Archives for the month of: mars, 2014

 

Lecteur ou auteur, de court comme de long, je vous livre en exclu trois actus ! Des actus de nos auteurs…

De la lecture courte…

Vous connaissez déjà le fonctionnement de Tête de lecture,  le spectacle de lecture à voix haute imaginé par Yves Heck, récemment exporté à Montréal et dont Short Edition est partenaire, mais en avez-vous écouté les podcasts ?
Un extrait de la nouvelle La toile, de Cécile Pellault, a été lu en février par Yves Heck, et vous pouvez le retrouver directement sur le site Le Frigo !

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Si vous avez 11 petites minutes devant vous, profitez-en pour découvrir la lecture au débotté et une nouvelle plume de Short Edition.

De la lecture + longue !

Mohamed Rezkallah, que vous avez sûrement lu sur Short Edition, vient de sortir son premier roman, Le sous-sol, en version papier (précurseur des nouvelles technologies, il avait commencé par la diffusion de l’eBook !).

Vous pouvez donc retrouver Le sous-sol  sur le site de l’éditeur Texte Vivant, ou le commander sur le site de la Fnac (14€ le papier, 4,99€ l’eBook).
Mais rien ne remplace l’échange, le vrai ! Vous trouverez également Mohamed Rezkallah au Salon du Livre de Paris, en dédicace le dimanche 23 mars à 15 h.

Côté animation

L’association Libres Plumes vous propose un atelier d’écriture sur une péniche ! Ce sera à Auvers-sur-Oise, le 29 mars (à 14 h tapantes).

C’est Elodie Torrente, auteure Short Edition, qui animera cette après-midi : jeux autour de l’imaginaire, collation, annonce du sujet, écriture puis débriefing.

Pour vous y préparer, la thématique de cette séance est annoncée : « l’imaginaire, une drôle de réalité« .

En bref, c’est 4 h de plaisir et un tarif réduit pour les auteurs Short Edition (80€).

Alors, tentés ?

A demain… ou lundi (je me demande si je ne vais pas faire grève demain, on verra).

Matteo

Michèle Harmand

Ce jeudi, nous avons adressé nos questions à Michèle Harmand, aussi connue sous le pseudo Lila. Lectrice assidue de long comme de court, vous l’avez sûrement croisée sur le site, ou même avez lu l’une de ses oeuvres… comme Les artichauts volants, lauréat du Grand Prix Eté 2012. Si ce n’est pas le cas, il est toujours temps de vous rattraper et d’en apprendre un peu plus sur l’auteure !

Coralie : Bonjour Michèle ! Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez commencé à écrire ?
Michèle : C’est surtout au cours de mon activité professionnelle que mon goût pour l’écriture est apparu et s’est affermi. J’ai tellement écrit pendant mes 38 ans d’activité ! Des notes d’informations, des analyses, comptes rendus, revues de presse, etc. Et tout au long de ces 38 années, on a souvent vanté ma « belle écriture », autant au niveau du style que du graphisme. Quand est venu ce que j’appelle mon « Waterloo, morne plaine » – la retraite – je me suis lancée dans l’écriture créative. J’ai toujours tendance à beaucoup douter de ce que je suis capable de faire mais j’avais envie d’essayer. D’autant plus que je ne me vois pas gardienne de cacatoès, comme ma copine Malice ! (rires)

C : Quelles sont vos sources d’inspiration ?
M : En fait, c’est assez spontané : les idées étant volatiles, j’ai un cahier dans lequel je note celles qui me passent par la tête. Mais ce qui me vient la plupart du temps, c’est le début du texte. Ça mouline un certain temps jusqu’à ce que quelque chose s’impose. Là, je m’assois devant mon ordinateur : parfois je n’arrive pas à développer, ça bloque, et d’autres fois j’ai l’impression d’avoir l’inspiration au bout des doigts. D’ailleurs je songe à faire assurer mes mains, comme le font les stars avec des parties de leur corps (rires). Pour Cot cot story, par exemple, je cherchais à rafraîchir mes connaissances en matière de comptines parce que je suis devenue grand-mère … et « une poule sur un mur qui picore du pain dur » s’est mise à me trotter dans la tête.

