Archives for the month of: septembre, 2014

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Barnabé Roucas (5/10), Bertrand Ailleret

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Bertrand Ailleret :
épisode 1/10 : Fagon à Versailles, Roucas à Marseille
épisode 2/10 : Le bateau des pestiférés
épisode 3/10 : Maudit sois ton rêve de bonheur
épisode 4/10 : La Consigne

Résumé des épisodes précédents : Barnabé Roucas, après avoir été contraint de dissimuler la présence de la peste à bord du Grand-Saint-Antoine est pris de remords, et tente en vain d’avertir le Bureau de santé. Le jour-même, sa fiancée Guenièvre est enlevée.

Episode 5
Le Château d’If

Aux premières lueurs du jour, Barnabé prit le chemin de la maison du premier échevin Estelle. C’était une riche demeure de négociant, plantée au milieu d’un beau parc, tout en haut de la ville neuve. La vue portait loin sur la mer. La silhouette massive du Château d’If, célèbre pour avoir été la prison du Masque de Fer, découpait le bleu du ciel comme si la forteresse s’était trouvée à une portée de mousquet.
Un laquais entrouvrit la porte. Roucas aurait juré qu’il était le cavalier fou qui la veille, galopant de la Consigne vers les Accoules, avait semé la terreur et écrasé un malheureux pêcheur.
« Barnabé Roucas, médecin à l’Hôtel-Dieu, neveu de l’abbé Doffyl. Je dois urgemment entretenir Monsieur Estelle d’une affaire de la plus grande gravité. » À l’énoncé de son nom, le visage du domestique s’était fermé. Il lui ordonna, plus qu’il ne le pria, d’attendre sur le seuil de la maison. Il revint un court moment après. Son maître ne pouvait le recevoir. S’il le souhaitait, il pouvait s’adresser à Jaume qu’il trouverait à l’Hôtel de Ville.
Intimidé par la grandeur de la bâtisse et le regard de froide menace du valet, il n’osa insister.
La colère, puis la rage le gagnèrent alors qu’il traversait les quartiers où s’entassait la populace dans un carnaval incessant de cris, d’odeurs et de couleurs. La pauvreté donne du relief à la vie et à la mort. Ces harengères grossières et généreuses, ces enfants inventant des armées avec des bâtons et des cailloux, ces hommes durcis par le labeur sous le soleil, il les voyait à l’agonie. Dévastée par un incendie de flammes sournoises, puantes, toute la ville crevait.
Et, Guenièvre mourrait aussi.

C’est un homme prêt à tuer pour se faire entendre qui pénétra dans l’Hôtel de Ville.
Une cohue indescriptible de négociants rendait impraticable l’immense salle. Il dut se frayer un passage parmi les aventuriers de la fortune des mers, financiers, avoués, armateurs. Des marchandises qui étaient encore à Seyde s’échangeaient contre d’autres, tout juste embarquées à l’Echelle de Smyrne. Des navires, dont nul n’aurait pu dire précisément dans quelles eaux ils croisaient à cette heure, changeaient de mains.
Enfin, il atteignit le grand escalier menant à l’étage où les échevins avaient leurs cabinets.
Jaume était à son écritoire. Il avait la mine d’un homme qui compte des bénéfices. Il leva ses petits yeux de fouine sur Roucas sans exprimer la moindre surprise.
Les mots se heurtaient dans la tête de Barnabé. Un court instant, l’instinct de prudence freina son emportement.
Voulait-il retrouver Guenièvre ou sauver Marseille de la peste ?
Une voix intérieure, de la sorte de celles que l’on entend depuis les profondeurs du sommeil ou lorsque l’on est trop saoul pour déraisonner, le mettait en garde. S’il choisissait Guenièvre, il perdait la ville. S’il épargnait Marseille, il condamnait son aimée.
La passion des amants, l’honneur des héros sont comme le jour et la nuit à l’équinoxe. La violence de leur égalité jeta Roucas sur Jaume. Les deux hommes roulèrent à terre dans un fracas de table renversée et d’encrier brisé.
« Dites-moi où est Guenièvre ! » Il étranglait son ennemi.
En éructant, celui-ci le traita de chien enragé et de vermine pesteuse. Roucas avait assuré sa prise. Plus grand, plus fort et beaucoup plus jeune, il allait réduire Jaume en pièces. Sa véhémence à réclamer Guenièvre décuplait sa fureur, mais embarrassait ses gestes. « Criminel, vous voulez donc que toute la ville périsse de la peste ? Où est Guenièvre ? »
À demi-asphyxié, le visage terreux, le secrétaire d’Estelle employait son dernier filet d’air à appeler à l’aide. Et il lui restait assez d’intelligence pour faire ramper l’attelage confus de leurs corps vers son bureau. Dans un sursaut soudain, il échappa à son tortionnaire. Les serpents sont rapides. En une fraction de seconde, il avait ouvert un tiroir de sa table et s’était emparé d’un poignard des Indes à la lame longue et effilée, faite pour tuer. Aveuglé par la rage, toujours vociférant ses « où est Guenièvre ? » et ses menaces de dénoncer au monde entier que la peste était à bord du Grand-Saint-Antoine, Barnabé ne vit pas la lame briller.
Jaume l’enfonça dans son flanc.
Il hurla et s’affaissa. Ameutés par les cris, les gardes de l’Hôtel de Ville entrèrent à cet instant.
La scène n’avait pas duré une minute.

