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Søkswen

Les pieds d’Hélène (4/6), Søkswen

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé des épisodes précédents : Lambert et William sont tous deux médecins et enseignants. Lambert entretient une relation avec Hélène, la fille de William. Celle-ci lui a annoncé qu’elle est enceinte mais elle ignore qui est le père. Lambert, qui est son gynécologue, tient à s’occuper d’elle.

Retrouvez les épisodes précédents : 1/6 – 2/6 – 3/6

Episode 4
Et si ?

Ma femme est absente, je prends un bain bien chaud. Je songe à la course folle d’un spermatozoïde à la vitesse de trois millimètres par minute qui échappe à la mort de l’acide vaginal, franchit le col de l’utérus, slalome entre les globules blancs et atteint les trompes de Fallope avec l’objectif ultime en ligne de mire, l’ovule. Cet ovule à qui il fait la danse du ventre, cet ovule qui se laisse tenter par ce spermatozoïde si vigoureux, si génétiquement différent et si séduisant.
J’avais besoin de ce temps de repos pour digérer l’information, pour me ressourcer. Je me regarde dans le miroir. Ça faisait bien longtemps que je ne m’étais pas examiné de cette manière. Certainement, Hélène doit exécuter des gestes similaires. Comment elle doit observer et toucher son ventre, ses seins, sa peau. Scruter la moindre différence. Penser à son insouciance d’il y a encore quelques semaines et s’imaginer dans quelques mois, presque incapable de bouger.
La porte d’entrée produit son bruit caractéristique quand elle se referme. Ma femme, Laurence, vient de rentrer.
— Ah, tu es là ? dit ma femme très surprise. Tu es malade ?
— Non, juste un coup de fatigue. Ça doit être la rentrée. C’est certainement dans ma tête.
— Ah c’est ça ! J’étais certaine que ça allait te faire quelques chose de voir ta fille sur les bancs de ta fac ! Je te l’avais dit ! En ce moment ça doit être la pleine lune parce qu’il y a plein de choses bizarres qui se passent.
— Comme quoi ?, je demande en mettant ma chemise.
— Ça me fait tout drôle tu ne peux pas savoir, il paraît qu’Hélène est enceinte.
— Ah bon ?
— Ça m’étonne que tu ne sois pas au courant, je pensais qu’elle t’en parlerait.
— Non, je veux dire « ah bon t’es au courant ». C’est confidentiel ces choses-là.
— Hélène, confidentiel ? Tu rigoles ? Hélène l’a dit à Anna qui l’a dit à William qui m’a téléphoné pendant que je faisais les courses. Ça m’étonne qu’il ne t’ait pas téléphoné. Mais bon, si tu prends ton bain au lieu de décrocher ton portable, c’est sûr que ça va pas aider. Et tu savais toi qu’elle avait quelqu’un dans sa vie ? Bon, on en reparlera plus tard, je dois filer chez Suzanne.
Je me suis interrogé devant le miroir. Si personne ne connaît son ami, et si elle n’en avait pas, et si c’était mon sperme qu’elle avait gardé et utilisé, et si William avait tout manigancé pour me ternir, et si elle voulait un enfant de moi ?
Un taxi m’emmène chez Hélène, puis à l’hôpital. Echographie positive. Hélène est bien enceinte. Tout va bien à part mon doute sur la paternité. Dans deux jours ça fera un mois de grossesse. Comment diable me souvenir si j’étais chez elle ce jour-là ? Test ADN. Un peu de salive que j’envoie au labo. Réponse demain. Hélène est très calme. Je la raccompagne chez elle.
Une fois dans la rue j’appelle son père.
— William, ta fille est enceinte.
— Je sais. Combien de temps ?
— Un mois. Bien entendu elle peut encore avorter. Sinon, tout se passe normalement.
— Ton professionnalisme et ta gentillesse ne me surprennent pas, Lambert. C’est vrai qu’Hélène fait un peu partie de ta famille, mais je tenais vraiment à te remercier. Je vais discuter avec elle, je te rappellerai après. Embrasse tes femmes pour moi et porte-toi bien.
Tes femmes ? Il pense à qui ? Et pourquoi se mêle-t-il de ma santé ?
Chez moi, ma femme et ma fille m’attendent. Il fait un peu froid, je mets les mains dans ma poche de pantalon ; mes spermatozoïdes sont bien au chaud et je suis content pour eux.

