Archives for the month of: juin, 2015

Une évidence (3/5), Jeanne Poma

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.
Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Jeanne Poma :
épisode 1/5 : Accointance
épisode 2/5 : Accrochage

Résumé des épisodes précédents : Après sa première visite à Martin, un patient auquel elle s’est attachée, Laurence poursuit ses visites en hôpital psychiatrique avec Antoine Sinol, atteint de troubles bipolaires. Celui-ci la rejetant violemment, Stéphane, le chef du service, intervient et la fait sortir de la pièce par la force.

Episode 3
Heurt

Je sais bien que je dois maîtriser ma colère et surtout ne pas me laisser envahir par l’amertume mais ce n’est pas la première fois qu’une telle situation se présente. La clinique ne me fait pas confiance. Elle veut toujours veiller à contenir nos actes.

Pfff, ça y est, elle est là.
Je refuse de l’entendre mais je sais qu’il est déjà trop tard, qu’elle est déjà là, tapie dans un coin de ma conscience.
La petite voix.
Celle qui va me chuchoter les mots que j’aurais dû employer face au chef de service. Celle qui me dira les actes que j’ai manqués et qui me susurrera ensuite que je l’ai laissé me piétiner.
La petite voix coule doucement dans mon esprit comme un goudron noir qui tapisse les cloisons de mon crâne et l’arrière de mes yeux. Un épais magma engourdit ma vision pour laisser le champ libre à ma colère et à ma frustration.
Il faut que je me calme. Surtout ne pas tomber dans cette paranoïa délicieuse.

Mes doigts fins se tordent, faisant apparaître mes articulations blanches et rouges. Un léger pincement pour chaque ongle qui s’enfonce dans mes paumes.
Il faut qu’on m’aide… que j’en parle à quelqu’un, quelqu’un avec qui je me sens bien, quelqu’un qui reconnait mon travail…
Une seule personne me vint à l’esprit : Martin, mon premier patient de la journée.
Le voir me calmera, j’en suis sûre. Peut-être même qu’il me fera rire.

12h17 à ma montre, il doit être à la cafétéria.
Sans m’en rendre compte, je suis déjà en train de courir. Le bruit de mes talons s’écrase contre les grandes baies vitrées du couloir qui mène au restaurant. Mon cœur s’emballe, comme un début de tachycardie pour m’achever.
A peine ai-je poussé les deux portes battantes que j’entends un « boom ! ». C’est madame Bendouma. Elle me fixe en agrandissant ses jolis yeux marron puis elle éclate de rire.

Derrière elle, le restaurant grouille de monde. Des praticiens qui se détendent, qui discutent autour d’une mousse au chocolat ou d’un café. Se mêlent à eux les infirmières, le personnel administratif mais aussi tous les patients, jeunes ou plus ou moins vieux. Parfois, une personne aux joues plus roses les accompagne.
Le spectacle est habituel mais ma poitrine me tire et compresse le peu d’air que je parviens à avaler.
Comment retrouver Martin parmi cette cohue ?
Je n’entends que des bruits de plateaux, de nourriture, de mastication.
Des chariots qu’on tire, des caisses qui s’ouvrent et le fonctionnement à plein tube des machines à café.
Soudain, je tourne la tête et il est là, qui attend sagement son tour devant le comptoir. Souriant, il a l’air serein en écoutant ses voisins.
Mais qui sont toutes ces filles autour de lui ? La blonde doit être infirmière, une greluche qui traîne trop souvent aux abords de sa chambre…
« Martin ?… »
Il s’arrête brusquement de rire pour me regarder. Deux secondes pour attraper un regard anxieux.
« Mais… mademoiselle Lacau… Vous êtes descendue… »
« Je… »
« Ecoutez, je viendrai vous voir après le déjeuner, remontez… Ne restez pas ici… »
Sa voix a changé.
« Je… Je voulais vous voir… »
« Mademoiselle Lacau… Ecoutez, nous nous verrons plus tard… Vous semblez tendue, pourquoi n’allez-vous pas vous reposer un moment ? »
« Mais… enfin vous allez arrêter de me dire ce que je dois faire ! »
D’un coup, une centaine d’yeux se braquent sur moi. Je ne le voulais pas mais les aigus ont parlé avant moi. La petite voix s’est faufilée dans ma gorge et a hurlé.


