Archives for the month of: mai, 2014

Lutte des classes (2/5), Marie Lauzeral

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé de l’épisode précédent : Fils d’instituteurs lui-même, le médecin sait d’expérience que les enseignants sont des patients redoutables, exigeant des explications sans fin. Il accueille vers midi une certaine Melle O’Brien, membre de l’éducation nationale.

Retrouvez l’épisode précédent : 1/5

Episode 2
« Quelque chose qui me chiffonne »

La pathologie dont souffrait mademoiselle O’Brien n’avait rien de sérieux. Elle n’était pas en dépression, ce qui méritait de figurer dans mes statistiques. Il s’agissait d’une affection bénigne mais contrariante et un peu longue à traiter. Mademoiselle O’Brien n’avait pas l’intention de m’extorquer un arrêt maladie. C’était, à n’en pas douter, un professeur consciencieux qui avait à cœur que ses élèves réussissent. Nous sommes convenus qu’elle reviendrait me voir sous quinzaine et que nous adapterions le traitement à ce moment là. Le tout avait duré vingt minutes, temps moyen d’une consultation. J’étais encore sur la défensive mais prêt à admettre que j’avais en face de moi l’exception qui confirmait la règle : un enseignant qui s’en tenait à ce que je lui avais dit.
Au moment où je me levai pour la raccompagner et sortir moi-même prendre un repos amplement mérité, j’ai perçu comme une petite hésitation. Elle s’est retournée et elle m’a dit : « Docteur, il y a quand même quelque chose qui me chiffonne… »
Alors là j’ai su.
J’ai su que sous ses airs accommodants et plutôt dociles, mademoiselle O’Brien était une patiente de la pire espèce, de celle qui cache son jeu jusqu’au bout et qui, au moment où vous avez baissé la garde, vous attaque de biais : « une question qui me chiffonne… » Certainement cette question allait en appeler d’autres, une foule d’autres. Il était 12h40. Ma patiente s’est postée en face de moi et m’a demandé avec un léger froncement de sourcils :
— Lorsque vous m’avez parlé de gêne occasionnelle ? Que vouliez-vous dire exactement ?
J’ai lâché la poignée de la porte et mon premier joker.
— C’est très variable d’un sujet à l’autre.
— Oui bien sûr. Mais… si vous deviez donner un pourcentage, vous diriez quoi ? Vingt, trente pour cent ?
Je reposai une main sur la poignée de la porte et de l’autre je l’encourageai par une légère pression sur l’épaule à me précéder vers la sortie.
— Oh vous savez les pourcentages… Non je dirais que nous serons très vite fixés là dessus. D’ici une quinzaine de jours, comme je vous ai dit.
Elle prit l’air contrarié de ceux qui cherchent à être convaincus sans y parvenir.
— Vous diriez plutôt de la gêne, ou de l’inconfort ?
Ce n’était pas une prof de maths, mais plutôt une littéraire. Ce souci obsessionnel de la nuance et du terme précis….
— Nous jouons avec les mots, non ? En tout cas, je ne parlerais pas de douleur, si c’est votre crainte.
— Eh bien je trouve que c’est un peu flou, sans vouloir vous offenser. Je ne sais pas très bien à quoi je dois m’attendre. Et puis, ce traitement, s’il a des effets secondaires imprévisibles, vous êtes certain qu’il soit raisonnable de me le prescrire ?
— Mademoiselle, je n’ai pas pour habitude de faire des paris risqués sur la santé de mes patients. J’ai déjà prescrit ce médicament des dizaines de fois.
— Dans ce cas, vous êtes sûr que ça va marcher.
— On n’est jamais complètement certain, dans un cas comme le vôtre, qu’il ne faudra pas faire quelques ajustements.
Je m’efforçai de ne pas parler d’un ton trop sec. Il était 12h50. Mademoiselle O’Brien soupira longuement.
— Enfin tout de même, tout ça n’est pas très logique. Je ne voudrais pas avoir l’air de mettre en doute votre compétence, bien entendu.
— Dans ce cas, Mademoiselle O’Brien, commencez par ce traitement que je préconise et revenez dans quinze jours.
Là elle devait sentir que je m’impatientais, ce qui était assez normal puisque dans l’histoire, la patiente c’était elle. Certaines femmes ont l’art et la manière de rendre les hommes nerveux.