C : Avez-vous déjà participé à des concours de nouvelles ?
M : Je n’en ai fait que deux, en 2006, c’était la première fois que je faisais quelque chose pour moi-même, qui me plaisait. C’était un acte fondateur et libérateur ! (rires). Je me suis beaucoup documentée quand je me suis lancée (instinct professionnel !), j’ai eu l’occasion de relire Anna Gavalda, Je voudrai que quelqu’un m’attende quelque part, et de découvrir Insecte de Claire Castillon – des textes au scalpel sur la relation mère/fille – et aussi Les vitamines du bonheur et autres nouvelles de l’inimitable Raymond Carver. J’avais également présenté une poésie dans l’un deux, Humeurs bleues, qui est aussi sur Short Edition, un peu retravaillée. Mais avec le recul et des rencontres virtuelles avec de vrais poètes, je pense que c’est moins de la poésie qu’un texte à connotation poétique.

C : Avez-vous des auteurs qui vous ont particulièrement marquée ?
M : Je dirais que je suis du genre « jamais sans mon livre ». Je suis une grosse lectrice, très éclectique : je ne m’interdis rien pourvu ça me plaise dès la première page. Par exemple, je déteste les récits à la première personne. Mon socle de base, ça va sûrement vous étonner, mais c’est le roman policier : Goodis, Hammett, Mc Bain, Van Gulick – qui a écrit les enquêtes du Juge Ti –, Leo Malet, Connelly – avec mon cher Harry Bosch –, Stieg Larsson, et plein d’autres ! Je trouve que la littérature noire est une bonne peinture de la société et de la nature humaine. Et elle satisfait mon côté Sherlock Holmes. Je suis aussi capable d’acheter tous les livres d’un auteur quand j’aime son écriture et les sujets qu’il aborde. Je l’ai fait par exemple avec Alexandra David-Néel, Jane Bourin, Christian Jacq. En ce moment je lis les Nouvelles orientales de Marguerite Yourcenar qui étaient conseillées dans le blog : merci Mattéo ! Je me suis aussi ouverte aux textes courts avec Short Edition, ce qui était une première pour moi qui aime les gros livres. Il y a vraiment des plumes épatantes sur le site, qui m’ont renvoyée, au fil de discussions, vers des auteurs que je n’avais pas encore lus, comme Bukowski, Barbara Constantine ou Philippe Jaenada.

C : Avez-vous une petite citation à partager ?
M : J’aime particulièrement cette citation de l’Abbé Prévost, qui peut venir au secours de pas mal de créateurs (écrivains, artistes peintres, sculpteurs …) en mal d’explications sur leurs œuvres : « Il n’est pas nécessaire qu’un auteur comprenne ce qu’il écrit, les critiques se chargeront de le lui expliquer ».
Et il y en a aussi une, plutôt pour la rigolade et moins littéraire, mais qui renvoie à ce délicieux petit carré de chocolat que l’on grignote en lisant : « le chocolat est notre ennemi, mais fuir devant l’ennemi c’est lâche ».

 

Hier après-midi, j’ai fait une découverte que ma copine trouve géniale : le WipeBook !

C’est un cahier que vous pouvez utiliser et réutiliser à l’infini, façon ardoise magique… de l’enfance de nos grands parents. L’objet parfait pour les ovnis comme elle qui prennent encore leurs notes sur des cahiers plutôt que sur un ordi et le joujou idéal pour les créatifs en herbe qui ont besoin de dessiner partout où ils vont !

Ces superbes croquis expliquent sa fabrication (en haut) et son mode d’emploi (en dessous).

 

Dans leur version originale, ils recouvraient le papier d’un plastique stratifié alors que dans la nouvelle version 2.0 ils utilisent un vernis qu’ils font ensuite sécher.

