Archives for the month of: décembre, 2013

L’affaire Dobelyou (4/6), Albert Dardenne

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé des épisodes précédents : La liste des cadavres marqués du signe W s’allonge et le commissaire n’a toujours aucune piste sérieuse… 

Retrouvez les épisodes précédents : 1/6 – 2/6 – 3/6

Episode 4
Quinze… plus un ?

Lundi 11 mars.

Cinq ! Voilà Lefin avec, à présent, cinq cadavres sur les bras. Cinq cadavres, en un peu plus de trois semaines, et pour un seul tueur ! Grâce à Dieu, ses inspecteurs grippés sont de retour. Le commissaire n’a jamais été aussi heureux de revoir son équipe au complet. Il a immédiatement adjoint le jeune Delneuville à l’inspecteur principal Balthazar. « Son roi mage », comme il le surnomme affectueusement, a du flair et une solide expérience. Alors il charge le duo de refaire une analyse complète du dossier. Tout doit être repris à zéro.
Balthazar, avec ses dix-huit ans de métier, sait tous les avantages qu’il peut y avoir à aborder une affaire avec un « œil neuf ». Il parcourt posément tout le dossier, puis revient en arrière et s’arrête sur les rapports d’autopsie des deux dernières victimes : Isabelle Pleuplez et Basile Lechanteur.
— Tu as remarqué ce passage identique dans les deux rapports « on constate chez la victime une fracture de l’os hyoïde. Cette dernière ne pouvant intervenir que par une compression soutenue et prolongée du cartilage thyroïde du larynx, il est légitime de conclure sans ambiguïté à une mort par strangulation ». Pour moi, cette similitude parfaite n’est pas normale, il y a quelque chose qui cloche…
Mais la porte du bureau lui coupe la parole en s’ouvrant à la volée sous la poussée de Lefin :
— Magnez-vous le train, les gars. Le numéro 6 nous attend. Cette fois c’est au quartier de La Source.

***

Mardi 2 avril.

Lefin est à cran. Cela fait maintenant un mois et demi que cet enfer a commencé. Un mois et demi que le corps de Solange Bourdieux inaugurait ce qui allait être la pire série de sa carrière. Au rythme approximatif de deux assassinats par semaine, se sont alignés ensuite les noms de Jacqueline Quinet, Jean-Léon Monfrère, Isabelle Pleuplez, Basile Lechanteur, Marie-Claire Franz… Mais à quoi bon relire encore cette énumération ! Il tourne en rond. Pour la millième fois, sans doute, il ressasse les maigres données du problème en sa possession : mis à part la situation de leur domicile dans un rayon de douze kilomètres, les quinze victimes, car il y en a quinze à présent (et il frémit : à quand la suivante ?), n’ont pratiquement pas de point commun. Il y a des jeunes et des vieux des deux sexes, des riches et des sans-le-sou, des grands, des petits, des blonds, des… Non, il n’y a rien à tirer non plus de cet inventaire ! Le modus operandi, toujours silencieux, est tout aussi diversifié (étouffement, égorgement, noyade, coups de marteau…) et pourrait même faire croire à des meurtriers différents, s’il n’y avait chaque fois cette signature cynique. Ce maudit W ! C’est même la seule certitude : tous les cadavres ont été marqués par le même et unique poinçon. Valderama, le légiste, est formel sur ce point. Quant aux lieux des crimes : allée arborée, arrêt de bus, impasse sordide… Là aussi, la variété est de mise. L’endroit est bien sûr chaque fois désert, mais ce n’est pas ce genre de constatation qui va lui être d’un grand secours. Donc, pour être honnête, indices significatifs : néant.
Et comme si cela ne suffisait pas, chaque tentative d’élaboration du profil du tueur s’est vue démentie par une caractéristique évidente du crime suivant. Il a suffi qu’on le suppose attiré par les femmes pour voir notre homme s’en prendre à un vieillard. Quand Delneuville venait de remarquer qu’il avait tué trois fois au cœur de la nuit… Le voilà qui passe à l’acte le lendemain, en plein après-midi. Et à peine Lefin a-t-il doublé les patrouilles au centre-ville que le tueur a frappé en périphérie.
Pour Vincent Valderama, le légiste, ce mystérieux Dobelyou – c’est ainsi qu’il l’a surnommé – possède un Q.I. bien supérieur à la moyenne. Il anticipe l’analyse de la PJ et cherche à la ridiculiser. Lefin n’y croit pas, mais les faits ne permettent pas d’invalider la théorie du médecin. Un brave type finalement, ce Valderama, et hyper-compétent, le commissaire reconnaît qu’il l’a mésestimé. Il s’acharne. Ses examens et autopsies vont bien au-delà de ce qu’on serait en droit d’attendre de lui. Ce sont des modèles du genre : les moindres détails y sont classés, numérotés, mesurés, répertoriés avec la plus grande rigueur. Manifestement, il a fait de Dobelyou une affaire personnelle. Delneuville aussi, d’ailleurs. Inlassablement, ils le traquent. À l’intuition, Delneuville a même failli par deux fois contrer la démarche imprévisible qu’adopte le tueur. Par deux fois, en effet, il s’en est fallu d’un cheveu qu’il ne le prenne « en flag’ ». La troisième fois sera-t-elle la bonne ?

