Archives for the month of: juin, 2014

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En commentaire de mon post sur la Bible du Barbecue, Lila m’a conseillé la semaine d’aller jeter un œil au Drinkable Book. Beaucoup plus utile, merci Lila !

Pour faire vite, 768 millions d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable… et, face à ce défi, une agence américaine ainsi que l’organisation WATERisLIFE ont décidé de lancer le Drinkable Book. Mieux que changer l’eau en vin (quoique…!), purifier l’eau croupie.

The Drinkable Book est un kit ayant pour but d’éduquer les populations en leur rappelant les règles d’hygiène de base concernant l’utilisation de l’eau… qui a la forme d’un livre.

Une chimiste, Theresa Dankovich, a en effet inventé un papier spécial permettant de filtrer l’eau et d’éliminer 99% des bactéries nocives (et d’éviter ainsi le choléra, l’E. coli et la typhoïde). Les 40 pages de ce manuel sont détachables et servent de filtre. Elles peuvent être réutilisées jusqu’à 30 fois et fournir une personne en eau potable pendant 4 ans !

Pour le moment ce manuel est édité uniquement dans la langue d’Hamlet et du Tigre Blanc. Il doit être distribué en Afrique, en Asie et en Inde, si le projet est mené jusqu’au bout.

« Deux éléments, le temps et la tendance au progrès, expliquent l’univers » disait Ernest Renan.

A demain,

Matteo

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Cette semaine, rencontrez Stoon ! Lauréat du Grand Prix Printemps 14 avec Fisheye, découvrez ce passionné de BD autodidacte et autoédité. En quelques lignes, il nous en dit plus sur son travail et les dessinateurs qui l’ont inspiré.

C : Bonjour Stoon ! Comment avez-vous commencé à dessiner ?
S : Depuis l’âge de 7 ans, je dessine. Quand je me déplaçais avec ma famille au restaurant pour ces longs repas familiaux du dimanche pendant lesquels je m’ennuyais énormément, ma mère n’oubliait jamais d’emmener un stylo pour que je gribouille. Plus tard, adolescent, j’ai pris des cours de dessin et commencé à réaliser de petits strips de quelques cases. Ma première « vraie » bande dessinée date de 1986, elle ressemblait plutôt à un fanzine d’ailleurs.
J’ai surtout appris à faire de la BD en lisant des albums de Bilal, Mézières, Tardi, Druillet, Moebius, Loisel, entre autres… Je suis assez fier d’être autodidacte.
Et puis, je suis devenu infographiste. J’ai décidé alors de mettre la BD de côté par manque de temps. J’ai repris autoéditant un album en 2007, CK. J’ai mis un an et demi pour le réaliser. CK était la synthèse de tout ce que je n’avais pas fait pendant 15 ans. C’était surtout la première fois que j’écrivais, seul, un scénario qui tenait la route. Je me suis dit « voilà, j’ai accompli l’album que j’avais envie de faire, je peux maintenant mourir tranquille » [rires]. Puis est venue l’envie d’en faire un 2e, puis un 3e… je viens de publier le 8e, et je prépare deux gros projets.

C : Quelles techniques de dessin utilisez-vous ?
S : J’ai un peu tout expérimenté… Généralement, je réalise un story-board assez poussé au crayon ou au stylo : ce n’est pas la qualité qui importe mais la mise en place des personnages et des décors. Ensuite je passe au crayonné, la partie la plus créative et la plus intéressante. Puis j’encre au feutre pinceau : ça fait des traits un peu épais, mais comme je travaille sur du A3 pour un format final en A4 ou A5, les traits s’amincissent donnant une bonne qualité. Enfin la couleur. Pour mes albums Un chapeau magique et le tout dernier Avant/Après, j’ai réalisé toutes les planches à l’aquarelle en couleurs directes. Mais pour CK, Pandora’s box et Un pistolet sur la tempe toutes les couleurs ont été faites sur mon ordinateur… ça va plus vite !

