Archives for the month of: mars, 2014

Les limbes (1/6), Emmanuel Lefloch

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Episode 1
Nuit calme

Une rue se présente à nous. Elle est vide. Les règles de savoir-vivre dans ce quartier ne sont jamais enfreintes, on ne peut se souvenir de la dernière fois où un tapage nocturne ou autre incivilité sont venues troubler l’air. Notre regard vole doucement le long de l’artère et en ce début de nuit, seule la fenêtre d’une maison est allumée. La curiosité incite à l’arrêt, à l’exploration.

A l’intérieur, le salon, éclairé d’une lumière halogène, semble baigner dans une douce tranquillité ; installé dans un coin du canapé, un homme est paisible. On dirait qu’il dort, sans bruit, discrètement. Sur la table basse, un verre plein de moitié, un whisky, la boisson préférée de Pierre.

Pierre Clamart, soixante-huit ans, retraité de l’Education Nationale, est un homme admiré pour son flegme, son attention aux autres, son engagement. Un homme bien. Le verre du soir est son petit travers.

Tous les matins, Clémence Girard vient porter à son voisin le quotidien régional. Ils se partagent le coût du journal. Matinale, elle le reçoit en premier.

La lumière provenant du salon, pourtant faible en cette journée ensoleillée, l’intrigue et les coups de sonnette sans réponse achèvent de l’inquiéter. Ce n’est pas normal. Climat de bon voisinage, chacun a la clé de l’autre.

Dès l’entrée, de la musique. Etrange, il en écoute peu, qui plus est jamais le matin. Elle s’avance vers le salon, prudente et l’aperçoit de dos, il est habillé comme la veille. A la main posée sur son épaule, il réagit.

— Ça va ? s’enquiert Clémence.
Hagard, Pierre reste plongé dans le silence avant de lâcher un fragile :
— Je ne sais pas.
— Que sont ces marques sur vos poignets ?

Un verre d’eau et un café plus tard, Pierre décide d’appeler la Police pour raconter son histoire. Quelqu’un doit venir, il est bien trop épuisé pour se déplacer.

***

Au commissariat, le calme est pesant. Gardiens de la paix, les policiers préfèrent pourtant l’agitation, l’enquête à résoudre, le bizarre. Avec l’histoire de Pierre, ils vont être servis.

Patrice Le Balcon est officier de Police judiciaire depuis vingt ans. Il aurait pu voir plus haut dans la hiérarchie mais le trop-plein administratif l’effraie. Forgée dans son enfance à coups de séries télé, sa vocation n’a pas laissé de doute. A dix ans, il a dit « je serai flic », et il l’est. Un homme serein, équilibré.

***

Dans la lumière artificielle du salon, le silence s’est installé. Le Balcon demande enfin :

— Après votre réveil – l’officier insiste sur le mot – il est parti, comme ça ?
— Oui, répond Pierre, après m’avoir posé des questions, comme je vous disais. Il était très poli.
— D’accord. Et maintenant, tout va bien ?
— Non.
— Comment vous sentez-vous ?
— Mal.
— Je comprends.
— Que va-t-il se passer ?
— Je vais aller voir les voisins… Mais on n’a pas grand-chose. Là, vous devez consulter le docteur Bargnoux, de ma part. Vous vous en sentez la force ?
— Je pense. Vous croyez qu’il a l’habitude de ce genre de cas ?
— Je crois que personne ne peut en avoir l’habitude.

***

Le Balcon est perplexe. Il rentre chez lui foulant le trottoir, accompagné d’une petite voix intérieure qui résume le curieux témoignage. Un peu comme dans ces séries où le détective fait le point en voix-off.

Il n’a jamais entendu une histoire pareille.

