Archives for the month of: août, 2015

La stagiaire (5/6), Patrick Ferrer

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Patrick Ferrer :
épisode 1/6 : Un colis embarrassant
épisode 2/6 : La théorie des asticots
épisode 3/6 : Tempête au 36
épisode 4/6 : Rendez-vous au Frigo

Résumé des épisodes précédents : Un cadavre qui vous colle aux basques, ce n’est jamais très agréable. Surtout quand celui-ci pourrait vous attirer un tas d’ennuis avec votre hiérarchie et qu’une jeune stagiaire menace de faire exploser le dossier d’enquête devant le procureur.

Episode 5
Perdu

La salle des pas perdus lui faisait immanquablement penser à un immense hall de gare qui ne conduisait nulle part. Les gens apparaissaient et disparaissaient pour réapparaître, comme s’ils erraient au hasard dans les vingt-quatre kilomètres de couloirs du Palais de justice. Le divisionnaire avait tenu à accompagner le commissaire Desjoux pour l’entrevue avec le procureur de la République et distillait ses dernières recommandations que le policier n’écoutait pas. Il espérait et redoutait à la fois de voir apparaître la perspicace Amélie et laissa échapper un soupir de soulagement quand il aperçut le docteur Corneille qui s’avançait, un épais dossier sous le bras. Le légiste avait largement dépassé l’âge de la retraite, mais la pénurie d’experts qualifiés à l’Identité Judiciaire l’avait poussé à prolonger son activité en attendant la relève.
— Bonjour, messieurs. J’espère que je ne vous ai pas fait attendre…
— Bonjour docteur, répliqua le divisionnaire. Le procureur devrait nous recevoir d’ici quelques minutes. Je suis heureux de voir que vous ne nous avez pas envoyé une stagiaire, cette fois.
— Oui, certes… J’ai pensé en effet que, vu la gravité des charges…
Le divisionnaire renifla bruyamment.
— Il y a eu suffisamment de dérives sur ce dossier, nous n’avons pas besoin d’en rajouter avec les théories fumeuses de jeunes laborantines.
— Certes, certes, acquiesça le légiste.
Le procureur finit par les recevoir dans la vaste salle d’audience. Il écouta en silence l’exposé du dossier que fit le commissaire divisionnaire avant de se tourner vers le légiste.
— Vos analyses concordent-elles, docteur ?
Le vieil homme se racla la gorge.
— L’état de décomposition au moment de la levée du corps nous empêche d’être plus catégoriques quant aux circonstances exactes du décès, monsieur le procureur. Tout ce que nous pouvons affirmer avec certitude est que la mort a été occasionnée par un tir unique et transfixiant au niveau du thorax, ce qui est cohérent avec les conclusions de monsieur le commissaire divisionnaire. Les plaies correspondent au calibre de l’arme trouvée sur les lieux.
Le procureur examina le dossier.
— Le rapport forensique de la scène du crime ne mentionne pas de projectile.
Le divisionnaire fut le plus rapide.
— Ce ne serait pas la première fois, monsieur le procureur. La balle peut se désintégrer ou se loger dans les vêtements et se perdre durant le transport du corps. De notre avis professionnel, cela n’est pas significatif. Par contre, l’absence de signes d’effraction ou de violence écarte clairement la thèse de l’acte criminel.
Le procureur hocha la tête pensivement.
— Donc, vous soutenez la thèse de l’accident et demandez la clôture sans suite du dossier judiciaire, c’est bien cela ?
Le commissaire divisionnaire exhiba un sourire confiant, l’image même de la compétence.
— C’est bien cela, monsieur le procureur.
— Eh bien, monsieur le divisionnaire, je ne partage pas votre avis. À la lecture des éléments mis à ma disposition, votre thèse de la mort accidentelle ou du suicide me semble assez peu fondée. Les éléments de l’enquête, et tout particulièrement le rapport forensique, m’obligent à transmettre ce dossier au juge d’instruction afin de conduire une mise en examen pour acte criminel en propre et due forme.