Retrouvez la suite : 5/6 – 6/6

 

Il nous reste 5 jours, et quelques heures que l’on peut arrondir à 6 jours,  pour nous faire un avis et pour le donner sur les oeuvres retenues en Finale Hiver 14 du Grand Prix du Court.

Le nouveau tableau de bord de lecture que nous ont fabriqué Quentin et Sylvia est en service depuis le début de la Finale… et, lorsqu’on lit en mode connecté, on peut savoir où en est de ses lectures.

Simple et sympa.

Je dirais même tout simplement énorme !

Je vous rappelle qu’on clôt les votes le vendredi 20 après-midi, 17 h il me semble… puisqu’on a décidé, il y a une ou deux saisons, après une grève très dure au sein de Short Edition, de ne plus fermer les votes le samedi soir ou le dimanche soir à 23 h 59 !

A mardi… puisque demain on retrouve le feuilleton du lundi.

Matteo

 

Illustration de Andy Warhol

En 1959, Andy Warhol (qui avait alors 31 ans) s’était mis en tête de créer un livre de cuisine avec Suzie Franckfurt, une célèbre designer.

Le but : se moquer de la haute cuisine française qui faisait fureur à l’époque ! (on ne lui en veut pas, c’est Andy Warhol).

Warhol s’occupait des illustrations, sa mère, Julia Warhola, réalisait la typographie et Franckfurt écrivait les textes. Le livre aurait dû s’appeler Framboises Sauvages (« Wild Raspberries »), mais malheureusement il n’a jamais vu le jour.

Les feuillets dispersés ont été retrouvés. Des gâteaux colorés et précieux qui tiennent miraculeusement en équilibre, et dont le portrait coûte $30, 000  !

C’est court, élégant, et ça n’a pas l’air si mauvais.

Warhol

 Gâteau hawaïen

Warhol rectte

 Tarte à la Dobosch

Warhol

 Gâteau au marzipan de Dorothy Killgallen (une journaliste américaine)

Warhol

Salade de Alf Landon (un gouverneur républicain)

A demain,

Matteo

Gaël Montade

Gaël Montade, alias Galet Nomade, a répondu à nos questions ! Lauréat du Prix Short Edition – Livres en Tête dans la catégorie « Sonore et Gomorrhe » avec Une histoire de crevettes, il nous parle de sa pratique de l’écriture, de la lecture à haute voix, et de Bukowski.

Coralie : Bonjour Gaël ! Comment avez-vous eu connaissance du Prix Short Edition – Livres en Tête ?
Gaël : Régulièrement, je vais voir sur un site qui recense les concours : la thématique me plaisait bien, le format aussi. Et il y avait ce petit plus d’une lecture à haute voix : j’ai un certain rythme dans mon écriture, et ça me plaisait que ça puisse être rendu à l’oral.
Et c’était très bien ! Mon cousin et son amie, qui m’ont accompagnés à la soirée « Sonore et Gomorrhe », ont trouvé ça excellent : ça change du rapport qu’on a à l’écriture, et même à la lecture. Les textes arrivent par un média différent, la voix, et il y a aussi une notion de jeu qui fait ressortir beaucoup mieux le texte. Toute la communication non verbale, quand c’est en direct comme à la soirée, ajoute quelque chose à la lecture.

