Archives for the month of: octobre, 2013

 

Ce jeudi, Sandra Bartmann alias Maplume, lauréate de la Matinale avec sa nouvelle Heure indigo, nous a accordé quelques minutes pour revenir sur son expérience. Elle nous parle également de sa pratique de l’écriture : quelques mois plus tôt, elle avait déjà ému la communauté Short Edition avec Hermine

Coralie : Bonjour Sandra ! Une fois les sélections annoncées sur le site, comment vous êtes-vous préparée à la Matinale ?
Sandra : La première chose que j’ai faite a été de regarder ce qu’il s’était passé l’année dernière, et de me rendre sur le site d’Elodie Torrente pour lire son compte-rendu de l’année dernière. Là, j’ai constaté qu’elle s’était beaucoup préparée, et ça m’a mis la pression : je n’avais pas le temps d’en faire autant !
D’un autre côté, si je m’étais trop préparée, je me serais peut-être bloquée… Là je suis arrivée comme une fleur fanée à 6 h du matin, on a eu la contrainte, paf, il fallait s’y mettre !

C : Concrètement, comment s’est déroulé l’écriture de Heure indigo ? Avez-vous eu l’idée dès les premières minutes ?
S : Pas du tout. Après avoir lu le compte-rendu d’Elodie, j’étais inquiète par rapport à la contrainte : j’aurais bloqué sur le thème de l’année dernière. Mais là, c’était super, il y avait plein de possibilités. Le problème, c’est que j’ai passé deux heures à m’embrouiller dans les possibilités, j’ai lancé plusieurs débuts d’histoire, et finalement j’ai commencé vers 10h, donc très tard !
J’ai fait des millions de pauses cigarettes, notamment avec Veranda qui était un peu dans le même état que moi : on avait des échanges anxieux, « j’ai pas d’idée, j’ai pas d’idée » !

C : Et vous avez été désignée lauréate en Nouvelles ! Deux semaines après, quelle impression vous reste-t-il de cette journée ?
S : Forcément un super souvenir ! C’était super, hyper bien organisé. On pouvait tout à fait se concentrer sur ce qu’on faisait, c’était réussi. J’ai l’impression d’avoir passé cette journée dans le brouillard, à côté de moi-même. J’y pense tous les jours, je vais mettre un moment à m’en remettre. C’est quelque chose d’énorme pour quelqu’un qui écrit dans son coin, qui n’a jamais eu l’occasion d’avoir des retours – ou quelques-uns d’amis proches, mais qui disent forcément moins facilement ce qu’ils pensent. C’est la possibilité qu’offre Short Edition, de faire lire ses textes et recevoir des avis anonymes.
C’était la première fois qu’un jury m’a clairement dit que ce que j’écrivais n’étais pas si mal que ça !
J’ai le souvenir d’un genre de rêve très long et très intense, de cette soirée où j’ai été sous le choc pendant 3 heures. 
J’ai relu mon texte dans le train le surlendemain – le lendemain je n’en ai pas eu le courage –, et ça m’a fait drôle, je ne me souvenais pas de passages entiers ! « Ah bon j’ai écrit ça, qu’est-ce qui m’est arrivé ? ». J’ai fini cinq minutes avant la fin, je n’ai pas eu le temps de me relire, je ne savais pas du tout ce que ça donnait. D’habitude, je mets 6 mois à écrire une nouvelle. Là, c’est la course contre la montre, il n’y a pas de place pour des histoires de page blanche !
J’ai aussi fait quelques belles rencontres, notamment Elodie, Camille, Frédérique et Lily Lucas. Je regrette seulement d’avoir été trop concentrée pour faire davantage connaissance avec les auteurs qui étaient là, dont certains que j’apprécie beaucoup.

C : Est-ce que vous écrivez depuis longtemps ?
S : Petite, je tenais un petit journal intime, j’ai toujours écrit très régulièrement. J’écris de la fiction depuis l’adolescence. J’ai participé à pas mal de concours, mais il ne s’est jamais rien passé. J’ai toujours aimé l’idée d’avoir un thème et une deadline, mais ça n’a jamais eu le succès de la Matinale.

