ? Ces épisodes étaient souvent déclenchés par une émotion forte : anxiété d’avoir commis l’irréparable sur la personne de Dean B. ? Joie intense de l’avoir fait ? Et cette fuite au nez et à la barbe de tous… Les faits cliniques pouvaient, dans une certaine mesure, corroborer leurs extrapolations. Restait cependant l’essentiel : le mobile de crime – si crime il y avait – et, last but not least, la façon dont il aurait pu être commis en présence permanente d’un technicien dans la salle de contrôle du labo.

Alors que leurs échanges semblaient confirmer leur théorie, Francis K. poussa la porte à tambour de la clinique.

Retrouvez les épisodes suivants : 5/66/6

Les belles inventions de 1947-UNE

Et hop, un vrai petit trésor : le Professeur Russell E. Oakes (qui n’est pas + Professeur que moi !) vous présente dans une petite vidéo de 1947 ses plus belles inventions…

Au programme : une troisième main en plastique qui vous permettra à la fois, pour votre prochain pique-nique, de manger votre sandwich, éloigner les mouches et siroter votre tasse de thé. Ou encore un amplificateur sélectif de son qui tiendra éloignés de vos oreilles les bavardages de vos voisins au cinéma tout en vous délectant des dialogues du dernier Wes Anderson.

Bref, des inventions d’une logique incontestable, mais d’une utilité qui l’est peut-être un peu moins.

Mention spéciale pour l’invention qui transforme votre insupportable collègue de bureau mâcheur de chewing-gum en ventilateur (c’est impossible à expliquer, mieux vaut que vous regardiez !)

A demain,

Matteo

> C’est en anglais mais les images sont très explicites…

Le laboratoire du sommeil (3/6), Jeanne Mazabraud

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Jeanne Mazabraud :
épisode 1/6 : Mystérieux décès
épisode 2/6 : Disparitions curieuses

Résumé des épisodes précédents : Parallèlement à l’enquête de police qui semblait se concentrer sur l’interrogatoire du technicien et l’autopsie, Georges eut la curiosité d’examiner les enregistrements des autres patients dans la cabine technique et un détail retint son attention…

Episode 3
Un avocat peu coopératif

A l’instant où il allait appeler un confrère pour lui faire part de son observation, Georges vit Fred happé dans le couloir par un policier en surpoids.

L’enquêteur procédait maintenant aux auditions et en tant que témoin de première main, Fred devait être entendu le premier. Il a donc expliqué avoir suivi la routine : accueil des patients, pose des électrodes, vérification du bon fonctionnement des appareils. Le jeune Alex G., pour une fois, s’était montré coopératif. Tout s’était bien passé aussi avec Francis K. Et les deux nouveaux s’étaient montrés particulièrement dociles. Quant à Dean B… A son habitude, l’avocat s’était comporté avec froideur et arrogance. On se demandait, pensait Georges in petto, pourquoi ce genre de personnage s’imposait la corvée d’une nuit au labo dont il ne tirerait que peu de profit. Ce juriste habitué à analyser avec finesse et intelligence les cas les plus complexes changeait totalement d’attitude lorsqu’il s’agissait de sa santé. Il vitupérait, refusait de suivre les traitements prescrits. Hormis un usage intensif et constant de zolpidem, Dean B. ne voulait rien entendre. Toujours est-il qu’il avait quand même pris place dans sa chambre.

Compte tenu du nombre restreint d’hospitalisations cette nuit-là, un seul technicien était affecté au laboratoire. Fred, une fois les cinq patients installés, avait pris place dans la salle de contrôle d’où il surveillait l’évolution du sommeil de chacun d’eux. A trois heures moins le quart, Alex G. avait traversé sa première crise de somnambulisme, en phase de sommeil profond. L’EEG, consulté par Georges, le montrait nettement. Alex G. s’était déplacé, vraisemblablement dans le couloir. Selon Fred, rien d’anormal ou de violent ne s’était produit bien qu’il ait entendu un bruit « comme quelqu’un qui trébuche ou se cogne dans un meuble ». A partir de trois heures, le technicien, alerté par les bips de détresse émanant du corps de Dean B., s’était entièrement concentré sur son patient, intervenant d’abord à partir de sa salle de contrôle pour vérifier que toutes les électrodes étaient correctement branchées. Cinq minutes s’étaient écoulées avant que Fred – enfin pleinement conscient du drame qui se jouait – n’alerte le médecin de garde. Trop tard. Dean B. s’en était allé ad patres.

Et Francis K. ? Le narcoleptique avait rapidement atteint sa phase de sommeil paradoxal ; mais, vers trois heures, heure fatidique, l’enregistrement montrait que le patient était totalement éveillé ! Telle était la conclusion de Georges dont il tenait particulièrement à s’entretenir avec un confrère ainsi qu’avec Fred, certes monopolisé par le cas Dean B., mais seul technicien présent au laboratoire et, à ce titre, censé surveiller l’ensemble des hospitalisés. Qu’avait fait Francis K. pendant cette période ? Avait-il quitté sa chambre ? Dans quel but ? Généralement les patients débranchaient leurs électrodes, avec ou sans aide, une ou deux fois par nuit pour se rendre aux toilettes. Peut-être était-ce tout bêtement le cas ? Mais pourquoi disparaître en pleine nuit sans prévenir ? Avait-il entraîné dans sa fuite le jeune somnambule ?

Retrouvez les épisodes suivants : 4/6 – 5/66/6