Et la petite voix murmure :

Etrange journée, étrange enquête. Pas de meurtre, pas de sang, de la courtoisie pour sa victime, et pourtant une perversité jamais atteinte. Faut-il être tordu…

Retrouvez la suite : 2/6 – 3/6 – 4/65/6 – 6/6

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Yves Heck, l’une des voix (préférées) de Short Edition, était hier l’invité surprise des Grosses Têtes de Philippe Bouvard pour y parler de son spectacle lu, Tête de lecture, qu’il tient chaque dernier dimanche du mois.

Bon pied, bon oeil et toujours 2 millions d’auditeurs avant de passer le relais à Laurent Ruquier à la prochain rentrée, Bouvard a décidé, comme Libé le mois dernier, de parler de la lecture à voix haute à ses auditeurs.

C’est pas idiot… puisque le dernier dimanche de mars tombe justement demain.

L’invité à l’honneur sera cette fois Delphine Coulin, écrivaine et réalisatrice française.

On rappelle que c’est à 17 h 30 et que ça dure 1 h 15, qu’il y a une séquence Short Edition avec la lecture d’un texte d’un auteur de la maison. On rappelle aussi que c’est à La Loge (Paris 11) et que si vous y allez avec un texte à lire (qui pourra être tiré au sort puisque c’est le sort lui-même qui fait le programme), l’entrée sera plus douce à votre portefeuille (8 € au lieu de 12).

Amusez-vous bien… (si vous êtes parisien ce week-end).

A demain soir,

Matteo

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J’ai vu un film que ma copine a adoré et dans l’histoire duquel je n’ai (malheureusement) pas réussi à entrer. Le ciné était plein – peut-être aurais-je mieux de ne pas entrer du tout -, j’étais assis par terre (et pas elle)… Je n’ai pas aimé mais je ne sais donc pas, sur ce coup-là, si mon avis est fiable et si j’en suis très sûr.

Je m’en remets donc au sien !

Il s’agit du dernier film de l’américain Wes Anderson « The Grand Budapest Hotel » qui est sorti mercredi 26 février.

Après avoir vu son super film d’animation « Fantastic Mister Fox » (tiré du livre pour enfants « Fantastique Maître Renard » de Roald Dahl qui avait remporté le Cristal du long métrage au Festival international du film d’animation d’Annecy, 2009) et « A bord du Darjeeling Limited » (2007) qu’on avait aussi beaucoup aimé, forcément on avait tendu l’oreille et parcouru les articles de journaux pour voir ce qu’on en disait : résultat, de bonnes critiques donnant envie d’aller à Budapest !

Elle y a retrouvé avec plaisir l’univers très personnel,  frénétique et décalé de ce cinéaste américain, elle vous invite donc à visiter rapidement cet hôtel : vous aurez de l’humour, de bons acteurs, de l’action, tout cela sur un rythme effréné !

A demain,

Matteo

 

Cette semaine nous avons échangé avec Philippe Greffard, ou Philgreff ! Lauréat du Grand Prix Printemps avec J’ai rencontré le Père Noël, il nous parle de son expérience sur Short Edition, mais aussi de ses projets en cours, d’encre de Chine et de Bruegel.

Coralie : Bonjour Philippe ! Comment vous est venu le goût du dessin ?
Philippe :
Je l’ai depuis tout petit, comme tout le monde. Tous les enfants dessinent mais certains s’arrêtent en chemin : moi pas, je continuais de dessiner même dans les marges des cahiers à l’école. Après la 3e, j’ai préparé un CAP de peintre en lettres (ça garde un lien avec le dessin, sans doute !). Au bout de quelques temps, j’ai passé un équivalent du bac et suis allé étudier l’histoire à la fac. J’étais surveillant d’internat, puis formateur en centre de formation d’apprenti en histoire géo, français et éducation socio-culturelle. Finalement avec la réforme du bac pro, je n’ai pas continué dans cette voie. Par contre, c’est à ce moment-là que j’ai commencé mon blog de dessin. Actuellement, je survis en dessinant toute la journée, j’ai plein de projets.