C : Enfin, auriez-vous un conseil à donner aux participants des futures Matinales ?
S : Même si vous venez de l’autre bout de la France, faites-le : j’ai beaucoup hésité parce qu’il fallait poser 3 jours, ça coûtait des sous (je viens de Marseille)… mais ça vaut mille fois le coup. Quel que soit le temps et l’énergie que ça prend, ça vaut le coup. Même si je n’avais pas été lauréate, je n’aurais pas regretté un instant d’être venue ; les conditions d’écriture, les rencontres, le fait de relever le défi, tout cela fait de la Matinale une expérience unique.

1383927_548695868543587_1716025996_n

–> Pour retrouver la vidéo de la remise des prix, c’est par ici !

Les Grenoblois sont innovants… mais vous le saviez déjà !

La start-up Isketchnote vient de lancer un joli concept : une couverture pour iPad capable de numériser en direct des notes, croquis et dessins.

A l’aide d’un stylo aimanté, on peut écrire sur du papier (de n’importe quel type) qui est posé sur la couverture Isketchnote. Des capteurs détectent le mouvement du stylo et permettent de numériser le dessin en temps réel.

Résultat : on passe directement de l’encre au pixel !

Pour le PDG Jean-Luc Vallejo, cette technologie permet des « interactions simples et créatives entre le monde matériel et le monde numérique. » Une façon d’être à la pointe de la technologie en préservant le plaisir tactile de l’écriture…

La start-up, qui est la première à lancer un tel concept, va passer à la phase de fabrication. Pour tout savoir, c’est ici.

Nous on aime bien. Et vous, cela vous inspire ?

A demain,

Matteo

 

David Foenkinos soutient Short Edition et préside La Matinale de la littérature courte depuis maintenant 2 ans.

Pourquoi ?

A l’occasion de l’annonce du Palmarès de cette seconde édition de La Matinale, mardi il y a 15 jours, il l’a dit. Et comme le producteur des vidéos nous en a offert une petite tranche 100% Foenkinos de ses rush, on a évidemment eu envie de partager !

On aime bien la regarder… !

Il va falloir que je surveille le reste de l’équipe parce que les gars (et les filles) la regardent en boucle sur leur ordi au lieu de travailler pour vous…

A demain quand même,

Matteo

jm-2Quand j’étais grand (2/5), Jacques Michel

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Résumé de l’épisode précédent : Raoul, dix-sept ans, a une douleur tout en bas, vraiment tout en bas du ventre, quand le ventre s’apprête à devenir les jambes, quand on s’approche un peu des trucs dont on n’a pas trop envie de parler avec ses parents. Alors, après avoir été palpé par son docteur, il est contraint de se rendre à sa première IRM. Et là, dans la salle d’attente, arrive la plus belle fille du monde…

Retrouvez l’épisode précédent : 1/5

Episode 2
En 2013 toujours…

La plus belle fille du monde vient d’entrer dans la salle d’attente et crac ! « Raoul (je m’appelle Raoul et c’est plutôt une drôle d’idée) est attendu pour son IRM en salle B. »

Maman me laisse partir seul, il n’y a pas de place pour deux dans l’IRM, j’ai pu vérifier sur Internet : l’endroit en forme de tunnel peut être oppressant pour les gens souffrant de claustrophobie. Evidemment cela fait 17 ans que je fuis tout ce qui est ascenseurs, les télécabines et les places arrières de Twingo donc l’aventure s’annonce prometteuse. Une dame en blouse blanche bardée de badges comme un général d’armée russe en fin de carrière m’accompagne vers le sas de changement. Je la supplie de m’endormir ou de m’étourdir. La plus belle fille du monde est à moins de vingt mètres de moi, heureusement qu’elle ne me voit pas équipé de ma nuisette spéciale tesla.
Ce matin j’ai avalé un paquet de fraises Tagada pour me donner du courage. Et maintenant on y est : me voilà allongé en forme de torpille de sous-marin, prêt à m’engouffrer dans leur un tunnel digne d’une série de science-fiction. C’est évidemment bruyant, j’entends parler quelques phrases dans le haut-parleur de communication, mais déjà je suis ailleurs, je suis parti, j’ai peut-être été drogué ? À moins que l’on m’ait réellement torpillé ? Dans le futur, ce serait chouette…

En 2053… Raoul a 57 ans.