Retrouvez les épisodes suivants : 3/5 – 4/55/5

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Aujourd’hui parlons animation et court-métrage. En rappelant qu’un court métrage est un film d’une durée allant de 1 à 59 minutes. Le film le plus court ayant obtenu un visa d’exploitation fait 7 secondes !

Je vous en ai sélectionné un à visionner, à votre guise sur votre ordinateur, votre tablette ou votre smartphone : Lavatory.

Lavatory est un court métrage russe de 9 minutes 39 secondes nominé pour les Oscars 2009 dans la catégorie « meilleur court-métrage d’animation ». Son réalisateur Konstantin Bronzi met en scène une femme de ménage qui gère des toilettes publiques.

On la voit seule, malgré des allées et venues incessantes, prenant son petit thé et lisant avec envie son magazine « Happy Woman »… qui doit vouloir dire femme heureuse en russe. Forcément on trouve le temps long, jusqu’au moment où elle chausse ses chaussons à brosse et se transforme en patineuse artistique ! Je ne vous raconterai pas tout, sachez juste que la première et seule touche de couleurs de ce film d’animation en noir et blanc est un bouquet de fleurs déposé par un admirateur secret que notre héroïne tentera de retrouver.

Le film est muet, mais tout est dit grâce à un bruitage bien orchestré et des expressions finement trouvées (raison pour laquelle je l’ai choisi).

Vous me direz ce que vous en pensez !

Bon visionnage, et à demain pour de nouvelles aventures.

Mattéo

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C’est dimanche, ça commence à 8 h 08, ça finit à 14 h 14, c’est gratuit… il s’agit bien sûr de La Matinale en Cavale, première édition virtuelle de notre manifestation de création en live, que Short Edition organise cette année avec Lecteurs.com, la communauté de lecteurs d’Orange.

Vous connaissez peut-être déjà depuis 2 ans, La Matinale de la littérature courte, présidée par David Foenkinos. Elle a lieu chaque année en octobre dans un bar privatisé, à Paris, et elle permet de faire travailler 40 auteurs sélectionnés sous la contrainte du lieu, du temps et du sujet d’inspiration. Et dimanche, on fait tout pareil… mais on s’invite chez vous !

L’exercice est contraignant donc, exigeant, stressant… mais amusant et édifiant : tous ceux qui s’y sont livrés le disent. Et ils sont formels.

La chose vous tente ? Vous avez bien raison. Le thème retenu est très sympa… Vous allez l’adorer !

La pré-inscription n’est pas obligatoire… même s’il y a déjà 254 (pré)inscrits qui veulent avoir leur place réservée et veulent ainsi profiter du compte-à-rebours littéraire en recevant des infos tout au long de la journée.

La chose vous intimide ? Essayez, vous verrez, vous survivrez quoi qu’il arrive… mais faites-le avec un ou deux proches à proximité, ils vous détendront !

A demain… et à dimanche,

Matteo

 

 

 

© Dominique Aguila-Stut

Ce jeudi, Michel Dréan nous a accordé un peu de temps. Lauréat du Grand Prix Printemps 14 avec Coup de blues, il nous parle de sa passion pour le polar, à lire ou à écrire, de ses publications et de Woody Allen.

Coralie : Bonjour Michel ! Pouvez-vous nous dire d’où vient votre goût pour l’écriture ?
Michel : J’ai commencé quand j’étais étudiant, mais c’était plus des blagues avec mes amis que je mettais en scène. Il y a une douzaine d’années, j’ai participé à un atelier d’écriture parce que je voulais écrire de façon plus technique, plus poussée. C’est là que j’ai vraiment chopé le virus, et cet atelier a d’ailleurs abouti à l’écriture de mon premier polar. Depuis, j’ai écrit plusieurs romans et recueils de nouvelles édités dans de petites maisons d’éditions. Je fais également partie d’une maison d’édition associative, Chemin Faisant. On édite des auteurs souhaitant débuter et on adapte le nombre de tirages en fonction des auteurs et de leur publication. Ensuite, l’argent gagné sur les ventes est réinvesti sur d’autres projets !