911 Poésie-UNE

Parmi les soins que l’on peut prodiguer aux personnes malades ou seules, il y a la douceur et le réconfort. Et c’est une dame britannique, dont je trouve qu’elle a clairement du chien, du flair et une grande bonté d’âme, qui met ce précepte si bien en pratique. Déborah Alma est infirmière et elle sillonne les routes du Royaume-Uni dans son ambulance vintage, la Emergency Poet, pour offrir des consultations gratuites à ceux qui en ont besoin.

Et à chaque fois, de son attirail de soins, elle dégaine… un poème !

Elle rencontre ainsi les abimés de la vie, les hypocondriaques, les personnes atteintes de troubles mentaux, les personnes âgées souffrant de la solitude, et leur offre sur papier un morceau de poésie choisie (en plus d’une « vraie » consultation bien sûr) pour embellir leur journée et leur offrir un peu de chaleur.

L’ambulance poétique de Déborah s’arrête partout, tout le temps et sème des vers sur son passage, pour guérir par la littérature les maux les plus douloureux de l’esprit. Et je pense que ça nous plait bien cette idée-là, pas vrai ?

A demain,

Matteo

Chagall

Picasso était-il méthodique ou éparpillé ? Les palettes de Turner étaient-elles aussi lumineuses que ses tableaux ?

Voilà tout autant de questions auxquelles il est maintenant possible de répondre grâce au site du photographe Matthias Schaller qui s’est donné la peine de photographier très proprement les palettes de travail des peintres les plus célèbres du monde.

C’est bien sur ces palettes, émoussées par la main de l’artiste, que tout a commencé.

Un travail grâce auquel on peut faire quelques déductions intéressantes. Delacroix semblait remarquablement propre. Van Gogh, lui, était plutôt du genre à étaler des gros pâtés de peinture et devait beaucoup se tâcher les doigts ! Un travail plus émotionnel, plus sensitif qu’académique, en somme.

Sans même lire les noms, vous pouvez tenter de deviner à quel peintre appartient chaque palette.

Pour certaines c’est presque impossible mais pour d’autre, on reconnaît une patte, un toucher, une lumière, qui donnent quelques petits indices sur l’identité de son très fameux propriétaire.

Comme quoi, en peinture comme en écriture, à chaque génie sa méthode !

A demain,

Matteo

> Alors, on joue un peu à qui est qui ?

Palette Une

Chagall

Palette 2

Bonnard

Palette 3
Delacroix

Palette 4Kandinsky

Palette 5Monet

Palette 6Turner - UNE

Palette 7Van Gogh

La stagiaire (4/6), Patrick Ferrer

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Patrick Ferrer :
épisode 1/6 : Un colis embarrassant
épisode 2/6 : La théorie des asticots
épisode 3/6 : Tempête au 36

Résumé des épisodes précédents : Les cadavres ont parfois une drôle d’odeur mais celui qui a atterri dans les bras du commissaire Desjoux bat tous les records. Pas seulement parce qu’il s’agit de la petite amie du préfet, mais il y a aussi cette jeune stagiaire qui s’acharne à lui attirer les pires ennuis avec toute sa hiérarchie.