Lorsqu’il reprit connaissance, Barnabé était allongé sur une civière dans une petite pièce sans vue. Le docteur Lachaux était penché au-dessus de lui.
« Mon cher confrère, vous avez perdu beaucoup de sang, mais les grandes artères ne sont point atteintes, non plus que les viscères du foie. Vous avez une robuste constitution et vous serez bientôt en état de voyager en bateau. »
Du brouillard où il se trouvait, Roucas crut qu’on allait le jeter dans les cales du Grand-Saint-Antoine pour qu’il y crève de la peste.
« Guenièvre, Guenièvre… Est-il vrai qu’Estelle va la vendre à des pirates mahométans contre la tranquillité du commerce dans le Golfe de Marseille ? »
Lachaux partit dans un rire méchant.
« Voyez où l’amour et la vertu mènent. C’est dans un cachot du Château d’If que vous suivrez votre convalescence.
— Guenièvre sera livrée aux Ottomans ?
— Mais, c’est que vous l’aimez vraiment, cette petite domestique !
— Soyez bon, Monsieur, souvenez-vous que, moi aussi, je suis médecin et que j’ai étudié dans la même Université que vous… »
L’éminent praticien parut gêné par ce rapprochement imprévu. Pour autant, il ne se laissa pas aller à l’émotion qui n’entrait point dans sa nature.
« Espérons qu’un jour, les maîtres de Médecine ajouteront une discipline sur les lois du négoce et la manière de les bien soigner.
— Mais Guenièvre ?
— Peste soit de l’amour ! »
Roucas allait répéter encore « mais Guenièvre », quand la porte s’ouvrit. Deux gardes empoignèrent la civière. Jaume marchait derrière eux.

Sa plaie garrottée par le docteur Lachaux le lançait, il avait la fièvre et envie de vomir. Allongé au fond de la chaloupe, il ne voyait que le ciel et les bottes des soldats qui l’entouraient. Il avait perdu la notion du temps mais la traversée ne dura guère.
Soudain, le soleil s’obscurcit. Le donjon du Château d’If fermait l’horizon. Il était plus haut que celui de la Bastille.
Les portes terribles se refermèrent sur lui. On le jeta dans un cachot sans lumière. Déjà la rumeur de la mer ne parvenait plus à ses oreilles. Ce n’étaient plus que bruits de chaînes et de serrures fortes. D’une cellule lointaine montaient les cris modulés par la folie d’un prisonnier reclus oublié dans le ventre de la vieille prison.
Des nuits et des jours, peut-être une dizaine, passèrent ainsi.
Il couchait sur un grabat de paille et de chiffons humides, il rongeait le pain noir rance qu’on lui passait par le guichet avec la soupe sale et, pourtant, la vigueur lui revenait. Les moments de colère suivaient ceux de réflexion. Ses geôliers, dont il ne voyait jamais les visages, l’entendirent tour à tour cogner sur la porte comme une bête furieuse et proposer de l’or à qui pourrait le renseigner sur le sort de Guenièvre.
Jaume avait donné des ordres. Le prisonnier ne devait communiquer avec personne. L’abbé Doffyl, qui avait été averti de la fâcheuse échauffourée de l’Hôtel de Ville, n’avait pas été autorisé à le visiter.

