Archives for the month of: février, 2014

Top départ !

Ça y est, la finale du Grand Prix du Court Printemps 14 a débuté aujourd’hui à 17 h 00 !

Les finalistes ont été informés par mail, ou le seront si ce n’est pas encore fait.

Les compteurs ont été remis à zéro, et on repart pour une course littéraire…  Jusqu’au 21 mars, 16 h 59.

Si votre oeuvre en fait partie, mobilisez vos forces vives, croisez les doigts… et croyez en votre talent. Si vous êtes un lecteur attentif de Short Edition, profitez-en pour vous faire un avis… et le donner !

Pour rappel, 1 oeuvre lauréate par catégorie sera élue par les internautes, et 5 à 7 oeuvres (toujours par catégorie) seront choisies par les grands lecteurs du Comité éditorial…

A demain,

Matteo

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L’interview du jeudi est, cette semaine, une série d’interviews réalisées [ pour Short Edition ] par le journal Le Monde.

Je m’explique…

Une amie du blog m’a fait passer le lien avec un article du Monde qui publie des témoignages de lecteurs sur le thème « Vous lisez sur smartphone, témoignez ». Amusant. Et très instructif sur l’évolution du monde. Il y en a 11 (choisis parmi plusieurs dizaines). Voici quelques extraits de 3 d’entre eux (choisis parmi les 11).

Tristan, 25 ans, gérant d’une agence de communication : « Les smartphones et tablettes m’ont simplement permis de lire. Auparavant, je n’avais pas l’envie de lire, c’était pour moi une « épreuve » de prendre un livre et de l’ouvrir. Maintenant, je me sens capable de lire et cela m’a permis de relire des classiques de la littérature mais aussi des œuvres modernes. Cependant, je n’achète pas de livre (…) par contre, j’achète les livres une fois lu en version physique. Ca a au moins l’avantage de relier le numérique à la vie réelle ! (…) »

Marie, 32 ans (dont on ne connaît pas le métier) : « Je lis sur smartphone depuis cinq ans. C’est plus simple et plus léger que d’avoir des livres en papier dans son sac à main. De plus, on trouve sur les librairies électroniques des livres qu’il est difficile de se procurer en version papier. C’est tellement addictif que j’ai arrêté de lire des livres papier. (…) »

Agathe, productrice-auteure (dont on ne connaît pas l’âge) : « J’aime les livres, j’ai toujours beaucoup aimé les livres, mais mon smartphone et ma tablette m’ont permis d’élargir le champ de mes lectures au quotidien. Je peux lire alors que je n’ai qu’une main de disponible (dans un métro surchargé ou en me brossant les dents) ou dans le noir alors que j’ai éteint la lumière de ma chambre pour que mon compagnon puisse dormir et que je devrais faire de même. (…) »

Et si vous voulez, l’oeuvre intégrale des 11 témoignages, c’est par là que ça (se) passe. Ce n’est pas du temps perdu… Très instructif pour comprendre comment les nouvelles pratiques sont vues et vécues.

A demain,

Matteo

 

Anne de Bretagne, vous connaissez ? De nom au moins… et seulement !

L’Association des écrivains bretons (AEB) propose aux écrivains du monde entier, ceux de Bretagne mais ceux d’ailleurs aussi, d’écrire ou de réécrire son histoire, sur le thème « Anne de Bretagne au cœur du nouveau millénaire. Comment, de nos jours, la Duchesse Anne de Bretagne serait-elle perçue par chacun de nous ? ».

Comme on aime bien les Bretons (dont on pensait qu’ils avaient des chapeaux ronds)… et qu’on a peur de voir débouler dans notre bureau un détachement de bonnets rouges remontés comme des coucous suisses, on a décidé de vous en parler !