Retrouvez les épisodes suivants : 4/5 – 5/5

 

photo (1)

La séance de dédicace de Dara Nabati, l’auteur de Fabien et ses copains, dans deux bonnes (et réputées) librairies grenobloises s’est très bien passée – Dara et Fabien ont rencontré de nouveaux lecteurs – même si, faute professionnelle grave, j’ai oublié de faire quelques photos.

Je vous en parle pour vous rapporter le propos que le chef du rayon BD de la librairie Arthaud a glissé dans le sac de Dara avant de partir et que mon téléphone a reçu l’autorisation de photographier.

Si le propos vous parle, vous pouvez encore le commander pour 9 €, qui est quand même un joli prix, bien gentil… ! Il vous attend à la libraire de Short.

A demain,

Matteo

 

unnamed

Nouvelle info dans la catégorie la-vie-est-un-roman-de-science-fiction : des chercheurs ont réussi à produire une expérience… télépathique ! C’est l’université de Washington qui a fait le test et il s’est révélé concluant. En gros, les scientifiques ont « branché » deux personnes entre elles, grâce à des casques permettant de capter, puis envoyer, les signaux électriques du cerveau. Façon Minority Report, le film de Spielberg qui se passe au Québec et au Nouveau-Brunswick en 20544.

Il y avait donc un émetteur, la personne dont l’activité du cerveau était lue par électro-encéphalographie (comme pour le cœur) et un récepteur dont le cerveau était stimulé magnétiquement pour « obéir » aux ordres de la première.

Le test a porté sur un jeu vidéo.

L’émetteur devait ordonner au récepteur d’exécuter certains mouvements (un clic, par exemple). Et l’expérience a été concluante puisque le récepteur a en effet su produire les commandes en question, sans avoir pourtant accès à l’écran de jeu et en étant à quelques 800 mètres de l’émetteur.

A demain,

Matteo

> La photo du jour est extraite de Minority Report (2002)

imm

C’est de la pseudo pub, mais c’est de la bonne pub, bien écrite, bien jouée par Edouard Baer, juste, marrante.

Juste marrante.

C’est une ode au train que j’adore, ça parle des petits temps morts que Short peuple aussi…

Finalement je ne vois que des bonnes raisons d’en parler… et de relayer – en toute conscience et en toute inconscience – le message qui dure 5 fois 1 minute.

A demain,

Matteo

 


Being pour SNCF, Stif – «Le temps d’un trajet… par strategies-creations


Being pour SNCF, Stif – «Le temps d’un trajet… par strategies-creations


Being pour SNCF, Stif – «Le temps d’un trajet… par strategies-creations


Being pour SNCF, Stif – «Le temps d’un trajet… par strategies-creations


Being pour SNCF, Stif – «Le temps d’un trajet… par strategies-creations

dara

Dara Nabati, l’auteur de Fabien et ses copains, la BD éditée par Short Edition fin  2014, vient à Grenoble.

Il avait déjà été invité par Radio France lors de sa Fête du Livre à présenter et à dédicacer son premier album. Il est cette fois invité par les librairies Arthaud (le matin de 10 h 00 à 12 h 30) et Momie Folie (14 h 30 à 18 h) à rencontrer le public grenoblois amateur de BD.

Il est sympa, il a une bonne tête de dessinateur, il a le sens du scénario et un coup de crayon qu’on adore ici – à Short -, il prépare son second album entre Paris et Angoulême, il fait des belles dédicaces…

Si vous n’êtes pas trop loin et que vous venez, vous verrez que Dara et Fabien vont bien ! Et que tout ce que je vous dis ne relève pas de la sur-vente…

A demain (ou à samedi)

Matteo

Une évidence (2/5), Jeanne Poma

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.
Retrouvez l’épisode précédent de la nouvelle de Jeanne Poma :
épisode 1/5 : Accointance

Résumé de l’épisode précédent : Depuis trois ans, Laurence Lacau parcourt les couloirs de l’hôpital psychiatrique pour rendre visite aux patients. Après avoir effectué ses visites matinales, notamment à Martin, patient auquel elle s’est attachée, elle se sent tout à coup étouffer dans les couloirs agités et se précipite à l’extérieur du bâtiment.