C : Dans création d’une BD, quelle est la partie la plus difficile pour vous ?
S : Il y a des étapes où je prends un réel plaisir : l’écriture et le story-board sont toujours des moments de création très plaisants. Le crayonné aussi, c’est la mise en forme des étapes précédentes. Mais il ne faut pas se tromper, car c’est la version définitive qui se dessine.
L’étape de l’encrage est toujours fastidieuse et fatigante : il faut être précis, on a toujours envie d’aller vite. Il y a toujours le risque de tout gâcher. C’est pour ça que très souvent, par sécurité, je fais la mise en couleur sur ordinateur.

C : J’imagine que vous avez des dessinateurs qui vous ont influencé ?
S : Il y en a tellement ! Je suis un peu comme tout le monde, j’ai été fasciné quand j’étais gamin par le Tintin d’Hergé et le Spirou de Franquin. Plus tard, dans les années 80, j’ai adoré le travail des auteurs américains, comme Bodé, Crumb, Eisner et Frazetta. Ces jeunes dessinateurs étaient contestataires et irrévérencieux, avec de vraies prises de position au niveau politique. La plupart d’ailleurs militait contre la guerre du Vietnam.
En France, il y a eu Bilal, Druillet, Loisel, Moebius, Conrad, pour ne citer que ceux-là. J’aime beaucoup, dans deux styles très différents, les travaux de Cromwell et de Brüno.

C : Et si vous deviez nous citer une BD qui vous a particulièrement marqué ?
S : Celle qui m’a marqué le plus est sans aucun doute « Delirius » de Lob et Druillet. Un univers de science fiction apocalyptique bien rendu par le torturé Philippe Druillet. Je pense avoir été aussi marqué par La quête de l’oiseau du temps de Loisel, les albums magiques de La Trilogie Nikopol de Bilal ou Les Innommables de Yann et Conrad. Un impressionnant travail qui s’étale sur 10 à 15 ans.
Et 10 à 15 ans de BD, c’est un sacré bout de vie !

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Le post du jour est un simple chiffre en forme de V comme grand plaisir pour tous.

3 millions !

Le nombre de lectures d’œuvres que le site short-edition.com a généré depuis sa création.

3 000 000 x 1 lecture = 3 millions. *

Joli, non ?

On pourrait presque conclure qu’avec vous le talent court… mais ça ferait un peu annonce marketing et ce n’est pas mon rôle de le faire. Donc je ne le ferai pas… sans une prime supplémentaire que je n’ai pas encore négociée !

A demain,

Matteo

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* Précision = le cap a été franchi le mois dernier, on est déjà en fait à 3,2 millions mais j’ai un faible pour les chiffres ronds comme des ballons… surtout à l’approche d’une Coupe du monde de foot.

 

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Amateurs de dessins d’animation japonais, alerte à toutes les voitures ! Jusqu’à samedi (le 14 juin) se tient à l’Espace Japon de Paris une expo-vente de 60 celluloïds de dessins animés japonais.

Petit rappel : les celluloïds de films d’animation sont les feuilles de plastique transparentes d’acétate de cellulose sur lesquelles étaient peints les personnages et décors de dessins-animés. C’était au temps (ancien) d’Albator le corsaire de l’espace, où l’on peignait 6 à 12 feuilles pour une seconde d’action.

Parmi les celluloïds exposés se trouvent certaines œuvres du célèbre studio Ghibli et de son co-fondateur, le grand Miyazaki.

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N’étant pas sur Paris cette semaine je ne pourrai pas faire un détour par l’Espace Japon… mais si le vent se lève et vous y porte, je serai ravi d’avoir vos impressions !

A demain,

Matteo

> Espace Japon, 12 Rue de Nancy, Paris 10

Idée !

Hayao Miyazaki, LE maitre des films d’animation japonais, a annoncé sa retraite en septembre dernier mais il semblerait que le dessinateur japonais ait des problèmes avec ses mains et doive maintenant pencher la tête à quelques centimètres de la feuille pour dessiner. On imagine le temps qu’un long métrage doit prendre dans ces conditions. Et s’il se dédiait au court ?

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Lutte des classes (5/5), Marie Lauzeral

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé des épisodes précédents : Le médecin passe la malheureuse enseignante, également sa patiente, au crible de ses questions, toutes plus tordues les unes que les autres. Elle perd pied, devant les yeux scandalisés d’Alice, la fille du narrateur qui ne comprend pas où veut en venir son fou de père.