Episode 4
Rendez-vous au Frigo

L’institut médico-légal est situé en bord de Seine. Les rives du fleuve ont toujours fait partie de l’édifice, les eaux boueuses lui ayant de tout temps apporté sa moisson de noyés et les corps acheminés par voie fluviale à l’époque où les réfrigérateurs n’existaient pas.
Elle lui avait donné rendez-vous dans le parc jouxtant le bâtiment de brique. Elle arriva avec un peu de retard, engoncée dans le tailleur étroit qu’elle semblait porter en toutes circonstances.
— Je suis désolée, l’autopsie a été plus longue que prévu.
Ses joues avaient une teinte rose comme si elle avait couru. Elle avait défait ses cheveux qui cascadaient autour de son visage. C’était la première fois qu’il la voyait sans son chignon et l’effet n’était pas déplaisant. Comment avait-il pu la trouver ordinaire ?
— Vous en faites beaucoup ?
— Assez peu, à vrai dire. Vous savez, tant qu’on est en études, la plupart de nos clients sont encore en vie. On se fait une idée un peu romantique de la chose, mais je passe plus de temps à établir des certificats d’aptitude à conduire qu’autre chose.
« Romantique » ? Le mot le fit sourire.
— On m’a dit que vous aviez passé votre épreuve finale.
— Oui. Ce dernier cas m’a bien aidé. Merci de m’avoir permis…
Ses joues rosirent encore et elle laissa la phrase en suspens. Desjoux se sentit vaguement gêné.
— Heu… oui, en fait, vous avez fait du très bon boulot, mademoiselle Bourdin. Je m’excuse si je vous ai un peu…
— Amélie, commissaire. Non, au contraire. Un esprit sceptique, c’est très stimulant. Alors, vous avez coincé le coupable ?
— C’est-à-dire… hum…
— Je suis sotte ! Vous ne pouvez pas en parler tant que l’enquête est en cours. Mais bon, on sait déjà qu’il est entraîné au tir à distance et qu’il connaissait bien la victime, je dirais intimement. Ça ne devrait pas être très compliqué.
— Tir à distance ?
— Oui, votre homme est un habitué des stands de tir. La victime a été tuée d’une seule balle qui a traversé le cœur. À plus d’un mètre cinquante de distance, peu de gens sont capables d’un tel degré de précision. Surtout avec une arme de poing. Il n’y avait pas de traces de lutte chez la victime, donc elle était consentante et à poil dans son lit. Et vous avez la piste du matelas.
— Je ne…
— Il a été obligé de le cacher quelque part ! Imaginez, un matelas plein de sang avec un trou au milieu ! Il ne pouvait pas appeler les encombrants.
— Oui, bien sûr. Et vous êtes certaine que c’est un homme ?
Elle le regarda bizarrement.
— Vous en connaissez beaucoup, des femmes qui auraient pu porter le corps jusqu’au cinquième étage ?
Cette fille ne comprenait rien aux méandres du pouvoir. Ce n’était pas de sa faute, elle ne mesurait pas les enjeux. Elle allait les mettre dans une merde noire et il ne savait pas comment lui faire comprendre. Il aurait voulu se réveiller soudainement en se disant que tout cela n’était qu’un mauvais rêve. Le métro aérien passa à l’horizon, une flèche verte et blanche entre les arches graciles du viaduc flottant au-dessus de la Seine.
— Amélie ?
— Oui.
— Il faut me promettre de ne parler de cette histoire à personne. Et surtout de vos… théories. Ça peut être… dangereux.
S’il avait espéré l’impressionner, il se rendit rapidement compte de son erreur. Amélie laissa échapper un petit cri de joie, se leva brusquement et esquissa un pas de danse, les bras levés au ciel.
— Je le savais ! C’est un flic, n’est-ce pas ? Quelqu’un de haut placé ?
Desjoux se prit la tête entre les mains. S’il amenait cette fille devant le procureur, sa carrière était foutue.


Retrouvez les épisodes suivants : 5/6 – 6/6

La tradition de la sucette - UNE

Au Japon depuis le 8ème siècle, une poignée d’artisans s’appliquent à l’art des… sucettes en forme d’animaux ! Cet art a pour nom Amezaiku. Il fait partie des traditions si particulières de ce pays si particulier… que je connais si mal.

Les sucettes que j’ai découvertes sur le web, en déambulant sans but précis, ne sont pas celles à l’anis de Srge Gainsbourg et de France Gall : elle sont plus innocentes et sortent des mains de Shinri Tezuka, 26 ans, l’un des masters ès-Amezaiku les plus jeunes du Japon !