Episode 2
Accrochage

« Laurence ?… Ça ne va pas ? »

Tsss… l’infirmière en chef. Elle accourt en se dandinant sur ses petites jambes. Elle a pris soin de dresser ses cheveux vers le ciel ce matin.
« C’est rien, Brigitte. Je m’étais assise juste deux minutes mais je vais reprendre mes visites, ne vous inquiétez pas ».
Elle me regarde avec un air gêné. Un soupçon de pitié dans ses yeux.
« Vous devriez rentrer tout de même », insiste-t-elle. « Vous êtes toute pâle et vous êtes frigorifiée. Je vais appeler le docteur Ginlois… »
« Non, non ! »
C’est sorti tout seul, j’ai crié.
Les yeux écarquillés, elle a crispé sa main sur mon bras.
« Excusez-moi, je vous ai fait peur… Ça va aller. Regardez, je vais mieux, ne vous inquiétez pas. Je vais continuer mes visites ».
Impossible d’être tranquille dans cette clinique !

A travers la porte vitrée, je peux voir que l’effervescence à l’intérieur est toujours la même. Les hautes plantes vertes et la verrière sont censées apporter de la lumière et de la quiétude aux patients mais il y a comme une tension dans l’air.
« Boom ! »
Je sursaute, c’est madame Bendouma. Une femme âgée aux traits fins et au teint légèrement halé. Alzheimer.
Elle continue son chemin, laissant traîner derrière elle un rire enfantin.

Une fois à l’intérieur, je traverse rapidement les couloirs. Avec ma silhouette fine, on me remarque à peine. Je peux me faufiler sans trop me mêler au monde. Avancer comme une petite souris pour effectuer un travail de fourmi. Juste quelques sourires, quelques bonjours.
Ma relation avec les patients, c’est tout pour moi, comme une vocation.
Ça n’a jamais été le cas de celles entretenues avec mes collègues.

Enfin, se dessine une petite porte jaune au fond du couloir.
Antoine Sinol.
Aujourd’hui, la pièce sera sans doute plongée dans le noir.
Antoine souffre de troubles bipolaires.

« Antoine ? C’est moi, le docteur Lacau… »
Nous avons le même âge et nous sommes tous les deux blonds mais la ressemblance s’arrête là. Si je suis toujours droite comme une tige, lui n’est souvent qu’une boule de nerfs recroquevillée sur ce large fauteuil beige.
Pour attirer son attention, je déplie mon cahier. La première page que je trouve est recouverte de couleurs, d’écritures, de traits en dents de scie et de points.
« Tu as dessiné depuis la semaine dernière ? »
Un bref regard, rouge, figé, humide. Des yeux qui me hurlent au visage, des yeux chargés de fiel et de mépris.
Un grognement auquel je ne réponds pas.
Puis une lamentation.
« Mais cassez-vous… Cassez-vous ! J’vous avais dit de pas revenir… Arrêtez avec vos conneries… Vous valez pas mieux que les autres…»

Je n’ai pas le temps de réagir quand tout à coup deux grosses pattes m’agrippent aux épaules et me tirent vers l’arrière.
Stéphane, le chef du service.
Un vieux pourceau engoncé dans une blouse blanche trop étroite.
« Sortez maintenant ! »
J’essaye d’articuler un « pour qui vous prenez vous ?! » mais ma voix refuse de sortir.
« Qu’est-ce que vous faites encore là madame Lacau ?! Vous savez qu’il faut laisser monsieur Sinol tranquille. Vous ne l’aidez pas en lui rendant visite ».
Je ne vois qu’une bouche abominable et désarticulée, collée sur une tête difforme.

Souffler, respirer.
Le béotien ne me crache que du mépris à la figure mais je ne dois pas m’énerver. Rassembler mon courage, argumenter.
Encore.
Encore subir cette vérification incessante, ces reproches, cette suspicion. Encore endurer cette stupide direction.
Non, je ne dois plus me laisser faire.


Retrouvez les épisodes suivants : 3/54/5 – 5/5

Rochefort façon street raconte Bovary

« Ils se marient, et puis ils vont crécher dans un bled pérave de Normandie ». Cette phrase sortie de nulle part est extrait d’une vidéo immanquable qu’il vous faut absolument regarder. C’est celle de Jean Rochefort qui résume en langage « djeuns » (mais en utilisant cette formule, on se marque « vieux ») le classique Madame Bovary.

