Archives for the month of: mars, 2015

Hora (2/6), Michèle Thibaudin

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.
Retrouvez l’épisode précédent de la nouvelle de Michèle Thibaudin :
épisode 1/6 : Rencontre

Résumé de l’épisode précédent : Dans un pays en guerre, un médecin en mission humanitaire rencontre, parmi d’autres enfants, une fillette de douze ans qui a perdu l’usage de la parole. Ses camarades l’appellent « la muette ».

Episode 2
Des enfants dans la guerre

C’est un matin où un pâle soleil joue de ses rayons sur les grands murs sombres du couvent. Du fond du couloir, je la repère en tête de file. Même regard sombre, visage fermé. Elle se tient près de Sœur Léa mais ne s’accroche plus à sa main. La religieuse me dit d’un ton enjoué que les enfants montrent un intérêt croissant pour les ateliers de dessin et d’écriture.
Elle se tourne vers Hora qui, à regret, pose sur ma table un dessin : un jardin minutieusement construit, un jardin lumineux où les herbes folles se mêlent harmonieusement à des fleurs de toutes les couleurs, subtilement choisies. Au milieu du jardin, du linge blanc accroché à un fil semble bercé par une brise légère. Magnifique dessin où chaque trait est étudié, un dessin maîtrisé. Ému, je ne peux que lui sourire en murmurant « Merci ». Une douceur fugitive a-t-elle envahi son regard ou ne l’ai-je que rêvée ?
Pour briser le silence, je questionne Sœur Léa. Hora ne parle toujours pas, pourtant sa langue maternelle est assurément le français. Elle participe à la vie de l’orphelinat et fait preuve d’une grande maturité. Elle semble avoir moins peur des adultes mais tient encore les autres enfants à distance, à l’exception de Zora. Elles fréquentent toutes deux assidûment les ateliers d’expression et sont inséparables. Je souris : choisissant Zora, Hora choisit la vie.
Zora ! C’était une soirée neigeuse et glaciale, j’étais arrivé la veille au couvent. Sœur Lise est entrée dans la salle de soins où je travaillais avec un jeune confrère. Elle soutenait une adolescente épuisée, qui dans ses bras serrait un petit garçon blessé : vilaine plaie à la jambe droite, état général inquiétant Nous craignions une septicémie. La jeune fille ne présentait aucune blessure, mais une fatigue extrême, qui s’aggrava les jours suivants par son refus de s’alimenter. Si nous n’avions sauvé son frère, elle se serait laissé mourir, mais par chance, nous n’étions pas en début de conflit et un réseau pour le passage des médicaments s’était mis en place et fonctionnait bien. Je n’oublierai pas le sourire de Zora quand je lui ai annoncé que son frère vivrait, je n’oublierai pas son retour à la vie les jours qui ont suivi.
Zora se reconstruit et entraîne avec elle son petit frère. Ilan, adorable bambin de six ans, pétillant de malice. Il oublie les images de l’horreur dans les bras de Zora. Sa sœur, devenue mère protectrice, lui montre le chemin. « Le passé est mort, dit Zora, notre vie recommence ici. »
Une seule fois, par écrit, elle évoquera le passé : ses parents, résistants au régime, égorgés par les soldats, la blessure d’Ilan, un coup de couteau de l’homme qui a assassiné leur mère. Puis une longue errance sur les routes pour trouver le couvent, lieu de refuge dont leur avaient parlé leurs parents.
Sœur Léa évoque à nouveau l’atelier d’écriture qui lui tient tellement à cœur. Hora le fréquente très assidûment avec Zora mais ne montre pas ce qu’elle écrit. En revanche, Zora aime lire à la religieuse ses écrits. Sœur Léa ajoute que Zora a du talent et adore les mots. Hora l’écoute attentivement, l’ombre d’un sourire effleure ses lèvres un court instant.
Puisse Zora emporter dans son élan de vie, la fillette au regard noir !
Je regarde à nouveau le dessin d’Hora. Il ne ressemble pas à ceux des autres enfants. Dans le sien, aucune empreinte de violence, son jardin reflète la paix et la beauté de la vie.


