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Barnabé Roucas 3/10

Résumé des épisodes précédents : Le jeune docteur Barnabé Roucas est appelé à bord du Grand-Saint-Antoine, navire revenant d’Orient, chargé d’une cargaison précieuse. A son bord, la peste. Les armateurs le contraignent à dissimuler la vérité.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Bertrand Ailleret :
épisode 1/10 : Fagon à Versailles, Roucas à Marseille
épisode 2/10 : Le bateau des pestiférés

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition. Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !

Episode 3
« Maudit soit ton rêve de bonheur »

La tartane voguait à vive allure vers l’antique cité phocéenne.
À son bord, Jaume, l’abbé Doffyl et Barnabé Roucas, auxquels s’était joint l’éminent docteur Lachaux, contemplaient l’horizon. Des pâleurs jaunes et roses s’éveillaient sur la mer sereine comme une grande paix. De ces hommes, seul Barnabé avait l’âme assez neuve pour frissonner devant toute cette beauté. L’air pourtant était doux. Le triomphe du soleil viendrait plus tard. Comme le Grand-Saint-Antoine et ses fabuleuses promesses de fortune, il viendrait du levant.
Quand Barnabé fermait les yeux, l’astre du jour virait au violine du grand deuil. Les oiseaux de mer se paraient d’un noir sale, humide, rappelant la terre des caveaux. Des hordes de rats envoyées par le Diable s’engouffraient dans les ruelles. Sans distinction d’âge, de sexe ou de condition, ils mordaient à la gorge tous les habitants de la ville. Il n’y avait plus d’abris, plus de maisons. La bête à mille gueules tuait tout ce qui vivait.
« La peste. » Le nom maudit résonnait dans sa tête avec une violence de forge diabolique.
Ses compagnons l’arrachèrent à ses sinistres méditations. L’abbé déballait un plein panier de victuailles. Le vin rosé, le pâté de poisson et le pain rond de la mère Pignol lui remirent de la vie dans le ventre.
Le soleil avait crevé la nuit comme une lame, un abcès. Les quais, la ville vibraient. La sensation de force et de jeunesse venait de partout.

Ils se rencontrèrent sur le seuil de la maison de l’abbé. Guenièvre s’en allait chercher l’eau du jour à la fontaine. Barnabé lui proposa son aide.
« Ce n’est point là une tâche pour un docteur », s’inquiéta la jeune fille. Elle disait vrai, mais il était homme à aimer rendre service. Sa vaillance et, se retint-il d’ajouter, son cœur lui étaient entièrement dévoués.
Ils descendirent la ruelle jusqu’à la fontaine des Accoules.
Gauchi par la fatigue d’une nuit de veille étrange et l’assaut puissant des sentiments, son grand corps le gênait. Il buta sur une pierre et tomba grotesquement à genoux aux pieds de l’objet de sa flamme.
À Versailles, il eût été un homme perdu. Il est des hontes auxquelles aucune amante n’ose s’exposer. Un homme qui tombe seul n’est plus un homme. Dans les venelles pentues et puantes des bas quartiers de Marseille, le ridicule ne tue personne. Il fait rire comme une nourriture dont on sait se réjouir quand on a presque toujours faim.
« Peuchère, regardez-le ce grand maladroit ! Ça s’habille comme un docteur et ça ne sait pas marcher ! », s’exclama une matrone grosse comme une pitié de carnaval. Déjà on s’esclaffait, déjà on se le montrait du doigt.
Guenièvre s’interposa. « Mais justement, c’est un docteur, un grand docteur même ! »
Un murmure d’admiration s’éleva du petit attroupement. La timidité n’est pas le trait de caractère dominant de la commère marseillaise. Après s’être assurées qu’il ne leur prendrait pas un sou, toutes le pressèrent de questions. Il leur répondit comme s’il eut été le docteur Lachaux en personne.
À celle-ci qui se plaignait de maux de tête, il prescrivit du bouillon d’âne mort de vieillesse, à celle-là, qui crachait des glaires plus verdâtres que des coquillages pourris, des fumigations de thym et des cataplasmes de couenne de lapin, à cette autre, enfin, boiteuse de la pointe des pieds au sommet du crâne, des purgations les jours pairs de lune ascendante pour rétablir la symétrie de ses membres.
Guenièvre souriait comme Jeanne d’Arc le jour où elle avait sauvé le Dauphin Charles.
Ils durent fendre la foule grossissante des corps malmenés par l’existence et les ans, venant à lui tel un flot de pèlerins dévots et valétudinaires.
Dans ce court moment de forte confusion, Guenièvre avait pris la main de Barnabé dans la sienne. Une épée de joie avait fendu son âme en deux.
Enfin, tout auréolés de gloire, ils parvinrent à la fontaine.
Des femmes, certaines vieilles comme la Tour du Roi René, d’autres jeunes, comme ce matin de mai, toutes se criant des malédictions garanties par le Diable ou des amitiés sanctifiées par la Madone, se pressaient autour du frêle filet d’eau. Il fallait de la nécessité et de la patience pour supporter ces disputes et ces enjôleries. À quelques pas de là, deux chiffonnières se battaient pour un bout de drap troué. Comme cela se voit souvent chez les chiens, la plus petite était la plus hargneuse. Emporté par son héroïsme, Barnabé s’avança pour les séparer et panser leurs plaies. La grosse femme qui avait été la première à rire de sa chute et qui, maintenant, le vénérait avec la fierté d’une mère de Maréchal de France, le retint par la manche de son bel habit noir.
« N’y allez point. C’est une sorcière. La plus enragée des sorcières. Quand elle vous jette un sort, c’est Satan qui parle, et je vous jure qu’il a la langue bien pendue.
— Allons, Madame, nous autres, hommes de science, ne redoutons point la sorcellerie. »
Barnabé voulut asseoir sa supériorité. Il risqua un mot qui le rangerait définitivement parmi les gens d’esprit qui ont vu le monde. Dans un demi rire un peu hautain, il ajouta : « J’ai un ami à la Cour, il n’y a qu’à Versailles que les femmes ont des langues de vipères. »
L’énorme commère roula des yeux de rascasse affolée. « Je vous aurais prévenu. Fuyez-la comme la peste ! »
Roucas recula d’un pas.