C : Et vous, qu’en est-il de vos publications ?
M : J’ai édité plusieurs romans, le premier polar, Ploemeurtre, en 2004 aux éditions Blanc Silex. C’est le premier roman où apparaît le policier Vincent Terrach, mon personnage récurrent. On le retrouve ensuite dans Keromansonge (Ed. Chemin Faisant, 2006) puis dans La Lune dans le Kenavo (Ed. du Barbu 2008). Ce roman a d’ailleurs obtenu une mention spéciale du jury au Festival International du Film Policier de Liège en 2009, ce qui est encourageant ! La dernière aventure de Terrach se nomme La belle de l’Amoco Cadiz (Ed. Chemin Faisant, 2012). J’ai aussi édité des recueils de nouvelles et j’ai participé activement au Cri du Menhir magazine qui regroupait des nouvelles et des planches de BD.
Je suis actuellement sur La rupture d’Anne et Brice, une sorte de road-movie un peu décalée qui sortira cet été chez Chemin Faisant et un polar de la série Léo Tanguy cet automne (Ed. La Gidouille).

C : Envisagez-vous de vous consacrer pleinement à l’écriture ?
M : J’aimerai bien si je pouvais en vivre, mais ce n’est pas encore le cas ! (rires). Je suis donc informaticien, ce qui n’est finalement pas si éloigné de l’écriture que les gens peuvent le croire ! Pour écrire du polar justement, il y a une certaine structure, une logique à tenir au niveau de l’intrigue. Après c’est aussi une échappatoire, une passion qui apporte un équilibre et permet de faire quelque chose de complètement différent du reste de la journée. Ce qui m’intéresse dans le polar, outre les intrigues et le suspens, c’est le fond social. C’est un genre dit mineur, mais qui permet de dénoncer certains travers de la société actuelle.

C : Avez-vous des auteurs qui vous ont marqué ?
M : On a tous plusieurs phases de lecture dans sa vie et je suis en ce moment dans le polar avec entre autres Jo Nesbo, Stieg Larsson, Arnaldur Indridason, pour les Nordiques, Michael Connely, James Patterson, Herbert Lieberman, Mo Hayder, Dennis Lehane (mon préféré) pour les anglophones, …
Mais j’ai aussi beaucoup lu les classiques (Zola, Barjavel, …) et de la science-fiction avec les inévitables Philip K. Dick, Herbert, Matheson et Asimov. Et aussi pas mal de classiques américains comme Hemingway, Irving. La Beat Generation avec Brautigan, Kerouan, Bukowski, etc.
Et il y a encore plein de choses que je n’ai pas lu, on ne peut pas tout lire ! (rires). Enfin je pense qu’on a toujours des auteurs de prédilection, comme Fante, Djian ou Merle pour ma part.

C : Vous avez été lauréat du Grand Prix Printemps 14 avec Coup de blues, qu’est-ce que ça vous a apporté ?
M : Je trouvais cette nouvelle pas trop mal tournée et j’ai cherché un concours de nouvelles pour la jauger. J’étais déjà heureux qu’elle soit retenue par le Comité éditorial, puis de la retrouver dans la première sélection avant d’avoir été choisie par le jury pour aboutir à la publication… Cela m’a vraiment conforté dans l’écriture.
Pour le contexte, on s’en doute – en partie parce que je cite Steinbeck dans la nouvelle –, je voulais me rapprocher un peu de toute cette littérature nord-américaine, sans pour autant prétendre l’égaler. J’ai aussi eu la chance de voyager aux Etats-Unis et je voulais dans Coup de blues montrer aussi qu’il y a un certain décalage entre l’image que l’on peut avoir de ce pays et sa réalité lorsqu’on s’éloigne des grandes métropoles.

C : Enfin, avez-vous une citation à partager avec nous ?
M : Celle qui me vient à l’esprit c’est « Je n’ai pas peur de la mort, j’espère juste ne pas être là quand elle arrivera » de Woody Allen ! (rires).

Hier matin, au réveil, ma copine m’a fait une scène.

Matteo, tu n’as pas rendu hommage à Gabriel Garcia Marquez, tu ne lui as pas dit au revoir, adiós… Tu réalises que tu tiens le blog d’une communauté littéraire ? 

Je me réveillais à peine, j’ai bougonné et elle a continué.

Garcia Marquez, l’auteur colombien que l’on surnomma « Gabo » et qui remporta le prix Nobel de la littérature en 1982 ! Moi, je me souviens avoir découvert Cent ans de solitude il y a trois ans. Je me rappelle du village Macondo (inspiré de la ville d’Aracataca où il est né) et du colonel Buendía. Tu devrais dire que tu as envie  de te replonger dans cette saga familiale parce qu’il semble qu’on se soit trompé sur son œuvre ! On parle en Europe de ce livre comme faisant partie du réalisme magique alors qu’en vérité, les latinos américains considèrent Cent ans de solitude comme le récit littéraire réaliste le plus important de leur histoire.