Dans cette noirceur, Roucas, qu’exaltait la naïveté de la jeunesse, attendait son procès. Il dicterait à son avocat une lettre pour son confrère, Armand Fagon. Il dirait tout. La peste à bord du Grand-Saint-Antoine, Marseille menacée par une terrible épidémie, le complot des armateurs pour protéger leur négoce, la disparition de Guenièvre et l’injustice de son sort.
Il comptait huit jours pour que sa missive arrive à Versailles. Son ami se ferait son ambassadeur auprès de Monseigneur le Régent. Il avait l’oreille du prince. Ses bons soins ne curaient-ils pas ses maîtresses de toute vénérienne corruption ?
La justice du roi passerait. La peste ne descendrait point du Grand-Saint-Antoine et on lui rendrait Guenièvre.
Cette lettre, il se la répétait à voix basse plusieurs fois par jour.

 

Jane Austen à la sauce zombie - image de UNE

Vous avez entendu parler du mashup ? C’est un terme qui désigne le fait de mélanger plusieurs œuvres existantes ou d’en remanier une pour en créer une nouvelle. Une sorte de remix en gros. Eh bien, ça existe aussi en littérature.

J’e vous en ai apporté la preuve : Orgueil et préjugés… et zombies ! Je suis peut-être à la traîne mais j’ai découvert ça il n’y a pas longtemps dans ma librairie. Et un monde (sidéral) s’est ouvert à moi, mélange d’effroi… et de franche curiosité, parce que le concept commence à percer et qu’on n’est pas à l’abri de découvrir un jour Jean Valjean et les Morts-vivants.

Jane Austen à la sauce zombie - image de UNE

Dans tous les cas, la recette est simple : l’auteur reprend mot pour mot des passages de l’œuvre et y ajoute sa composition.

Je trouve qu’en prenant la chose avec le second degré qui s’impose, le résultat pourrait être très très drôle (imaginez ces chics demoiselles zigouiller un zombie entre deux discussions sur la couleur adéquate de leurs rubans).

Bien sûr vous pouvez me contredire… Et me dire qu’il ne vous plairait pas de savoir qui aurait le dessus, dans un match improbable, entre la Marquise de Merteuil et une Madame de Tourvel vampirisée… !

Alors qui aurait envie de jouer et qui n’en voudrait à aucun prix ?

A demain,

Matteo (qui s’est tatoué un zombie sur le cœur)

aaaaaaaaaaaa

J’ai fait un saut dimanche dernier au Musée du Quai Branly pour aller voir l’exposition Tatoueurs tatoués proposée par Anne et Julien, journalistes, auteurs, passionnés de BD et fondateurs de la revue d’art HEY!.

Arrivés au Musée, on nous a annoncé ½ heure de queue, ce qui reste correct, l’exposition ayant pas mal de succès. Cela vous permet de contempler le jardin botanique à l’extérieur et de zieuter les autres expositions en cours ! Pour l’anecdote, j’ai personnellement (sans le vouloir, promis !) coupé la file d’attente en passant sous la barrière : on n’avait pas compris que la queue commençait 10 mètres plus loin…

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Nous avons eu ma copine et moi 1 heure top chrono pour défiler dans l’expo.

C’est court, mais faisable !

On y trouve de magnifiques photographies (noir et blanc et couleurs) dont certaines sont très anciennes, des toiles et travaux d’artistes ainsi que des vidéos. Il y a une approche sociologique et anthropologique très intéressante.  On remonte au tout début de cet art, à son histoire et ses différentes significations à travers les continents et leurs peuples,  pour finalement comprendre et se familiariser avec l’engouement actuel que cet art représente aujourd’hui.

ddddddddddddd

eeeeeeeeeeeeeeee

J’ai pu faire la grimace comme rester bouche bée devant certains travaux. C’est intelligemment pensé et vaut le détour. Et sur l’affiche un bout de sein est certainement destiné à attirer le chaland !