Jeune fille érudite, Anne a reçu une éducation fort savante dans le domaine des lettres et des arts. Épouse du roi Charles VIII, puis du nouveau roi de France Louis XII, la duchesse de Bretagne et deux fois reine de France est une grande figure régionale et nationale ayant permis l’union entre le Duché de Bretagne et le Royaume de France. Connue pour sa bonté et sa compassion envers son peuple, elle a également encouragé les Lettres et les Arts dans le Royaume. Parmi les nombreux artistes qu’elle a soutenus, il faut retenir Jean Marot (papa du célèbre poète Clément Marot) qui fut « son » poète en titre et le sculpteur Michel Colombe, papa du statuaire du tombeau des parents d’Anne de Bretagne (le duc François II de Bretagne et son épouse Marguerite de Foix) dans la cathédrale de Nantes.

L’oeuvre doit être rendue avant le mercredi 30 avril 2014, minuit. La participation est gratuite mais limitée à un texte par auteur. Lisez le règlement sur le site de l’Association des écrivains bretons, c’est par ici

Et vive la Bretagne… !

A demain,

Matteo

Effets secondaires (3/7), Elodie Torrente

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé de l’épisode précédent : Muriel Martin, jeune médecin généraliste, empathique et enjoué, est installée depuis trois ans en libéral dans un village de l‘Ile de France. Elle vient de sauver un bébé avaleur d’aimant quand, en lieu et place de Mme Chéret, professeur dépressif, elle reçoit la visite d’un patient troublant. Avant que des cris éclatent dans la salle d’attente… 

Retrouvez les épisodes précédents : 1/7 – 2/7

Episode 3
Dépression

Alexis Chevallier rentra d’Inde encore plus mal en point qu’à son départ. Non seulement sa tache sur le tibia comme sa toux avaient empiré mais pire que tout, alors qu’il ne s’était pas cogné lors de son voyage, il avait mal à une cheville et à l’épaule droite. Aussi, à peine eut-il déposé ses bagages chez lui qu’il se rendit au cabinet du docteur Martin. Non qu’il ait particulièrement confiance en ce médecin, mais cinq semaines auparavant elle l’avait reçu rapidement et sans rendez-vous. Et puis, elle était belle. Ce qui n’était pas négligeable pour ce célibataire à la recherche d’une âme sœur. À 35 ans, il ne rêvait plus vraiment même s’il fantasmait toujours. En Inde, il avait souvent imaginé la belle dans des positions peu conventionnelles.

Pour autant, ce fut bien sa mauvaise santé qui le précipita au cabinet médical du 6 rue des Alouettes en ce jour de juillet. Mais il trouva porte close. Un écriteau informait les patients de l’arrêt des consultations pendant une durée indéterminée. Les faits récents ayant contraint le médecin à stopper momentanément son activité. Alexis en fut pantois. Qui allait-il consulter ? Il ne connaissait aucun autre généraliste dans ce bled paumé. C’était maintenant elle son médecin traitant. Il fallait qu’elle l’examine, absolument. Il nota le numéro de téléphone du secrétariat afin de s’enquérir auprès d’eux sinon de la date de reprise des consultations au cabinet, du moins de la possibilité d’être visité à domicile par le joli toubib. Son téléphone portable oublié à l’appartement, il se hâta de rentrer, toussant et claudiquant, étrangement inquiet de ne pas revoir la charmante praticienne.