Ils remplirent leurs seaux et regagnèrent la maison sans se dire un mot. La charge les essoufflait. Un enchantement s’était brisé.
L’abbé donnait sa leçon de catéchisme à Frédéric, le petit frère de Guenièvre. Pour que la parole de Dieu parvienne plus vite à l’enfant, il le tenait serré sur ses genoux et lui parlait dans le creux de l’oreille. D’une main, il maintenait son bréviaire, de l’autre, il lui caressait ses longs cheveux blonds d’ange pur, enfanté par une vierge dont les Evangiles auraient omis de livrer le nom.
Barnabé voulait parler à son oncle. Du Grand-Saint-Antoine, de Guenièvre et des promesses du docteur Lachaux. De Guenièvre, surtout.
Le cœur lui manqua. Il craignait de devoir céder son âme à l’abbé contre le droit d’épouser sa jolie servante. Au nom de l’amour, il voulait rester un homme. Depuis la nuit passée, il était hanté par des questions de fierté et d’honneur.
Un laquais du recteur de l’Hôtel-Dieu vint le quérir.
Le docteur Lachaux était bon plaideur. Le plus haut dignitaire de l’hôpital l’accueillit avec toutes sortes de civilités. On lui promit une carrière, de la considération et un début de fortune.
Mettant ses pas dans ceux de son nouveau maître, toute la journée il visita des malades, ordonna des remèdes que préparerait l’apothicaire, décida des amputations que pratiquerait le barbier-chirurgien et procéda lui-même à moult saignées qui auraient écœuré un vampire.
En rentrant, il se précipita dans la salle basse de la maison où Guenièvre préparait le souper.
Il lui prit ses mains dans les siennes et, comme dans un roman de chevalerie, les baisa en lui déclarant sa flamme.