De mon bureau au 13ème étage, je contemple la Ville Lumière qui s’enfonce dans l’obscurité d’une soirée de janvier. Deux cents ans qu’on la nomme « Ville Lumière » ; ça n’a plus beaucoup de sens aujourd’hui, avec la fin de l’éclairage au sodium et leur foutu éclairage ionisé, c’est devenu la Ville Fluo. Pas un centimètre carré qui ne soit dans l’ombre, Paris est illuminée presque gratis, mais dans un je ne sais quoi d’âme perdue. Un souffle de vie envolé en même temps que la pollution. Si la planète, elle, a été épargnée, pour l’ambiance là on ne peut pas en dire autant… Le boulevard Saint-Michel est une allée de verdure tristement écologique, baignée jour et nuit de lumières bienfaisantes, où le bruit de la conversation des passants n’est plus couvert par le brouhaha des voitures, par les klaxons stridents des Parisiens pressés et stressés. En fait, Paris est illuminée oui mais Paris est tristement silencieuse. Il n’y a plus d’autre bruit à entendre ou supporter, mais ça, c’est grâce à l’écologie.

Le visage de Wang, mon assistant, apparaît sur mon bureau (c’est possible on est en 2053 !).
— Raoul le bloc est prêt, on commence quand tu veux !
— C’est parti mon kiki.

Et le professeur Raoul Dunaux, professeur de cardiologie de son état à l’Hôpital de Paris Ouest – les hôpitaux de Paris ayant fusionné en quatre centres périphériques douze ans plus tôt – se connecte au bloc opératoire. Enfin bloc… l’intégralité de l’opération se déroulant à l’aide de nano-contrôleurs, agissant par dizaine de milliers au cœur même du site opératoire. Chaque nano-unité logique injectée dans le patient est programmée pour se reconfigurer au fil des besoins du chirurgien, prenant souvent la forme d’un minuscule outil coupant, se transformant en agrafe, certaines unités restant à demeure dans les tissus, configurable aussi pour jouer le rôle de stent jusqu’à la fin des temps.

Raoul entama l’intervention derrière son bureau ainsi. Assis confortablement dans son fauteuil en chanvre ; fauteuil dont il appréciait particulièrement la texture irremplaçable pour se gratter la voûte plantaire. Il surveilla que le protocole programmé se déroulât comme prévu. Une équipe de trois techniciens d’astreintes de jour se relayait à Séoul, São-Paulo et Varsovie pour surveiller la fluidité des calculs ; les plateaux de chirurgie s’étant peu à peu transformés en centre informatique. Tous les gestes et paramètres opératoires étaient accessibles aux étudiants abonnés aux cycles de formation disponibles sur le réseau MasterSurgery, moyennant l’investissement annuel de 67 400 Euros. D’autres abonnements plus économiques étaient disponibles, avec un réseau de chirurgiens… plus économiques.

— Top, fini Wang ! 47 minutes mon ami, je te laisse vérifier les rapports post-op, je passe mes images de contrôle pour mon assurance et je file au resto avec Paulette !
— C’est le grand jour ? Le Professeur Raoul Dunaux va faire sa grande demande ? railla l’assistant.
— Tu parles ! Elle me trouve trop vieux, à 57 ans, dans la fleur de l’âge. Quand tu penses que l’on soigne toutes les maladies, il nous resterait largement 40 ans de bonheur devant nous.
C’est vrai quoi ! Pas marié à mon âge… même pas de chérie. Je m’empiffre une poignée de Tagada et je pars à l’imagerie. Ça me gonfle depuis toujours l’imagerie. Quand je pense au bazar que c’était quand j’ai passé ma première IRM ! Lucienne m’accueille d’un grand sourire, et comme à l’accoutumée je m’allonge sur le lit d’examen, elle approche son immense lampe, ça dure environ 45 secondes. Lucienne n’arrête pas de parler, ce soir elle sort en boîte… J’ai vraiment sommeil, je ne sais pas ce qui m’arrive, ma première IRM me revient à l’esprit avec une étrange intensité.

Retrouvez la suite : 2/5 – 3/5 – 4/5 – 5/5

Le train de 9 h 06

Ne le ratez pas !

C’est un très très court métrage, sympa, dont la chute est très réussie. Il date un peu mais je l’ai revu récemment… Et j’ai eu envie de vous le montrer. Alors le voilà. Il dure 8 minutes… mais je vous rembourse les 8 minutes si vous n’êtes pas satisfaits !