Cette seconde version est plus écolo (sic) car elle consomme moins de plastique et elle serait – aux dires des utilisateurs (qui ont peut-être gagné un exemplaire gratuit ou deux en contrepartie de leur témoignage neutre et objectif) plus agréable ! Les cahiers s’utilisent soit avec un marqueur soluble à l’eau, soit avec un marqueur correcteur et un marqueur effaçable à sec pour la version 2.0.

Il paraît que vous avez la sensation d’écrire sur un tableau blanc et que le crayon glisse tout seul !

SI vous voulez vous faire un avis, faites-y  un tour : les vidéos sont réussies. Par ici. Et pour ceux qui ne font pas ami-ami avec l’anglais, don’t worry la musique fait l’affaire !

A demain,

Matteo

 

Aujourd’hui, cap sur le Brésil !

Depuis quelques années, dans les banlieues brésiliennes, des petits bars s’agitent chaque semaine lors des soirées de la Cooperifa. La Cooperativa cultural da Periferia (Coopérative culturelle de la périphérie) est un mouvement culturel qui a été lancé par le poète brésilien Sérgio Vaz en 2001. Elle permet à chaque habitant des banlieues, homme ou femme, de venir chaque semaine lire à voix haute leurs poèmes devant tout le monde.

Ces soirées ont débuté à Sao Paulo dans le Bar do Zé Batidao à Piraporinha, un quartier de la banlieue sud-ouest (plutôt violent, je crois, à l’origine). Elles ont maintenant lieu dans tout le pays et sont reconnues comme étant un des mouvements culturels les plus importants de ces dernières années.

C’est une occasion pour les habitants des zones les moins argentées et les moins cotées de pouvoir s’exprimer et de partager leurs écrits.

Beaucoup d’artistes connus se sont rendus à ces soirées.

Sergio Vaz qui a été désigné comme étant l’une des personnalités les plus influentes du pays en 2009 a notamment écrit un Manifeste de l’anthropophagie périphérique dont voici un extrait :

« La périphérie nous unit par l’amour,
par la douleur et par la couleur.
Des chemins de traverse et
des ruelles viendra la voix qui crie
contre le silence qui nous punit.
Voilà que surgit des collines un peuple
beau et intelligent, qui galope contre le passé ».

A demain,

Matteo

> Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez faire un tour dans Courrier international : c’est dans leur hors-série sur le Brésil, que je vous recommande vivement… (il paraît – depuis au moins 2 millénaires et même un peu +… qu’il faut savoir rendre à César ce qui est à César !)

Effets secondaires (5/7), Elodie Torrente

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé de l’épisode précédent : Muriel Martin, jeune médecin généraliste, est installée en libéral dans un village de banlieue depuis trois ans quand, après une journée de consultations, un attentat manqué ébranle sa vocation. Alors qu’elle est traumatisée et refuse d’exercer, elle accepte de soigner le bel Alexis Chevallier avant d’affronter les habitants du village qui, dorénavant lui inspirent crainte et répulsion.