Retrouvez les épisodes précédents : 1/5 – 2/5 – 3/5 – 4/5

Episode 5
Qui perd gagne

Mademoiselle O’Brien est de plus en plus agitée. Je ne sais pas ce qui la retient de m’envoyer sur les roses. Probablement la perspective de sa prochaine consultation avec moi. Sans doute aussi ce même sang froid professionnel que celui dont j’ai fait preuve l’autre jour en sa présence. Je lis dans ses yeux un mélange de désarroi et de supplication. Nous sommes l’un en face de l’autre depuis trente-cinq minutes. Finalement Alice me tire par la manche et me dit sur un ton comminatoire : « C’est bon là papa, non ? Il y a plein de gens qui attendent. » Je décide de donner le coup de grâce avant de me lever et de faire cesser la séance de torture : « Bien sûr, je n’avais pas réalisé. Je suis désolé mademoiselle. Je prendrai rendez-vous avec vous afin de poursuivre notre entretien dans des circonstances plus favorables. » Et là, je vois l’expression de son visage changer, elle blêmit. Elle se dit qu’elle a affaire à un maniaque qui, pour une raison obscure, va la harceler jusqu’à la fin de l’année scolaire. Je pourrais montrer un peu de pitié, la rassurer en lui disant que tout ceci n’est qu’une mauvaise blague, mais je n’en fais rien. Je lui serre longuement la main puis marche d’un pas lent jusqu’à la porte, au mépris de tous les regards indignés des parents furibonds. Alice n’en revient pas. Elle ne m’adresse plus la parole et refuse que nous allions voir ses autres professeurs. De toute façon nous avons pris trop de retard. Il n’est pas certain que mes relations avec ma fille soient meilleures à l’issu de cette confrontation.
Nous sommes presque parvenus au bas de l’escalier lorsqu’un appel pressant se fait entendre : « Un médecin ! Y’a t-il un médecin parmi vous ? C’est urgent ! Au troisième étage ! » Je saisis la chance de restaurer mon image aux yeux de ma fille par une conduite héroïque. Je fais demi tour et gravis quatre à quatre les marches. Je suis accueilli en haut par le directeur adjoint paniqué : « Vous êtes médecin ? C’est notre collègue d’anglais, salle 312 ! Elle a fait une syncope ! » Je fonce dans la salle et découvre mademoiselle O’Brien allongée sur le côté, en train de reprendre connaissance. Ses collègues l’entourent. Je m’agenouille près d’elle pour lui prendre le pouls. Je sais exactement de quoi elle souffre. Un malaise vagal est toujours impressionnant mais ce n’est pas aussi sérieux que cela en a l’air. Je positionne ses jambes en hauteur contre le mur de la salle et lui suggère d’attendre calmement que son rythme cardiaque se rétablisse. Au bout de quelques minutes, elle a retrouvé des couleurs, se relève et rassure tout le monde sur son état. Je ne juge pas indispensable de rester plus longtemps, et je m’apprête à prendre congé. A ce moment précis, elle s’approche de moi, si près que sa main effleure ma cuisse, et d’une voix basse et chaude, me dit : « Comment vous remercier docteur ? Vous portez une telle attention à mon travail, à ma personne ! Pour un peu je dirais que vous avez un petit faible pour moi … Nous nous voyons bientôt n’est-ce pas ? I have so many exciting things to tell you. I can’t wait. » Je ne saurais décrire précisément ce que je lis dans ses yeux tandis qu’elle prononce, avec un accent incroyablement sexy, ces mots que je suis le seul à pouvoir entendre : mépris ? vice ? provocation ? J’adopte un ton ultra professionnel et lui réponds : « Etant donné ce qui vient de se produire, je vous suggère d’avancer notre rendez-vous. Précisez surtout à ma secrétaire d’effacer le double astérisque. »

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En écoutant  La Bonne Nouvelle de Yolaine de la Bigne sur Europe 1, j’ai appris l’existence de Roland Claquos : le tournoi des fromages de France !

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Et qui est à l’origine de cette idée loufoque ? Alphonse Allais !