C : Le lancement de votre blog avait-il pour objectif d’exposer vos illustrations tout simplement ou plutôt de vous faire une place dans ce monde ?
P : J’avais eu un désamour avec la BD au début des années 90 : j’avais essayé de démarcher des éditeurs et je me suis rendu compte que c’était un milieu très fermé, difficile d’accès. Au bout d’un moment, j’ai repris la peinture et mis mes toiles sur internet, mais mon style ressemble trop à de l’illustration ou de la BD pour qu’on le pense comme une simple peinture.
Il y a deux ans à peu près que je me suis lancé dans le blog BD. J’ai découvert un monde fantastique, j’ai relu des BD d’auteurs que je connaissais, d’autres que je ne connaissais pas. J’ai continué à poster des dessins d’humour sur mon blog et finalement Internet a fait la différence : j’ai rencontré plein de gens, monté plusieurs projets. Ça m’a aussi amené à auto publier 5 ouvrages.
Mon but maintenant est de continuer d’alimenter le blog parce qu’il y a un public que ça touche et qui vient tous les jours.

C : Quels sont vos projets actuels ?
P : J’ai un projet avec Mr Pyl, qui est principalement dans la musique, fait des spectacles et des concerts. J’avais commencé une série « Jean Quelque Chose », qui raconte l’histoire d’un personnage dont le nom commence par « Jean ». Avec Mr Pyl, on se connaissait un petit peu, j’avais fait une caricature de son groupe de rock et il est venu vers moi suite à ça. Depuis quelque temps, on met en ligne deux fois par semaine une chanson illustrée : Mr Pyl créé une chanson sur ce thème de « Jean Quelque Chose » et je l’illustre. Pour l’instant ça nous amuse et semble ne pas trop mal fonctionner. Mais je multiplie les projets, j’ai parfois des commandes d’affiches, d’illustrations : il y a l’association des parents d’élèves qui commence à bien me connaître [rires], mais aussi des sites comme 30 jours de BD ou Vie de merde qui viennent me chercher. Je ne suis pas d’une nature à aller forcément vers les gens, je suis plutôt timide donc ce sont de bonnes occasions !

C : Quelle technique de dessin utilisez-vous ?
P : Surtout l’encre, je n’y connais rien en informatique ! [rires] J’ai un copain qui m’a installé Photoshop mais je ne m’en sers que pour redimensionner mes planches. Il faudrait que je m’y mettre mais ça demande de prendre du temps pour y aller pas à pas. J’adore le pinceau sur le papier, faire des traces d’encres, j’ai du mal à m’en passer. Les outils modernes m’aideraient pas mal pour certains projets, mais j’adore travailler à l’ancienne avec un crayon de bois, un pinceau, de l’encre de Chine.

C : Que retirez-vous de votre expérience sur Short Edition ?
P : Je suis plutôt content parce qu’au départ, j’avais mis quelques dessins pour voir ce que ça allait donner : j’essaye d’être présent un peu partout. Je trouve qu’il y a pas mal de réactivité notamment au niveau des commentaires. Je suis quelquefois surpris, parce que ce ne sont pas les planches que je préfère qui marchent le mieux, c’est intéressant de voir l’interprétation qu’en font les gens. Par exemple, j’adorais Royal Ascot, où il pleut des jockeys, c’était une idée surréaliste dont j’adorais le traitement, le dessin. Le Comité éditorial ne l’a pas retenu mais ce n’est pas un souci, ça fait partie du jeu ! Alors que J’ai rencontré le Père Noël, je l’aimais bien mais ne pensais pas qu’il serait lauréat pour le Grand Prix Printemps 14 ! Tout ça me permet de me redéfinir et ajuster en fonction des attentes des lecteurs.

