Archives for the month of: avril, 2015

Hora (6/6), Michèle Thibaudin

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.
Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Michèle Thibaudin :
épisode 1/6 : Rencontre
épisode 2/6 : Des enfants dans la guerre
épisode 3/6 : Le retour à la vie
épisode 4/6 : Jour de fête
épisode 5/6 : Des mots dangereux

Résumé des épisodes précédents : Des médecins et des religieuses aident des enfants à dépasser leurs traumatismes, dans un pays en guerre. Hora, fillette mutique, se libère en écrivant et en dessinant. Mais la fin des conflits approche et le médecin n’a toujours pas entendu le son de sa voix.

Episode 6
Les mots qui sauvent

Pour la dernière fois, je traverse le long couloir du couvent, les grandes baies sont ouvertes et un vent chaud berce les dessins des enfants.
Elle est seule devant la porte de la salle de consultation et se retourne en entendant mes pas. Quand elle s’avance vers moi, je dissimule mon étonnement et m’accroche à son regard grave. J’ouvre la porte et nous allons nous asseoir. Je n’ai pas de mots pour lui parler, je ne peux que sourire dans l’attente de ce qui va se passer, de ce qu’elle a décidé.
« Le jour où je t’ai apporté le premier dessin de mon jardin, tu as dit : « Les enfants ne sont jamais responsables des actes des adultes. » Zora est d’accord avec moi pour dire que les mots peuvent être dangereux, mais elle dit aussi qu’il y a les mots sauveurs. Elle a raison. Ce jour-là, tu as dit les mots qui sauvent. Je voulais te dire merci. »
Sa voix est grave et douce, son débit très rapide. A mon tour d’être muet, submergé par une émotion que je crains de ne pas maîtriser.
L’arrivée bruyante de Zora et Ilan – qui ne doit sans doute rien au hasard – me sauve de l’embarras et me ramène brutalement à la réalité de mon départ. Ils viennent me dire au revoir, le regard lumineux de Zora est embué de larmes et le sourire de Ilan, chargé de tristesse. Ils me quittent en se serrant les uns contre les autres, ces trois-là s’aiment vraiment.
Je ne les verrai plus. J’emporte avec moi leurs chagrins et leurs rires ; ils me donneront la force de repartir à la rencontre d’autres regards sombres et sourires lumineux. Si j’avais le talent de Zora, j’écrirais la vie de ces enfants. Leur destin ne m’appartient pas, j’ai seulement été un passage à un moment fragile de leur vie. Je ne connaîtrai pas l’histoire de Hora, je ne saurai jamais si elle a retrouvé ses parents. Il me restera son beau dessin, le souvenir des traces rouges sur le linge et de son bonheur à découvrir les « mots sauveurs ».
Je n’aime pas ces moments de fin et j’ai maintenant hâte de partir.
Au moment de quitter la salle, j’aperçois sur la table un papier soigneusement plié en quatre.
« C’était un matin de fin d’automne, un matin comme ma maman les aimait, avec dans l’air – disait-elle – « une douceur rassurante ». Nous étions toutes les deux dehors, elle étendait du linge et je cueillais les dernières fleurs du jardin.
Ils étaient trois. Le plus jeune – il ressemblait à mon père, les mêmes yeux clairs – s’est accroupi auprès de moi et m’a passé la main dans les cheveux en souriant, avant de me demander gentiment où étaient mes parents.
« Mon père a été tué au début de la guerre, dans la forêt, avec ses camarades et ma maman étend du linge derrière la maison. »
Son regard est devenu sombre, il s’est relevé et a couru avec les deux autres derrière la maison. J’ai entendu des coups de feu, seulement des coups de feu. Ma maman n’a pas crié. J’étais à la même place quand ils sont repartis. J’ai marché lentement jusqu’au fil à linge, je me rappelle que j’avais l’impression de marcher sur du coton. J’ai vu les gouttes de sang sur le linge blanc, ma maman allongée sur le sol. Je me suis accroupie auprès d’elle et ai posé le bouquet sur sa poitrine. Je n’ai pas pleuré quand les voisins lui ont fermé les yeux et l’ont enterrée dans le jardin.
Le lendemain, la plupart des gens du village sont partis vers le Nord, de peur que les soldats ne reviennent. Ils m’ont emmenée avec eux et un soir m’ont déposée ici.
Les mots peuvent être dangereux docteur, mais toi, tu as les mots qui sauvent.
Je ne t’oublierai pas. »

InfoOfficielle Short Edition 2

Les hurlements de la foule de la communauté Short Edition, bien relayés par votre serviteur et blogueur en chef, ont été entendus. Si on était dans l’affrontement, on pourrait même dire que la technique a cédé !