Retrouvez les épisodes suivants : 3/64/65/6 – 6/6

Baby Jumping Fiesta (Spain)

Aujourd’hui, on fait un tour d’horizon des festivals les plus insolites du monde. Je suis tombé sur un article qui nous a donné (à ma copine et moi) une terrible envie de voyager et de nous organiser un tour du monde calqué sur ces festivals pas comme les autres.

Je vous donne notre top 5 de de l’insolite… voire de l’insolitude !

# 5,  on commence fort avec le International Highline Meeting Festival qui se déroule chaque année à Monte Piana, en Italie.Voilà le topo : un festival comme les autres dans le sens où il y a des stands de nourriture et des bars, mais légèrement différent dans le sens où on est censé passer du temps suspendu dans ces hamacs attachés très très haut entre les deux falaises, à jouer de la musique, lire un bon livre… se détendre quoi. Chose qui me paraît absolument impossible dans ce genre de position…

Ok, tout de même, pour les sensations fortes !

The International Highline Meeting Festival, Monte Piana (Italy)

# 4, comment ne pas parler du Albuquerque International Balloon Fiesta ? L’occasion pour tous les fans de montgolfière d’assister au plus grand lâcher de ballons du monde. Je vous l’accorde, il n’est pas si bizarre mais l’ensemble a l’air de mériter le détour.

Ok pour les yeux !

Albuquerque International Balloon Fiesta (USA)

#3, la bien connue (en Europe) Tomatina, une fête espagnole du mois d’août où, dans les rues de la ville de Bunol, se déroule une gigantesque bataille de tomates plus ou moins mûres. On n’encourage pas le gaspillage de nourriture mais ça m’a quand même l’air assez marrant à vivre.

Ok pour le fun !

La Tomatina Festival (Spain)

#2, le très insolite festival… d’hommes et de femmes sirènes ! Oui, tout à fait : le Mermaids et Mermen Festival en Caroline du Nord, aux Etats-Unis, invite ses participants à se déguiser en délicates créatures mi-homme ou femme et mi-poisson et à venir étaler leurs belles nageoires, un peu comme des paons. Le principe a l’air complètement déjanté et pourtant tout le monde prend la chose très au sérieux.

Ok pour l’absurdité !

Mermaids And Mermen Festival In North Carolina (USA)

Et le #1. J’ai choisi d’attribuer la palme à un autre festival espagnol au nom pas très espagnol : le Baby Jumping Fiesta, une fête dont j’avoue ne pas avoir très bien compris le principe mais dont les photos ne mentent pas. Oui, des hommes sautent au dessus d’un groupe de bébés. J’imagine que le but est de ne pas leur retomber dessus. Bizarre ? Dangereux ? Allez savoir…

Ok pour la folie !

Baby Jumping Fiesta (Spain)

A demain… ou après-demain, parce que l’idée de ce voyage justifie d’accumuler un peu d’énergie !

Matteo

Laura Ingalls aussi, elle écrivait - UNE

Cultissime… Je ne pouvais me lasser du générique de La Petite Maison dans la Prairie et de la chute de la petite ! Mais avant d’être une série diffusée sur les grandes chaînes (à de très nombreuses répétitions, mes parents l’ont vue aussi) , c’est d’abord un livre.

Je n’ai jamais lu les livres écrits par la vraie Laura Ingalls, mais j’y songe, parce que son autobiographie annotée est sortie aux Etats-Unis il y a quelques jours.

Et contrairement à la version très édulcorée présentée par la série, ces livres présentent avant tout l’histoire vécue d’une famille américaine à la fin du XIXème. Il paraît que Pioneer Girl dépeint un portrait bien particulier de l’Amérique de l’époque, la vie des pionniers, la traversée de l’Ouest Américain, le puritanisme…

La biographie n’est pas encore sortie en français, donc soit on joue les anglophones agiles, soit on patiente. Car c’est bien le seul moyen de savoir si M. Charles jouait bien du violon un pied sur la cheminée et de confirmer la rumeur que l’insupportable Nellie Olson a été inventée par les producteurs de la série.

Concrètement, ça vous intéresserait de lire la vraie de vraie histoire de la demoiselle, présentée sous un autre angle que celui des producteurs bien-pensants de la série TV ?