Tard dans la nuit, c’est un homme trop épuisé pour dormir, trop transporté d’amour et d’espérance pour rester en paix à lire un traité des remèdes à apporter contre les fièvres pesteuses et non pesteuses qui s’aventura sur les quais du Vieux-Port.
C’était à l’heure des bordées de marins, des détrousseurs et des ivrognes de tavernes, c’était à l’heure des chats noirs et du danger.
Absent à la folie des hommes, indifférent aux hasards du vin, du jeu et du vice, Barnabé Roucas marchait en rêvant à son amour.
Soudainement surgie des enfers, elle fondit sur lui.
« La peste, la peste ! »
Il lui fallut une poignée de secondes pour reconnaître la vieille que, le matin, il avait vue se battre avec une chiffonnière.
Lui crachant au visage, elle lui cria encore : « Maudit soit à jamais ton rêve de bonheur ».
Il voulut se défendre.
Déjà, la sorcière avait disparu.

eeeeeeeeeeee

Quand le court devient un mode de vie ! Short (and small) is beautiful…

Vous connaissez peut-être le mouvement des « Tiny houses » : des constructions minimalistes et minuscules dans lesquelles chaque chose est à sa place et où aucun espace n’est perdu. Exigence un peu stressante à la longue, non ?

Sceptique, et sous la pression de ma copine qui est emballée, j’ai fini par regarder d’un peu plus près ce concept de maisons de poupée de 10 ou 15 mètres carré à tout casser. Et j’en suis ressorti avec un nouvel objectif de retraite. Pour le salarié… ou pour l’esprit ! Certes, c’est minuscule, mais j’aime pas mal cette idée de ne rien avoir d’autre chez moi que l’essentiel et de me débarrasser du superficiel. Ça ne me dérangerait même pas de passer pour l’original du coin, celui qui vit dans un cagibi. Bon, on est d’accord bien sûr que les livres doivent y avoir leur place (pas de superficiel en la matière, presque tout est essentiel) !Allez, pour dessiner les plans, je m’y mets tout de suite…

Et vous, votre tanière d’ermite retiré du monde ou votre retraite idéale, elle pourrait ressembler à ça ?

Je vous ai préparé un petit catalogue… Il y en a pour tous les goûts !

A demain,

Matteo

aaaaaaaaaaa

bbbbbbbbbbb

ccccccccccccc

dddddddddd

fffffffffffff

gggggggggggggggg

hhhhhhhhhhhhh

iiiiiiiiii

jjjjjjjjjjjjjjj

Nouvel objetcif de retraite - image de une

 

 

 

 

Un vélo typographique

Amoureux des lettres que nous sommes, voilà LE moyen de transport qu’il nous faut !

Ce vélo n’est pas comme les autres puisqu’il roule (encore heureux) mais qu’il écrit aussi sur son passage. J’ai un gros coup de cœur pour cette invention dont le mérite revient à streettoolbox.wikia.com. Une invention très fun et très inutile. Mais surtout fun.

Imaginez les poèmes de rue, les chasses au verbe, les déclarations de trottoir… Il suffit de clipser les tampons encreurs sur la roue de votre vélo après avoir composé le message et le tour est joué, votre prose est déposée, en 3D, sur le bitume.

un vélo typographique - image de une

Un objet deux en un, écologique et poétique. On ne vous vend pas le vélo avec, c’est juste un kit à rajouter sur le vôtre.

Je pense qu’il est de notre devoir, adeptes des mots et du court, de lancer un mouvement ! Alors si vous deviez choisir quelques mots à graver dans la pierre, qu’est-ce que ça serait ?

A demain,

Matteo

 

1 - Ces héros qu'on adore détester - image de une

Sans parler des méchants ni de ceux conçus spécialement à cet effet, comme Hannibal Lecter, il y a des personnages que l’on déteste.

Il m’est déjà arrivé d’avoir envie d’en secouer plus d’un par les pieds et de le remettre dans le droit chemin… Ne me tirez pas tout de suite les oreilles mais Emma Bovary m’a fait vivre un sacré moment dans le genre… à la deux-centième page de lecture je n’avais qu’une envie : faire partie du roman pour pouvoir lui crier, l’air hagard : « Mais, sois heureuse nom d’un chien !! »

Je peux donc dire que les héroïnes (ou héros d’ailleurs) dont le bonheur est à portée de main mais qui passent nonchalamment à côté me font faire les gros yeux… Il y a aussi ceux (vous prendrez bien un peu de Cyrano… mais Cyrano met du panache et quel verbe dans son acharnement) qui se fient sans douter aux apparences, se font avoir et passent complètement à côté de leur vie.

Je ne dis pas qu’on est beaucoup plus habile dans la vie mais je dis qu’on a tout de même une envie irrépressible de les secouer, de leur remettre un peu les pieds sur terre… et de les aider à faire mieux que nous !

