Archives for the month of: janvier, 2014

Je pars à Angoulême demain… et je vous livre le gentil mail que j’ai reçu hier.

In extenso et illico presto !

« Bonjour Mattéo

Avec le festival d’Angoulême, tous les magazines se sont mis à l’heure de la BD, Télérama, etc.

Pour ma part, je viens d’acheter le hors-série d’Arts Magazine consacré aux rapports entre Art et BD qui évoque en particulier les incursions dans la BD de Picasso, Dali, Max Ernst Bathus… mais aussi l’inverse (peintures de Hergé, de Marjane Satrapi l’auteur de Persépolis…), et les premières bandes dessinées médiévales auxquelles la BNF consacre une expo.

Dans ce numéro vraiment intéressant, il y aurait de quoi alimenter ton mot quotidien pendant une semaine.  Vois la couverture. 

images

 Bises,

Marie-Cécile »

Et j’ai acheté aujourd’hui le supplément en question. Je vous en parle la semaine prochaine, promis. Mais je ne suis pas sûr de pouvoir aller visiter l’expo de la BNF… On verra !

A demain,

Matteo

 

 

Albanne Riboni

Aujourd’hui Albanne Riboni a déchaussé les skis pour répondre à nos questions. Lauréate du Grand Prix du Court Hiver 14 avec sa nouvelle Gynoïde, elle nous confie avoir commencé à écrire pour sa fille, pour ne plus s’arrêter ensuite. Elle revient aussi sur son attrait pour Paris, et pour Saint-Exupéry.

C : Bonjour Albanne ! Pouvez-vous nous dire comment vous en êtes arrivée à l’écriture ?
A : Je lis énormément, et ce depuis toujours. A la naissance de ma première fille, il y a douze ans, je lui ai écrit beaucoup d’histoires… Et j’ai continué comme ça, pour nous : mes deux enfants restaient mes seuls lecteurs, ou en tout cas c’est toujours resté dans le cercle familial. Il y a quelques années, j’ai fait un concours de nouvelles dans ma ville, que j’ai gagné : ça m’a donné confiance, et j’ai osé montrer un peu plus ce que j’écrivais.

C : Alors vous avez continué les concours ?
A : Oui. Je trouve l’écriture plus intéressante quand il y a un thème imposé : ça permet de sortir un peu des sujets qu’on a l’habitude de traiter, ou qu’on a déjà en tête. Ça permet d’élargir son champ d’idées. J’aime particulièrement l’idée de partir d’une photo : on peut ensuite lire les différents textes qui ont été produits, et c’est assez marrant de voir comme chacun interprète différemment la même chose !

C : Et qu’en est-il de votre Nouvelle Gynoïde, lauréate du Grand Prix du Court Hiver 14 ?
A : Déjà, j’aime bien écrire sur les femmes, c’est plus facile pour moi, aussi de par ma sensibilité. Mais, même si on n’en a pas l’impression, c’était Paris qui était le point de départ… Le personnage de Mireille est apparu après le lieu.
L’idée m’est venue un jour où mon mari avait un rendez-vous à Paris, justement sur la place Stravinsky, où Mireille a rendez-vous dans Gynoïde. Et comme j’ai habité plusieurs années dans Paris, c’est une ville dans laquelle il est facile pour moi de créer des histoires… et le lieu s’y prête aussi !

C : Ecrivez-vous plutôt d’un seul jet ou revenez-vous encore et encore sur vos œuvres ?
A : Avant d’écrire, mes nouvelles tournent dans ma tête… Et je pars souvent de la chute, avant même d’écrire la nouvelle. C’est un peu la base pour moi, la chute est un élément important de la nouvelle, il faut qu’elle soit un peu étonnante. Quand j’ai ma nouvelle en tête, j’y rajoute des éléments du quotidien que j’ai observés dans la journée, et tout ça prépare bien le travail d’écriture. Ensuite j’aime bien ensuite tout écrire en une fois, mais évidemment j’y reviens pour modifier des tournures de phrases, corriger des fautes ou des coquilles !

C : Est-ce qu’il y a des auteurs qui vous ont particulièrement marqué ?
A : J’aime beaucoup la concision d’Amélie Nothomb : elle n’écrit pas de longs livres, mais ils sont intenses. J’apprécie aussi les auteurs qui se permettent des folies comme Nadine Monfils. Elle a fait La petite fêlée aux allumettes par exemple : c’est assez fou, assez vite lu mais très étonnant ! Enfin, j’aime lire les nouvelles d’Eric Emmanuel Schmidt et la Provence de Peter Mayle.

