Archives for the month of: février, 2014

Connaissez-vous les Lettres à Milena de Franz Kafka (1883-1824)  ?

Milena Jesenská était une traductrice et journaliste tchèque (1896-1944). Alors qu’elle traduit les textes courts de Kafka, il entame avec elle une correspondance passionnée, de 1919 à 1923. Ces lettres nous permettent d’entrer dans l’intimité d’un auteur sensible, épris de morale et à la santé fragile…

Le ton des lettres oscille entre passion, adoration et angoisse. Leur amour se nourrit de l’absence, et en 4 ans, ils ne voient que deux fois ! Kafka finit par mettre fin à la relation et meurt quelques temps après.

Milena s’engage dans la résistance tchèque et sera déportée au camps de Ravensbrück, où elle meurt en 1944…

Bien qu’essentiellement littéraire, cette rencontre est marquante pour chacun d’eux. Avec finesse, Kafka dépeint son amour inquiet et son incapacité à envisager la relation autrement que dans la distance.

« Milena est comme la mer, forte comme la mer avec ses masses d’eau ; quand elle se méprend elle se rue aussi avec la force de la mer, quand l’exige la morte lune, la lointaine lune surtout ».

Une correspondance belle et intense !

A demain,

Matteo

> Lettres à Milena, Gallimard, 9€90, 364 p. (à cette époque, on avait plein de choses à se dire… ou alors on ne connaissait pas le goût du concentré !)

> Attention, Milena, c’est comme Matteo, ça ne prend pas d’accent…

Cette semaine, c’est Francis Boquel qui nous a accordé quelques minutes ! Deux fois lauréat avec Instinct maternel (Grand Prix Eté 13) et Noah et Nuit (Grand Prix Hiver 14), il nous parle du vrai statut d’écrivain, d’ebooks et de Jean-Philippe Toussaint.

C : Bonjour Francis ! Pouvez-vous nous dire comment vous en êtes arrivé à l’écriture ?
F : J’ai toujours plus ou moins écrit quand les choses me venaient, mais jusqu’à il y a quelques années, je n’avais pas très envie de revenir sur ce que j’avais écrit, je considérais ça impubliable, incommunicable. Mon critère principal pour conserver un texte est l’épreuve du temps… Si je me relis au bout de quelques semaines et que je ne me demande pas « mais qu’est-ce qui m’est passé par la tête ? », c’est bon.
Mais à mes yeux je suis un écrivain du dimanche, qui écrit de façon très occasionnelle. Il faut ramener les choses à leur vraies proportions, je ne me considère pas comme un auteur. Je passe en général beaucoup de temps sur l’écriture de quelque chose. C’est pour ça que je suis à l’aise dans le très très (très) court, il me faut du temps pour ciseler le tout. Je laisse pas mal de sueur sur mon clavier… Il est difficile d’envisager l’écriture comme simple loisir puisque c’est très prenant, et puis quand on publie quelque chose, on publie un peu de soi-même. Il y a une espèce d’impudeur à publier ce qu’on a écrit, c’est sans doute pour ça qu’il y a plus de peintres ou de photographes du dimanche que d’écrivains du dimanche. Robert Musil disait qu’écrire n’est pas une activité, c’est un état.

C : A la lecture de vos oeuvres, on note que la chute y a toujours une grande place…
F : Oui, j’ai toujours la chute en tête d’abord, qui me sert de point de repère vers lequel diriger mon récit. C’est une technique d’écriture assez répandue. Je ne suis pas sûr d’être capable d’écrire quelque chose en partant à l’aventure, comme certains écrivains disent le faire… et je ne suis pas sûr que ça soit la vérité !
En tout cas je ne l’ai jamais fait. C’est pour ça que je publie assez rarement, il faut avoir l’idée… Et j’ai un métier – l’enseignement – que j’aime beaucoup mais qui est très prenant : quand vous avez corrigé vos copies, préparé vos cours et pris un livre pour vous détendre, il ne reste plus tellement de temps pour écrire !