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Le poète, humoriste et journaliste français a lancé en 1891 (parallèlement à l’ouverture de Roland-Garros) le Tournoi Roland Claquos : 128 fromages en compétition, le but étant d’élire le fromage de terroir le plus savoureux et de lutter contre l’uniformisation des goûts ! En 1891 faute d’internet, réseaux sociaux et gadgets électroniques les votes ont duré 11 mois (pas très short).

Le Tournoi a été relancé l’année dernière et se déroule maintenant sur 2 semaines via des votes sur Facebook. La tête de série numéro 1 est actuellement le St Nectaire (que l’on aime beaucoup à Short Edition) !

Alphonse Allais n’avait pas peur de l’absurde et on l’aurait volontiers accueilli dans notre communauté. Il écrivit des textes courts, au rythme d’une œuvre par jour et publia notamment les recueils A se tordre en 1891, Ne nous frappons pas en 1900 et Le Captain Cap’ en 1902.

Vous ne savez sans doute pas qu’en plus de ses qualités littéraires, Alphonse cachait quelques talents artistiques. Regardez ses monochromes.

Ici, Récolte de tomates par des cardinaux apoplectiques au bord de la Mer Rouge.

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Et là, Première communion de jeunes filles chlorotiques par temps de neige.
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Et j’avoue avoir un faible pour sa formule (tout à fait) définitive : « Ne nous prenons pas au sérieux, il n’y aura aucun survivant. »

A demain,

Matteo

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A moins que ce ne soit l’inverse… Les marketeux continuent à frapper, et comme il fait beau et très chaud, que le week-end approche… j’ai décidé d’accepter de colporter leurs mauvaises idées.

Juste pour vous prendre à témoin de la limite, parfois, de leur imagination !

La marque brésilienne (biiiiiip) s’est associée au Groupe marketing  (biiiiip Brésil) pour lancer un livre plus qu’interactif : La Bible du barbecue.

Vrai « kit de cuisine », il est constitué de pages multifonctions qui sont en fait des ustensiles de cuisine à part entière : en brisant la première page du chapitre « préparation » on obtient du charbon ; une autre page du livre se révèle être un tablier à enfiler, tandis que la page aluminium sert à la cuisson de la pomme de terre du dimanche.

On peut aussi aiguiser son couteau, utiliser la page « planche à découper », saler sa préparation avec la feuille en sel, pour finalement servir sa grillade à l’aide de la page « plat ». Et la page torchon permet de sauver les dégâts.

Bref, les créatifs avaient besoin de partir en vacances ! J’espère qu’ils ne débarquent pas en Normandie…

A demain,

Matteo

Il faut admettre que ce bâtiment, qui a de la classe, ne transpire la drôlerie

 

Voilà une vraie question idiote… qui a tout de même un sens. Mon post du jour est une pub pour un concours de nouvelles dont Short Edition est partenaire. L’association Libres Plumes – dirigée d’une main ferme et déterminée par Elodie Torrente, auteure lauréate de la Matinale 2012 – organise en effet, en partenariat avec la commune de Méry-sur-Oise (95) et avec la Gazette du Val d’Oise, un « concours international de nouvelles humoristiques en langue française ».

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C’est une très bonne idée. On a envie de rire… ou de sourire un peu ! Je crois même que c’est pour cela que Short Edition s’y est associé…

Avec pour thème, « un canapé sur l’Oise », les textes devront être envoyés avant le 15 juillet 2014, minuit. A gagner, en + du plaisir de faire rire : 600 € de dotation globale (pour ceux qui veulent gagner des €) offerts par l’association Libres Plumes et une parution dans SHORT et sur le site sur short-edition.com, en mode recommandé.

La remise des prix se tiendra début février 2015 dans le château où la Comtesse de Ségur a écrit les Mémoires d’un âne à Méry-sur-Oise (95). Le jury de cette première édition sera présidé par Philippe Jaenada, auteur de huit romans, cité en 2013 au Prix Renaudot pour Sulak (Julliard).

A tenter… et pas que pour rire !

A demain,

Matteo

> Pour en savoir +, c’est par ici que ça se passe

 

Lutte des classes (4/5), Marie Lauzeral

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé des épisodes précédents : Peu de temps après l’éprouvante consultation, le médecin se retrouve en face de sa patiente Melle O’Brien lors d’un rendez-vous parents-professeurs au lycée de sa fille. Il ourdit alors un plan de vengeance, qui consiste à la bombarder de questions inutiles alors que les parents s’impatientent dans le couloir.