Et vous, à quel personnage donneriez-vous bien des leçons de vie ?

A demain,

Matteo

2 - Le Sens Parfait - Image de une

J’ai vu The Perfect sense. C’est donc un film. David Mackenzie l’a réalisé et on y rencontre avec plaisir Ewan McGregor et la belle Eva Green (même si, depuis Casino Royale, le temps a un peu passé…).

C’est pas tout nouveau puisque c’est sorti en 2011 mais, croyez-moi, il fait un sacré effet et m’a laissé une sensation très étrange… Je vous explique l’idée en quelques mots : dans un monde comme le nôtre se rencontrent deux futurs amoureux (vous avez deviné qui). Dans ce monde jusqu’ici tout à fait normal et sans problèmes, les gens perdent un à un… leurs sens !

Je ne vous donnerai pas l’ordre du quinté +, ni, surtout, le gagnant, celui qu’il leur reste à la fin. Ce dernier sens qui, pour le cinéaste, serait notre sens parfait. Mais je peux vous dire que la perspective fait froid dans le dos, et le film est très très bien mené.

Il subsiste alors une question troublante… que je n’hésite pas à vous poser : parmi l’ouïe, l’odorat, le goût, la vue et le toucher, s’il devait ne vous rester qu’un seul sens, lequel choisiriez-vous ?

A demain,

Mattéo

Barnabé Roucas 2/10

Barnabé Roucas (2/10), Bertrand Ailleret

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !

Résumé de l’épisode précédent : Au printemps 1720, Barnabé Roucas se rend à Marseille chez son oncle, une semaine après avoir prêté le serment d’Hippocrate. Sitôt arrivé chez celui-ci, il tombe amoureux de Guenièvre, sa jeune domestique. Dans la même soirée, son expertise est requise à bord du Grand-Saint-Antoine.