C : Avez-vous déjà participé à des concours de nouvelles ?
F : J’ai participé à plusieurs concours mais n’en ai remporté aucun. Cependant, un de mes textes, Fin de soirée a été retenu sur le site Les nouvelles d’Harfang comme la micro-nouvelle du mois. Le principe consiste à produire un texte de cent mots maximum. Chaque mois, un parmi ceux proposés par les internautes est retenu par le comité de lecture et mis en ligne.
J’ai aussi participé au concours Dis-moi dix mots, organisé par le Ministère de la Culture : j’ai utilisé les dix mots et j’ai fait un texte rigolo sur un type exaspéré par son collègue un peu beauf. Ça s’appelle Mon ami Claude.
Mais en général, écrire prend du temps : j’en ai fait l’expérience, et je sais que pour aller plus loin il faut s’y consacrer totalement. Pour l’instant, je ne me sens ni prêt ni capable de le faire. Il ne suffit pas de se dire « ça y est, je vais m’y mettre ! » pour que ça vienne.
Mauriac, au bout de 30 ans de carrière, disait qu’il était toujours aussi dur d’écrire, qu’il ne s’y était jamais fait. C’est vrai ! On relit, on y revient, on se dit que ce n’est pas bien, c’est prétentieux ou mal ficelé, on dirait du faux-Machin ou sous-Untel, on se dit qu’on ânonne quelque chose que quelqu’un a déjà écrit en mieux…

C : Quelles sont vos sources d’inspiration ?
F : Je ne sais pas trop comment ça vient… Souvent je m’inspire de mon métier, je parle souvent des enfants. Comme j’ai exercé des fonctions de direction autrefois, j’ai vu le métier sous ses deux faces, ce qui permet de connaître d’autres réalités des élèves, ça m’a parfois inspiré. Mais ce ne sont pas forcément des éléments concrets, parfois c’est juste un comportement, une minute de quelque chose. Achille, par exemple, c’est une tranche de vie : c’est le nom du chat chez nous, pas du tout celui du petit garçon – qui a vingt-cinq ans maintenant ! Je me suis amusé à intervertir les prénoms… On ne lui a d’ailleurs jamais dit de laisser le chat tranquille, on trouvait très drôle son petit jeu un peu sadique…
Noah et Nuit a aussi une origine personnelle et familiale : je suis allergique aux chats, mais nous en avons trois !

C : Quelles sont vos influences en matière littéraire ?
F : J’aime la littérature du 19e siècle, à laquelle je reviens sans cesse par obligation professionnelle mais aussi par goût : Dumas, Balzac, Hugo, des romans anglais de la même époque aussi. Sinon, je me tiens évidemment au courant des publications contemporaines : l’apparition de l’ebook et de la littérature en ligne et dématérialisée de manière générale, c’est un vrai plus pour la lecture. Pouvoir accéder à des œuvres du domaine public gratuitement, ou se procurer des livres 20 à 30% moins cher, c’est important. Parce que la lecture est une activité vitale, mais qui reste coûteuse…
Sinon, j’ai découvert la tétralogie de Jean-Philippe Toussaint que je ne connaissais pas : Faire l’amour, Fuir, La Vérité sur Marie et Nue… Et La Salle de bain, qui est plus ancien. J’ai aussi lu récemment Naissance de Yann Moix, un pavé de 1200 pages qui a eu le prix Renaudot. Ce qui m’a plu, c’est ce qu’il dit sur l’écriture : un véritable écrivain, c’est quelqu’un qui ne sait pas faire autre chose qu’écrire, et pour qui mieux vaut la mort plutôt « qu’une vie de payes et de collègues, d’ascenseurs partagés, de tickets-restaurants, de cantines. » Cela me paraît une bonne définition.

Salut à tous,

Le Concours de poème organisé pour la Saint-Valentin, entre le 31 janvier et le 12 février, se termine donc ce soir à 19 h 19… histoire de laisser le temps au Jury de désigner les Lauréats… qui seront présentés à la Boutique Orange Bastille, 40 rue du Faubourg Saint-Antoine.