C : Est-ce que vous écrivez depuis longtemps ?
G : J’écris depuis 2008. J’ai commencé avec un atelier d’écriture qui venait de se mettre en ligne, j’étais un des premiers à poster. Puis j’ai sorti prématurément un recueil de nouvelles chez un micro-éditeur rennais. Il se définit comme un producteur bio : il ne fait pas de rendement intensif, mais plutôt une production adaptée à la demande… c’est-à-dire qu’il imprime au fur et à mesure des commandes. C’est une bonne chose, mais il fallait quand même le vendre par moi-même, ce qui n’a pas très bien réussi… J’aimais lire mes textes aux gens que je rencontrais – à cette époque, j’étais cuisinier dans une colonie de vacances – mais je n’arrivais pas à leur vendre. J’en garde un petit regret vis-à-vis de cette précipitation… Maintenant, j’écris moins régulièrement, c’est difficile d’être constant. Mais ce qui est bien avec Short Edition, c’est qu’on peut poster des petites histoires et avoir un retour : ça permet de voir ce que donne son écriture, et de prendre confiance.

C : Est-ce que vous écrivez uniquement des nouvelles ?
G : A la base, je voulais faire des arts graphiques, parce que j’ai une imagination très visuelle. C’est une passion, j’aime beaucoup l’art contemporain, le cinéma et la BD. J’aimerais écrire pour mettre en scène de manière filmée, d’ailleurs je suis en train d’apprendre à écrire des scénarii. C’est moins littéraire, mais ça ouvre plus de perspectives. J’ai beaucoup de plaisir à écrire, mais j’ai parfois des difficultés pour exprimer une idée que je veux faire passer, parce qu’il me manque des connaissances littéraires. Je pense que mon style d’écriture fonctionne mieux pour une adaptation visuelle, qui rendrait l’interprétation de mon texte plus juste.

C : Quelles sont vos sources d’inspiration ?
G : Je suis généralement inspiré par l’échec. Mon recueil s’intitule Des idiots presque parfaits, et les personnages sont ce qu’on pourrait qualifier de borderline, pas forcément en phase avec la réalité, mais qui essaient malgré tout de réussir dans ce qu’ils entreprennent.
J’ai une production assez irrégulière, je n’ai pas trouvé de recette magique… Je joue souvent avec les contraintes, parce que ça fait ressortir quelque chose en un espace de temps très court. C’est ce qui me plaît ! J’aime bien les mots imposés par exemple, et tout ce qui est dans le jeu d’écriture. Le fait d’avoir une contrainte aide à former le cadre d’une histoire, ou un personnage.
Il y a un auteur que j’aime beaucoup, Thomas Gunzig, qui semble maintenir une contrainte dans son recueil Le plus petit zoo du monde : chaque nouvelle a son animal totem. Il y a, par exemple, un type qui trouve une girafe dans son jardin et veut s’en débarrasser, parce qu’il n’a rien à faire d’une girafe, ou un homme trop timide et frustré devient violent – ce qu’on pourrait imaginer arriver chez un chien de traîneau.

C : Ça a l’air sympa ! Est-ce que vous avez d’autres auteurs favoris, qui vous inspirent ?
G : Il y a Didier Van Cauwelaert qui a une manière d’écrire très intéressante, il a un style très riche qui lui permet de garder l’attention du lecteur sans le lasser ; chaque phrase est élégante… Il a d’ailleurs reçu le Prix Goncourt pour Un aller simple. J’aime aussi Luis Sepúlveda, qui est un formidable conteur. Tout le monde connaît Le vieux qui lisait des romans d’amour, mais son recueil Journal d’un tueur sentimental est aussi très bien.
Enfin, j’aime beaucoup les écrits de Bukowski, et ceux de Dan Fante. D’ailleurs, Bukowski a été inspiré par les écrits de John Fante… et il a ensuite inspiré Dan Fante, le fils de John ! C’est l’authenticité qui me plaît, le courage de décrire leurs propres (sur)vies pas toujours glorieuses ni faciles.

 

appli blog

Voilà le jouet qui va changer votre vie : l’appli Short Edition !

Pour lire, écouter (un peu, ça démarre) et partager, c’est encore + facile en mobilité.

Je vous laisse découvrir la vidéo… avec la star en fin de film, comme une (très belle) cerise sur le (très beau) gâteau.

Bref, nous, ici, on aime. Et on attend vos commentaires avec impatience.

A demain,

Matteo

Jack Dorsey - fondateur de Twitter

Vous connaissez tous le réseau Twitter, mais peut-être pas son fondateur, Jack Dorsey. A 36 ans, encore beau gosse, il est à la tête d’une entreprise qui a généré 600 millions de dollars de revenus en 2013.