A demain,

Mattéo (le tatoué)

 

TATOUEURS TATOUES
du 06 mai 2014 au 18 octobre 2014
www.quaibranly.fr

fffffffffff

 

EpisodeFabien_2

Nous publions, en exclusivité, les premiers épisodes de Fabien et ses copains, le premier album de Dara Nabati, jeune auteur (22 ans) de grand talent que le comité éditorial de Short Edition a beaucoup apprécié dès sa première publication.

Fabien est un renard jovial dont l’humour finit par lasser ses copains… mais qui ne lasse pas ses lecteurs !

Le premier épisode a été présenté en exclu ici jeudi dernier. On est jeudi, voici donc le deuxième !

Fabien et ses copains sort le 7 octobre au prix de 9 € sur notre site et dans les meilleures librairies. Vous pouvez commander Fabien et ses copains en passant par notre librairie en ligne.

Et si vous êtes dans les 50 premiers, vous aurez droit à une belle dédicace personnalisée par Dara.

Fabien, Ep2.1 (Dara Nabati) Fabien, Ep2.2 (Dara Nabati) Fabien, Ep2.3 (Dara Nabati)

 

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InfoOfficielle Short Edition 2
Voici le texte du communiqué officiel que j’ai trouvé ce matin dans ma boîte mail avec obligation de le publier dans mon post du mercredi 24 septembre.

« Pour encourager tous les auteurs et créateurs, Short Edition a décidé de remettre, à partir de l’Hiver 2015, un à-valoir de 100 € à tous les Lauréats.

Jusqu’à maintenant, dans chaque catégorie, le Lauréat du public gagnait, seul, 300 €.

Désormais tous les auteurs figurant au Palmarès de la saison et publiés dans SHORT seront récompensés, qu’ils soient les Lauréats choisis par le vote des lecteurs internautes ou les Lauréats choisis par les évaluations des relecteurs du Comité éditorial, ces lecteurs les plus impliqués de notre communauté qui évaluent les Œuvres mises en compétition pour le Grand Prix du Court.  

Cette formule nouvelle nous plaît.

Nous allons donc la regarder fonctionner… pour vérifier que c’est une vraie bonne idée. »

La dotation globale passe donc de 1200 € à 3000 €. Bel effort !

Et il y a d’autres petites nouveautés à découvrir (en cas d’insomnie) en consultant le règlement du Grand Prix du Court, le Comment ça marche (du Grand Prix du Court), les Conditions particulières de publication (ou CPP qui font office de contrat entre l’auteur et l’éditeur) et les CGU (Conditions générales d’utilisation du site qui encadrent toute la vie sur le site).

Vous l’aviez peut-être déjà remarqué puisque l’ensemble est en ligne depuis le 15 août, date du lancement du Grand Prix Hiver 2015.

A demain,

Matteo

Barnabé Roucas 4/10

Résumé des épisodes précédents : Barnabé Roucas, jeune médecin, est appelé à bord du Grand-Saint-Antoine, navire atteint de la peste. Il est contraint de dissimuler la vérité, ce qui lui permet d’officier à l’Hôtel-Dieu. Dans le même temps, il déclare sa flamme à Guenièvre, la jeune domestique de son oncle.

Retrouvez les épisodes précédents de la nouvelle de Bertrand Ailleret :
épisode 1/10 : Fagon à Versailles, Roucas à Marseille
épisode 2/10 : Le bateau des pestiférés
épisode 3/10 : Maudit sois ton rêve de bonheur

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition. Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !

Episode 4
La Consigne

Il fallait conjurer la malédiction de la vieille sorcière.
La raison pouvait encore triompher et l’amour donne du courage. Barnabé Roucas se sentait empli d’une force neuve, enragée. Il ne redoutait plus ni Jaume et son puissant maître Estelle, le premier échevin de Marseille, ni Lachaux, l’éminent confrère auquel il devait son emploi à l’Hôtel-Dieu.
La pensée que son oncle pourrait entraver ses projets de mariage ne le faisait plus trembler. Guenièvre lui avait juré que, s’il le fallait, elle quitterait son service en emmenant son petit frère, Frédéric, avec elle. L’abbé Doffyl savait bien qu’il ne trouverait, ni à Marseille, ni même dans toute la Provence, un autre enfant, à la peau si pâle, aux cheveux si blonds, à éduquer et à caresser.
Une détermination puissante l’habitait. Il marchait sur le quai en direction de la Consigne avec l’assurance que donne la conviction de détenir la vérité et d’avoir la force de la faire éclater.
Transporté par la mission qu’il s’était assignée, Roucas fut étonné de ne pas voir le premier intendant de santé courir à sa rencontre. Il venait quand même épargner à Marseille le plus terrible des fléaux, la peste !
Il fut bientôt en vue du magnifique bâtiment neuf qui, depuis six ans, abritait le Bureau de santé. Edifié le long du quai, sous le Fort Saint-Jean, par l’ingénieur militaire Mazin, il dégageait une impression de solidité incorruptible. Pas moins de seize intendants veillaient à ce qu’aucune épidémie n’attaquât la ville par la mer.
Sa qualité de médecin lui permit de franchir la barrière gardée par des soldats aux mines dures, armés de mousquets prêts à tirer.
Un secrétaire, obscur, sévère, s’enquit de l’objet de sa visite.
« J’ai des révélations de la plus haute importance à faire sur le Grand-Saint-Antoine. La peste est à son bord.
— Elle voyage depuis des siècles sur toutes sortes de navires. Celui dont vous venez de dire le nom en est indemne. Un médecin italien l’a inspecté lors de son escale à Livourne. Le docteur Lachaux a délivré un certificat portant aux mêmes conclusions. Un de ses aides a contresigné sa déclaration. Il n’y a point d’épidémie à bord du Grand-Saint-Antoine. Les morts déplorés au cours de son voyage de retour ont tous succombé de la grippe ou à cause des mauvais aliments. »
Barnabé avait blêmi. Lui, un simple « aide » du docteur Lachaux ? En d’autres circonstances, il aurait relevé l’affront et rétabli la vérité. Mais, pour le succès de son entreprise, il valait mieux que le suspicieux petit homme gris continuât à ignorer qu’il était celui qui avait apposé sa signature de médecin, de docteur de l’Université, au bas des mensonges criminels de son prestigieux aîné.
Il exigea de voir le premier intendant de santé. Le secrétaire, qui avait flairé un ennemi dans ce jeune homme dégingandé au regard fiévreux, préféra accéder à la demande de l’illuminé.
Justement, le sieur Tiran, dont l’air doux démentait le nom, entendait le capitaine d’un navire juste arrivé du Levant.
L’interrogatoire se déroulait selon le rituel bien établi par le Bureau de santé. L’intendant se tenait au bord du quai. Tête nue, le tricorne à la main, debout dans une chaloupe qui l’avait amené de son bateau au Vieux-Port, le patron qui avait juré de dire la vérité sous peine de mort répondait aux questions et présentait ses patentes. Les siennes étaient toutes nettes. Il répéta à deux reprises, comme sous l’effet d’une fierté personnelle : « il n’y en a point une seule qui soit ‘soupçonnée’ ». Les consuls de France de toutes les échelles du Levant qu’il avait touchées les lui avaient remises pour attester de ce que son navire était exempt de la peste. Le capitaine obtint la libre pratique qui l’autorisait à mouiller dans le Vieux-Port et à décharger sa cargaison.
Roucas se renseigna sur le parcours accompli par le Blanche de Castille. Tout son chargement venait d’Alexandrie. Contrairement au Grand-Saint-Antoine, il n’avait pas touché les côtes de Syrie.
L’interrogatoire étant terminé, il s’approcha de l’intendant de santé Tiran avec l’ardente intention de lui clamer la vérité.
La peste était aux portes de Marseille !
Sorti de nulle part, Jaume, l’homme du premier échevin Estelle, abattit sa main sur son épaule.
« Je vois, mon jeune ami, que de puissants scrupules vous animent. Croyez-moi, ils sont inutiles. Comme vous venez de le constater par vous-même, une muraille de précautions protège notre cité. »
Il avait le regard d’un serpent venimeux. Des gouttes de sueur grasse rampaient dans son cou. Sa perruque était de la qualité de celles que loue, avec une mauvaise épée, le concierge de Versailles au visiteur, sans fortune ni noblesse, désireux de pénétrer dans le Palais.
« Cet homme est un rat », pensa Barnabé qui, incommodé par son haleine de boyaux pourris, songea un instant à lui prescrire le bouillon de moules marinées dans du sang de cochon de lait, propre à lui assainir la bouche.
Le secrétaire, qui avait reçu Roucas et l’avait entendu dénoncer la peste, s’approcha. Deux soldats en armes l’encadraient. « Ces messieurs vont vous raccompagner. » L’âme damnée d’Estelle le salua d’un signe de tête, puis lui tourna le dos.
Leurs mousquets au poing, ses sévères geôliers l’escortèrent jusqu’à la barrière de la Consigne.
En proie à d’affreuses pensées, les jambes lourdes, Barnabé prit la direction des Accoules et de la maison de son oncle.
À peine avait-il parcouru une demi-lieue qu’un cavalier, portant la livrée du premier échevin Estelle, le força à se ranger sur le côté. L’homme galopait à bride abattue. Renversant sans se retourner ceux qui ne lui laissaient pas la voie libre, il disparut dans un nuage de poussières, d’insultes et de malédictions.
L’étrange messager avait marché sur un pauvre pêcheur en guenilles. Roucas lui prit son pouls. Assurément, l’homme vivait encore. N’ayant point de confrère avec qui disputer, il disputa avec lui-même. Amputer ou ne point amputer, telle était la question. Ses délibérations l’amenèrent à ordonner un bain d’eau glacée, suivi d’une flagellation d’orties. En jouant du froid et de l’échauffement, la peau ainsi ravivée retendrait les os dans leurs axes et conjurerait l’hémorragie.
Le succès probable de ce sauvetage lui remit de l’espérance dans le cœur.