Et elle m’a asséné, pour conclure, la citation d’un journaliste et écrivain mexicain que je ne connaissais pas, Emilio Lezama :
– Si García Márquez était bel et bien un génie, ce n’était pas tant pour sa folie ou la magie de son imagination que parce qu’il est parvenu, mieux que quiconque, à décrire ce qu’est l’âme de l’Amérique latine…

Je confesse ne pas être bon dans le jeu de la trompette ni dans celui du cor funèbre. Mais, promis, je vais me replonger dans cet ouvrage. Je ne suis pas sûr de faire aussi bien que ma copine dans le registre : « ô Gabriel, vous me manquez déjà, vous décriviez si bien l’authentique Amérique profonde« … mais je vais faire un effort !

A demain,

Matteo

Lutte des classes (1/5), Marie Lauzeral

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
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Episode 1
Une histoire d’astérisque

Les patients les plus pénibles sont les enseignants. Je ne sais combien de fois je me suis dit ça et ma pratique n’a cessé de me donner raison. Quel besoin ont-ils de savoir exactement pourquoi ils sont malades et combien de temps ils vont le rester ? Certes c’est beau la soif de comprendre ! Et si rare ! Certains de mes confrères consacrent une partie de leur temps à la transmission. Dans un amphi, là d’accord ! Mais dans son officine, un médecin est un expert en qui on doit avoir une confiance aveugle, et surtout muette. Je veux bien admettre deux questions par patient, trois si elles sont pertinentes, au-delà, c’est du harcèlement.
Les enseignants méprisent l’argent et valorisent plutôt la connaissance. Lorsqu’ils ont en face d’eux quelqu’un qu’ils soupçonnent de vouloir, tout en gagnant correctement sa vie, garder pour lui sa science, ils sont amères. On ne saurait le leur reprocher, mais difficile de leur faire entendre que douze ans d’études ne se résument pas en dix minutes.
Les pires, je crois, sont les instituteurs à la retraite. Ceux-là ont tout leur temps et en plus d’être un peu méfiants, ils sont assez souvent écolos ! Il faut partir de la parthénogenèse pour leur faire admettre qu’on n’a jamais soigné une infection urinaire avec du bouillon de queues de radis. Ou alors c’était un gros coup de pot ! Pour peu qu’ils aient été délégués syndicaux, ils n’aiment rien plus que débattre : antibiotiques ou homéopathie, vaccination ou pas… Epuisant.
Je sais bien de quoi je parle car je suis fils d’instituteurs. Il n’est pas rare que les enseignants engendrent des médecins, ce qui finit par créer des dissensions dans les familles où l’on parle politique. Une lutte des classes en col blanc.
Pour m’éviter d’être pris par surprise, ma secrétaire a mis au point un code secret. Lorsqu’un nouveau patient se présente, et que c’est un prof, elle rajoute un astérisque à son nom. C’est discret et ça signifie : « lancement du plan Orsec ». Au-delà des vingt minutes prévues, elle passe la tête dans mon cabinet avec un air navré et murmure, sur un ton alarmiste mais contenu, quelque chose du style : « Docteur, c’est Monsieur X. C’est urgent ! » Ou bien elle me téléphone et je lui réponds en feignant une tension extrême: « Oui je le rappelle dès que j’ai fini.» Et en général, le patient me tend sa carte vitale avec un air compréhensif.
Quand j’ai consulté le cahier de rendez-vous ce matin là, j’ai aperçu l’astérisque accolé au nom d’une patiente que je ne connaissais pas : mademoiselle O’Brien.
J’avais dix patients à voir avant elle. Le mercredi est un jour chargé. Lorsque je l’ai appelée dans la salle d’attente, j’avais oublié l’astérisque. Mais dès qu’elle a franchi le seuil de mon bureau, il ne m’a pas fallu plus d’une seconde pour me souvenir. Elle avait cette allure caractéristique : un physique pas déplaisant, un intérêt visiblement un peu lointain pour la mode mais des lunettes violettes (tentative touchante de se distinguer dans les rangs austères des personnels de l’éducation nationale) et surtout elle avait à la main un cartable. Pas un porte documents un peu branché, ni une grande besace sexy, non le vieux cartable avec lequel elle avait probablement fait ses études, en cuir râpé et bourré de copies qu’elle avait corrigées dans la salle d’attente puis fourrées à la hâte dans un des soufflets.
Elle s’est levée précipitamment et m’a dit : « Bonjour docteur. » Ce respect de la fonction me plaisait. Il posait clairement la répartition des rôles. Toutefois, la méfiance restait de rigueur.