C : Avez-vous des modèles au niveau de l’illustration ou de la peinture ?
P : Hugo Pratt, même si ce que je fais n’y ressemble pas. J’aime bien quand ses cases deviennent presque abstraites, ces grands à-plats de noir et de blanc qu’il sait faire.
Gir (Jean Giraud) aussi, notamment quand il faisait Blueberry : c’était plein de détails, de traits fins.
Et Hergé, c’est un style encore différent, une ligne claire et un sens certain de la narration. On ne peut pas tricher avec un dessin comme ça, tout est dit dans les lignes simples.
Côté peintres, Bruegel est un de mes préférés : c’est presque de la BD tellement ses tableaux sont denses et décrivent des histoires.

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Parlons un peu astrologie – puisque c’est toujours court – et plus particulièrement de l’astrologue Rob Brezsny.

Il est américain, poète, musicien et à ce qu’on dit original et créatif.

Rob Brezsny définissait, à ses débuts, ses horoscopes comme de la poésie aux apparences trompeuses. Modeste, le gars ! Il avait été embauché par hasard par un journal local pour rédiger des horoscopes, une chronique qui ne l’intéressait pas du tout : « à l’époque je détestais les horoscopes, je les trouvais mal écrits et terriblement déprimants. J’ai essayé d’introduire ma sensibilité, mon goût pour la poésie » !

Aujourd’hui, il a 57 ans et rédige tous les jours une des rubriques les plus populaires dans le monde « The Free Will Astrology » et travaille pour une centaine de magazines de différents pays. Sa rubrique est enrichie de références littéraires et cinématographiques.

J’ ai pris les cancers, au hasard, pour la semaine du 20 au 27 mars, pour vous en donner un petit aperçu.

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« En quatre-vingt-dix-huit ans de séjour terrestre, Barbara Cartland (1901-2000) a écrit 723 romans d’amour qui se sont vendus à un milliard d’exemplaires. Le secret de son succès ? Née sous le signe du Cancer, elle savait qu’elle pouvait être très productive en étant douillettement installée. Entourée de ses deux chiens, elle dictait ses romans sur un canapé dans un plaid de fourrure blanche, une bouillotte sur les pieds. J’espère que son exemple t’engagera à affiner et enrichir ta propre recette de la réussite, Cancer. Alors, tu l’appliqueras scrupuleusement pendant huit semaines. Quelles situations confortables pourraient nourrir ta créativité ? »

Effectivement ça change un peu de la (très mauvaise) rubrique radio du matin.

Et si vous préférez les gémeaux, les capricornes ou leurs cousins, sa rubrique en français est disponible sur Courrier international. En passant par ici.

A demain,

Matteo

 

Effets secondaires (7/7), Elodie Torrente

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé de l’épisode précédent : Muriel Martin, jeune médecin généraliste, installée en libéral depuis trois ans, est victime d’un attentat manqué qui ébranle sa vocation. Malgré le refus d’exercer, elle accepte de soigner Alexis Chevalier dont elle tombe amoureuse. Mais en l’attendant pour partir avec lui, le téléphone de la jeune généraliste sonne.