Retrouvez les épisodes précédents : 1/7 – 2/7 – 3/7 – 4/7

Episode 5
Malaise

À peine eut-elle garé sa voiture aux abords de la boulangerie que le docteur Martin vit le commissaire Prigent en sortir. Dès qu’il l’aperçut, il se dirigea vers elle, suant à grosses gouttes, visiblement excité comme une puce (bien que le poids du bonhomme n’ait aucune similitude avec celui du minuscule insecte sauteur). Après un bonjour rapide, le fonctionnaire informa la jeune femme qu’il avait tenté de la contacter toute la matinée, en vain. Il y avait du nouveau. Un suspect potentiel était retenu en garde à vue. Il s’agissait d’un homme, déjà connu des services de police pour des faits similaires et qu’aucun alibi valable n’innocentait complètement le soir de l’attentat. Elle devait le suivre pour identifier le suspect comme étant ou non l’un de ses patients. Bien sûr c’était urgent. À la moue qu’elle fit, il lui rappela, d’un ton affable mais ferme et définitif, que l’absence de registre tenu par le médecin sur les visites de tous ses patients obligeait ces identifications pour faire avancer l’enquête. Vaincue par l’argument imparable en même temps que culpabilisante d’avoir négligé l’administratif ce jour-là, elle n’eut d’autre choix que de le suivre, non sans lui demander l’autorisation d’aller chercher son pain avant. Puisqu’elle était là. Il lui accorda ce mince privilège et l’attendit dans sa voiture.
Dès qu’elle entra dans la boulangerie, le silence se fit, alors que les conversations semblaient aller bon train à en juger par les éclats de voix qui perçaient à travers la porte, quelques secondes plus tôt. Il y avait là madame Lebrun, la tête baissée, occupée à récupérer sa monnaie auprès de la boulangère, blanche comme un linge, soudain pressée de quitter la boutique. Ce qu’elle fit, tout en saluant la patronne, mais sans un regard pour le docteur. Muriel frissonna malgré elle lorsque la femme passa à ses côtés. L’attitude de cette mère de famille à son encontre incarnait à elle seule toute la haine que, depuis l’attentat, elle ressentait. Prigent avait interrogé cette Lebrun mais sans succès. Le soir de l’explosion, elle donnait une soirée. L’alibi était en béton. Pourtant Muriel ne put s’empêcher de penser que Magali Lebrun était mouillée dans cette explosion. Sinon comment expliquer son départ précipité ? Elle en parlerait au commissaire en sortant d’ici.
Fort heureusement, la boulangère respecta son statut de victime en même temps que celui de notable en ne lui posant aucune question personnelle. Elle s’enquit seulement de la réouverture du cabinet avant de lui vendre deux pains complets, une baguette Tradition et une belle brioche, sans avoir eu de réponse précise à sa question. Ne pas avoir de scoop à divulguer à sa clientèle la déçut. Malgré tout, elle salua chaleureusement la jeune docteure, emplie de compassion pour celle que certains entendaient bien faire fuir. Surtout depuis qu’elle avait signalé des cas de maltraitance aux services de police. S’occuper des affaires familiales n’était jamais bienvenu dans le pays.
Loin d’imaginer la pensée de la boulangère, Muriel rejoignit le commissaire. Sur le chemin, il lui répéta que Lebrun avait un alibi en or et que non, ils ne pouvaient rien contre elle. Arrivée derrière la vitre sans tain qui la séparait du suspect, elle fut catégorique. Elle ne reconnaissait absolument pas cet homme comme étant l’un de ses patients. Déçu, le commissaire la laissa retourner à ses courses. À l’épicerie, elle ne fit aucune rencontre en dehors du jeune apprenti timide et effacé qui ne sembla pas la remarquer vraiment. Rassurée, elle décida de poursuivre chez le boucher quand un homme, marchant devant elle, s’écroula. Instinctivement, elle se précipita sur lui. Et ne put s’empêcher d’émettre un cri quand elle découvrit qui gisait à ses pieds.

Retrouvez la suite : 6/7 – 7/7

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La Bête est une (longue) nouvelle de Thomas Vinau, accompagnée de peintures de Sylvie Lobato. Elle est publiée aux éditions Le Réalgar.

Thomas Vinau est romancier et poète. Il publie depuis une dizaine d’années.

L’écriture est claire et précise, la structure de l’histoire est solide et les peintures de Sylvie Lobato, calligraphe et artiste peintre, donnent un vrai cachet à cette nouvelle et au papier qui nous l’apporte.

Un joli livre, au toucher agréable, qu’on a plaisir à lire et à feuilleter.

N’oublions pas, aussi, ce plaisir-là !

A demain,

Matteo

> La Bête, Thomas Vinau, peintures de Sylvie Lobato, 46 p., 8 €, Editions le Réalgar
Pour commander, c’est par ici

Il y a des jours comme ça où on trouve des inventions totalement inutiles… mais très rassurante sur la capacité du cerveau humain à imaginer ce qui ne sert à rien.