A demain,

Matteo

Kurden People

J’ai lu Kurden People, un roman graphique de l’artiste italienne Marina Girardi.

Ce livre, primé en Italie, appartient à la BD réaliste : il aborde un problème social à travers l’imaginaire et une démarche historique. On (re)découvre l’exode et le destin du peuple Kurde, persécuté depuis des siècles…

C’est touchant et instructif !

Sonia, une jeune étudiante, croise la route de réfugiés Kurdes en Crête. Du port de Patras aux montagnes du Kurdistan (région qui s’étend entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie), elle retrace l’histoire de ce peuple : ses mythes, les persécutions, l’exil et la clandestinité.

J’ai aimé le graphisme mélancolique et vibrant. Le ton est engagé, sans tomber dans l’excès…

Kurden People

… et porte un regard sensible et distant sur une quête d’identité.

A tous (auteurs, dessinateurs, historiens et curieux), je le recommande !

Kurden People

A demain,

Matteo

–> Kurden People, Ed. L’Agrume, 14€, 80 p.

Cette semaine, Bruno Pradal, alias Paulbrandor, a répondu à nos questions. Il vous a fait rire et sourire avec sa nouvelle Un homme bien regardant, lauréate au Printemps 2013. Faites maintenant connaissance de ce passionné de polars et de Frédéric Dard !

Coralie : Bonjour Bruno ! Pouvez-vous nous dire comment vous êtes arrivé à l’écriture ?
Bruno : C’est avant tout un goût pour la lecture, comme beaucoup de personnes j’imagine. J’ai énormément de gratitude pour tous les auteurs que j’ai lus et qui m’ont fait passer de bons moments d’oublis. L’écriture c’est vraiment arrivé fortuitement, il y a une quinzaine d’années : des bijoux à valeur sentimentale avaient disparus de l’appartement de ma mère. En discutant avec un de mes frères, on a imaginé plusieurs scénarios crédibles… et j’ai écrit l’un d’eux sous forme de nouvelle. Je l’ai envoyée à un concours de nouvelles niçois, et j’étais parmi les finalistes ! Une fois retravaillée, Le ménage à fond m’a permis d’être également parmi les finalistes de Sang pour sang polar et d’être édité dans l’un de leurs recueils. C’était une expérience très intéressante, ils avaient réuni des écrivains de romans policiers, et les auteurs du recueil.

C : Est-ce que vous avez retenté l’expérience ?
B : Je sais qu’ils organisent ce concours chaque année, alors je regarde de temps en temps. Mais je me suis amusé à participer à des concours de nouvelles sur internet… Je suis plutôt polar, et si les thèmes m’intéressent, j’écris une nouvelle. J’ai toujours préféré avoir un thème imposé, ça permet d’avoir un support à l’imagination.
En 2008, j’ai participé à la dernière édition du concours de nouvelles sur le thème de la neige du Dauphiné Libéré : j’étais parmi les 10 nouvelles publiées dans leur supplément. C’est toujours satisfaisant, parce qu’il y a un jury derrière qui juge que vos textes ne sont pas trop mauvais ! C’est rassurant par rapport à ce qu’on écrit, c’est un repère objectif.
J’ai également participé au Marathon d’écriture d’Echirolles, et je l’avais gagné. C’était une expérience super intéressante : Jean-Bernard Pouy avait créé un incipit : « Je me suis toujours méfié des Vendredi, le poisson me fait inexplicablement peur, surtout, bien sûr, des vendredi 13, et pourtant c’est un de ces jours improbables, qui surviennent de temps en temps deux fois par an… ». On avait 24h, réunis dans une salle, pour écrire une nouvelle !

C : Avez-vous un projet en cours ?
B : Ce serait peut-être pour l’année prochaine, je vais voir pour retravailler mes nouvelles et les organiser en recueil. Ou bien me lancer dans un polar, mais c’est pas encore mûr !

C : On trouve toujours beaucoup d’humour dans vos œuvres : où trouvez-vous l’inspiration ?
B : Je pense que c’est dû aux auteurs que je préfère, que je lis et relis : Frédéric Dard déjà, et puis Céline, Pagnol, Marcel Aymé. En général je lis plutôt les écrivains fin 19ème début 20ème. J’aime l’écriture de Colette aussi. Je lis quand même tous les contemporains, et si je suis plutôt polar, j’aime bien Irving. A Montréal, je suis tombé sur un recueil de Monique Proulx : québécoise, outre la qualité de ses textes, elle utilise des mots et des expressions qu’on n’emploie pas en France, c’est très intéressant à la lecture.