C : Que retenez-vous de l’expérience de lauréate du Grand Prix du Court ?
A : De la confiance en moi, en mon écriture. D’abord, de rencontrer autant de lecteurs, de faire lire mon texte à autant de lecteurs. Les premiers jours de mon premier texte qui a été mis en ligne, c’était assez impressionnant et c’est une drôle de sensation. Et puis, la reconnaissance qui donne de l’envie et de l’énergie pour continuer à écrire.

C : Est-ce que vous auriez une citation à partager avec nous ?
A : Euh ça ne me vient pas… ! Mais pourtant j’en avais écrit une sur le mur de ma maison, qu’on avait aussi utilisé pour notre faire-part de mariage… C’était « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux », de Saint-Exupéry. C’est toujours beaucoup plus enrichissant de ne pas s’arrêter à la première impression qu’on a d’une personne, mais de creuser, trouver ce qui peut être invisible. Une notion à appliquer aux personnes mais aussi parfois à certains textes…

BD Rashômon

Rashômon est une bande-dessinée intriguante. Elle est l’adaptation de deux histoires courtes – Rashômon et Dans le fourré – écrites par le japonais Ryūnosuke Akutagawa (1892-1927).

Les deux récits mettent en scène Tajômaru, un ouvrier de Tokyo qui devient voleur pour survivre. Dans le second, il décide d’agresser un samouraï et sa femme. L’épouse perd son honneur, et le mari est tué.

Mais qui est vraiment le coupable ?

Dans le fourré a la particularité de raconter le meurtre sous trois angles différents : chacun des 3 protagonistes déclare l’avoir commis ! Se pose la question de la vérité, qui fait toujours l’objet d’une « vague inquiétude »*. 

L’histoire, vous l’aurez compris, est assez noire. L’adaptation du duo Mk. Deville et Philippe Nicloux est fidèle au texte, et le graphisme en noir et blanc joue avec l’illusion et l’imagination…

Rashômon - BD

Un détail : Rashômon est aussi connu pour la célèbre adaptation du cinéaste Kurosawa en 1951. Le film remporte un Oscar à Hollywood et un Lion d’Or à Venise, et fait découvrir le cinéma japonais en Occident !

Rashômon - film de 1951

A demain,

Matteo

–> Rashômon, Les Enfants Rouges, 138p., 28€ (il existe un volume 2)

* Les 2 mots « vague inquiétude » sont les derniers du livre, et ce sont aussi les derniers laissés par l’auteur Akutagawa avant de suicider en 1927… Un mystère !

Nout (4/5), Nicolas Gorodetzky

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé des épisodes précédents : Un jeune étudiant en médecine, faisant son stage au Caire, tente de soigner un vieil homme, Salah, victime d’une forte infection rénale. Alors que son diagnostic était très sombre, Salah guérit en trois jours. Pour remercier le médecin en devenir, il lui donne Nout : un chat mystérieux, traversant les âges, qui a le don d’exaucer un vœu, qu’il soit conscient ou non, si celui-ci est très fort. Peu convaincu, le jeune médecin l’adopte malgré tout et revient en France avec Nout.

Retrouvez l’épisode précédent : 1/5 – 2/5 – 3/5

Episode 4
Retour en France

Mon diplôme en poche et mon stage validé, je décidai de m’installer à côté de Perpignan, dans un village des Aspres.
Enfin, je m’étais lancé dans le grand bain…
Je trouvai une ravissante maison à flanc de colline, à la sortie sud du village, et intégrai un cabinet de groupe situé à trois rues de là. Nout, comme si de rien n’était, s’accommoda à son nouvel environnement, trouvant ses repères comme s’il avait toujours vécu là.
Mon activité de généraliste prit très vite de l’ampleur et quelques mois plus tard, enfin serein, je rencontrai Valentine.
Nous fûmes mariés avant même que je me rende compte de ce qui m’arrivait, mais il ne me serait pas venu à l’esprit de me plaindre tant j’étais persuadé d’avoir trouvé mon idéal.
Ma seule crainte au début fut que Nout ne se montrât jaloux de cette nouvelle présence dans la maison qui, la journée, lorsque je travaillais, lui appartenait tout entière. Il n’en fut rien car Nout adopta tout de suite Valentine, et vice-versa. Elle travaillait à Perpignan et rentrait en fin d’après-midi, alors que je finissais souvent tard. Quant à Nout, qui avait la garde de la maison et du jardin, il passait le plus clair de son temps à se prélasser au soleil.