De son côté, Muriel, ne sortait plus de chez elle. Depuis qu’une bombe défectueuse avait été déposée dans sa salle d’attente, ne provoquant que de faibles dégâts dans le cabinet, la jeune femme vivait recluse, loin de ce village où elle s’était pourtant sentie acceptée. Elle venait pour les soigner, s’était crue appréciée, en sécurité et visiblement une ou plusieurs personnes voulaient la tuer. C’est en tout cas ce que semblait penser le Commissaire Prigent qui enquêtait sur l’affaire, plutôt énergiquement, à en croire les convocations reçues par la plupart des patients du docteur. Pourtant, il n’avançait pas plus que s’il avait joué la carte de l’immobilisme. D’après les dépositions enregistrées, tous aimaient le docteur Martin. Et ceux qui l’aimaient moins avaient des alibis irréfutables. La bombe du toubib, comme on l’appelait dans le coin, n’avait, pour le moment, pas le moindre suspect digne de ce nom. Le fonctionnaire de police en était déconfit tandis que Muriel se désintéressait de l’enquête, préoccupée par son éminent besoin de sortir faire des courses dans ce village qui avait souhaité sa mort. Depuis l’évènement, elle avait eu sa mère à la maison pour s’occuper du quotidien et l’aider à surmonter sa peur. Mais celle-ci partie, elle devait affronter les autres et leurs regards condescendants, curieux ou implorants. Le commissaire, croyant l’aider, lui avait souvent dit que son professionnalisme manquait à tous. Ce qui la tétanisait. Elle était médecin et n’avait plus confiance en l’être humain. Dès lors, comment le soigner ? Malgré l’angoisse qui montait en elle, Muriel enclencha la première vitesse de sa Clio pour se rendre dans le bourg, à la boulangerie, à l’épicerie et, si elle avait le courage d’affronter d’autres rencontres, chez le boucher. Elle prit machinalement la route qui menait à son cabinet et ce n’est que lorsqu’elle parvint à l’entrée de la rue des Alouettes qu’elle eut conscience de son acte manqué. Elle freina pour faire marche arrière quand elle vit une personne devant le numéro 6. Elle resta un instant à l’observer avant de sentir une chaleur l’envahir. Cet homme au loin, elle le reconnaissait. C’était le bel Alexis Chevallier qui, maintenant, boitait.

Retrouvez la suite : 4/75/76/7 – 7/7

Dimanche, à 17 h 30 à La loge (Paris 11), il y a Tête de lecture, le spectacle de lecture à voix haute de Yves Heck (qui est aussi une des voix des Podcast du court). Short Edition vous l’annonce déjà depuis 2 jours en page d’accueil (c’est l’encadré d’à côté !).

Et dans Tête de lecture, il y a un auteur Short Edition dont l’oeuvre courte est lue parmi les auteurs classiques et contemporains mis à l’honneur.

Et, la nouvelle d’hier c’est que Libé aussi annonce Tête de lecture.

Alors on reprend l’annonce et on la diffuse, pour faire marcher le tam-tam… qu’on entend de beaucoup plus loin quand il est épaulé par une grosse caisse !

A demain,

Matteo

Lettre à la mère - Mazen Kerbaj

Mazen Kerbaj est un artiste libanais qui vit à Beyrouth. Musicien accompli, il a publié de nombreux livres dont Lettre à la mère, un recueil de fragments personnels, poèmes illustrés et BD.

La mère, c’est Beyrouth, une ville meurtrie par la guerre civile qu’il aime autant qu’il hait. Kerbaj la célèbre avec nostalgie, dans une recherche graphique toujours plus poussée : peinture, dessins à l’encre, gravures, illustrations….

On découvre des récits courts et expérimentaux qui sont autant de nuances d’un vaste univers poétique !

Mazen Kerbaj

Mazen Kerbaj

L’auteur aborde des thèmes politiques  : l’impérialisme, la tyrannie du pétrole, la désillusion du Printemps Arabe ou les ruines de sa ville… et des thèmes plus intimes et réflexifs : le chagrin d’amour, la peur de la foule, l’espoir déçu, les gens qui parlent pour ne rien dire.

Mazen Kerbaj

Kerbaj réinvente le langage de la BD avec style remarquable, entre naïveté, ironie et engagement.

Un grand artiste !

Lettre à la mère

A demain,

Matteo

–> Lettre à la mère, Ed. Apocalypse, 144 p., 29€

Cette semaine, Cécilia Navarro nous a a accordé quelques minutes pour répondre à nos questions. Lauréate du Prix Régional Short Edition – Nice Matin avec Je t’ai vu ce matin, et plus récemment du Prix Orange Saint Valentin avec Eau sauvage, elle nous parle des artistes qui l’inspirent, de sa préférence pour le TTC et de rencontres.

