Archives for the month of: mai, 2014

 

Voilà un concept révolutionnaire. Faire comme tout le monde en se disant qu’on fait comme tout le monde pour mieux se singulariser du reste du monde. Et se singulariser autrement.

Une copine en école d’arts graphiques m’a parlé hier du normcore. Je vous en parle donc dès aujourd’hui… après quelques recherches sur internet, pour étoffer ma rubrique Court mais buzz.

C’est donc un concept né aux US, dans le monde hipster (le summum de la coolitude en ce moment) : pour être encore plus hipe que les + hipes, il faut redevenir normal. Le fin du fin, la folie de la folie pour les 18/25 qui rejettent les normes et le troupeau qui vit avec, c’est de se fondre dans la norme. Renoncer au style pour se singulariser…

Enorme exercice de style intellectuel qui stimule énormément les neurones… et serait – semble-t-il – en train de remettre au cœur des tendances vestimentaires la polaire anonyme et la basket lambda. Il y a des gens très sérieux qui se demandent si le normcore n’est pas la prochaine mode vestimentaire dominante.

Pour conclure, je vous lire une citation à méditer : «Quand les marges deviennent de plus en plus peuplée, la culture indie se tourne vers le milieu. Une fois réalisée la différenciation, le vrai cool est de tenter de maîtriser la normalité.» 

Et l’adresse d’un article un peu fouillé (sur slate.fr) dans lequel vous découvrirez (avec un mélange de fascination et d’interrogation) que K-Hole est un « cabinet de tendances » new-yorkais, que le mot normcore est né dans une étude réalisée par ce cabinet il y a 10 mois et qu’il vient d’être popularisé par une journaliste de NY Times qui a fait une erreur de sens…

A demain,

Matteo

 

Cette semaine, Isabelle Letélié s’est prêtée au jeu de l’interview. Lauréate du Grand Prix Eté 11 avec Le doigt, récemment adapté en podcast, elle revient sur cette expérience, nous parle du Havre et de Kafka.

Coralie : Bonjour Isabelle ! Pouvez-vous nous dire d’où vient votre goût pour l’écriture ?
Isabelle : Je pense que j’ai toujours écrit, c’est quelque chose qui fait partie de mon existence depuis que je sais lire sans doute. Il y a toujours eu chez moi l’envie de créer des personnages, des histoires, des ambiances. J’ai fait des études de lettres mais on ne nous apprend pas à y écrire de la fiction, ça a toujours été une passion en parallèle.

C : Vous avez été lauréate avec Le doigt au Grand Prix Eté 11 : quelle expérience en retirez-vous ?
I : Je l’avais envoyé un peu par hasard, c’était une occasion qui se présentait via une amie qui m’avait parlé de Short Edition. Etre lauréate m’a poussé dans l’écriture parce que c’est toujours plaisant de se rendre compte qu’on a un public, des gens chez qui ce qu’on écrit fait écho et que ça amuse – puisque là c’était le but ! Après l’écriture est quand même une expérience extrêmement solitaire et paradoxalement, je ne pense pas écrire en anticipant sur une réaction des lecteurs.

C : Avez-vous déjà publié ?
I : Oui, j’ai publié un roman de fiction, Le rêve américain, et une longue nouvelle. J’écris plus souvent des nouvelles ou des textes courts, même si j’aimerais poursuivre dans l’écriture de roman. J’ai arrêté mon activité de prof de lettres il y a 4 ans pour me consacrer à l’écriture. J’ai été amenée à écrire des livres sur Le Havre, par hasard, et même si ce n’était pas mon ambition a priori, c’est devenu une passion parce que c’est une ville que j’adore. Ça demande beaucoup de recherches documentaires et de photos, c’est différent de la fiction. J’en ai publié trois : le premier consacré à des itinéraires, Le Havre itinéraires insolites, le second Le Havre insolite et secret collecte des lieux insolites et le dernier, Le Havre, Chronique(s) d’une renaissance de 1950 à nos jours, est plus historique.

C : Quelles sont vos sources d’inspiration ?
I : C’est souvent les choses banales, un peu comme dans Le doigt, même si là on part dans le fantastique. Ce que j’aime bien c’est l’irruption de quelque chose de dérangeant dans une existence banale… Ça peut être surnaturel comme dans Le doigt, mais généralement j’écris sur des existences ordinaires bouleversées par quelque chose, et c’est ce virage qui m’intéresse.

C : Avez-vous des auteurs qui vous influencent ?
I : Je suis une grande lectrice, mais je suis surtout une inconditionnelle de Marguerite Yourcenar, de Colette, d’auteurs de polars. Je ne pense jamais à ces auteurs-là comme étant des modèles, même si on est pétris d’une certaine culture… et qu’il y a une langue chez Colette ou Yourcenar qui sont pour moi des apothéoses de style.

C : Avez-vous une citation à partager ?
I : J’avais mis en exergue de ma première nouvelle publiée une citation de Kafka « un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous ». Je trouve que c’est à la fois beau et violent, et c’est sans doute effectivement le destin d’une certaine littérature… et un peu prétentieusement ce que j’essaye de faire, bousculer des âmes, des émotions.