Retrouvez les épisodes précédents : 1/7 – 2/7 – 3/7 – 4/7 – 5/7 – 6/7

Episode 7
Gêne

— Docteur Martin ? Prigent à l’appareil. Connaissez-vous un certain Alexis Chevallier ?
— … euh… oui. Pourquoi ?
— Parce que le brigadier Cotin vient de le ramener au commissariat. Il l’a trouvé nu comme un ver, hurlant à qui voulait l’entendre que vous étiez le meilleur médecin qui existe, que les villageois n’étaient pas dignes de vous. Le tout en gesticulant devant la boulangerie ! Alors vous le connaissez ?
— Oui, c’est un de mes patients. J’arrive tout de suite.
— Pas la peine. Les pompiers sont en train de le prendre en charge afin de l’amener aux urgences. Je serais vous…
Muriel raccrocha sans écouter le conseil du commissaire. En moins de quinze minutes, elle fut à l’hôpital. Lorsqu’elle entra dans le sas des urgences, elle découvrit son Alexis en plein délire maniaque, enserré par deux infirmiers prêts à l’emmener manu-militari en psychiatrie. Lorsqu’il la vit, il se débattit de plus belle, insultant les équipes soignantes tout en essayant de leur donner des coups de pieds. Malgré son énergie, ils parvinrent à le maîtriser puis à le transporter, attaché, dans le service désigné. Le docteur Martin s’assit dans la salle d’attente, abattue, vidée. Elle resta ainsi de longues minutes avant de se ressaisir et de demander quand elle aurait des nouvelles de son patient. Une jeune interne en psychiatrie lui répondit que 48 heures était le délai habituel pour ce genre de cas. Les bipolaires devaient passer par une phase d’isolement avant qu’un protocole de soins ne soit engagé. Muriel indiqua à l’interne qu’Alexis avait récemment souffert de sarcoïdose traitée par des corticoïdes. Dans ce cas, ne cherchons plus, lui annonça la soignante. Grâce à la pathologie que vous avez très bien soignée, un bipolaire est révélé ! s’exclama-t-elle avant de partir dans un éclat de rire digne de son jeune âge.
Muriel ne partagea pas sa joie. Affligée de savoir Alexis atteint de cette même pathologie dont son père souffrait jusqu’à ce qu’il se tire une balle dans la tête. Cette maladie qui l’avait rendue si malheureuse. Certaine de ne plus vouloir revivre ça, elle rentra chez elle, prépara deux valises et un sac contenant ses biens les plus précieux, puis quitta ce village maudit, terreau de toutes ses désillusions.
Six mois plus tard, la vérité sur l’attentat éclata enfin. Adeline Mercier, épouse du vieux médecin à qui Muriel avait succédé, fut surprise à déposer un explosif fait maison sous un siège de la salle d’attente du remplaçant du docteur Martin. Son mari mort trois ans après son passage en retraite, elle avait entrepris de détruire tout ce qui avait incarné le bonheur des années passées.
Cet épilogue, Muriel Martin n’en eut pas connaissance. Dans ce village thaïlandais où elle avait fui, aucune nouvelle ne lui parvenait. Pourtant pas un jour ne passait sans qu’elle repense à son dernier patient. Il allait être père et jamais ne le saurait.

laureats_p14Salut à tous !

Les oeuvres lauréates du Palmarès Printemps 2014 viennent d’être désignées !

Quatre lauréats ont été désignés par les internautes et recevront leur dotation, les autres l’ont été par les membres du Comité éditorial et seront eux aussi édités dans SHORT 08, qui paraîtra fin avril.

Nouvelles

Choix des internautes

Choix du comité

BD courtes

Choix des internautes

Choix du comité

Poèmes

Choix des internautes

Choix du comité

TTC

Choix des internautes

Choix du comité

* *

Et pour le Palmarès régional, les oeuvres lauréates sont les suivantes :

Prix Short Edition – Dauphiné Libéré
Nouvelles : Facebook : demande d’ajout à la liste d’amis de Sylvie
BD : Une vie de crabe de Helphi
Poèmes : Les poétiques anonymes de Hhl

Prix Short Edition – Nice Matin
Poèmes : Barbarie de Pascaline
TTC : Ça me suffit de Cécilia

Félicitations à tous !
Matteo

Cette semaine, (re)découvrez les oeuvres de Cléa Barreyre. Dans cette interview, elle revient sur son Très très court Noyées, lauréat du Grand Prix Hiver 14 mais aussi sur son goût pour l’écriture, son anonymat et Pierre Bottero.