Je suis donc chargé, en ce début de journée ensoleillée, de vous transmettre deux infos :

1 – il est possible de participer et de présenter un Zeste de son amour jusqu’au dernier moment… puisque le Jury peut distinguer, à côté des plus populaires, des poèmes qui lui plairaient particulièrement… en mode hors Concours ;

2 – le vendredi 14, à 15 h 30, présentation et lecture des Lauréats… avec un tirage au sort doté par Orange de lots sympas (places de théâtre, enceintes, bouquets de fleurs…) pour les personnes présentes lors de la petite manif’ dans la boutique Orange.

J’espère que tout est clair…

A demain,

Matteo

 

Elodie Torrente

Effets secondaires (1/7), Elodie Torrente

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Episode 1
Tremblements

Alertée par des cris dignes d’un cochon qu’on égorge, le docteur Muriel Martin surgit de son cabinet. Aline Lemale, jeune maman d’un bébé hurleur, était dans tous ses états.
— Lucas a avalé un aimant, docteur ! Il faut que vous fassiez quelque chose !
— Un aimant ?
— Oui. Il était tombé de la table.
— Lucas ?
— Non, l’aimant, docteur !
— Mais pourquoi hurle-t-il, alors ?
— Parce qu’il a avalé un aimant, je vous dis !
— Mais il était gros cet aimant ?
— Ben, gros comme un minuscule aimant rond ! Vous voyez bien !, mima l’affolée en arrondissant très étroitement son index contre son pouce
— Je vois bien, en effet, ironisa gentiment le médecin. Installez votre bébé sur la table d’examen, je vais regarder ça.
Lucas, véritable sirène hurlante pendant le préambule, se calma instantanément en présence de la jolie jeune femme en blouse blanche postée devant lui. Tout en auscultant sa cage thoracique avec douceur, elle ne décela chez son petit patient âgé de 18 mois, aucune difficulté respiratoire ou trouble cardiaque. Aussi, après un examen minutieux, elle déclara, pleine de malice :
— Je tiens à vous rassurer madame Lemale. Mini Magnet Man va bien. Le seul risque encouru dans sa situation, c’est de vous coller encore plus !
Aline sourit à la remarque puis se détendit complètement lorsque Muriel lui annonça que le minuscule aimant se retrouverait quelques heures plus tard dans la couche de l’enfant. La jeune maman s’en fut, rassérénée, un bébé apaisé entre les bras, promettant de prévenir la généraliste au moindre signe suspect. Tout en songeant, une fois dans la rue, qu’après une visite au docteur Martin, elle se sentait toujours bien.

Elle était ainsi, la jeune généraliste installée depuis trois ans au 6 rue des Alouettes de ce village de la banlieue parisienne. Professionnelle et chaleureuse. Énergique et sereine. Compatissante envers le genre humain mais ferme face à la maladie qui rongeait les corps autant que les esprits. La jeune praticienne avait choisi le domaine de la santé à l’âge de sept ans lorsqu’elle crut sauver une libellule en lui défroissant une aile. Hélas, en grandissant, elle comprit qu’elle ne pourrait jamais exercer la si poétique activité de sauveuse d’insectes, au pays des adultes. Malgré tout, loin de la décevoir, cette révélation renforça sa vocation. Si c’était impossible avec les chères libellulidés de son enfance, elle le ferait, passionnément, auprès du genre humain.
Portée par cette conviction, elle réussit de brillantes études, obtint sa spécialisation et après quelques années de remplacement, s’installa en libéral dans le cabinet d’un médecin bien implanté et maintenant retraité où la patientèle, méfiante à son arrivée, semblait dorénavant totalement acquise à la jeune femme. Pour obtenir ce résultat, Muriel avait pris le temps de les écouter et de les comprendre, ces familles plus ou moins jeunes qui, du 1er janvier au 31 décembre, se déshabillaient devant elles, physiquement ou psychologiquement. Le collège à côté du cabinet avait, en effet, favorisé la venue de nombreux professeurs qui confondaient pour certains, médecine générale et analyse psychologique.
C’était le cas, par exemple, de madame Chéret, professeur de français, souffre-douleur de ses classes comme de ses collègues. Chaque semaine, tel un rituel et malgré l’avis de consultation externe spécialisée émis par Martin, l’enseignante sous-pression s’épanchait sur la chaise peu confortable du médecin généraliste au lieu de s’allonger, à quelques encablures, sur le divan d’un psychiatre de renom. La jeune praticienne, d’une nature généreuse, ne parvenait pas à refuser la patiente dépressive. C’est pourquoi elle écoutait sagement les desiderata de celle-ci, chaque mardi à 14 heures précises.
Cependant, ce jour-là, Chéret n’était pas assise dans la salle d’attente lorsque Muriel s’y rendit pour la recevoir. À sa place se tenait un très bel homme qu’elle n’avait encore jamais vu. Un peu surprise d’éprouver pour ce patient des considérations esthétiques inappropriées, elle se reprit rapidement en l’invitant à entrer dans son cabinet.
Quelques secondes plus tard, l’homme, entre deux quintes de toux, se plaignait d’une douleur intense à la gorge comme d’une rougeur au tibia. Après les questions d’usage destinées au dossier médical, elle l’ausculta puis, tandis qu’elle rédigeait son ordonnance, le docteur Martin apprit que le beau brun partait 48 heures plus tard en Inde. Ce voyage c’était son rêve, lui confia-t-il d’un air taciturne. Un rêve maussade alors, se dit-elle avant de le rassurer, tout sourire, sur le caractère bénin de sa rhinopharyngite.
Pourquoi, la prescription à peine remise, le dénommé Alexis Chevallier quitta précipitamment le cabinet, sans même dire au revoir ? Elle ne le comprit pas. Cependant, pour la première fois, le médecin en fut troublé et légèrement vexé. L’espace de deux secondes.
Dans la salle d’attente, entre deux patients, une violente dispute éclatait.