Avant d’enfiler le costume – cravate sans cravate, Dorsey était un étudiant plutôt punk à l’Université de Science et Technologie de Saint-Louis (mon pote Tom me l’a confirmé !). Il avait les cheveux bleus, et écrivait à ses heures perdues des poèmes sur son blog…

Le site archive.org a permis d’en retrouver un exemple :

«beauté
je n’ai pas de supers pouvoirs mais je sautille assez bien
je voulais écrire le ciel aujourd’hui et mes poignets me maintiennent à terre.
les enfants ont déserté l’immeuble, et jouent dans le désordre en créant d’avantage
dès que je te retiens, tu deviens faux.»

En version originale, pour les petits-enfants et sympathisants de Shakespeare, ça fait toujours 270 caractères et ça donne :

«beauty
i have no super powers but i skip reasonably well
i wanted to write the sky today and my wrists are holding me down.
kids are absent from structure, and play in the disorder while creating more
as soon as i record, you become false.»

Etonnant, non ?

Je crois que je préfère sa coupe de cheveux (après un accident de teinture) à ses écrits…

Sans acrimonie.

Et surtout sans mauvais esprit ni ironie, on pourrait croire que c’est parce que ce bon Jack a gagné beaucoup de $ et que ça nous rend aigres… !

A demain,

Matteo

–> source : slate.com

L’affaire Dobelyou (3/6), Albert Dardenne

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé des épisodes précédents : Le tueur a signé son meurtre d’un W. Le commissaire Lefin craint d’avoir affaire à un déséquilibré. Une lettre anonyme arrive… 

Retrouvez les épisodes précédents : 1/6 – 2/6

Episode 3
Au suivant !

Avant même d’avoir lu, Delneuville se doute de ce qu’il va découvrir. Effectivement, c’est un classique collage de fragments de journaux :

« APPEL À TEMOIN INUTILE : DIEU PROTEGE MON BRAS
ET ME GUIDE POUR PURIFIER LA VILLE.
À BIENTÔT POUR LES SUIVANTS W. »

― Pas un mot à la presse, surtout, souligne Lefin. Ils vont encore nous créer une psychose.

***

Mardi 19 février.

― Un, deux, trois, nous irons au bois…
L’homme ricane. Finalement, c’était trop facile. Elle s’est à peine débattue. Et la flicaille est complètement dans le gaz. L’absence de réaction à sa lettre en témoigne. Il sent bondir en lui une pulsion d’irrépressible orgueil. Vite, au suivant !
Les dés roulent. Encore. Et encore. Et il note scrupuleusement le code qu’il traduit en numéro de page de l’annuaire. Puis vient le numéro de colonne. Ce n’est qu’alors, Benoît est formel, qu’il faut compter les lettres pour trouver le premier nom. Seule cette méthode objective est à même de désigner les seize victimes offertes pour sauver la planète. Seize ! C’est le nombre fétiche et la règle du jeu. Un rapide coup d’œil à la photo le fait frissonner : pas question de tricher !
Quinze, seize… Ça y est, le prochain nom est connu : ce sera Jacqueline Quinet. Ses coordonnées sont sans plus attendre transcrites dans le carnet…

***

Vendredi 22 février.

Une femme retrouvée égorgée
Saint-Jean-la-Ruelle. Ce jeudi sur le coup de 10 heures, le corps d’une dame âgée de soixante-sept ans a été retrouvé à son domicile, situé rue Maurice-Millet, à St-Jean-la-Ruelle, dans la périphérie orléanaise. Selon nos informations, c’est son fils qui réside un peu plus loin dans cette même rue qui aurait découvert, sur le carrelage de sa cuisine, le corps ensanglanté de Jacqueline Q.
La sexagénaire aurait été égorgée à l’aide d’un coup de couteau particulièrement effilé. L’heure du décès se situerait aux alentours de 2 heures du matin, mais personne n’a rien entendu dans le voisinage. Dès l’appel du fils de la victime, la police, le parquet et le laboratoire judiciaire ont investi la maison du drame pour y effectuer les différents devoirs et analyses d’enquête.
« C’était une femme sans histoire, confie une voisine qui la connaissait bien, Jacqueline était retraitée. Je ne comprends pas. Pourquoi la tuer ? En plus, nous vivons dans un quartier si paisible. »
Pour l’heure, le mobile du meurtre resterait inconnu du commissaire Lefin qui se sent toutefois interpellé par la blessure en forme de W qui entaille une paume de la victime.
Nos lecteurs se souviendront sans doute qu’en l’espace d’une semaine c’est en effet le second meurtre « marqué d’un W » qui survient dans la région. Serait-on en présence d’un tueur en série ?
PC

― Tueur en série ! soupire le commissaire en reposant sur son bureau l’édition locale de La Rep de ce vendredi 22 février, il voudrait semer la panique chez ses lecteurs, il ne ferait pas autrement.