A demain,

Matteo

> Pioneer Girl, the annoted autobiography, Laura Ingalls Wilder et Pamela Smith Hill, édité par South Dakota History Society Press

 

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Voilà un moyen ingénieux de tourner la page mais surtout de passer à autre chose…

Un moyen ingénieux mais qui demande de savoir très bien anticiper et calculer son coût. C’est finalement une approche qui séduira + les matheux que les littéraires ! On a vu des musiciens mathématicien, on doit pouvoir rencontrer des mathématiciens lecteurs.

Bonne lecture quand même.

Et à demain,

Matteo

 

Hora (1/6), Michèle Thibaudin

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Episode 1
Rencontre

C’est un matin gris et glacial, cette nuit encore deux enfants sont morts à l’hôpital.  Morts par manque de soins adaptés et de médicaments, morts à cause d’adultes qui ont choisi de s’entretuer. Nombre de passeurs de médicaments se sont fait arrêter et il faut du temps pour qu’un nouveau réseau se reconstruise. Je suis un médecin expérimenté et la mort, je la côtoie souvent. Mais le spectacle de la cruauté des hommes et des souffrances de ces petites victimes me révolte. La guerre tue au présent et condamne l’avenir, l’homme n’apprend jamais rien ! Ce matin, je suis en colère.
J’ai atterri il y a trois mois dans ce couvent, une grande bâtisse austère plantée dans une nature sauvage et entourée d’un mur d’enceinte. Dès le début du conflit, le couvent a été redistribué en deux parties, un hôpital pour enfants et un orphelinat. Pour aller de l’un à l’autre, je traverse un long couloir où les vents s’engouffrent rageusement. Une centaine d’enfants vivent là, déposés généralement la nuit par des familles déplacées en urgence. Dans leur fuite, elles emmènent avec elles tous les enfants errant seuls sur les routes. Ceux dont la survie est compromise restent à l’hôpital, tandis que les religieuses prennent en charge les autres. Tous souffrent du froid et de la faim, tous manquent de rires et d’espoir.
Comme chaque jour, des dizaines d’enfants accompagnés d’une religieuse m’attendent à la salle de consultation. Elle est la première de la file et je suis saisi par son regard. Un regard noir et vivant, un regard farouche qui contraste étrangement avec les regards vides ou terrorisés des autres. Elle me suit dans la salle sans lâcher la main de la religieuse qui s’assied en face de moi. Pendant que Sœur Léa parle, la fillette – elle doit avoir douze ans environ – ne me quitte pas des yeux. Je fixe un instant le pendentif en cuir qu’elle porte au cou : un grand « H » vêtu de noir, un « OR » lumineux, délicatement brodé en jaune, suivi d’un « A » presque effacé. Elle s’appelle Hora ! Je ne sais pourquoi, je pense à « Victoire » et lui souris. Elle me fixe toujours, son regard est sombre et profond, son visage impassible.
Les difficultés n’entament pas la bonne humeur de Sœur Léa. Elle connaît chacun des enfants et son énergie donne envie d’espérer. Pour présenter Hora, elle est précise et brève : la fillette a été trouvée trois jours auparavant à la porte de l’orphelinat et ne présentait aucune blessure physique. Hier un médecin de l’hôpital l’a examinée et n’a décelé ni traumatisme crânien ni trouble neurologique, et pourtant… Je sens un désarroi inhabituel dans sa voix lorsqu’elle poursuit : « Et pourtant aucun son ne sort de sa bouche, jamais. »
A ces derniers mots, je surprends sur le visage de Hora un furtif froncement de sourcils.
Mes collègues, les religieuses et moi, nous inquiétons de la santé psychique des enfants, mais aucun psychiatre ou psychologue n’est arrivé dans ce couvent du bout du monde. Nous sauvons des corps, mais restons impuissants à libérer les têtes des images d’horreurs vues ou subies. Depuis peu et parce que l’afflux des enfants a diminué, nous essayons avec du bon sens et des informations glanées çà et là de mettre en place des groupes de parole, d’écriture et de dessin. Je regarde à nouveau Hora, son regard grave, ses grands cernes noirs et ses joues creuses, ses boucles emmêlées et sa belle bouche.
Hora, que ses camarades nomment « La muette ».


Retrouvez les épisodes suivants : 2/63/64/65/6 – 6/6

Rock'N'Drones - UNE

Les drones, lorsqu’ils sont habillés en civil, peuvent livrer des pizzas, danser une chorégraphie, repérer des victimes d’avalanches et même (essayer de) vous faire vibrer au son du rock… cette vidéo en est la preuve ! On y voit un groupe de drones jouer un remix de Wagner avec un certain talent et un sens du rythme évident.