Retrouvez la suite : 2/7 – 3/74/75/76/7 – 7/7

IRANORAMA

Vous avez sûrement entendu parler des « webdocumentaires », ces nouvelles formes de journalisme interactif et immersif qui se développent sur la toile.

J’ai aimé Iranorama, un webdoc réalisé à l’occasion de l’élection présidentielle en Iran en juin 2013. Créé par le journaliste Yann Buxeda (pour France 24), ce webdoc se situe entre le reportage, la BD et le jeu vidéo.

Une vraie découverte !

En incarnant un héro-journaliste, on embarque dans une aventure au cœur de Téhéran et de ses enjeux : le système politique, le nucléaire, le pétrole ou encore les fêtes de la jeunesse iranienne…

Iranorama

Les informations s’intègrent à un scénario que l’on découvre à sa guise. L’écriture est originale et personnelle, et permet de marier le réalisme journalistique à la BD.

N’hésitez pas, plongez-y !

Relevant de la même approche hybride, on vous a présenté la semaine dernière la Revue dessinée, revue française (trimestrielle) de reportages et d’enquêtes en bande dessinée sur des questions ou des thèmes d’actualité.

Avec autant de créativité, le journalisme a du ressort… et de beaux jours devant lui. Voilà une bonne matière à réflexion pour les journalistes de Libé… et pour tous les autres.

A demain,

Matteo

The Holy Book of Password

Pour ceux qui ne connaissent pas, LinkedIn est l’un des premiers réseaux en ligne de professionnels. Fondé en 2003, il est utilisé à ce jour par plus de 200 millions de membres dans le monde, issus de 170 secteurs d’activités différents.

L’entreprise Nord-Américaine (qui a même commencé avant Facebook!) connaît un succès sans faille, jusqu’au piratage de son infrastructure durant l’été 2012. LinkedIn laisse fuiter plus de 4,7 millions de mots de passe d’utilisateurs, visibles par ordre alphabétique !

L’artiste allemand Aram Bartholl, qui aime beaucoup détourner les objets technologiques, a décidé d’en faire un livre : The Holy Book of Passwords (Le Livre Sacré des Mots de Passe) reproduit ces 4,7 millions de mots de passe.

En 8 volumes.

Avec humour, l’auteur contribue à rendre visible ce qui ne devrait pas l’être : la faille informatique devient une oeuvre d’art !