Il reviendra mardi ou mercredi.

Peut-être même avant… car je soupçonne l’équipe technique de jouer avec nos nerfs.

Lui, c’est le point rouge, celui qui permet de suivre la vie des commentaires sous un post blog ou sous une oeuvre… et de rendre fluide les échanges entre lecteurs et auteurs convertis aux vertus communautaires de la littérature courte !

Bon dimanche à tous !

A demain,

Matteo

Transformer l'homme en cyborg - UNE

Parlons de la énième découverte scientifique qui contribuera peut-être à transformer l’humain en machine super-équipée-super-performante.

Cette fois-ci, c’est à des chercheurs suisses que l’on doit l’invention : une lentille de contact qui permet de zoomer en un clin d’oeil.

En intégrant à la lentille plusieurs lentilles téléscopiques et des verres intelligents, l’oeil qui portera cette « merveille » de technologie pourra, moyennant un clin d’oeil, passer à une vision zoomé. Ce qui pourra d’ailleurs rendre un grand service aux personnes atteintes de problème d’acuité visuelle. Et pour lire de son lit à baldaquin un livre posé sur le guéridon, dans le boudoir, précédant l’entrée dans la chambre royale ! Plus besoin de partir en voyage pour lire de loin…

J’ai aussi appris en scrutant internet que Google travaille à un projet encore plus spécial : intégrer des caméras aux lentilles. Super pour témoigner en image dans un procès pénal mais un peu étrange tout de même, non ? Et si vous avez un doute, regardez la série Black Mirror, dérangeante, mais géniale et qui vous rappellera ce qui va suivre…

A demain,

Matteo

Orange Mécanique, le Retour - UNE

C’est pas demain la veille que l’univers Burgess/Kubrick cessera d’alimenter le cerveau des créatifs.

Dans le genre, j’ai trouvé cette série d’illustrations vraiment pas mal : une nouvelle fournée créée par l’artiste Ben Jones, qui s’inspire de l’univers d’Orange mécanique (le livre, paru en 1962). Les illustrations ont été compilées dans une nouvelle édition du roman, préfacée par Irvine Welsh (à qui l’on doit Trainspotting). Le trait géométrico-cubique de l’artiste correspond bien à ce que j’ai pu ressentir en lisant le roman : quelque chose de froid, une menace subtile… Les fans du roman apprécieront, ceux de Kubrick (le film est de 1971) aussi, peut-être. Je connais des gens qui ont cette histoire et son adaptation en horreur, et honnêtement je peux comprendre. Que ce soit à l’écran ou au creux du lit le livre à la main, Orange Mécanique, c’est vraiment spécial… Et dur.

Mais je reste très admiratif de la prestation de Malcolm McDowell dans le film et du pouvoir qu’a le cinéma (souvent celui de Kubrick, maître incontesté en la matière) de vous faire ressentir les joies d’un animal apeuré caché sous la table !

Rassurez-vous je ne suis pas victime de poussées de sadisme, juste cinéphile…

A demain,

Matteo

A Clockwork Orange, illustré par Ben Jones et préfacé par Irvine Welsh, éditions Folio Society,  £29,95

Orange Mécanique, le Retour 2
Orange Mécanique, le Retour 4

Orange Mécanique, le Retour 3

Hora (5/6), Michèle Thibaudin

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.
Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Michèle Thibaudin :
épisode 1/6 : Rencontre
épisode 2/6 : Des enfants dans la guerre
épisode 3/6 : Le retour à la vie
épisode 4/6 : Jour de fête

Résumé des épisodes précédents : Dans un orphelinat, Hora partage son quotidien avec d’autres enfants séparés de leurs parents par la guerre. La fillette ne parle pas. Pourtant, elle retrouve peu à peu le sourire et à travers ses dessins, livre au médecin une partie de son histoire.