C’est regarder un acteur mythique, un monument du cinéma français âgé de 84 ans expliquer tout naturellement qu’Emma s’ennuie et qu’en conséquence « elle se fait raccommoder la crinoline par des badboys dans des calèches ».

Un régal !

Cette vidéo, c’est à l’initiative des Boloss des Belles Lettres qu’on la doit (un Tumblr qui résume en langage très très familier des classiques de littérature. Drôle à mon sens pour cinq minutes, un peu lourdingue au-delà, mais à vous de voir).

Alors je tire mon chapeau au grand Monsieur Rochefort qui nous a beaucoup fait rire ma copine et moi, avec cette vidéo complètement décalée !

« C’est l’Amour est Dans Le Pré au Club Normandie, c’est gigolo et patates à l’eau, c’est Madame Bovary ».

A demain,

Matteo

 

 

Jean Rochefort résume Madame Bovary en langage… par Breakforbuzz

photo (1) blog

Nous avons reçu, hier, la visite à Grenoble, d’un cycliste original, Thomas Despin. Il a 23 ans, il a fait des études de psycho et il effectue un tour du monde des startups en 1 an, ou peut-être même 2 ans. Il est parti de Bordeaux il y a 45 jours, est déjà passé par Toulouse, Barcelone, Aix, Marseille, Gap… et Grenoble. Il continuera sa route, demain ou après-demain, vers Lyon, Genève, Lausanne… pour aller vers Bangkok, puis San-Francisco après une traversée en bateau ! Il a la moitié de son budget… Et comme son vélo surchargé attire l’œil des passants – dans la rue ou sur Facebook – qui lui proposent de l’héberger, il a déjà commencé à réduire ce poste de dépense.

Marrant.

Son projet est de comprendre pourquoi des gens, un peu partout dans le monde, créent ces entreprises bizarres… qui cherchent leur équilibre économique et sont persuadés d’ouvrir des voies nouvelles qui pourront trouver leur place dans le paysage en transformation des nouveaux usages, services ou produits.  Ici, il a rencontré – et même tenté de psychanalyser – , Christophe, l’un des fondateurs.

Je l’ai croisé, il a l’air sympa.

Il pédale seul.

Il a un site, Startup Cycling. Il a aussi une page Facebook.

Sa démarche fait penser à celle d’un écrivain marcheur, Sylvain Tesson, qui a aussi commencé en pédalant.

Et je ne serais pas étonné qu’on entende parler de Thomas à son retour ! Les médias vont adorer.

A demain,

Matteo

> Sur la photo, il est à côté de Thomas Sandelis, notre respo administratif, qui est à l’origine de contact : l’autre Thomas connaît en effet sa sœur…  Celui qui pédale est à droite. Et ses bagages sont chez son hôte du jour…

blog 14

J’ai emprunté l’image du post du jour à la page Facebook de Short Edition. Il est excellent (le post). Et je suis sûr que vous ne lui rendez pas assez visite (la page).

A demain,

Matteo

Cameras on Vacation

Je suis tombé * cette semaine sur une série de photos très rigolotes, qui m’ont beaucoup plu. On y voit les objets du quotidien, se croyant à l’abri des regards, révéler leur existence cachée !

C’est Eran Croitoru (à propos duquel vous pouvez en apprendre davantage juste ici) qui s’est amusé à imaginer ce que nos objets de tous les jours rêvent de faire quand on a le dos tourné. On est à la frontière de la photo et du dessin d’animation.

Et si en effet nos appareils photo avaient besoin de vacances ? Nos pylônes de s’arracher du sol ou nos légumes de se lâcher au cours d’une bataille rangée ?

Imaginer ce qu’ils peuvent bien faire quand personne ne les surveille, voilà une chouette idée pour une nouvelle ou un TTC tiens !

A bon entendeur…

Et à demain,

Matteo

* Traduction : ma copine les a trouvées et m’a gracieusement cédé le privilège de cette découverte…

Food Fight!

????????????????????????????????????????????

????????????????????????????????????????????

Break Free