Coralie : Bonjour Cécilia ! Peux-tu nous dire comment tu en es arrivée à l’écriture ?
Cécilia : J’ai commencé à écrire quand j’étais petite, ça me plaisait bien, c’étaient toujours mes rédactions qu’on lisait devant toute la classe. Depuis que je suis petite, j’ai un carnet dans la poche, dans lequel j’écris tout ce qui me passe par la tête. Avant Short Edition, je n’en parlais pas à mon entourage, ça restait dans mon carnet, dans ma poche ! Et même si ça me fait plaisir maintenant qu’on lise mes textes, j’ai eu du mal à en parler autour de moi. J’étais plutôt pudique, parce que je trouve qu’on se livre beaucoup quand on écrit. Pour moi l’écriture c’est permanent, parce que je note tous les jours des idées, ou je les dicte sur mon téléphone pendant mes 2h quotidiennes de trajet pour aller au boulot… Et quand j’ai un peu de temps, je regroupe tout ça !

C : Tu as fait partie des lauréats pour le Prix Orange Saint Valentin avec Eau sauvage : que retires-tu de cette expérience ?
Cécilia : J’aime bien les défis, il y a beaucoup de textes que j’ai écrits quand on m’a donné un sujet en me demandant d’en faire quelque chose. Pour Eau sauvage, je l’ai écrit dans la journée, mais sans y croire vraiment parce que je ne m’y connais pas trop en poésie. J’étais surprise d’être dans les lauréats !
Pour la remise de prix, c’était un peu « panique à bord », parce que je devais partir de Nice pour aller à Paris, mais je voulais vraiment venir. Quand j’étais allée au buffet littéraire organisé à Nice Matin en avril dernier, j’avais trouvé ça très sympa, et j’ai gardé plein de contacts avec des gens super. A Paris, c’était pareil, tout le monde était adorable, et j’ai encore une fois gardé plein de contacts.

C : As-tu des modèles littéraires ou des auteurs que tu apprécies particulièrement ?
Cécilia : Bizarrement, je n’ai pas une très grosse culture littéraire, mais j’adore Louis Lanher, Julien Blanc-Gras, et tout ce qui est moderne en général. La littérature classique n’est pas mon fort dans le sens où ça ne va pas être mon choix de lecture d’instinct. Je lis aussi beaucoup sur Short Edition, il y a des auteurs vraiment exceptionnels, j’attends avec impatience la publication de leurs œuvres.
Après j’ai plein de références dans la musique, pour moi ça se mélange un peu avec l’écriture, on y trouve beaucoup de choses qui sonnent très bien. C’est le cas de Fauve par exemple, je trouve que ce qu’ils font est formidable, ça m’inspire beaucoup.

C : Sur Short Edition, on ne connaît que des Très très courts : t’es-tu essayée à d’autres genres ?
Cécilia : En fait ça fait longtemps que je veux participer aux concours de nouvelles, mais j’ai toujours trouvé le nombre de signes trop long pour ce que je fais. Le Très très court est ce qui me plaît le plus… Après, comme tout le monde, j’ai plein de trucs dans mes tiroirs qui pourraient être plus longs, mais j’aime faire passer un maximum d’émotion avec un minimum de mots.
Les premiers textes que j’ai envoyés à Short Edition ont été refusés : ça m’a mis une petite claque, mais je me suis remise en question, j’ai plus travaillé mes textes suivants. Pour les trois derniers que j’ai écrits, j’ai passé beaucoup de temps à rechercher les bons mots, je voulais quelque chose qui sonne bien. Je t’ai vu ce matin, par exemple, c’est un texte que j’ai vraiment travaillé, et le fait d’être lauréate Short Edition – Nice Matin m’a encouragée à continuer dans cette voie. Pour Les dents de la mer, par contre, c’était plutôt un sujet pour rigoler !