Parler de sucettes en forme d’animaux ultra détaillées, ça peut ne pas faire rêver (mais avouez quand même qu’en matière d’art traditionnel, pour le coup c’est surprenant !), mais les voilà, patiemment sculptées en sirop de sucre par les délicates mains de  Shinri Tezuka et élégamment habillées de colorants organiques.

Il fait de la concurrence à la dame du papier 3D qui racontait Alice au pays des merveilles, dont je vous ai parlé la semaine dernière… dans le cadre de mon enquête de l’été, « débridez votre créativité ».

Je me demande combien coûte ce genre de petite merveille. Et si j’oserai le manger : j’ai un peu peur, en effet, pour ma langue et mon palais. Qui sont fragiles !

A demain,

Matteo

> Alice, la soeur de Shinri

La tradition de la sucette 2

La tradition de la sucette 3

La tradition de la sucette 4

La tradition de la sucette 5

La tradition de la sucette 6

o-ROUMANIE-TRANSPORTS-570

Il paraît que la ville de Cluj-Napoca, commune de 300 000 habitants située dans le nord-ouest de la Roumanie, a proposé aux usagers des transports publics de voyager gratuitement à condition de lire le temps de leur trajet.

Cette idée qui a germé dès 2014 dans le cerveau d’un habitant – que certains qualifieront dès lors de citoyen -, Victor Miron. Il est allé en parler au maire de la commune, Emil Boc. Emil a dit banco.  Et un an plus tard, il a décidé de tenter cette expérience avec le #shareCulture.

Pour les lecteurs, les transports en communs ont été complètement gratuits pendant trois jours au mois de juin, du 4 au 7 lunie.

« Je crois qu’il est préférable de promouvoir la lecture en récompensant ceux qui lisent plutôt que de critiquer ceux qui ne le font pas », expliquait alors Victor aux médias. Ce fut, nous dit-on, un gros succès, avec 2700 partages de photos d »usagers-lecteurs sur Facebook. Et l’envie de recommencer l’année prochaine.

A quand la même opération au resto… ou même au cinéma !

A demain,

Matteo

> C’est une info dégotée par le site ActuaLitté. Si vous voulez vérifier que vous ne comprenez rien au Roumain, c’est par ici, en texte et en images.

La Chenille et son fumoir - UNE

Alice, ô Pays des Merveilles, tout le monde ne l’a pas lu (je confesse faire partie de ceux qui ne l’ont jamais fini) mais tout le monde aime… Forcément !

Ce « conte », qui est aussi accessoirement le film Disney le plus perché de la création, a suscité de multitudes de déclinaisons et d’inspiration. La dernière recensée est une série d’illustrations en papier découpé, réalisée par l’artiste russe Amadova Marina.

La jeune femme a passé des heures (enfin, on imagine vu le boulot que ça représente) à sculpter ses papiers au cutter, à les colorer, les disposer, les coller. Le résultat est fort joli : c’est aérien, clair et l’ambiance colle bien avec l’atmosphère faussement édulcorée du livre. On y découvre le sourire du Chat du Cheshire, la Chenille et son fumoir, le jardin vivant de roses, l’incontournable Lapin Blanc qui ne sera jamais à l’heure, la Reine de cœur et, mon tableau préféré, la mise en scène de la cérémonie du thé.

En prime, je vous livre une photo de la petite Alice Lidell (merci Wikipédia), qui ne porte pas ce prénom par hasard puisque c’est pour elle que Caroll a écrit Alice.

Et en conclusion, j’ouvre un débat philosophique, parce que je suis en forme : si je veux bien croire qu’à l’époque de Caroll on ne trouvait pas encore de petites pilules multicolores qui vous font voir des animaux qui parlent et des génies du mal incarnés en carte de jeu, les gens de Disney, eux, ont bien dû se rendre compte que leur film était tendancieux ce film…  Jefferson Airplane en était d’accord en tout cas.