Un moment après, c’est un grand jeune homme coupé en deux par la fatigue et l’exaltation qui tambourinait à la porte de la maison de l’abbé Doffyl.
Barnabé avait oublié sa clé. Le souffle suspendu, vibrant d’impatience et de joie, il guettait l’instant où Guenièvre se jetterait à son cou.
La serrure grinça. Une vieille, à la figure revêche, lui ouvrit. Elle aurait pu être la sœur de la sorcière qui, la veille au soir, sur le Vieux-Port, lui avait craché au visage ses malédictions infernales.
En courant dans l’escalier, Barnabé cria le nom de sa fiancée comme un noyé aspirerait sa dernière goulée d’air avant de sombrer.
Un méchant désordre régnait dans la maison. Des meubles renversés, des vases brisés attestaient une lutte brutale.
La bonne femme le rejoignit en ricanant.
« Cette obstinée refusait de suivre les envoyés de Monsieur Estelle.
— Et mon oncle ? Et Frédéric ? Où sont-ils ?
— Ils prient dans le cabinet de Monsieur l’abbé. »
Repoussant brusquement la vieille, Roucas se précipita dans la pièce où Doffyl donnait ses leçons au petit frère de Guenièvre.
Nu, la taille ceinte d’un simple bout d’étoffe nouée autour de sa taille, l’enfant, à genoux, avait reçu les verges et faisait pénitence.
L’ingrat avait tempêté pour suivre sa sœur que l’abbé avait prêtée pour quelques jours au premier échevin Estelle, dont une domestique était souffrante.
Pour pallier à son absence, lui-même avait pris à son service la tante du gros bedeau de Saint-Laurent, qui lui avait ouvert la porte.
— Je vais de ce pas chercher Guenièvre, s’enflamma le jeune homme.
— Point de hâte ni d’imprudence, mon neveu. Trop de bruit pourrait lui causer un tort considérable. Des pirates mahométans croisent au large de Marseille. Ils aiment l’or et les filles à la peau très blanche. Les flibustiers ottomans sont comme les épidémies. Il ne faut pas les laisser nuire à la tranquillité du négoce.
Dans l’autre pièce, la vieille ricanait encore. Elle ressemblait terriblement à la sorcière du Vieux-Port.