Coralie : Bonjour Cléa ! Peux-tu nous dire comment tu as commencé à écrire ?
Cléa : J’avais commencé juste comme ça, à 11 ans, pour le plaisir. Je voulais écrire un roman, mais bon ! (rires) Je pense que c’est plus facile de passer d’abord par le court…

C : Quelles sont généralement tes sources d’inspiration ?
Cléa : Ce que j’aime bien faire, c’est des chutes un peu bizarres, amener des personnes vers quelque chose mais leur faire comprendre à la fin que ce n’était pas du tout ce qui était prévisible. Souvent, je m’inspire de quiproquos, de mes propres confusions : quand on me parle et que je ne comprends pas, ou que ce que je comprends n’a rien à voir !
Pour Noyées, c’était simplement un matin où je mangeais des céréales ! (rires)

C : Comment as-tu connu Short Edition ?
Cléa : Je cherchais un concours ou un site où publier mes nouvelles. Souvent, je regarde les thèmes des concours de nouvelles et j’en écris une, mais je ne les envoie jamais. Peut-être parce que c’est parfois compliqué ou alors il faut des autorisations parentales. Mais pour ce cas, encore quelques mois et je n’en aurais plus besoin !

C : On a lu dans un article du Progrès que justement, tes parents ne savaient pas que tu écrivais ?
Cléa : Quand le journaliste du Progrès m’a appelée, j’étais dans la voiture avec ma mère, qui a vite compris qu’il se passait quelque chose ! C’est la seule personne qui est au courant dans ma famille. Je préfère que les gens ne voient pas ce que j’écris, parce que s’ils me disent qu’ils n’aiment pas, ça me touchera trop puisque ce sont mes proches, mais s’ils disent qu’ils aiment, je ne saurai pas si c’est vraiment sincère…

C : Donc Cléa Barreyre, c’est plutôt pour l’anonymat ou c’est un vrai nom de plume ?
Cléa : C’est plutôt un nom de plume, mais je sais que certains de mes amis vont sur Short Edition et je préfère qu’ils votent simplement parce qu’ils aiment ce que je fais, pas parce que c’est moi qui l’ai écrit. Je ne fais pas de promotion au moment des Finales par exemple, mais j’envoie mes nouvelles sur Twitter : il y a pas mal de personnes qui me suivent, mais aucune de mon entourage.
D’ailleurs, quand Noyées a été lauréate du Grand Prix Hiver 14, j’étais très contente, mais je ne pouvais pas faire grand-chose puisque personne n’était au courant ! Mais ça me fait plaisir de savoir que ce que j’écris peut plaire.

C : Est-ce que tu as un auteur de référence, qui t’inspire ?
Cléa : Je lis un peu de tout mais pas mal de fantastique. J’adore vraiment Pierre Bottero ! Ses romans sont surtout des romans fantastiques, et je trouve magique le fait qu’il créé son propre monde de A à Z. J’avais commencé à écrire pour lui à la base : je voulais le rencontrer mais pas dans un salon ou à une rencontre, je voulais simplement être de l’autre côté, de son côté. Malheureusement ce ne sera pas possible, puisqu’il est décédé en 2009…

C : Est-ce que tu as une citation qui te tient à cœur, ou un genre de leitmotiv ?
Cléa : A chaque fois que je fais quelque chose sur Twitter, Facebook, Short Edition ou un autre site, je marque quelque part mon fameux « Pour moi écrire c’est montrer aux autres ma réalité, qui n’est pas forcément la leur ».

Le Salon du Livre, ça commence vendredi et Short Edition y sera, cette année pour la première fois, et pas n’importe où : sur le grand espace L’Express Lire dédié à la littérature de voyage.

Pour proposer aux visiteurs de vivre une expérience unique, très adaptée au voyage : lire enfin avec son temps, écouter de la courte littérature !

L’expérience de la lecture en mains libres (d’autres vous diront qu’il s’agit de lire sans les mains), avec des histoires de 3 à 8 minutes, lues par des comédiens est un truc inouï, à vivre de toute urgence et en situation réelle.