Et nous rappelle que la sécurité informatique et la vie privée ne pèsent parfois pas très lourds dans nos priorités du moment…

The-Holy-Book-of-Password

The-Holy-Book-of-Password

The-Holy-Book-of-Password

Et pour les adeptes de littérature conceptuelle (très conceptuelle), redécouvrez le Blah Blah Blah Book, tout aussi original. Qui n’existe qu’au format papier : le conceptuel exige de la cohérence !

A demain,

Matteo

 

Pascaline

Ce jeudi, c’est Marie Lacroix-Pesce – alias Pascaline –, lauréate du Prix Automne 2013 avec son poème La pute, qui a répondu à nos questions. Elle nous parle bien sûr de son écriture, mais aussi du pouvoir de l’amour, de son frère artiste peintre et de Saint-Exupéry.

C : Bonjour Marie ! Pouvez-vous nous dire comment vous en êtes arrivée à l’écriture ?
M : J’aime les mots car ce sont des passerelles vers ailleurs, j’aime qu’ils expriment l’essentiel avec fulgurance, avec rythme, qu’ils soient porteurs d’émotions et vivent de manière presque charnelle.
J’ai beaucoup écrit quand j’étais en activité, mais j’écrivais pour les autres : quand il y avait une manifestation, une fête, on me demandait « Marie tu peux nous préparer un poème, un discours, un petit truc marrant ? ». J’apprécie l’humour, cette grimace qui magnifie l’absurdité des choses. J’écrivais pour mon entourage, mais aussi pour mes élèves… On a beaucoup écrit ensemble et j’ai d’ailleurs gardé tout un stock de lettres d’amour pleines d’innocence, de naïveté, de tendresse. Jusqu’à ce que finalement je commence à écrire pour moi. J’ai écrit mon premier livre en 2011, Le syndrome dépressif qui a tué mon fils (éd. Bénévent), dans lequel j’ai écrit tout ce qu’il m’a été impossible d’exprimer le jour des obsèques de mon fils.

C : Quels sont les sujets qui vous inspirent ?
M : Mon inspiration est très diverse et je peux rester 2-3 jours sans toucher l’ordinateur – machine à la fois infernale et magnifique, que mes petits-enfants m’ont poussée à adopter : c’est formidable pour écrire, mais il faut savoir s’en servir avec discernement !
C’est souvent l’actualité qui m’interpelle, ou quelque chose qui s’est passé autour de moi, ou qui a touché quelqu’un que j’aime, que j’apprécie. Ou encore quand quelque chose du passé me revient tout à coup en mémoire. Je m’indigne souvent, je déteste les dogmes, la cruauté, l’injustice et disons, excusez le mot, la connerie ambiante qui adule la médiocrité et se laisse manipuler par le pouvoir de l’argent. Le seul pouvoir qui peut me faire rendre les armes, c’est le pouvoir de l’amour. Comme le disait le Petit Prince de Saint-Exupéry : « on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ».
Parfois, il suffit qu’un mot ou une phrase fasse jaillir en moi une émotion et pof ! j’écris. Je ne transpire pas devant la page, j’écris avec beaucoup de facilité : je prépare une soupe et tout d’un coup, je me mets à écrire quelque chose et je la laisse brûler. Ce sont des flashes, des images, des émotions… Je vois les mots un peu comme on voit un tableau et en cela j’ai un lien fort avec mon frère, René Lacroix, artiste peintre. Il peignait comme j’écris, ou bien j’écris comme il peignait…

C : On retrouve d’ailleurs ce lien dans vos recueils…
M : C’est exact. Mes livres édités chez Tacmotifs à Grasse, sont illustrés par des originaux de mon frère. Le chat vert contient 54 poèmes insolents, qui se dégustent avec gourmandise, et également les 12 derniers croquis de René Lacroix. Rue du château présente des récits authentiques qui racontent avec pudeur, tendresse et sincérité, des moments de vie ayant un lien avec cette rue, qui s’étire tout en haut du village de Bairols. Les couleurs du coquelicot offrent au lecteur, un bouquet d’histoires, teintées des fragilités de la vie.