Retrouvez les épisodes suivants : 5/6 – 6/6

gab vidéo

Ce petit film détendant a été réalisé en 8 jours par Rémy Schaepamn.

Il s’appelle donc Pentimento.

Comme je ne sais pas mettre en ligne dans le blog l’écran d’accès direct pour les vidéos viméo (je vais apprendre), je vous offre ce lien. Ici.

Et en prime un mot de l’auteur : « Un matin je me suis dit que je voulais faire un film en huit jours. Et ça tombait bien, je voulais depuis longtemps mettre en mouvement un graphisme très simple, évoquant celui de Sempé ou de Reiser. J’avais ni sous, ni temps mais un micro, alors j’ai fait le son avec ma bouche. À la fin ça donne ça. Merci pour votre indulgence. « 

On n’a pas l’impression d’être indulgent en trouvant le résultat réussi.

A demain,

Matteo

 

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Voilà les réponses… Si vous voulez voir ou revoir avant les questions, rendez-vous sur le post d’hier « Playmobil, art et énigme », en passant par ici.

Les noctambules, Edward Hopper

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

La liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix

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Un Dimanche après-midi à l’île de la grande Jatte, Georges Seurat

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La Joconde, Léonard de Vinci

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Le radeau de la méduse, Théodore Géricault

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La Cène, Léonard de Vinci

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Les ménines, Diego Vélasquez

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La communauté Short Edition a des ressources : mais il manquait tout de même, me semble-t-il, Seurat, Vinci et Géricault pour faire 100% de bonnes réponses !

A demain,

Matteo

 

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Un peintre français, Pierre-Adrien Sollier, a eu l’idée de reprendre les playmobils de son enfance (les compagnons de nos premières histoires !) et de les intégrer à des chefs-d’œuvres de la peinture. Ce n’est pas du photoshop, mais de l’acrylique sur toile ! Et ces tableaux font le buzz sur internet.

Un détail : l’artiste a pris en compte et respecté la mobilité très partielle des bras et des mains de nos bons petits playmobils !

Rien ne vaut le véritable Radeau de la Méduse de Géricault, mais voilà un bon cours d’histoire de l’art. On revoit, un peu comme lorsque Christo emballe un bâtiment, la forme connue d’un tableau passé dans le regard collectif avec un autre oeil.

Marrant.

Avec un peu de nostalgie en prime… !

Alors on va solliciter les esprits joueurs. Au moins  ceux qui ne sont pas en vacances, trop loin de leur ordi, de leur tablette ou de leur smartphone. De quels tableaux s’agit-il ?

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A demain, pour la solution !

Matteo

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« Little Free Library » est née de l’initiative d’une association américaine dont le but est d’intégrer la lecture et le partage de livres dans la vie de quartier.

En mettant à disposition des riverains des boîtes aux lettres remplies de livres – dont certains pourront aimer le style rococo mais qu’on n’est pas tous obligé de trouver jolies…!), le pari est plus que relevé : cette initiative connait une très beau succès aux USA, où les habitants sont de plus en plus fans de leurs bibliothèques miniatures, portant la mention « Little Free Library : take a book, return a book » (« Petite bibliothèque gratuite : prenez un livre, retournez-en un »).

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Pour posséder leur « Little Free Library », les intéressés adhérent à l’association, signent une charte et payent une trentaine de dollars. Les riverains peuvent alors fabriquer leur propre boîte aux lettres ou en commander une à l’association.