Et les jours passèrent sans que rien ne vienne altérer notre bonheur.

Un soir pourtant, je reçus un appel d’un de mes malades coronariens du village de Sorède, qui se plaignait d’une gêne thoracique. Malgré la diffusion du match USAP – Stade Français à la télévision et l’orage violent qui s’abattait sur le pays, je me décidai à lui rendre visite…
Valentine dormait déjà et Nout ronronnait sur le canapé. Je quittai précipitamment la maison, oubliant d’éteindre la télé.
En réalité, mon patient avait seulement fait une grosse crise d’angoisse, si bien qu’une heure plus tard, j’étais sur le chemin du retour.
La pluie avait cessé.

Deux kilomètres avant le village, j’aperçus l’incendie.

Pris d’un sourd pressentiment, j’accélérai… Soudain, j’eus la certitude que ma maison était la proie de ces flammes.

Les pompiers n’avaient pas encore pu approcher du brasier tant la chaleur dégagée était grande. Je me précipitai, je courus comme un fou vers la première ligne de badauds, en cherchant Valentine du regard.
Je tirai violemment par la manche Martial, le chef des pompiers.

— Valentine, où est Valentine ? Avez-vous vu ma femme ? Est-elle dehors ?

Martial, lieutenant volontaire des sapeurs-pompiers, charcutier de son état et père de famille nombreuse, ne répondit pas et mit sa main sur mon épaule.
Il m’expliqua qu’elle n’avait pas pu sortir à temps et que les gens l’avaient entendue crier.
Atterré, c’est comme un somnambule que je me laissai entraîner par mes voisins.
La pluie reprit et continua toute la nuit.
Il m’était impossible de dormir ou même de m’asseoir, j’étais mû par un mouvement involontaire et perpétuel de mes jambes. Par la fenêtre, je regardais, hébété, les efforts des pompiers pour circonscrire le feu.

Au petit matin, le feu était enfin éteint mais il ne restait de la maison que des ruines informes. D’énormes poutres calcinées fumaient encore et les pompiers commençaient à déblayer ce qui avait été l’entrée de la maison.

Je m’avançai parmi les décombres quand Martial, qui venait d’enlever son casque intégral, s’adressa à moi :
— C’est peut-être le poste de télé qui a implosé pendant l’orage et a provoqué l’incendie.
Je répondis avec un geste las de la main :
— A-t-on retrouvé son corps ?
— Pas encore, mais nous n’en sommes qu’au début.
Il avait la voix grave et fatiguée.

Retrouvez la suite : 5/5

Découvrez cette adaptation en image du poème de Jacques Prévert « Déjeuner du Matin ». 

Ce film court, réalisé en 2011 par le français Emmanuel Tenenbaum, a été sélectionné dans 12 festivals.

Le studio Tenenbaum, basé à Amsterdam, mélange des talents en communication, ingénierie, design et réalisation. L’équipe s’inspire de l’esthétique de Wes Anderson, Jean-Pierre Jeunet ou encore Wong Kar Wei. Un beau mélange !

Le film illustre avec grâce le poème écrit en 1945 par Prévert, et paru dans le recueil Paroles. L’illustration d’un moment de tension dans la vie d’un couple et de la difficulté de parler… et de ne pas parler.

Découvrez le film ici.

Si vous ne le connaissez pas ou si vous en avez oublié les détails, regardez le film d’abord et (re)lisez le poème après. Vous me direz – on n’est pas d’accord avec ma copine (mais on en parle, rassurez-vous !) si la place de l’esthétique n’est pas un peu envahissante…

Déjeuner du matin

« Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler

Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder

Il s’est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis son manteau de pluie
Parce qu’il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder

Et moi j’ai pris
Ma tête dans ma main
Et j’ai pleuré »

Pas très gai, c’est vrai, mais comme il pleut ce matin, ça colle bien…

A demain,

Matteo

 

Le 26 janvier, c’est bientôt, ce sera le dernier dimanche du mois, et chaque dernier dimanche du mois, Yves Heck, comédien, présente Tête de lecture, à La Loge, à 17 h 30. 1 h 15 de lecture à voix haute de textes courts… ou d’extraits courts (de textes plus longs). Chacun apporte le texte ou l’extrait qu’il veut voir (ou plutôt entendre) lu , au débotté, par l’artiste… et chaque lecture est tirée au sort. Avec un peu de chance, on entend ce qu’on a envie d’entendre… Et même quand on n’a pas de chance, on passe un excellent moment.