C : Y a-t-il des auteurs qui vous ont particulièrement marqué ?
M : J’ai énormément lu étant ado. J’oubliais souvent de faire mes devoirs, je dévorais tout ce qui pouvait me tomber sous la main. Ça pouvait aussi bien être Alfred de Musset que Alexandre Dumas, ou encore le journal local. J’avais une espèce de boulimie de lecture… et après j’ai plutôt eu une boulimie de vie.
Maintenant je lis très peu, je préfère écrire, penser, rêver. J’attrape au vol des petites phrases ou des petits mots qui me plaisent. J’aime bien lire des textes sur short Edition, j’apprécie leur côté « court » et je trouve de temps en temps quelque chose qui me plaît. Je suis heureuse aussi de découvrir les commentaires sensés, sensibles ou pleins d’esprit que laissent certaines personnes.

C : Que vous a apporté cette expérience sur Short Edition ?
M : J’ai déposé certains de mes textes sur Short Edition car les textes courts sont privilégiés et ça m’a donné envie de participer. J’écris essentiellement de la poésie ou des nouvelles, mais les romans ce n’est pas mon truc : le délayage, les longues descriptions m’ennuient un peu, très vite la plume me tombe des mains. J’aime aller à l’essentiel, rester sur la fulgurance des émotions. Chaque fois que je commence un roman, il se termine en nouvelle plus ou moins longue !
Etre lue et plébiscitée par des inconnus qui goûtent la qualité de mes textes m’encourage à continuer… J’aime aussi le fait qu’il y ait les petites bandes dessinées de qualité. J’ai adoré dernièrement Rencontre entre poètes de Philgreff qui résumait en quelques traits de dessin la poésie, la culture, le dessin… C’est excellent.

Miniature Mongole

Pour s’évader en février, plongez-vous dans les Nouvelles Orientales de Marguerite Yourcenar (1903-1987).

Cette grande écrivaine francophone est la première femme à intégrer l’Académie française en 1980. Son éducation humaniste et ses nombreux voyages la poussent tôt à s’intéresser à la sagesse orientale.

De la Chine à la Grèce, en passant par les Balkans, découvrez le destin de personnages légendaires, faits de passions et de sagesse : Wang-Fô, le peintre des présages, le Prince Genghi et sa dernière maîtresse déçue, l’homme ensorcelé par les Néréides, ou la déesse Kâli qui rode à travers l’Inde…

Ces contes sont aussi brefs qu’intenses ! Et leurs enseignements en font des fables poétiques.

L’esthétique oscille entre le rêve et le mythe, et la langue invite au dépaysement… Un voyage à ne pas manquer.

Marguerite Yourcenar

A demain,

Matteo

–> Nouvelles Orientales, Gallimard, 168 p., 7€90

616561-comeprima

Je pourrais vous rappeler que l’album Mauvais genre (Voldman, Virgili, Cruchaudet, éditions Delcourt/Mirages, 18€95) qui raconte l’histoire d’un soldat qui se travestit pour déserter pendant la Grande Guerre, a remporté le Prix du public, organisé par Cultura et permettant aux lecteurs internautes de voter. 

Et que c’est l’album Come prima (Maxime Deroulen, Alfred, éditions Delcourt, 25€90) qui a remporté le prix du jury, le Fauve d’Or de ce 41ème Festival. J’adore le trait… Mais on en reparlera. 

Oui, je pourrais détailler ces infos majeures… mais je préfère – après mon bref raid à Angoulême – vous interroger sur un phénomène qui fait toujours jaillir dans mon cerveau fragile une interrogation sans réponse : la dédicace !

Pourquoi, pour qui, pour quoi… accepter de passer plusieurs heures à attendre, sans siège (le plus souvent… même s’il y a quelques gars prévoyants) dans une file d’attente qui avance à la vitesse d’un escargot fatigué et gréviste ce moment et cette signature… ?

De salon en festival et de festival en foire du livre ou de la BD, la chose m’est totalement incompréhensible. Suis-je anormal ?

A demain,

Matteo

> Les deux albums n’existent qu’au format papier… alors que la Revue dessinée, dont je vous ai parlé dimanche, existe en format iPad à 3€90 au lieu de 15€… ça fait un petit écart !