En feuilletant des pages web, je suis en effet tombé sur… the Big Rig.

The Big Rig (ou la grosse machine comme vous préférez) est faite d’un vélo relié à une table de bureau… et associé à un générateur cinétique qui fonctionne lorsque vous vous mettez à pédaler.

Vous avez compris, cela permet de recharger les batteries de votre ordi et vos 1000 et 1 gadgets électroniques qui encombrent votre bureau.

Vous pouvez même vous stimuler vous-même en vous donnant un petit coup de décharge électrique (pour vous extirper de vos prtits moments de fatigue).

Et que vous soyez écrivains et/ou accros du boulot et/ou en recherche d’amis, pas d’inquiétude : il est possible de convier quelqu’un à sa table puisqu’elle est assez grande pour accueillir deux ordis !

Cette machine coûte quand même 2250 dollars + 500 dollars pour sa petite croisière en mer nécessaire pour vous rejoindre !

A demain,

Matteo

> source : coolthings.com et si vous vous voulez en savoir +, c’est par

Cette semaine, c’est Gérard Aigle, ou An.lee, qui nous a accordé du temps. Passionné par la mer, c’est lorsqu’il navigue que l’inspiration lui vient et à son retour qu’il prend le temps de rédiger ses histoires courtes. En quelques lignes il revient sur son mode d’écriture et son expérience de lauréat du Grand Prix Hiver 14 avec Le Funiculaire.

Coralie : Bonjour Gérard ! D’où vient votre goût pour l’écriture ?
Gérard : J’écris depuis longtemps… Tout petit déjà j’écrivais des poèmes, des déclarations pour mes fiancées de l’époque. J’ai écrit ensuite pour des journaux d’écoles, de lycées dans lesquels je suis passé. Plus tard, j’ai été amené à écrire pour un journal mensuel local dans lequel j’avais la responsabilité des éditoriaux. En parallèle, j’écrivais des textes de fiction d’une façon un peu particulière : des nouvelles, des « très très courts » pour mes enfants, pour des proches, des cadeaux que je leur faisais, cadeaux un peu particuliers parce que très personnels.

C : Comment êtes-vous arrivé sur Short Edition ?
G : Un peu par hasard. Au cours d’une émission de radio, j’ai entendu parler de cette possibilité de confronter ce qu’on écrit au regard critique des autres. J’en avais besoin et envie. J’ai donc essayé. J’ai été à la fois surpris et content du résultat. J’ai constaté que je pouvais avoir effectivement des lecteurs inconnus. C’est gratifiant. J’avais cru comprendre dès le début que le Grand Prix reposait en grande partie sur le fait de posséder un réseau établi de lecteurs, d’amis, de connaissances. Moi, je n’en ai pas. Et finalement, le fait d’être lauréat sans l’existence d’un tel réseau me donne une certaine confiance.

C : On retrouve dans vos TTC comme Le Funiculaire, lauréat du Grand Prix Hiver 14, une certaine concision qui permet la constitution d’une ambiance en peu de mots…
G : Le fait d’avoir été éditorialiste pendant une dizaine d’années m’a beaucoup apporté sur le plan de l’écriture pour tout ce qui est texte court : l’écriture doit nécessairement être rapide, fluide, concise. Il faut choisir les bons mots, trouver le rythme des phrases. Choisir les sonorités également. Quand on écrit il faut penser aux lecteurs et être lecteur de soi-même, pour inventer ce qui accroche et incite à aller au bout du texte.