C’est l’agence Kmel-Robotics qui s’est prêtée à l’exercice. Guitare, batterie, piano et même clochettes : musicalement, c’est assez complet. Quant à la performance, j’imagine qu’il a fallu un sacré travail de coordination pour une jolie session sans bavure.

Ok, ça ne sert à rien…  mais ça distrait (un peu) et ça renseigne (déjà +) sur les domaines dans lesquels l’imagination humaine met une partie de son énergie !

Il paraît qu’ils peuvent faire bien plus (et pas que du bon : j’ai récemment vu aux infos que les frontières américaines interceptent de plus en plus de drones envoyés du Mexique pour faire passer de la drogue) et même vous apporter vos livres. Je pense qu’ils ne savent pas encore en écrire…

A demain,

Matteo


Flying Robots Play Music Like Rockstars par WSJ_Live

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Aleph-Écriture, centre national de formation à l’écriture qui a des antennes locales un peu partout en France, propose des ateliers d’écriture et des formations diverses autour de l’écrit (formateurs, écriture professionnelle et journalistique).

Leur revue numérique collaborative (qui a un an), l’Inventoire, peut intéresser nos auteurs. Elle propose en effet des interviews d’écrivains, des propositions d’écriture, des interventions pédagogiques et des chroniques littéraires rédigées essentiellement par des écrivains (Georgia Makhlouf, Alain André, Danièle Pétrès, Laure Naimski et Pierre Ahnne) des journalistes et des enseignants en écriture créative.

Son ambition première : être le relais de toutes les formes d’écritures.

Côté création, pour les écrivains en herbe, l’Inventoire lance chaque semaine des propositions d’écriture sur des publications récentes, elle publie deux fois par mois une sélection des textes qui lui sont adressés après avoir fait un retour de lecture aux participants.

Jolie mise en page, couleurs agréables (un petit camaïeu de bleu très bien décliné) et surtout, de très beaux visuels… Ma copine a beaucoup aimé !

A demain,

Matteo

www.inventoire.com

Logo Inventoire

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Et qui finit mal. Pas parce que l’histoire est triste, non, parce que le cinéaste s’est perdu en route.

C’est l’histoire du Dernier loup de Jean-Jacques Annaud.

Le sujet est sympa, le cadre et les paysages sont éblouissants, les fondements de l’histoire solides – la révolution culturelle qui envahit la Chine jusque dans les steppes reculées de la Mongolie intérieure -, le sujet passionnant – le téléscopage d’une vision urbaine, progressiste, intensive de l’agriculture qui heurte un fatalisme plein de bon sens, de connaissance intime du milieu et d’un chouïa de superstition – et…

Tout cela s’effondre au bout d’une bonne première cinquantaine de minutes sous le coup des coups de coude clichesques et de la montagne de confiture que le réalisateur nous sert, se prenant pour un caricaturiste.

Dommage, dommage, dommage… Et encore dommage.

A demain,

Matteo

Une seconde un jour - UNE

Une seconde par jour, un an, un film.

Gros gros programme pour le studio d’animation The Brothers McLeod qui a mis au point cette vidéo d’à peu près six minutes. C’est une sorte de calendrier animé grâce auquel on découvre chaque seconde une animation. Si vous avez bien saisi, il y en a donc 365 (c’est même le titre du film en fait) : une pour chaque jour de l’année.

J’ai découvert ça en errant sur le web et j’ai adoré : c’est haut en couleur, les animations sonores sont super bien choisies et surtout l’enchainement des animations donnent à la vidéo un côté grotesque qui m’a fait rigoler.

Si vous voulez bien avoir l’amabilité d’aller voir à 1:30 et de me dire si vous aussi vous voyez dans cette image un hommage à une célèbre série américaine (celle ou un professeur de chimie fait des choses pas très catholiques), parce que ma copine ne voit pas du tout le rapport (il n’est en effet pas impossible que mon cerveau génétiquement modifié par l’amour que je porte à cette série m’ait fait tourner la tête), donc je me sens un peu seul sur ce coup-là !

A demain,

Matteo

 

365 – One Year, One Film, One Second a Day from The Brothers McLeod on Vimeo.