C : Que vous a apporté votre expérience sur Short Edition ?
B : D’abord une possibilité d’être lu par des inconnus, et le plaisir de voir ses œuvres appréciées et de lire des commentaires bienveillants. C’est très encourageant. J’ai eu quelques échanges brefs avec d’autres auteurs, et l’expérience Short Edition m’a permis aussi de lire de très beaux textes. C’est un peu comme un coup de foudre : on peut tomber sur un texte qui nous plaît parfaitement.

C : Et enfin, auriez-vous une citation pour nous ?
B : Je ne veux pas jouer les intellos mais j’ai bien aimé une citation de Confucius ! Très franchement, je ne l’ai pas lu [rires], c’était sur un calendrier que m’a offert ma fille, le jour du 29 juillet ! Il a donc dit « On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu’on en a qu’une. » C’est forcément très profond puisque c’est de Confucius, et j’ai trouvé que c’était très vrai.

Quand j’étais grand (1/5), Jacques Michel

Le Quotidien du Médecin publie chaque semaine l’épisode d’une nouvelle rédigée par un auteur de Short Edition.

Des épisodes courts et bons qu’on souhaite faire découvrir à tous nos lecteurs !
Pour retrouver les feuilletons précédents :

Episode 1
En 2013…

Je m’appelle Raoul et c’est plutôt une drôle d’idée. C’est un prénom qui part du fond de la gorge et qui finit en bruit de Formule 1 qui vous passerait sous le nez. Je n’ai pas souvent l’occasion de voir des Formules 1, en revanche il y en a une que je vois souvent, c’est Mlle Loiseau, ma prof de français. Elle a un vrai nom de maîtresse d’école avec toute la panoplie : un chignon et des lunettes financées par la sécurité sociale. « Cette année est déterminante pour votre avenir ! Il y a le bac de français » nous a-t-elle serinés trois fois aujourd’hui. Elle serine beaucoup Mlle Loiseau et je dois avouer que j’ai du mal avec les textes de français. Surtout Malraux et sa condition humaine. Tant qu’il donnait son nom à des boulevards et des places, je l’aimais bien Malraux. Ensuite il s’est mis en tête d’écrire des livres et là, ça s’est gâté. J’ai lu neuf pages de La condition humaine : trois fois les trois premières pages. Ça commence plutôt bien : Tchen zigouille avec un couteau un type qui ronfle sous une moustiquaire, ensuite il y a des Chinois de partout et j’ai du mal à les reconnaître. Ils se ressemblent tous les Chinois. Je dirais ça à l’examinateur : « Les Chinois se ressemblant beaucoup trop entre eux, l’on ne peut pas dire grand-chose sur cette œuvre. » Le plus important n’est pas là. Le plus important c’est mon examen à moi, celui qui va se dérouler à l’hôpital dans deux jours.
Au début, c’était une douleur tout en bas du ventre. Quand je dis tout en bas, c’est vraiment tout en bas… Vous savez quand le ventre s’apprête à devenir les jambes, quand on s’approche un peu des trucs dont on n’a pas trop envie de parler avec ses parents. Alors forcément comme ça disparaît on y pense plus, et puis une semaine après, ça recommence. J’ai un peu regardé sur Internet, j’ai pris quelques notes avec un crayon sur un bout de papier. Quand le bout de papier était tout griffonné, j’avais six cancers (dont trois embêtants), une prostatite aiguë, l’appendicite si elle est très basse et une maladie qui ne me laisse pas le temps de lire l’article tellement on meurt foudroyé.
Le seul conseil intelligent que j’ai lu était de ne pas tenter de diagnostiquer ses maladies sur Internet, mais d’aller voir un médecin. J’aurais pu y penser tout seul mais sur Internet on arrive à se marier, alors ?
Le docteur a dit « hem hem », alors Maman nous a laissés seuls et c’est là qu’ont commencé les palpages. C’était mieux d’être seul avec le docteur, et comme il me palpait, il avait le front qui fronçait, et plus il fronçait, plus il palpait. Je sentais bien qu’il y avait un truc qui ne tournait pas rond, un peu comme l’hôtesse de l’air qui cesse de sourire pendant les turbulences : c’est là que l’on reconnaît le vrai danger, les plis au front, et plus personne qui sourit.
Pourtant, tout avait bien commencé avec le docteur. J’avais dit « bonjour » en entrant dans la salle d’attente en parquet et plafond haussmannien, j’avais choisi la seule chaise restant libre pour Maman, j’avais lu l’intégralité de la salle d’attente. Je savais maintenant comment arrêter de fumer, reconnaître Alzheimer, ne pas s’échanger des maladies pendant les rapports sexuels (j’avais profité que Maman ait la tête plongée dans le reportage : « Adieu Lady Di, l’Angleterre sous le choc »). J’allais m’attaquer à un reportage sur la prise de Cuba par Fidel Castro quand IL est apparu. IL : c’est le Palpeur. Souriant, les cheveux blancs en arrière, lunettes rondes en avant du nez, une cravate sous la blouse (IL est professeur) et IL nous demande ce qui nous amène. La suite on la connaît, et comme ça fronce de plus en plus du côté du front, l’histoire finit par « Je crois qu’il va falloir faire une IRM ».
IRM : j’ai tout lu sur Internet. Les champs magnétiques de partout (on dit les teslas), le bruit, les quarante-cinq minutes… Il y a même un petit malin qui vend des mobil-homes sous la marque : « Idéale Résidence Mobile ».
Une nouvelle salle d’attente avec Maman. Plus moderne, fini Lady Di, on passe aux revues apaisantes, avec des spas et des filles à plat ventre qui ont des galets sur le dos et semblent bien apaisée. Un hôtel de charme avec un feu de cheminée et du bois partout. Même la télévision est en bois qui charme. Bref, l’attirail complet pour se relaxer et attendre sereinement…
Et puis elle est entrée en disant « bonjour ». J’ai à peine relevé la tête pour vérifier qui avait dit « bonjour ». Elle était un peu brune et un peu rousse. Si j’osais… Un peu brousse. J’ai ouvert la bouche, et peut-être ai-je dit « bonjour » ? Ça m’a fait pareil que Marty McFly dans Retour vers le futur quand il rencontre sa mère adolescente : elle était bien plus belle que la fille aux galets dans le dos, bien plus belle que toutes les filles des magazines écornés, de ma cour de lycée, que Sophie Marceau dans La Boum 2. La plus belle fille du monde quoi !