Ceux qui l’ont déjà vécu le savent… il paraît donc indispensable à toute l’équipe du short de le faire savoir et de permettre aux autres d’en prendre très rapidement conscience.

C’est notre côté prosélyte qui se réveille…!

Rendez-vous au stand C62. On vous y attend avec plaisir.

Matteo

 

 

Effets secondaires (6/7), Elodie Torrente

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé de l’épisode précédent : Muriel Martin, jeune médecin généraliste, installée en libéral dans un village de banlieue depuis trois ans, est victime d’un attentat manqué qui ébranle sa vocation. Alors que l’enquête piétine, elle retourne au village, et, tandis qu’elle se rend chez le boucher, un homme s’écroule dans la rue, devant elle.

Retrouvez les épisodes précédents : 1/7 – 2/7 – 3/7 – 4/7 – 5/7

Episode 6
Confusion

Dès qu’elle arriva à l’hôpital, le docteur Muriel Martin se sentit revivre. L’odeur des couloirs, l’agitation qui régnait aux urgences, le ballet des blouses blanches dans les salles, tout lui rappelait le temps de ses études et sa passion pour ce métier. La main sur l’épaule de celui dont le corps s’était affaissé devant elle et qui, à travers une maladie mystérieuse mais violente, la faisait renaître à sa vocation, elle attendait patiemment les résultats des examens prescrits le matin même en plus de ceux demandés par les urgentistes.
Alexis Chevallier, quant à lui, dormait, vaincu par une terrible pathologie qu’elle n’avait pas réussi à déceler. Elle resta jusqu’au soir et revint le lendemain comme les jours suivants. Au bout de quatre jours, après s’être enquise des résultats de la radio des poumons auprès de l’interniste, Muriel annonça à Alexis qu’il était atteint de sarcoïdose. Une maladie inflammatoire assez rare, très bien traitée par de la cortisone, le rassura-t-elle, assise à côté de son lit. Vous devriez sortir rapidement. La nouvelle parut attrister le malade. Pourtant, et même si sa réaction l’atteignit, elle ne lui posa aucune question. Après tout, c’était un patient. Pas un ami et encore moins un amant. Ce n’est que lorsqu’elle le quitta peu de temps après qu’il lui dit : « Même si je suis guéri, on continuera à se voir, docteur ? ». Définitivement conquise par sa timide demande, elle acquiesça dans un sourire avant de lui lancer, rayonnante : « Dès demain. Évidemment. »
Le jour suivant, Alexis sortit de l’hôpital. Son traitement à la cortisone durerait quelques mois et imposerait une diminution progressive avec effets secondaires consécutifs. Il s’en accommoda ; les douleurs s’estompaient déjà. Muriel l’attendait dans sa voiture, sourire aux lèvres, le cœur battant. Dans la chaleur de ce jour d’été, ils s’embrassèrent langoureusement avant de vivre leurs premiers ébats amoureux à l’abri des regards, dans la moiteur d’une chambre en soupente. Ils y restèrent une semaine sans se soucier des autres, loin de cet attentat, des rumeurs et de l’enquête menée par le commissaire Prigent. Pendant des heures, des étincelles dans les yeux, Muriel fondit sous le regard enamouré et les baisers suaves par lesquels le jeune homme l’éloignait de cet attentat délirant. Entre ses bras, elle sentit la vie en plus jolie et c’était exactement ce dont elle avait besoin. Une vie jolie.
Au huitième jour, Alexis rentra chez lui afin de récupérer ses affaires. Dans l’exaltation de leur passion amoureuse, ils avaient décidé de quitter ce bled où ni l’un, ni l’autre n’avait d’attaches. Cependant, alors qu’il était censé revenir deux ou trois heures plus tard, elle ne le vit pas réapparaître. Inquiète, elle partit à sa recherche en fin de journée. Tandis qu’elle sillonnait le village de bout en bout, elle reçut un appel de Prigent.

Retrouvez la suite : 7/7