Sur le site de l’association, il y a une carte des US sur laquelle apparaissent toutes les « Little Free Library » du pays… Jetez-y un œil en cliquant sur « Map »… C’est impressionnant mais comme le picto de chaque adhérent est de la taille d’un demi-département français, l’effet d’optique est peut-être soigné. Et je n’ai finalement pas réussi à comprendre combien de LFL sont en activité aux US. Si quelqu’un peut m’aider… je suis preneur.

A demain,

Matteo

Søkswen

Les pieds d’Hélène (3/6), Søkswen

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé des épisodes précédents : Lambert et William sont tous deux médecins et enseignants. Chez Hélène, la fille de William, Lambert s’adonne au fétichisme du pied. Puis il rejoint sa fille Anna, qui lui annonce qu’Hélène est malade.

Retrouvez les épisodes précédents : 1/6 – 2/6

Episode 3
01 sur 20

Hélène possède le même petit air supérieur que celui de son père, William. Son redoublement me rendait triste pour elle en même temps qu’il me faisait sourire car il atteignait William par ricochet. Les nuages au-dessus de sa tête sont pour moi autant de soleils.
Hélène est une jeune femme distinguée, toujours sobrement vêtue et affiche en toutes circonstances une élégance qui lui vient de ses longues années de danse classique. Son corps est harmonieux et ses pieds sont fantastiques. Son médio-pied légèrement bombé et doux comme un coussin est comme la lampe qu’Aladin frottait pour obtenir des vœux.
Hélène ouvre la porte de son studio.
— Anna ? Tu es là ?, demande-t-elle. En fin de compte, elle a dû partir. Viens Franck, viens m’ausculter, dit-elle avec son sourire de manipulatrice.
Hélène et moi avons des rapports complexes construits sur le respect, l’obéissance et le fantasme. Il s’agit de sensualité, sans véritable rapport, et à aucun moment le vulgaire et le commun ne viennent s’immiscer dans nos jeux. Je n’ai aucun désir classiquement sexuel avec elle, je les réserve à ma femme très traditionnelle, très bourgeoise et très prévisible. J’adore exécuter les ordres d’Hélène, je consens volontiers à n’être parfois qu’un objet manipulé.
Allongé bientôt sur le sol pendant qu’elle m’ordonne de mordiller ses phalanges, j’entends qu’elle se déshabille, vois ses vêtements qui tombent près de ma tête et je sais qu’elle est entièrement nue. Elle place son gros orteil dans ma bouche et se caresse sans que je puisse l’apercevoir. Ici c’est elle qui commande, qui décide du moment. Sa plante des pieds parcourt ma langue. Peu après la voilà debout sur mon torse, les jambes serrées. « Ouvre tes yeux, regarde, ausculte ». Quelques secondes plus tard elle s’agenouille et m’indique de me placer debout face à elle, et de me caresser. Elle joint ses mains. « Donnez-moi votre miel, mon roi ». C’est son dernier ordre.
Mon portable sonne. C’est Anna.
— Oui ma chérie ! Tu es où ?Je croise William près de la machine à café. « Elle est belle ta fille », me dit-il. Une phrase qui sort de nulle part. S’il s’imagine qu’on va disserter sur la beauté respective de nos filles, il se trompe. Pourtant je pourrais, j’en ai les moyens. Alors qu’il touille son café, je réponds « Merci », sans y croire. Il enchaîne sur sa hanche qui lui fait mal. Cette facilité qu’il a d’évoquer sa vie par le prisme de détails insignifiants m’irrite depuis longtemps. Puis il continue sur le temps qui passe et d’autres banalités sur l’âge de nos enfants et leur entrée dans le monde des adultes. « Tu te rends compte, dans quelques années ma fille et moi on travaillera peut-être dans le même service ».
— On y est pas, j’ai répondu, d’ici là tu seras peut-être à la retraite si ta fille met à chaque fois deux années pour en faire une.