C : Avez-vous déjà essayé de participer à des concours de nouvelles ?
G : Non, les seules parutions concernant des textes d’imagination, c’était dans des ouvrages à faible diffusion ou des petites revues littéraires locales.
Je n’ai pas toujours fait du « très très court » : j’ai d’abord été très attiré par ce qui était poésie, poésie libre en particulier. Plus tard, j’ai écrit des nouvelles. A l’heure actuelle, j’écris des textes courts, c’est un mode d’écriture qui correspond aujourd’hui à ce que je ressens à ce que je sais et aime faire. Je crois en fait que chaque genre où je me suis essayé est lié à un âge différent de ma vie…

C : Y a-t-il des auteurs qui vous ont particulièrement marqué ?
G : Je suis, je crois, ce qu’on appelle un bon lecteur, comme on dirait un « bon spectateur » au cinéma. Je lis beaucoup de choses, pratiquement tout ce qui me passe sous la main, tout ce que mon temps libre me permet de lire. Si je devais répondre à la question des 20 meilleurs romans que j’emmènerai sur une île déserte, je serais très embêté : j’ai rencontré et lu beaucoup de livres qui ont pesé sur ma vie et formé mon goût. J’ai toujours admiré de « très très grands auteurs » : pêle-mêle et sans lien, Flaubert, Malraux, Cohen, Le Clézio, … des écrivains étrangers aussi, notamment d’Amérique Latine.

C : Quelles sont vos sources d’inspiration lorsque vous écrivez ?
G : Très souvent, le titre me vient en premier : il me semble contenir en lui la matière cohérente du récit. Comme je voyage souvent et seul, l’histoire prend forme dans ma tête. Lorsque je m’arrête, je note. Plus tard, je retravaille, au calme. Un texte court demande un travail important et minutieux de finition. Très souvent, les idées viennent de quelques mots entendus, d’images, de sons, d’idées que j’ai pu croiser dans ma journée. Je partage ma vie entre une maison en moyenne montagne dans les Pyrénées et mon bateau, tantôt sur l’Atlantique tantôt sur la Méditerranée, selon le temps, selon l’humeur et selon les circonstances de ma vie.

Ma copine voulait vous parler de l’un de ses poètes préférés, William Carlos William (1883-1963).

A la fois médecin et homme de lettres, ce poète américain appliquait à la poésie l’observation objective de sa science. Il voulait examiner « le particulier pour découvrir l’universel ».

Grand représentant du modernisme et de l’imagisme, il côtoie l’avant-garde européenne, s’inspire de Ezra Pound et influence la Beat Generation des années 1950. Allen Ginsberg était son grand copain, et il a inspiré sa voie poétique !

W. C. Williams explore l’univers pastoral du New Jersey où il est né, et celui de la misère urbaine. Pour lui « il n’y a pas d’idées sauf dans les choses », qu’il décrit dans une langue américaine populaire.

Ses vers libres déjouent la syntaxe, et distillent l’émotion avec pudeur… A la manière de haïkus, ses poèmes courts expriment une grande sérénité et légèreté !

Un poète zen, à (re)découvrir.

« Juste un mot » (1934)

J’ai mangé
les prunes
qui étaient
dans le bac à glace

et que
sans doute
tu gardais
pour le petit déjeuner

Pardonne-moi
elles étaient délicieuses
si sucrées
et si fraîches.

A demain,

Matteo

Elodie Torrente

Effets secondaires (4/7), Elodie Torrente

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé de l’épisode précédent : Muriel Martin, jeune médecin généraliste, est installée en libéral dans un village de banlieue depuis trois ans quand, après une journée de consultations, un attentat manqué ébranle sa vocation. Alors qu’elle est traumatisée et refuse d’exercer, elle revoit le bel Alexis Chevallier, très malade, pour qui elle accepte de reprendre du service…