C : Où trouves-tu ton inspiration ?
Cécilia : Je suis assez nostalgique, c’est un peu con de dire ça quand on a 30 ans, mais des fois je ressens des choses vraiment très fortes et j’ai besoin de les figer. Le fait de les écrire les fige, justement, et je peux ensuite passer à autre chose. J’ai beaucoup de mal à inventer, je peux broder autour d’un fait réel mais – sans dire que tout ce que j’écris est autobiographique – ça doit partir de quelque chose de ressenti.

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Si vous êtes en mal de poésie, (re)lisez Lettera Amorosa de René Char (1907-1988).

Ce poème illustré se découpe en courts paragraphes qui décrivent une sensation ou une émotion particulière. Les éléments naturels chers à la poésie lyrique se mêlent aux sentiments de deux amants.

Sans mièvrerie, Char nous donne accès à la pureté de la langue avec des images d’une grande finesse. Pour l’historien Paul Veyne, le texte va à l’essentiel : « du récit ne subsistent, séparées, que les parties vives ».

Je vous rassure, l’amour qu’il dépeint n’est pas torturé, mais plutôt réaliste et serein !

Le poème existe sous 2 versions : celle de 1952, intitulée « Guirlande Terrestre » et illustrée par Jean Arp, et la version revue de 1963, illustrée par George Braque (ci-dessous).

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1 poème, 2 versions, 11 ans et 36 pages ! … à lire dans l’ordre, ou dans le désordre.

« S’il n’y avait sur cette terre que nous, mon amour, nous serions sans complices et sans alliés. Avant-coureurs candides ou survivants hébétés ».

A demain,

Matteo

> Lettera Amorosa, Nrf Poésie/Gallimard, 36p., 7€

Effets secondaires (2/7), Elodie Torrente

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé de l’épisode précédent : Muriel Martin, jeune médecin généraliste, empathique et enjoué, est installée depuis trois ans en libéral dans un village de l‘Ile de France. Elle vient de sauver un bébé avaleur d’aimant quand, en lieu et place de Mme Chéret, professeur dépressif, elle reçoit la visite d’un patient troublant. Avant que des cris éclatent dans la salle d’attente… 