Nous, on aime !

On aime tellement que Short Edition est devenu partenaire de Tête de lecture. Il y aura désormais, dans chaque Tête de lecture, une pincée de sel de Short Edition, la lecture d’une oeuvre d’un auteur de l’éditeur communautaire de la littérature courte.

C’est à Paris, dans le 11ème, 77, rue de Charonne, m° Charonne, Ledru-Rollin ou Faidherbe-Chaligny. C’est donc tout près de chez vous… Allez-y. Ce dimanche, Isabelle y sera !

A demain,

Matteo

> Il vous en coûtera 8 € l’entrée si vous amenez un texte court à lire,
si vous venez les mains vides, ce sera 12 €. Vous comprenez mieux l’esprit ?

Phil

Ce jeudi, on sort des coulisses pour l’interview d’un lauréat du Grand Prix du Court Hiver 14 ! C’est Philippe Simon, alias Philippe Vlad, auteur de L’histoire du béton désarmé, qui nous parle de son goût pour le fantastique, de sa poésie et du déclic «Léo Ferré ».

C : Bonjour Philippe ! Comment en êtes-vous venu à l’écriture ?
P : En fait, j’ai toujours plus ou moins écrit, mais surtout en réaction à un mal être, à des choses que je vivais. J’ai grandi dans un environnement religieux et hypocrite : ceci ne devait pas être lu, ceci ne devait pas être écouté… Et puis je me suis mis à écouter Léo Ferré, et dans « Le chien » il chantait : « Et si vraiment Dieu existait / Comme le disait Bakounine / Ce Camarade Vitamine / Il faudrait s’en débarrasser ». Imaginez la bombe ! Ça m’a fait réagir, j’ai continué de l’écouter et commencé à résister ! Ecrire est aussi un acte de résistance qui permet de conserver une certaine liberté, au moins celle d’avoir encore un univers à notre mesure, en développant l’esprit critique nécessaire pour rester lucide. Ça permet aussi de rendre acceptable l’inacceptable, en créant un imaginaire à la dimension de notre idéal. C’est un exutoire à certaines situations, bobos et tracas. C’est pour ça que ce que j’écris paraît pessimiste – tout le monde me le dit – : mais c’est ce que je ressens et c’est surtout réaliste ! Et puis, je ne suis pas pessimiste, je crois vraiment au bonheur, tout du moins à des successions de moments heureux et je tends à y aller, l’écriture et la musique y participant ! [rires]

C : Est-ce que vous jouez de la musique ou composez ?
P : Je joue du rock, et c’est assez amusant parce que tout se recoupe : ce que je joue ressemble beaucoup à ce que j’écris, c’est très mélancolique.
Pendant un temps, je jouais dans un groupe, et puis chacun s’en est allé de son côté. Mais j’avais tendance à influencer tout le monde tellement ce que je ressentais était fort. Ce n’était pas une volonté d’imposer les choses mais là, ça venait naturellement, j’arrivais à générer un mouvement, une envie et on prenait plaisir à jouer…

C : On constate que vous êtes plutôt rythme et poésie : avez-vous aussi tenté d’autres formes d’écriture, plus libres ?
P : J’ai écrit des nouvelles il y a pas mal de temps, que j’essaye de retrouver en ce moment. 
 Au fil des déménagements, j’essaye de garder mes affaires, mais là je n’arrive pas à remettre la main dessus. Je suis assez passionné par le fantastique, c’est d’ailleurs pourquoi j’ai choisi « Vlad » en pseudo : en référence à l’empaleur de Bram Stoker… Ces nouvelles sont donc dans ce registre fantastique, mais plutôt dans le sens où elles font ressortir le fantastique dans le quotidien.  Je sais qu’à l’époque, lorsque je les ai écrites, je n’avais pas le vécu que j’ai maintenant : c’est pour ça que je veux les retrouver et pouvoir les retravailler avec l’expérience que j’ai acquise aujourd’hui au niveau de mon écriture.