Episode 2
Le bateau des pestiférés

Barnabé Roucas, son oncle l’abbé Doffyl et Jaume, le secrétaire du premier échevin Estelle, embarquèrent dans une rapide tartane, appartenant à ce dernier. Deux soldats du guet montèrent à bord avec eux. La légère embarcation fit voile vers le large. La mer commençait après le Fort Saint-Jean.
Ils naviguèrent plus d’une heure dans un complet silence. Barnabé ignorait tout de la destination et des raisons de leur urgent voyage. Dans la nuit, l’horizon gardait ses secrets.
Enfin, les matelots affalèrent les voiles et se mirent à la rame. Bientôt, ils pénétrèrent dans l’anse de Pomègues.
Un fier navire dominait l’ombre. C’était une flûte de fabrication hollandaise, d’une portée d’environ sept-mille quintaux. Avec ses trois mâts et ses huit canons, l’orgueilleux vaisseau paraissait invincible.
« Voici le Grand-Saint-Antoine. Il revient d’une longue campagne dans les échelles du Levant où il a embarqué toutes sortes d’épices et de cotonnades, d’une valeur inestimable, pour être vendues à la foire de Beaucaire. Le premier échevin et d’autres grands personnages ont des intérêts dans ce négoce. Il y a eu des morts. Il y a des malades à bord. Il ne faut pas que leur état inquiète. Tu n’as pas besoin d’en savoir plus. »
L’abbé Doffyl avait prononcé ces derniers mots sur un ton solennel. Barnabé avait perçu la menace implicite qu’ils contenaient. Son oncle l’avait vu pâlir. Se radoucissant, il ajouta : « Il y a un autre médecin à bord, un praticien de renom, tu n’auras qu’à confirmer humblement ses dires ».
Bientôt la tartane s’immobilisa contre le flanc du puissant navire de commerce. Les trois hommes, Jaume et Doffyl, suivis de Roucas, gagnèrent son bord par une échelle de coupée.
Le capitaine Chataud les accueillit froidement. C’était un homme fort mais usé. Son visage tanné par les embruns accusait la fatigue. Il avait le regard serré de ceux qui n’espèrent plus rien de la vie qu’un peu d’argent pour boire et entretenir une dame habile dans les caresses.
Il s’effaça naturellement devant Jaume qui représentait le premier échevin Estelle.
« Menez-nous au malade d’abord, nous visiterons le mort ensuite, celui-là peut attendre.
— Les morts seront bientôt plus nombreux que les apôtres du Christ et que les navires du Roi.
— Nous en sommes à combien ? s’enquit Jaume.
— Neuf ou dix, selon que je compte ou non le petit matelot qui est en train de passer. »
Barnabé l’ignorait. Ses compagnons refusaient de le savoir. La mort venait du ventre du navire. Ils ne descendirent pas jusqu’aux cales où dormait la précieuse cargaison de soieries et d’épices.
Le marin agonisait sur un grabat au fond d’une cabine noire. Ses yeux blancs fixaient déjà le néant. La fièvre avait collé ses cheveux en mèches grotesques. Il tremblait de fièvre. Une odeur fétide empuantissait l’air.
Sur un signe de son oncle, Barnabé tituba plus qu’il ne s’avança vers le malheureux mourant. Sa tête lui revint en même temps que sa science. À peine avait-il touché le corps du malade que Jaume l’apostropha.
« Mon jeune ami, je suis certain que vous porterez aux mêmes conclusions que votre éminent confrère, le docteur Lachaux qui, à cet instant, écrit ses certificats dans le carré. Assurément, c’est la grippe des mauvais aliments. Comme ses camarades, ce pauvre diable aura mangé quelque viande avariée d’Egypte ou de Syrie. »
Barnabé avait soulevé la chemise du jeune malade. Ses mains palpaient des bubons. C’était son premier cas, mais il n’avait aucun doute. « La peste », murmura-t-il entre ses dents serrées.
Le mourant râlait. Le capitaine tripotait nerveusement les boutons dorés de son uniforme. L’abbé priait en le surveillant de biais. Jaume le fusillait de ses petits yeux étroits.
Quand il voulut parler, il lui imposa le silence d’un geste.
« Allons voir le cadavre, maintenant. »
Barnabé n’eut pas la force de se retourner vers le matelot couché dont la respiration sifflante annonçait la fin prochaine.
Il n’y avait pas assez de place dans l’étroit réduit pour qu’ils puissent tous y pénétrer. Sur un signe de Jaume, Barnabé s’avança seul auprès du cadavre que recouvrait un drap rêche. C’était la même odeur de rat pourri. C’étaient les mêmes bubons purulents, éclatés.
La mort confond tout. La vérité et le mensonge. Roucas les renvoya dos à dos. « Pareil que l’autre ». Sa voix s’était cassée et était montée dans les aigus comme celle d’un enfant qui a peur et ne veut pas le montrer.
Après s’être concerté avec Jaume, le capitaine appela un de ses hommes qui se plaignait, lui aussi, de la fièvre.
Ce gaillard-là ne présentait pas de signe inquiétant de maladie. Il avait une peau de petit marquis et des yeux de larron à l’affût d’un sac de pistoles. Son maigre talent de comédien et quelques verres d’eau de vie expliquaient sa démarche chaloupée.
Le bougre plut fort à Jaume. « Je ne suis assurément point médecin, mais personne ne contredira que ce marin-là a bien la fièvre des îles ! »
L’état de l’homme n’inspirait pas d’inquiétude. Frustré de n’avoir pu prescrire ni potion, ni remède au mourant et au mort qu’il venait de visiter, Roucas lui commanda doctement de boire chaque matin un verre de jus de pissenlit, coupé de lait de chèvre allaitante et d’un peu d’esprit de vin. Il ne songea pas à lui indiquer les moyens de se procurer cette pharmacopée.
La consultation donnée, le secrétaire du premier échevin Estelle et le jeune médecin gagnèrent le carré où le capitaine et l’abbé les avaient précédés.
L’éminent docteur Lachaux buvait du café comme s’il eût été dans l’antichambre de Monseigneur le Régent. Il fit toutes sortes d’amitiés à Roucas. « Votre oncle me dit que vous voudriez exercer notre noble art à l’Hôtel-Dieu. Je parlerai au recteur dès demain. » À cette promesse, il en ajouta une autre. « L’amour, mon ami, l’amour ! Quoi de plus merveilleux ! Je devine que vous songez à vous marier. J’ai derrière le port une petite maison parfaite pour un jeune ménage. Je vous la louerai volontiers pour presque rien. »
Barnabé était écarlate. L’abbé l’avait démasqué et la moitié de Marseille savait où penchait son cœur.
Guenièvre.
Toutes ses pensées le ramenaient à elle. Sa blancheur de fleur, l’éclat bleu de ses yeux, l’or de sa longue chevelure.
Depuis quelques jours, elle lui souriait quand il la croisait dans la maison de l’abbé.
Barnabé était tout à fait éveillé. Pourtant, il se sentait comme dans un rêve. Ce bateau était un mauvais songe. Guenièvre, elle, était bien réelle. La nuit de mai était douce. Marseille était à la saison de l’amour et des mariages.
Roucas contresigna le certificat du docteur Lachaux. La consommation d’aliments avariés expliquait très bien les morts.