Retrouvez l’épisode précédent : 1/7

Episode 2
Nervosité

Nadine Chéret se raidit face à la furie qui l’invectivait, lui postillonnant sa haine au visage. Comment avait-elle pu, cette professeure minable faire virer sa fille du collège ! Qui était-elle pour gâcher ainsi l’avenir de Lucie ?! Certes, la jeune fille n’avait rien d’une bonne élève, mais tout de même ! La renvoyer définitivement à 16 ans alors que l’école n’est plus obligatoire, avec le chômage qui régnait en maître, se rendait-elle bien compte, la mégère de l’éducation nationale, ce que ça présageait pour sa chère Lucie ? Hein, connasse, tu le sais, hurlait-elle en attrapant le professeur par le col, quand Muriel surgit dans la salle d’attente.
— Voyons, madame Lebrun ! Lâchez madame Chéret ! Et calmez-vous !
— Quoi, me calmer ? Ne me dites pas que vous êtes de son côté, docteur ?
— Il ne s’agit pas de ça, répondit froidement le médecin. Vous êtes dans un cabinet médical. Il y a des malades. Madame Chéret en fait partie.
— Vous êtes de son côté. J’en étais sûre. Ça ne m’étonne pas. Allez viens, Lucie. On s’en va. On ira consulter à L’Isle Adam. Le docteur Saunier est bien plus expérimenté de toute façon, claironna la mère avant d’ouvrir la porte puis de la claquer violemment.
Muriel ne put empêcher un rictus de quelques millisecondes. Être débarrassé de Lebrun, c’était déjà une aubaine mais là, elle tenait enfin l’occasion d’envoyer Chéret chez son confrère psychiatre. Elle s’excusa de son retard auprès des autres patients, puis après l’avoir prise par le bras et soulevée de sa chaise, elle fit entrer Monique Chéret, tremblante et alarmée. Elle l’installa puis rédigea une recommandation à l’attention du docteur Müller tout en expliquant à la patiente assise devant elle, l’objet de sa missive.
Après quelques secondes passées à se moucher bruyamment, Chéret, choquée, approuva par un hochement de la tête quand la praticienne lui proposa de prendre le rendez-vous tout de suite. Muriel décrocha son téléphone, nota la date et l’heure transmise par le secrétariat du psychiatre, raccrocha puis donna ordonnance, horaire et coordonnées de Müller à celle qui, déconfite, se laissa raccompagner docilement jusqu’à la porte.
Lorsqu’elle referma derrière sa patiente, l’image d’Alexis Chevallier lui apparut. Il était vraiment beau ce rhinopharyngé. Combien de temps partait-il en Inde, se demanda-t-elle avant de se tancer mentalement « Non, mais n’importe quoi, Muriel ! Un patient ! Et la déontologie dans tout ça ? N’y pense même pas ! Allez ! Au malade suivant, au lieu de fantasmer bêtement ! ». Cependant, alors qu’elle se rendait dans la salle d’attente, son téléphone retentit.
C’était le secrétariat. Monsieur Bertin avait appelé pour demander au médecin de lui faire une ordonnance d’antibiotiques. Il partait en Espagne. C’était au cas où. Il ne pouvait pas passer la chercher. Il proposait qu’elle aille chez lui en rentrant ce soir pour la lui déposer. Le patient a précisé que c’était urgent, dit d’une voix monocorde celle qui, ce jour-là, était chargée de traiter les appels pour le docteur Martin. Urgent ? Des antibiotiques au cas où ? Chez lui ? Encore un qui ne manquait pas de culot ! Muriel garda ses réflexions pour elle puis, souriante, raccrocha. Après tout, ils sont tellement nombreux ces patients qui considèrent leur médecin comme un épicier. Peut-être d’ailleurs que le prochain, celui qui attendait depuis une heure dans la salle d’attente, venait pour un mal qui pourrait survenir le week-end prochain ? À moins que ce ne soit une mère qui réponde à la place de son adolescent sur l’intensité de la douleur ressentie par sa progéniture ? Ou une personne en bonne santé qui attend d’être à la porte pour avouer que, oui, docteur, j’ai des démangeaisons intenses au pubis. Elle n’aurait su le dire au moment de se rendre dans la salle d’attente. D’ailleurs peu lui importait. Depuis trois ans et demi en libéral, elle avait fini par ne plus s’agacer de ces pertes de temps, comprenant qu’un malade est, par définition, un être souffrant qui ne partage pas sa douleur. C’est pourquoi, elle s’était astreinte à devenir une véritable enquêtrice, à la recherche de ce que lui cachaient certains de ses visiteurs pourtant venus initialement lui demander son aide. Comme ce fut le cas des patients suivants. L’un se plaignit pour rien, l’autre dissimula trop. Le troisième enfin fut réaliste. De la fièvre, des douleurs abdominales, une mine déconfite. Il fallait bien des maladies palpables de temps en temps, pensa-t-elle, en quittant le cabinet. Avant qu’une terrible explosion ne déchire le silence.

Retrouvez la suite : 3/74/75/76/7 – 7/7

La RATP sait que celui qui veut faire long doit annoncer la couleur.

Métro Lamarck-Caulaincourt, un sympathique avertissement… et, en face, un ascenseur. J’ai quand même joué l’escalier, à la montée et à la descente, il a du caractère… Et on est content de voir la fin de la série des 112 marches, surtout à la montée. Un bon petit entrainement à faire tous les jours, matin, midi, midi et soir avant de se lancer dans les 1 665 marches de la Tour Eiffel.

Je vous le recommande donc…!

A demain,

Matteo