C : Lorsque vous écrivez, préférez-vous tout écrire en une fois, ou y revenir et finaliser petit à petit ?
P : Je suis assez exalté de nature, j’ai tendance à vouloir faire les choses tout de suite, jusqu’à ne plus me rendre compte de l’heure… ce qui a été un problème pour mon travail ! Je me mettais à écrire quelque chose qui paraissait évident, et tout d’un coup je changeais des choses, voulant toujours l’améliorer, et puis finalement je voyais le jour se lever…
J’ai du mal à couper puis reprendre, parce que je sais que quand je vais m’y remettre ce sera moins fort. Bon, c’est plus difficile quand on écrit des nouvelles, mais là c’est un peu différent.

C : Vous avez été lauréat du Grand Prix du Court Hiver 14 avec L’histoire du béton désarmé : que retirez-vous de cette expérience ?
P : Un sentiment de reconnaissance… Parmi les gens qui votent, il y a des gens qui aiment vraiment ce que vous faites et vous encouragent. Ça m’a aidé au moment où j’avais un doute énorme, je n’arrivais plus à m’autocritiquer, et savoir si ce que je faisais était bon ou non.
Et j’ai rencontré des personnes super sur Short Edition, notamment Yannick Pagnoux. J’ai eu des périodes de doute, de pages blanches, et il m’a encouragé, tiré vers le haut. J’ai aussi pu lire des auteurs excellents et des textes qui m’ont beaucoup plu, qui mériteraient d’ailleurs plus de reconnaissance des internautes …

C : Y a-t-il des auteurs, des artistes qui vous ont influencé ?
P : Le premier texte qui m’a vraiment touché, c’était Le dormeur du val, ça m’a fait un électrochoc ! Et ça m’a vraiment donné envie de lire. Quand j’étais gamin, et qu’à cette époque on cherche son identité, j’avais honte de dire que j’aimais la poésie parce que ça ne faisait pas viril ! [rires] Mais j’ai continué, avec Rimbaud, Baudelaire, Ronsard, Verlaine … William Blake aussi, Lautréamont plus tard !
Et Léo Ferré, c’était une bombe atomique. Il me tire les larmes, et quand je le voyais j’étais toujours impressionné. Il y a aussi Bashung que j’aime : si vous écoutez – j’allais presque dire « si vous lisez » – deux de ses derniers disques « Fantaisie militaire » et « L’imprudence », c’est d’une poésie ! On dirait qu’il s’est lâché et a sorti ce qu’il avait vraiment envie de faire sans avoir plus rien à prouver. Il a une manière de chanter-déclamer, c’est une décharge poétique qui vous parcourt l’épiderme. Il y a aussi encore tellement de gens dont je pourrai parler et qui ont été marquants pour moi…

Voilà une découverte (courte) que j’ai faite hier soir : l’origine de l’expression : « être au 7ème ciel ».

Dans l’Antiquité, nos ancêtres Grecs – qui furent les arrière-grands-parents de nos ancêtres les Gaulois – se représentaient le cosmos en différentes strates, au nombre de 7, la septième et dernière étant la plus proche d’un 8ème étage virtuel, hors catégorie, strictement réservé aux Dieux.

Etre au septième ciel signifiait donc être le plus près des Dieux, le plus près du bonheur. Sans précision sur la tapisserie et la configuration du lieu.

Et l’expression a résisté au temps et aux découvertes de Nicolas Copernic…

Marrant. D’ailleurs, ma copine a souri… Quand je lui ai demandé – dans un accès un peu ridicule de romantisme – s’il y avait une photo me représentant, seul ou avec elle, dans son ciel.

Une question pour finir : votre 7ème ciel, il ressemble à quoi ?  

A demain,

Matteo

zoetrope

Vous le savez sûrement, le dessin d’animation a commencé avec la décomposition du mouvement et les jeux d’optiques…

Le zootrope en particulier est un cylindre rotatif à l’intérieur duquel on dispose une série d’images, qui s’animent avec le mouvement. zootrope

Pour cette vidéo, le collectif d’artistes RAMP Ceramics a repris le principe du zootrope, en collaboration avec Jim Lefevre, un grand réalisateur de cinéma d’animation anglais. Ma copine l’a trouvée, et ma convaincu de vous la partager !

Le but est d’allier l’art de la poterie à celui de l’animation à l’ancienne.