***

Lundi 25 février, 23h30.

Jean-Léon Monfrère prend congé de ses amis et quitte Le Bas Bleu, bistrot littéraire de la rue de Bourgogne, pour rentrer chez lui.
― À pied ? Mais bien sûr ! Comme tous les jours, bande de jean-foutre ! … Il pleut ! Et alors ? Il en a vu d’autres pendant la bataille de la Somme, nom de Dieu.
Du haut de ses quatre-vingt-neuf ans, Jean-Léon est presque vexé. À petits pas qu’il voudrait plus décidés, il s’engage en maugréant dans la rue de l’Éperon…
Il n’a rien senti venir. Quand il voit la lame, éclaboussée du sang qui gicle de sa carotide, il est déjà trop tard. Étonnamment, il n’éprouve aucune douleur. L’homme qui a surgi derrière lui parle, mais il ne l’entend pas. Ses genoux plient. Il a froid, il…
L’inspecteur Delneuville notera dans son rapport avoir été le premier à découvrir le corps, par hasard, à l’angle des rues de l’Éperon et du Puits de Linières. Les lieux étaient totalement déserts. De son côté le docteur Valderama confirmera que, d’après ses premières constatations, la mort ne devait pas remonter à beaucoup plus de trois heures avant son arrivée sur les lieux : la rigidité cadavérique ne commençait en effet à saisir le corps de la victime qu’au seul niveau de la nuque.

Retrouvez la suite : 4/6 – 5/6 – 6/6

Traumgedanken

Découvrez « Traumgedanken », un livre joliment pensé par l’artiste allemande Maria Fisher.

On est bien d’accord que, sur internet, les hyperliens sont les systèmes qui permettent de passer d’une page web à une autre en un clic. Alors l’hyperlien physique, c’est un fil ! Dans ce livre, les hyperliens sont donc des fils qui relient les mots entre eux en fonction de leur sens : une vraie prouesse technique.

Traumgedanken

Traumgedanken

Le livre aborde le thème des rêves, avec des extraits psychologiques. Les fils peuvent symboliser les liens du langage, ceux de nos pensées ou ceux qui relient l’inconscient à la réalité… Evidemment, ma copine en est super fan. Mais ça doit tout de même être moins facile à transporter dans son sac à mains.

Traumgedanken

Une idée poétique pour un livre d’artiste. Amusante… et rassurante au moment où la technologie semble prendre toute la place.

A demain,

Matteo

Points - Breakfast NY

 Voilà peut-être le panneau du futur !

« Points » est un panneau connecté et rotatif qui vous indique en temps réel tout ce que voulez savoir (et même ce que vous ne saviez pas que vous vouliez savoir) : la météo, les restaurants qui ont la côte, les concerts qui se jouent dans le coin, les événements à venir ou les lieux qui ont récemment fait l’objet d’un tweet.

Un menu en-bas permet de sélectionner le type d’événement qui vous intéresse. Rien que ça !

Ce panneau ultra-informé fait la synthèse entre le GPS, le guide du routard et l’agenda des sorties.

C’est supra-technologique, mais dans la pratique ça risque certainement la panne au mauvais moment… et ça ne remplace pas un bon vieux panneau, modeste en informations mais fiable. Enfin, c’est déconseillé aux personnes trop grandes et à celles souffrant de torticolis.

Vous voulez vous faire un avis ?

http://www.youtube.com/watch?v=mEvc0RjghbY

A demain,

Matteo

Eric Chevillard est journaliste et écrivain. Auteur de 15 romans, il fait aussi du court, et il le fait bien.

Sa spécialité est l’écriture de petits billets « autofictifs », qui déjouent les conventions narratives et sociales. Cela tourne à l’absurde et c’est plutôt malin.

Voici 3 billets recueillis dans Le Tigre, une revue étrange et drôle dont je vous reparlerai :

« Puis je fus prié de quitter la chambre de la maternité où j’avais vu le jour et dès lors je ne fis qu’errer. »

« Nous avons beau nous étreindre, mon amour, sur cette Terre ronde nous nous tournons aussi le dos. »

« Comme tous les vendredis, la pesante et respectable madame Mougeot s’engouffra dans le confessionnal. Le vieux curé ne put réprimer un bâillement. Mais cette fois-ci, elle prononça le mot sextoy. »

Découvrez-en pleins d’autres sur son blog L’autofictif, qui est un journal pas du tout intime !

A demain,

Matteo