Retrouvez les épisodes suivants : 2/5 – 3/5 – 4/55/5

Emily Pullen, une libraire de Los Angeles, a eu la bonne idée de faire une série de photos intitulée « Corpus Libris » sur lesquelles ses clients posent avec des livres. On vous en a parlé la semaine dernière sur notre page Facebook et l’info a beaucoup plu : je vous fais donc le court complet.

Il s’agit en fait de se « fondre » dans la couverture. Pour la petite anecdote, un projet semblable a déjà été réalisé avec des pochettes de disques.

C’est simple et plein d’humour, bref, c’est une belle façon de dire son amour pour les livres !

L’action semble avoir séduit et cette libraire invite maintenant les internautes/lecteurs à publier leur propre création sur son blog via cette adresse mail : corpusLibris@gmail.com.

Si vous avez envie de jouer, faites-vous plaisir et choisissez le bon moment (puisque Bil Watterson a bien dit que « la créativité ça ne s’ouvre pas comme un robinet : il faut l’humeur adéquate »). 

Mettez nous dans la boucle : on veut voir vos créations !

Vous pouvez aussi les poster sur notre page Facebook : https://www.facebook.com/ShortEdition ou nous les envoyer par mail : contact@short-edition.com.

Voici une sélection vue sur le blog de cette imaginative et énergique libraire.

A demain,

Matteo

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A l’occasion de la convention allemande de la science et de l’informatique (c’est l’EHSM pour les intimes) qui aura lieu en juin, les organisateurs ont eu l’idée de demander à un scientifique de réaliser une bande dessinée à l’aide d’un laser de haute précision.

Et le gars est agile puisque la bande dessinée, intitulée « Juana knits the planet » et constituée de 12 cases – donc conforme à la norme du short établie par Short Edition – a été dessinée sur un cheveu humain ! Avec un faisceau d’ions focalisés, Andrew Zonenberg a créé la BD la plus petite au monde.

Cette bande dessinée résistera-t-elle au shampoing ? Et au non-shampoing (le gras du cheveu qui ne voit pas assez souvent son ami détergent) ? L’avenir nous le dira. Mais on peut déjà conclure, d’un ton docte et pénétré de l’importance du moment (et de celle du blog de Short Edition) que l’être humain ne cesse de trouver de nouveaux supports pour s’exprimer et qu’un long chemin a été parcouru depuis les premières peintures rupestres et les hiéroglyphes.

A demain,

Matteo

Une journaliste américaine, Brooke Gladstone a réalisé une BD au nom tout de même explicite, La Machine à influencer (The Influencing Machine), dans laquelle elle défend l’image des médias, ce quatrième pouvoir sans pitié et tout puissant qui, dit-on, nous fait croire ce qu’il veut.

Je n’ai pas lu le livre. Pas encore mais j’ai lu l’extrait qu’il est possible de télécharger pour se faire un avis sur le ton et l’approche de l’auteur. Résultat : un graphisme sympa mais assez standard, une approche assez pédagogique (qui colle bien avec le graphisme), un propos assez clair… Une question tout de même sur la culture de l’histoire des US qu’il faut avoir en tête pour bien comprendre l’ensemble.

Daniel Schneidermann, l’homme de l’émission « Arrêts sur image » qui s’intéresse depuis 30 ans au fonctionnement et au travers des médias est élogieux : « Brooke Gladstone livre une grande leçon de journalisme […] De la censure aux journalistes embarqués et promenés par les militaires en zones de guerre, le livre recense les stratégies des politiques pour s’accommoder du quatrième pouvoir, décortique les différents biais qui affectent les journalistes, décrit le circuit des sondages et statistiques qui parviennent jusqu’à nous et explique comment nous en venons à croire ou rejeter certaines informations ».

La Machine à influencer a été réalisée en partenariat avec le dessinateur de bande dessinée documentaire Josh Neufeld qui est connu notamment pour son ouvrage sur l’ouragan Katrina.

C’est pas donné mais il fait tout de même 208 pages… et l’affaire semble mériter l’investissement.

A demain,

Mattéo

> La Machine à Influencer, Josh Neufeld & Brooke Gladstone, éditions ça et là, format : 17 x 23 cm, broché, 208 pages bichromie, 22 euros (parution : jeudi 24 avril 2014)

> Le lien vers l’extrait téléchargeable : ici.