A demain,

Matteo

Chat du Cheshire

La cérémonie du thé
La Reine de Coeur

Le jardin vivant de roses

Le Lapin Blanc

Alice_Liddell

Des estampes de Miyazaki - UNE

Pour une cure de jouvence mentale, rien ne vaut un bon Miyazaki. Un vrai magicien, qui manipule délicatement, mais à la perfection, les peurs et les sentiments de l’enfance et possède l’art absolu de rendre à ses spectateurs la curiosité et la naïveté qu’ils ont peut-être perdues au fur et à mesure des années.

J’ai adoré Princesse Monoké, j’ai été effrayé devant Le Voyage de Chihiro, et j’ai bien été tenté de verser quelques larmes en regardant Mon Voisin Totoro. Oh, et son dernier, Le Vent se lève… il est magnifique non ?

Et puis j’ai découvert récemment de très belles estampes, travaillées par Kwase Hasui, qui représentent les films de Miyazaki… mais je les ai connues trop tard, toutes les impressions originales sont épuisées.

Je garde quand même le lien, dans un coin de mon PC, pour aller y traîner de temps en temps. Parce que, si vous aussi vous aimez d’amour Miyazaki, vous comprendrez sûrement que j’ai envie d’avoir chez moi un petit rappel de son très grand talent !

A demain,

Matteo

> Le lien est ici. On peut s’en procurer des retirages à 20 € l’unité…

Des estampes de Miyazaki 1

Des estampes de Miyazaki 2

Des estampes de Miyazaki 3

Des estampes de Miyazaki 4

Des estampes de Miyazaki 6

Des estampes de Miyazaki - UNE

 

La stagiaire (3/6), Patrick Ferrer

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Patrick Ferrer :
épisode 1/6 : Un colis embarrassant
épisode 2/6 : La théorie des asticots

Résumé des épisodes précédents : Quand le commissaire Desjoux a vu le cadavre décomposé gisant sur le sol de cet appartement, il a rapidement conclu qu’il valait mieux pour lui qu’il s’agisse d’un suicide. Mais la jeune stagiaire venue interférer dans son enquête ne semble pas vouloir lâcher sa théorie des asticots, plaidant pour l’homicide.