Nicolas Gorodetzky

Nout (5/5), Nicolas Gorodetzky

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé des épisodes précédents : Un jeune étudiant en médecine, faisant son stage au Caire, tente de soigner un vieil homme, Salah, victime d’une forte infection rénale. Alors que son diagnostic était très sombre, Salah guérit en trois jours. Pour remercier le médecin en devenir, il lui donne Nout : un chat mystérieux, traversant les âges, qui a le don d’exaucer un vœu, qu’il soit conscient ou non, si celui-ci est très fort. Peu convaincu, le jeune médecin l’adopte malgré tout et revient en France avec Nout.

Retrouvez l’épisode précédent : 1/5 – 2/5 – 3/5 – 4/5

Episode 5
Valentine

Je m’avançai dans le salon dont il ne restait que le montant métallique de la porte. J’avais envie de tousser à cause des fumées âcres qui montaient du sol. Je parcourus toutes les pièces, mais dans aucune d’elles je ne trouvais trace de Valentine.
C’est alors qu’il me sembla voir une forme, à quelques mètres devant moi. Je pensai tout d’abord qu’il s’agissait d’une hallucination après ce choc et cette nuit blanche, mais parmi les volutes de fumée, j’aperçus Nout…
Et il me regardait immobile.

J’avançai de quelques pas et j’eus un coup au cœur, car c’était bien lui !
Je me dirigeai alors droit sur lui, incrédule. Il était assis sur son train arrière et me contemplait de ses yeux plus bleu-vert que jamais. Je n’étais plus qu’à deux mètres de lui quand j’aperçus à ses pieds un trou d’un mètre de long sur cinquante centimètres de large.
Alors que j’allais saisir Nout dans mes bras, il se leva subitement et se précipita d’un bond dans le trou, la tête la première.
Pris d’un espoir insensé, je me mis à crier :
— Venez vite ! Par ici, à l’aide !…

Tout le monde se précipita.
Le trou fut agrandi et une échelle y fut descendue.
Le trou faisait alors deux mètres de profondeur et s’enfonçait en un petit boyau qui aboutissait dans une excavation creusée à même le rocher.

Elle était là ! Couchée sur le sol humide.

Descendu derrière le premier pompier, je la pris dans mes bras. Elle était inerte, mais son cœur battait ; ses pulsations étaient lentes et régulières.
Elle semblait dormir.
En quelques minutes, elle fut ramenée à l’air libre. Allongée sur un brancard un masque à oxygène sur le nez, je sentis qu’elle revenait doucement parmi nous.
L’instant de stupeur et de soulagement passé, je me mis à réfléchir : Comment ce trou avait-il pu se créer ? Cette maison avait-elle été construite sur une grotte, sans que jamais personne ne le sache ? Arrivé à ce stade de mes pensées, je sursautai :
— Nout !
Je me dirigeai de nouveau vers les décombres, mais nous eûmes beau chercher, le chat avait disparu.
D’ailleurs, en y repensant, je ne me rappelais pas l’avoir vu dans la grotte. Pourtant je l’ai bien vu y entrer pour me montrer le chemin ; et puis, le boyau ne possédait aucune sortie !
Personne ne devait le revoir.

Je revins vers Valentine. Elle respirait normalement et l’appareil d’oxymétrie qu’on lui avait mis au bout du doigt montrait des constantes normales, elle ne semblait même pas avoir inhalé de fumée.
Je lui enlevai le masque à oxygène et lui tapotai la joue.

— Tu m’entends ? Ça va, tout est fini…
Elle me répondit si doucement que je dus me pencher vers elle et tendre l’oreille. C’était un bon début :
— J’ai mal à la tête ! Mais qu’est-ce qui s’est passé ?
Ses paupières commençaient à s’entrouvrir, elle se réveillait.

J’allais lui répondre, mais m’arrêtais, stupéfait, lorsque je vis ses yeux… Ce n’étaient pas les yeux noisette de Valentine que je lui connaissais si bien qui me regardaient, mais deux pupilles bleu-vert, partagées en deux par une coulée d’un noir profond. Des yeux merveilleux, pleins de bonté, de douceur et de soleil.

Un long, très long frisson parcourut mon échine, et pour toute réponse, je ne pus lui offrir qu’un sourire.