Episode 5
Des mots dangereux

Le printemps chasse la guerre et je vais bientôt quitter le couvent. Mes missions précédentes m’ont appris que la fin d’un conflit n’est pas une période facile pour les enfants.
Au couvent, ils se sentent en sécurité, ils ont pris de nouveaux repères et ont créé des liens. Ils vont devoir maintenant faire face à une autre rupture, un avenir incertain. Ainsi ceux qui, dans la panique de la guerre, ont perdu leurs parents ou en ont été séparés vont vivre dans l’attente, une attente généralement longue et douloureuse car il faut du temps pour reconstituer les familles. Ceux qui savent être orphelins, ceux qui ont vu leurs parents mourir se trouvent à nouveau face à la réalité de leur solitude. Ils seront sans doute placés dans des centres d’accueil où ils devront une nouvelle fois puiser dans leurs ressources pour construire d’autres repères.
Je pense à Zora et Ilan, où iront-ils ? Et Hora, que deviendra-t-elle ?
Par un matin de soleil, quelques jours après l’exposition, je suis heureux de les voir arriver en salle de consultation où je suis désormais le plus souvent. Ma porte est toujours ouverte et beaucoup d’enfants, sachant que mon départ est proche, viennent me dire au revoir. A leur entrée, je remarque le sourire de Hora, son regard doux et ses boucles moins emmêlées. J’ai envie de lui parler de son dessin, de lui dire l’histoire que je me raconte à propos des taches rouges sur le linge. J’aimerais savoir ce qu’elle chuchote dans l’oreille de Zora, mais je me tais.
Ilan pose devant moi le dessin d’une jolie maison colorée, avec un jardin qui ressemble à celui de Hora. Devant la porte, trois silhouettes que le petit garçon me montre du doigt, en les nommant, eux trois évidemment. « Ce sera notre maison, on ne se séparera jamais ! » dit-il en riant.
Zora pose à son tour un papier. « Hora a écrit la première et les dernières phrases, et moi le reste ! »
Avant même que je n’ajoute un mot, les trois enfants quittent la salle en courant. Je suis ému d’entendre leurs rires, des rires d’enfants redevenus légers. Pourvu que la vie ne les sépare pas !
L’écriture fine et nerveuse de Hora contraste avec le tracé ample et arrondi de l’aînée.
« Quand on ne dit plus les mots, on les écoute, on les regarde et ils livrent leurs secrets. »
« Hier j’ai pensé à « barrage », un mot tout simple en apparence ! moi je le trouve malin ; sais-tu pourquoi il a deux R ? Parce qu’un barrage doit être fort. Tout ce qui fait obstacle porte deux R : barrière, barrer, barrette, barricade. Le mot « baraque » par exemple, n’en a qu’un, parce qu’une baraque, c’est provisoire. Tu chercheras et te rendras compte que les doubles consonnes ne sont pas là par hasard. Écoute les mots « terre » et « guerre », ils sont durs et nous renvoient à la mort. Quand tu dis, je « courrai », les deux R laissent du temps pour aller vers le futur. Si tu mets du sens aux mots, écrire devient plus facile. Quand un mot commence par PH, tu peux être certain que tu entres dans la complication et tu dois brancher tous tes neurones ! Hier j’ai appris le mot « phalène », tu sais ce que c’est ? Un grand papillon nocturne ou crépusculaire. Je me suis demandé combien de fois par jour il est employé dans le monde ! C’est joli « crépusculaire » ; tu sens en le disant que c’est un moment suspendu, un point d’interrogation tranquille. J’aime bien les mots mystérieux comme « entre-deux » ou « clair-obscur ». »
« L’ennemi est clair-obscur. »

Méfie-toi des mots Zora, ils peuvent être dangereux !


Retrouvez l’épisode suivant : 6/6

Quand les auteurs cultes taclent d'autres auteurs cultes - UNE

Et voilà la preuve en infographie qu’en tant qu’écrivain, il ne faut pas craindre les mauvaises critiques ! C’est sur le Huffington Post que j’ai découvert une création de leur rédaction : une image interactive des pires critiques que des auteurs connus ont pu faire… sur d’autres auteurs connus ! Auteurs qui, pourtant, ont très très largement rencontré leur part de succès et de reconnaissance. On peut par exemple y lire des mots doux bien ajustés et emplis de délicatesse bienveillante.

Norman Mailer a par exemple dit de Jack Kerouac : « Kerouac manque de discipline, d’intelligence, d’honnêteté et de sens du roman (…) Il est aussi prétentieux qu’une poule de luxe, aussi sentimental qu’une sucette ».

William Faulkner aurait de son côté fait référence à Hemingway en évoquant un auteur qui n’a jamais employé un seul mot qui n’ait envoyé un lecteur consulter un dictionnaire. Joseph Conrad, lui, considérait que ce qu’écrivait DH Lawrence n’était rien d’autre que « des saletés. Rien que des obscénités ».

Comme quoi, si on veut faire l’unanimité, mieux vaut rester chez soi !

Pour consulter l’infographie, c’est ici ! Cliquez sur les flèches entre deux auteurs pour que la critique s’affiche. (NB : je ne l’ai trouvée qu’en anglais, désolé !)

A demain,

Matteo

> Le feuilleton du lundi sera publié mardi…

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Marrante cette idée de mettre de l’économie du partage jusque dans sa bibliothèque.

Booxup est une application de prêt et de vente de livres entre particuliers. Elle a été lancée début mars, elle répertorie actuellement environ 15 000 livres disponibles dans 17 langues. Booxup est aussi la start-up qui l’édite et – comme son nom ne l’indique pas forcément – elle a été fondée à Paris en décembre 2014.