Episode 3
Tempête au 36

— Vous êtes certain de ce que vous avancez ?
Le commissaire divisionnaire faisait les cent pas en agitant le rapport d’enquête pendant que Desjoux se tenait pratiquement au garde-à-vous au milieu de la pièce. C’était un de ces anciens bureaux du 36 encore équipés d’un antique poêle à charbon qui lui donnait l’impression de s’être égaré dans un roman de Simenon. La corne de brume d’une péniche passant sous les fenêtres retentit comme un point d’orgue.
— Positif, monsieur le divisionnaire. Il s’agit bien de Rosie Desmarest, la… hum, petite amie du… enfin, vous savez.
Le divisionnaire passa plusieurs fois la main sur son crâne luisant.
— C’est probablement un accident. Ça arrive, vous savez, en manipulant une arme à feu. Une femme, en plus… Elle l’a laissé tomber et le coup est parti tout seul. Ça expliquerait qu’on ne trouve pas de trace de brûlure autour de la plaie ni de poudre sur les mains de la victime.
— Est-ce la version que vous désirez que je donne en conclusion de mon enquête, monsieur ?
Le divisionnaire eut un geste vague.
— Vous pourriez orienter le dossier dans ce sens. Après tout, on n’a aucune preuve d’effraction… L’accident est l’hypothèse la plus plausible. Vous comprenez que, vu l’identité de la victime, nous nous devons d’éviter toute théorie hasardeuse qui ne pourrait que provoquer un scandale, n’est-ce pas ?
Desjoux semblait absorbé dans la contemplation de ses chaussures.
— Il y a quand même un petit problème, monsieur le divisionnaire.
— Ah, oui. La… stagiaire. C’est un problème. Mais, enfin, Desjoux, un homme de votre expérience ! Le procureur n’hésitera pas une seconde entre votre témoignage et celui d’une jeunette tout juste bonne à nettoyer les tablettes à organes. Qu’est-ce qui vous a pris de faire appel à elle ?
— Elle était déjà sur les lieux quand je suis arrivé, monsieur. C’est dans mon rapport.
— Vous auriez dû user de votre autorité, Desjoux. On ne laisse pas une… stagiaire interférer avec notre travail.
— Le légiste a entériné ses conclusions et le rapport d’autopsie, monsieur. D’après lui, mademoiselle Bourdin a toutes les qualifications nécessaires et j’avoue qu’elle m’a…
Le policier se tut. Les mots lui avaient échappé. Toujours à ouvrir sa grande gueule au mauvais moment. Le divisionnaire plissa les yeux.
— Vous avouez quoi, commissaire ? Vous en pincez pour la stagiaire ?
— Non, non. Je voulais dire… elle connaît son turf, c’est évident. Dix minutes sur la scène de crime et elle avait déjà déterminé que la victime était couchée lorsqu’on lui a tiré dessus et que la balle devait s’être logée dans un objet mou, probablement un matelas, d’après la forme de l’orifice de sortie. La collerette n’est pas la même lorsque…
Le divisionnaire laissa échapper un rugissement.
— Desjoux ! Vous allez me régler ça et tout de suite ! Nous devons présenter nos recommandations au procureur la semaine prochaine. Vous me voyez en train d’annoncer place Beauvau que nous investiguons l’assassinat de la maîtresse du préfet et qu’elle a été tuée dans un lit qui n’était pas le sien ? Vous voulez ma peau, c’est ça ?
Le commissaire ouvrit la bouche et la referma aussitôt. Il avait dit assez de conneries pour la journée. Il salua rapidement et tourna les talons. Il crut entendre son supérieur grommeler quelque chose au sujet « d’incapables », de « matelas » et « d’orifices » mais sortit sans demander son reste.


Retrouvez les épisodes suivants : 4/65/6 – 6/6

Manger le coeur de sa mère UNE

Au printemps de cette année, en Corée du Sud, un éditeur a publié un recueil de poèmes écrits et illustrés par des ados. Parmi eux, un texte, Un jour, tu ne veux pas te rendre à hakwon, (les hakwon sont des boites à bac coréennes) écrit par une jeune adolescente : elle confie à ses lecteurs une recette de cuisine qui permet d’éviter d’aller à l’école.

Le texte, très cru et complètement dénué d’ambiguïté a beaucoup dérangé le public qui réclame à cor et à cri son retrait des bacs en librairie.

Pour que vous compreniez l’idée, voilà le texte :

Mâche et mange ta mère
Fais-la bouillir et mange-la, fais-la cuire et mange-la
Retire ses globes oculaires et mange-les
Enlève toutes ses dents
Arrache ses cheveux
Transforme-la en viande maigre et mange-la en soupe
Si elle verse des larmes, lèche-les toutes
Et mange son cœur en dernier.
C’est là le plus douloureux

Et oui, le poème parle bien d’une jeune fille qui dévore sa mère. Or, le cannibalisme dans un livre de jeunesse ne passe pas très bien en Corée (je pense que ça ne passerait nulle part, d’ailleurs !).

La maison d’édition a pendant un temps défendu son livre, expliquant qu’elle ne souhaitait pas modifier les écrits authentiques de ses jeunes auteurs. Mais elle a fini par retirer le livre de la vente et tente aujourd’hui de récupérer le plus d’exemplaires possibles.

Alors, lecteurs de Short, pensez-vous que la polémique a lieu d’être ? Et avez-vous jamais eu faim de votre (pauvre) mère ?

A demain,

Matteo

> Le recueil a pour titre A Single Dog, publié par les éditions Chulganil