 

Lauréats Grand Prix Automne 14

Salut à tous !

Les oeuvres lauréates du Palmarès Automne 2014 viennent d’être désignées par les lecteurs et par Short Edition et les grands lecteurs du Comité éditorial !
Retrouvez-les dans SHORT 10 qui sortira fin octobre.

Nouvelles

BD courtes

Poèmes

TTC

Félicitations à tous !

Matteo

robot victime de la crise - image de une

Youtube c’est un peu comme Wikipédia, quand vous commencez à cliquer vous en avez pour des heures. Et parfois, vous tombez sur une perle ! C’est ce qui s’est passé pour ce court métrage, drôle à souhait et un poil cynique… encore très peu vu mais promis à un grand avenir !

Un petit conte urbain qui raconte l’histoire d’un modeste robot très (trop) désireux de bien faire.

robot victime de la crise 2

Pris dans une spirale infernale de jalousie et d’envie, notre petit automate va employer les grands moyens pour être à la hauteur de sa tâche et réduire toute concurrence à néant… Au début attendrissant, avec ses mimiques et son crayon géant, le petit robot va finalement passer le cap du raisonnable et commencer à perdre ses boulons. Prenez donc les 9 petites minutes pour regarder cette petite métaphore de la performance perpétuelle, illustrée par un robot dépassé par la crise… et par l’obligation de faire toujours mieux. Surtout si, comme moi, depuis que vous avez vu Wally les robots ont une place bien à eux dans votre cœur !

Il aurait plu à Chaplin… et le premier associé de Zuckerberg aurait gagné à le regarder !

A demain,

Matteo

 

Fabien ep1

Nous publions, en exclusivité, les premiers épisodes de Fabien et ses copains, le premier album de Dara Nabati, jeune auteur (22 ans) de grand talent que le comité éditorial de Short Edition a beaucoup apprécié dès sa première publication.

Fabien est un renard jovial dont l’humour finit par lasser ses copains… mais qui ne lasse pas ses lecteurs !

Fabien et ses copains sort le 7 octobre au prix de 9 € sur notre site et dans les meilleures librairies. Vous pouvez commander Fabien et ses copains en passant par notre librairie en ligne.

Et si vous êtes dans les 50 premiers, vous aurez droit à une belle dédicace personnalisée par Dara.

Fabien, Ep1.1 (Dara Nabati)

Fabien, Ep1.2 (Dara Nabati)

 

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Petite lecture au fil de l'eau 2 Une séance de lecture au fil de l’eau, littéralement. L’idée m’a charmé. C’est pas moi qui l’ai eue, mais les Américains, et si un beau jour, chanceux que vous êtes, vous vous baladez près du Lake Winona dans le Minnesota, vous pourrez vous embarquer sur la très très sympathique Floating Library, une bibliothèque flottante ! Une idée absolument géniale, parce que lire dans son bain n’est pas pratique, et que le roulis des vagues se prête si bien aux rêveries littéraires. L’originalité du concept ne s’arrête pas là puisque le catalogue de la bibliothèque recèle de livres plutôt surprenants, comme le Real Fake Fish, un ouvrage destiné à la lecture et… à nourrir les poissons ! Petite lecture au fil de l'eau image de UNE Un brin de logistique n’est cependant pas à négliger, parce humidité/eau et papier ne font pas toujours bon ménage et qu’il ne faut pas lésiner sur les emballages en plastique. Jaloux ? J’ai une bonne nouvelle pour vous : la France va bientôt s’y mettre puisque l’Aliénor-Cripure, le premier bateau-librairie du pays, prendra les eaux à Bordeaux à la fin de l’année ! A demain,   Matteo