Voilà qui va contre l’envie de garder près de soi les livres qui nous sont chers… mais qui va bien avec l’envie de dégager des m² ou des mètres linéaires de bibliothèques chez soi ! Le partage se fait entre voisins, et aussi entre voisins de bureau. Il parait – dixit le fondateur – que des entreprises incitent leur personnel à jouer avec cette appli.

Qui veut essayer pour nous en parler ?

A demain,

Matteo

> L’appli est dispo gratuitement sur l’App Store en version iOS. Pas de version Androïd pour le moment.

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Ballet façon Chapelle - UNE

Dans la famille des arts, je propose de passer au ballet.

Cette vidéo a déjà fait son gros buzz sur le web mais ça vaut la coup d’y consacrer un post, pour ceux qui n’ont pas encore eu la chance de la voir. Je suis toujours très très admiratif des prouesses du corps humain, des choses incroyables que parviennent à faire certains artistes. Et là, pour le coup, la grâce du danseur, la rapidité et la fluidité de ses mouvements, sont impressionnants.

Dans cette vidéo, c’est le danseur de ballet ukrainien Sergei Polunin qui évolue sous la caméra de David La Chapelle, suivant une chorégraphie mise au point par Jade Hale-Christofi. Avec une vraie recherche esthétique… dans un relatif dépouillement. La chanson, vous la connaissez peut-être (il paraît que c’est un tube mais personnellement je ne l’avais jamais entendue) s’appelle Take Me To Church, d’Hozier.

Maintenant que les présentations de rigueur sont faites, il ne vous reste plus qu’à vous laisser prendre en main par le talent du danseur et par la pureté de l’image.

L’intérêt des buzz du web, parfois, me laisse sceptique. Mais là, je dois avouer que ça a du bon. Faîtes donc passer ce ballet-là !

A demain

Matteo

 

Sergei Polunin, « Take Me to Church » by Hozier, Directed by David LaChapelle from David LaChapelle Studio on Vimeo.

Réveil olfactif- UNE

Voilà un gadget qui fera très plaisir aux galériens du matin et du radio-réveil : le réveil olfactif ! C’est une invention sortie tout droit du cerveau d’un jeune français, Guillaume Rolland, 18 ans, qui s’est fait une place en Finale de la Google Science Fair.

Si vous faites partie (je ne dénonce personne mais certains vont se sentir concernés…) des gens qui fonctionnent en mode survie la première heure suivant le retour à la vie, ce petit gadget va peut être changer votre vie. Surtout si l’idée d’un bon petit déjeuner ne suffit pas à vous faire sortir du lit de bonne humeur.

Avec SensorWake (le nom de la petite machine), on peut diffuser dans sa chambre tout un tas de bonnes odeurs en guise de réveil.

Il y a bien sûr le croissant, le café, mais aussi la fraise tagada, la menthe… tout et rien, jusqu’à l’odeur des billets de banque pour ceux que ça amuse, peut-être ce qui vous fera vibrer. Ceci dit, ça peut aussi être très frustrant de se réveiller avec l’odeur du pain frais grillé et n’avoir à manger qu’une pauvre biscotte.

Le réveil olfactif n’est pas encore commercialisé mais on peut s’en réserver un exemplaire sur le site du gars !

Alors, vous en pensez quoi ? Gadget inutile ? Idée à creuser pour Noël 2015 ?

A demain,

Matteo

> Eh bien, non hier, ce n’était donc pas un mauvais (ou un bon) poisson d’avril…

InfoOfficielle Short Edition

Le cadavre exquis du Salon du Livre, qui était intitulé fort sobrement Un Cadavre au Salon et devait être mis en ligne au lendemain de la manifestation, est mort. Au retour de l’équipe et du matériel à Grenoble, au milieu de la fatigue du voyage nocturne et de la reprise en main matinale des ordis (nettoyage, reformatage), il est passé par inadvertance dans une poubelle, qui a été vidée par inadvertance… ! Pschoutt… tout a disparu.

Les plus fins limiers de l’équipe technique ont travaillé sur la restauration de la chose… mais la nouvelle est tombée hier matin : on le réanimera pas.

Le cadavre est donc mort, pour de vrai.

On est très déçu.

Et très gêné vis-à-vis des 110 à 120 personnes, connues de notre communauté ou inconnues rencontrées lors du Salon, qui ont laissé leur contribution et à qui la maison avait promis un retour rapide. Oh, la vilaine fausse promesse…

Je suis donc chargé de vous présenter les excuses très officielles de Short Edition.

A demain,

Matteo

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