Retrouvez les épisodes précédents : 1/5 – 2/5 – 3/5

Episode 4
Acharnement thérapeutique

Mademoiselle O’Brien me regarde un peu interloquée. Je baisse les yeux.
— Mais monsieur, nous ne sommes que début novembre. Il est très probable que les notes d’Alice vont progresser davantage.
— Oui je l’espère. Nous l’espérons tous. Mais si elle a déjà un très bon niveau, pourquoi seulement quinze ? Si je puis me permettre de vous poser la question, à combien estimez-vous qu’une note passe de bonne à très bonne ?
Mademoiselle O’Brien est embarrassée. J’insiste. Alice me fusille du regard. Sa mère n’aurait jamais pinaillé comme ça.
— Eh bien c’est un peu difficile d’être aussi précis, voyez-vous ? Cela dépend de plusieurs choses.
— Je vois. Lesquelles exactement ?
Mademoiselle O’Brien s’échauffe imperceptiblement. Un voile de sueur très léger apparaît sur son front. Alice m’écrase le pied sous la table.
— Oh, et bien je dirais… Tout dépend de l’état d’avancement de l’année scolaire. Nous devons ajuster nos exigences en fonction du calendrier. Et puis il y a aussi la bonne volonté de l’élève.
— Vous voulez dire qu’il est impossible d’obtenir un vingt sur vingt en début d’année, c’est bien cela ?
Mademoiselle O’Brien jette un regard circulaire en direction de ses collègues, pour chercher un peu de renfort dans ce qu’elle entrevoit comme une situation difficile à maîtriser. Dans le couloir, une foule de plus en plus compacte s’agglutine. Pour bien manifester l’intérêt que je porte à cet entretien, j’ôte ma veste et l’installe calmement sur le dossier de la chaise. Mademoiselle O’Brien plonge le nez dans son livret de notes.
— Je… je crois qu’Alice a déjà obtenu un dix-neuf, n’est-ce pas Alice ?
Alice fait mine de ne pas se rappeler. Elle n’a probablement jamais eu de dix-neuf mais elle ne veut pas contredire son professeur dans la situation pénible où celle-ci se trouve par la faute de son psychopathe de père.
— Mademoiselle O’Brien, je me demandais aussi… Vous me pardonnerez d’être aussi curieux, mais c’est la première fois que je m’entretiens avec les professeurs de ma fille, alors vous comprendrez bien que je veuille en profiter.
Mademoiselle O’Brien, pressentant qu’elle va subir une nouvelle attaque, se recroqueville sur son siège.
— Mais je vous en prie monsieur, nous sommes ici pour répondre à vos questions.
— C’est bien ce que je pense aussi. Donc, ce qui me chiffonne c’est que si Alice a déjà dix-neuf sur vingt en novembre, sa marge de progression est finalement assez faible et il se pourrait qu’elle perde un peu son temps.
— Ah mais pas du tout ! Pas du tout !
Là je sens que je l’ai peut-être vexée. Alice est consternée. Elle regarde pensivement vers la fenêtre en faisant tourner une mèche de ses cheveux entre ses doigts. Son père est un bouffon. Mademoiselle O’Brien reprend :
— Ne croyez pas que je néglige les bons éléments au profit des moins bons. Je suis naturellement confrontée au problème de la disparité du niveau mais je fais de mon mieux pour que le cours soit stimulant pour chacun.
C’est une belle tirade, j’en conviens. On ne peut rien redire à cela. J’attends donc un peu avant de répliquer.
— Très bien. C’est très bien. Si vous pouviez seulement, mais je ne veux pas vous embêter non plus, me dire quelles sont les solutions pédagogiques précises dont vous disposez pour pallier cette disparité ?
Je sens qu’on peut tirer encore cinq bonnes minutes. Mademoiselle O’Brien regarde furtivement sa montre sous la table. A la porte, un jeune garçon fait des signes désespérés dans notre direction. Je l’ignore. Tant pis il y aura des victimes collatérales.

Retrouvez l’épisode suivant : 5/5