Les limbes (6/6), Emmanuel Lefloch

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

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Résumé des épisodes précédents : L’officier Le Balcon est sur la bonne piste. Après s’être à nouveau rendu à la bibliothèque de l’Université de médecine, tout est devenu clair. Le bibliothécaire est celui qu’il recherche. Reste à l’arrêter.

Retrouvez les épisodes précédents : 1/6 – 2/6 – 3/6 – 4/6 – 5/6

Episode 6
Piège(s)

— Ne vous inquiétez pas.

La cave, à peu près rangée, ressemble à une chambre d’hôpital et à un laboratoire. Une expérience a lieu ici.

— L’E.M.I. est une discipline exigeante vous savez, rien ne doit être laissé au hasard. Je vais vous expliquer. En règle générale, je ne le fais pas mais avec vous, je ferai une exception. Je vais vous injecter cinq cent gammes de Sufentanyl en intra veineux ce qui déclenchera un arrêt respiratoire dans un premier temps, puis un arrêt cardiaque. Pour vous ramener, je pratiquerai un massage cardiaque et une ventilation avec de l’oxygène. De la Naloxone également en intra veineux (en quantité suffisante pour annuler les effets du Sufentanyl). Vous reprendrez une activité cardiaque et une respiration spontanée. Vous serez vaseux, très fatigué mais ça ira, ne vous inquiétez pas. On y va ?

***

Plus tôt.

— Un café ?
— Volontiers.

L’homme qui vient de proposer un café à son hôte se rend dans la cuisine mais ne s’occupe ni des filtres, ni du café : il est habilement caché dans l’embrasure de la porte du salon et observe. Celui qui l’attend s’est levé et regarde les livres dans la bibliothèque, ouvre des tiroirs. Soudain :

— Excusez-moi, je ne vous ai pas demandé si vous souhaitiez du suc…

Avant que son visiteur n’ait le temps d’amorcer un geste, il le saisit et lui tamponne le nez, muni d’un mouchoir chloroformé. Comme à chaque expérience, l’évanouissement est instantané. Il le couche sur le canapé et fouille dans sa veste. C’est bien ce qu’il pensait.

***

Tout se passe normalement. Il espère que le témoignage sera différent, il y croit. Laissant le temps nécessaire à ce nouvel expérienceur de récupérer, il allume son iPod et des petites enceintes sort une musique douce. Qui ne le calme pas.

Plus tard.

— Alors ?

Désorienté, l’officier Le Balcon met quelques secondes à comprendre comment il s’est retrouvé là.

***

Devant la maison.

— Faut y aller, c’est pas normal.
— Tu crois ? Il a dit : « pas d’intervention sans un signe de ma part ».
— OK, mais c’est beaucoup trop long, tant pis, on y va.

Les deux policiers décident de faire le tour de la résidence. Quand ils arrivent dans le jardin, ils aperçoivent un soupirail. Malgré la poussière accumulée sur la petite lucarne, ils voient l’horreur. Leur chef, allongé sur un brancard, est apparemment interrogé par un homme qui porte une blouse blanche.

— Je vais tenir le mec en joue et toi tu entres avec les autres, à mon avis tu peux y être en dix secondes. La porte d’entrée doit être en face de l’escalier qui descend à la cave.
— OK.

En un instant, sans avoir le temps de comprendre ce qu’il se passe, le chercheur-fou est maintenu au sol par l’autre partie de l’équipe qui, le pronostic était bon, mit une poignée de secondes pour pénétrer dans la maison et foncer jusqu’à l’improbable salle d’opération.

***

Soutenu par ses adjoints, Le Balcon veut voir l’agresseur maintenant maîtrisé. Menotté et inoffensif, il hurle :

— Dites-moi ce que vous avez vu ! Dites-moi ce que vous avez vu !
— Rien de ce qui est habituellement observé. Ça vous passionnerait.

***

Confortablement installé dans son fauteuil, Patrice Le Balcon regarde un épisode de Johnny Staccato, sa série préférée. En vingt minutes, le héros trouve les délinquants et rentre chez lui, coiffé de son chapeau mou qui le protège de la pluie.

Cette fois-ci, il ne connaîtra pas la fin.

— Patron, désolé de vous déranger mais ce serait bien que vous veniez là.
— Qu’est-ce qu’on a ?
— Je préfère vous en parler de vive voix, je n’ai jamais vu ça.

Fichu métier.