Retrouvez les épisodes précédents : 1/7 – 2/7 – 3/7

Episode 4
Palpitations

Quelle était cette force qui la poussa à redémarrer et à rejoindre son patient d’une consultation lointaine et anodine, elle ne se le demanda pas. Elle se contenta d’accélérer sans même jeter un œil à la devanture de son cabinet, afin de savoir pourquoi celui à qui elle avait pensé à plusieurs reprises ces dernières semaines marchait d’un pas boiteux. Lorsqu’elle arriva à son niveau, elle ralentit puis ouvrit la fenêtre de sa voiture afin de le héler. Il se retourna vers elle et au sourire qu’il arbora, elle comprit immédiatement qu’elle avait bien fait de suivre son instinct.
— Docteur ! Je suis content de vous voir ! Je viens justement de votre cabinet. J’ai vraiment besoin de vous. Vous rouvrez quand ?
— Bonjour monsieur Chevallier. Je ne pense pas ouvrir le cabinet de sitôt. Vous pouvez consulter le docteur Giraud si vous le souhaitez. Il reprend mes patients.
— Le docteur Giraud ? Ici ?
— Non, à Méry.
— Impossible. Je n’ai pas de véhicule. Et regardez comme je boite. Vraiment, vous ne voudriez pas me recevoir ? Je ne connais que vous dans le coin. Vous êtes la seule en qui j’ai confiance, docteur.
Touchée par la dernière phrase que la tendre expression des grands yeux bleus d’Alexis rendait encore plus belle, Muriel sentit en elle la peur du cabinet s’enfuir au profit du réconfort procuré par une consultation intéressante. Elle accepta puis, après l’avoir invité à monter dans sa voiture, se rendit au cabinet où elle n’avait plus mis les pieds depuis l’explosion.
Alexis ne perçut pas la main tremblante du médecin quand celui-ci mit la clef dans la serrure. Même si elle avait fait venir les assurances puis les ouvriers pour réparer les dégâts, Muriel redoutait ce moment où elle constaterait que tout serait dorénavant bien moins serein et très différent au 6 rue des Alouettes. Malgré tout, elle ouvrit la porte, appuya sur l’interrupteur et après avoir balayé du regard la salle d’attente, constata que tout avait été refait à l’identique. Comme si rien ne s’était passé. Étrangement, alors qu’elle appréhendait un environnement trop marqué par le drame, elle fut perturbée par une salle d’attente imperturbable qui, à travers le lourd silence, semblait réclamer des patients. Troublée, elle oublia Alexis qui, au bout de quelques minutes, se rappela à son souvenir en soufflant bruyamment sa douleur. Elle se reprit instantanément, s’engagea dans le sas qui menait au cabinet, lui demanda de la suivre puis de s’asseoir et de patienter pendant qu’elle mettait sa blouse blanche et se lavait les mains. Lorsqu’elle revint, elle l’invita à s’allonger sur la table d’examen. Alors qu’il s’exécutait, elle ouvrit son dossier bien qu’elle eut encore en mémoire la rhinopharyngite et la rougeur au tibia, toutes deux diagnostiquées lors de la première et unique consultation. Elle lui demanda s’il toussait encore, si l’érythème avait disparu. De ce côté-là tout était revenu à la normale mais il se plaignait maintenant de fatigue intense et de douleurs à la cheville droite et aux épaules perçues dès la fin de son séjour indien. À la lueur de ses réponses, le docteur Martin envisagea un paludisme ou une hépatite A, maladies fréquentes dans ce lointain continent. Elle lui prescrivit une prise de sang tout en lui conseillant de la faire rapidement puis de l’appeler sur son portable dès qu’il aurait les résultats. Elle n’avait pas prévu d’ouvrir son cabinet avant un bon moment mais acceptait de s’occuper de lui. Uniquement parce que vous n’êtes pas du village, lui dit-elle avant de le raccompagner à la porte. Ce n’est que lorsqu’elle se retrouva seule, dans ce lieu désert autrefois si animé, qu’elle perçut l’excitation de ce cas inhabituel et la chaleur intense diffusée par leur furtive poignée de main. Dans 48 heures, elle le reverrait. Après cet examen, elle en saurait davantage sur lui comme sur sa maladie et pourrait le soigner. Ensuite, peut-être que… Muriel rêva quelques instants avant de remonter dans sa voiture. Pour, enfin, affronter ceux qu’elle envisageait dorénavant comme des ennemis.

Retrouvez la suite : 5/76/7 – 7/7