Le meilleur du pire des adaptations ciné - image de une

Quand on adore un livre et qu’une adaptation est annoncée, on a des (petits) frissons d’excitation et d’expectation, l’attente est parfois fiévreuse ! Mais la réalité est souvent cruelle, notre personnage adoré, notre scène préférée, notre dialogue adulé ne ressemblent absolument pas à ceux échafaudés dans notre imagination !

C’est pire encore, lorsque le physique du personnage, sa voix, son énergie ne laissent aucune ambiguïté dans le livre (il est beau comme un chameau et ses yeux ont la couleur de l’océan) et que sur l’écran il apparaît son opposé total, un bellâtre mollasson ou une brute sans cerveau…

Alors parmi les innombrables adaptations de livres au ciné, des internautes se sont amusés à élire le pire du pire…

Du vieux comme du nouveau puisque Harry Potter (et notamment son troisième volet), sans humour et sans relief, revient souvent dans le débat. L’adaptation du Fléau de Stephen King, Le Parfum aussi, et d’autres encore ! Certains Astérix sont effarants… et tellement décevants, et pour un Depardieu-Corneau avec Cyrano, combien de Vincent Perez déguisé en Hussard sur le toit !

Je suis très très curieux d’avoir votre classement perso sur la question : dans cet océan d’adaptations, auxquelles avez-vous fait les gros yeux ?

A demain,

Matteo

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Lire en plein air a toujours été un vrai plaisir. Toutes les variantes peuvent être agréables, y compris celle de faire son shopping littéraire le nez au vent !

Voici donc une petite sélection des plus jolies librairies en plein air, dénichées sur le web, pour votre plus grand plaisir.

La preuve en images que l’on peut tout avoir : shopping, lecture, grand air, soleil et confort. Et exotisme puisque vous pouvez croiser ces magnifiques espaces ouverts dans le monde entier !

C’est aussi la preuve que beaucoup d’entre nous ont le réflexe d’associer détente et lecture.

Si j’en croisai une, je ne pourrai sûrement pas résister au plaisir de feuilleter des livres au milieu de l’agitation de la ville, lunettes de soleil sur le nez.

A demain,

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InfoOfficielle Short Edition

Voici le nouveau visuel annonçant une info officielle de Short Edition.

Quand Short Edition parlera très officiellement aux membres de la communauté Short Edition et voudra que tous les membres de la communauté aient une information (sur le Grand Prix, les règles du jeu, la vie du site, l’esprit… ou tout autre sujet d’importance mondiale), j’aurai le droit de sortir mon nouveau gyrophare en forme de porte-voix et d’en user (même s’il ne clignote pas ) pour attirer votre attention.

Je le ferai avec d’autant plus de plaisir que j’ai négocié et gagné le droit – de haute lutte – de pouvoir continuer à vous délivrer le discours officiel avec mes mots !

Surveillez la page d’accueil… les nouvelles officielles méritent votre attention. Pas autant que les habituels billets du blog, on est bien d’accord, mais tout de même un peu… !

A demain,

Matteo

 

Top départ !

Les œuvres Finalistes du Grand Prix Automne 2014 ont été révélées sur le site, hier à 17 h !

Ce sont 30 œuvres qui ont été sélectionnées dans chaque catégorie, pour une moitié par les votes des internautes et pour une (autre) moitié par le Comité éditorial.

Découvrez donc les Nouvelles, BD courtes, Poèmes ou Très très courts Finalistes…

Et jusqu’au 22 septembre, 17 h, lisez, dégustez, commentez et votez pour vos favoris sans modération !

A demain,

Matteo