On obtient un petit bijou visuel, astucieux et poétique ! Léger comme un battement d’aile (la viméo dure 1’30 »). A voir.

Cette fille est en train de faire de moi, un mec vraiment bien, ouvert d’esprit mais ayant l’air savant, amoureux de poésie mais éclectique, partageur mais fidèle… Voilà qui commence à m’inquiéter sérieusement !

A demain. Et on en reparlera…

Matteo

Nout (3/5), Nicolas Gorodetzky

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs ! Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé des épisodes précédents : Un jeune étudiant en médecine dispense des soins aux habitants défavorisés d’un quartier du Caire. Après avoir examiné Salah, un vieux patient habitué, il déclare que son état est grave. Salah revient trois jours plus tard, complètement guéri, pour remercier l’étudiant et lui offrir Nout, un chat qui aurait appartenu à la déesse Bastet, 800 ans avant l’ère chrétienne…

Retrouvez les épisodes précédents : 1/5 – 2/5

Episode 3 Nout

Devant ces paroles énigmatiques, je fronçai quelque peu les sourcils, sans mot dire. Il reprit : — Oh ! Ne sois pas étonné, dans notre vieux pays d’Egypte, bien des choses restent mystérieuses et incroyables pour les étrangers. Mais il faut parfois admettre des choses qu’on ne peut forcément expliquer par la raison, ou par sa propre culture ! — Certes… On a beau avoir l’esprit large, pensais-je ! — Ce chat a appartenu à des centaines de gens, connus ou inconnus. On le dit immortel, mais d’une façon que tu ne peux pas vraiment concevoir, car tu es un scientifique et cela dépasse la raison.

Il se mit à caresser le crâne du chat qui ronronna. Puis en me tendant l’animal, il précisa encore : — Je te le donne, car il fut pour moi une sorte de porte-bonheur, il m’a rendu le seul service qu’il pouvait me donner… La vie !

Je n’osais lui dire que la pénicilline était sans doute plus efficace que les tours de magie et les gris-gris, mais je m’abstins, sachant que je risquais de le vexer. En quelques semaines, j’avais compris le rôle des croyances religieuses et mythiques qui se perdaient dans la nuit des temps. C’était parfois le seul recours, l’opium de ces populations désespérées qui ne pouvaient plus se raccrocher à quoi que ce soit. La religion, les mythes, la magie restaient de tout temps des valeurs refuges. Vouloir lutter contre le poids de l’Histoire et de son héritage s’avérerait vain. Il continua d’une voix plus douce : — Cet animal a le don d’exaucer un vœu et un seul pendant toute la période où il sera avec toi, que ce désir soit conscient ou non, du moment qu’il s’avère très fort. La force de ta volonté ou de ton envie sera son moteur déclenchant. Il sera un peu ta lampe d’Aladdin, mais tu ne pourras t’en servir qu’une fois ! Dubitatif, je secouai inconsciemment la tête. — Oui, je sais bien que ton esprit plein de logique est en train de se dire que la maladie m’a un peu dérangé le cerveau. Mais prends-le quand même, il est très affectueux. Comme je ne bougeais pas, un peu interloqué, le vieillard posa le félin à terre. L’animal se dirigea nonchalamment vers moi et, tout tranquillement, sauta sur mes genoux. Je caressai son pelage qui était d’une couleur étrangement or-fauve, strié de loin en loin par des petites bandes blanches. Il tourna sa tête vers moi en ronronnant et je vis alors ses yeux. On aurait dit deux pierres précieuses bleu-vert, énormes. Ils mangeaient tout son museau et la pupille verticale, d’un noir profond, fendait la pureté de ces deux petits lacs. J’étais fasciné par la beauté de cet animal. Je me tournai vers Salah : — Je ne sais pas s’il me portera bonheur, mais il me plaît et j’en prendrai soin. Salah s’inclina et avec un sourire de satisfaction sur ses lèvres et s’en revint sur ses pas. Et c’est ainsi que Nout fit partie de nos habitudes durant tout notre séjour en Egypte. Le séjour fut une accumulation d’expériences et d’aventures d’une incroyable richesse intellectuelle et humaine pour nous trois. Je réussis à transporter Nout dans un panier en osier lors du voyage retour. Le consulat me fut d’une grande aide pour que tout se passe dans les règles au plan administratif et sanitaire.

Retrouvez la suite : 4/5 – 5/5