Et je pars sans même regarder l’expression de son visage, sans savoir si son bronzage a un peu pâli. Depuis que ma fille est en première année avec la sienne, je me sens plus fort à l’idée qu’elle sera mieux classée. Dès qu’il m’agace avec son petit air, je songe à Hélène.
D’ailleurs elle m’appelle. « Tu viens ? — J’arrive ».
Je longe les quais, sonne à l’interphone, grimpe, tambourine. Elle se penche pour me faire une bise. Hélène flotte dans son peignoir de satin avec insouciance. Elle est pieds nus avec un ruban rouge à la cheville droite que je mordillerais et détacherais volontiers. Chez elle je me sens respirer, son studio est le seul endroit où je me laisse aller, et où je me livre aussi sans retenue. Hélène le sait, elle m’autorise à être pleinement moi-même, sans entrave, sans questions. Ma soumission me rend libre et Hélène est la seule personne qui le comprenne. Nos vingt ans de différence d’âge s’estompent dès que sa porte s’ouvre, il ne reste alors qu’un seul système de pensée, une même longueur d’onde qui nous unit.
— Je n’étais pas très bien hier.
— Ah oui ?, dis-je. Quelque chose t’a heurté ? Tu veux en parler ?
— Je suis enceinte, ajoute-t-elle sans me regarder.
Cette nouvelle m’a ému. J’ignorais qu’elle voyait quelqu’un et j’étais comme jaloux. Elle s’est blottie dans mes bras et s’est mise à pleurer. Je l’ai serrée très fort, de toute mon affection.
— Personne ne le sait. Même pas le père… Je ne sais pas qui est le père.
J’ai refusé de lui poser des questions d’usage, de m’immiscer davantage dans son intimité, de jouer au détective ou à l’inquisiteur. J’étais heureux qu’elle m’ait appelé pour que je prenne soin d’elle. Hélène m’a dit qu’elle voulait probablement avorter, qu’elle était prête, enfin, elle le pensait. Elle m’a répété qu’elle avait confiance en moi et m’a fait jurer de ne rien dire à William. J’ai juré d’obéir, de servir et de me taire, je l’ai embrassée sur son front et l’ai réconfortée. J’allais m’occuper d’elle et tout rentrerait dans l’ordre, je me sentais en mission contre le chaos.
Et en quelques secondes, j’étais redevenu à ses yeux un être socialisé, défini par son métier, son statut, ses acquis. Moi, Franck Lambert, gynécologue et chef de clinique devais examiner le cas de la patiente Hélène William.
— Je passe chez moi et je reviens te chercher, on ira à l’hôpital faire des tests.
Sur le trajet, j’ai pensé à toutes ces femmes qui souhaitent avoir des enfants et qui ne peuvent pas, à tous ces hommes stériles et qui ne le savent pas, et à tous ces enfants illégitimes. Un sur vingt ! Un môme sur vingt se trompe de père.

Retrouvez les épisodes suivants : 4/6 – 5/6 – 6/6

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271 ans avant le guide couleurs Pantone – qui, lui, est né en 1965 -, un néerlandais, A. Boogert, a eu le très… très grand courage de peindre, à la main, toutes les nuances de couleurs.

800 pages, tout de même, dans ce « Traité des couleurs servant à la peinture à l’eau », publié en 1692.

Le résultat : un nombre incalculable de teintes et saturations, patiemment faites à main… l’auteur donne même un petit cours de couleurs à son lecteur et lui explique comment arriver à la tonalité de son choix grâce à une, deux, ou trois doses d’eau ! Une jolie volonté pédagogique de la part d’un maître de la colorimétrie, mais probablement freinée par le fait qu’il n’en existait… qu’un seul exemplaire !

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Si vous voulez jeter un œil à ce chef d’oeuvre de nuances colorées, vous pouvez consulter la version pdf du guide, ici.

Ou, si vous êtes dans le coin, vous pouvez même aller lui rendre visite en vrai, à la bibliothèque Méjanes, à Aix-en-Provence…

A demain,

Matteo