Retrouvez la suite : 2/5 – 3/54/5 – 5/5

Biografiktion  - Eddie Murphy

Si vous aimez la BD ultra-vitaminée, vous aimerez Nobrow Press.

Fondée à Londres en 2008, la maison d’édition promeut l’art graphique, l’illustration et la BD alternative. Son crédo : créer des livres de haute qualité, proches de l’oeuvre d’art.

Pour cela, l’équipe utilise un procédé d’impression spécial – l’impression « spot-colour » – qui permet d’obtenir des pages aux couleurs très, très vibrantes !

Nobrow publie des grands artistes, comme des illustrateurs en herbe… avec une certaine unité graphique : une douce géométrie, un style rétro et des personnages hauts en couleur.

Nobrow - illustration

Moi j’ai bien aimé Biografiktion, un livre qui mixe illustration et BD. Des artistes berlinois s’amusent à réinventer la vie de personnages célèbres (en-haut : Eddie Murphy) : c’est pêchu, décalé et plein de poésie !

Biografiktion

Et un livre comme ça, ça en jette sur la bibliothèque…

A demain,

Matteo

–> Biografiktion, collectif, 122 p., 23€

Light Posts Projectors

En septembre, les rues de Sao Paulo se sont tapissées de jolis messages projetés sur le sol (c’est mon pote Tom qui m’en a parlé, il aime bien ce qui est techno et artistique !).

Il s’agit du « Light Posts Projectors », une campagne de pub pour le distributeur d’électricité AES Eletropaulo au Brésil.

Les habitants de la ville racontent en quelques mots une histoire personnelle liée à un lieu. Celle-ci est ensuite projetée sur le sol grâce à des installations sur les lampadaires :

« C’est ici que mon père m’a appris à faire du vélo »,
« C’est ici que j’ai embrassé un garçon pour la première fois 
».

Les textes, envoyés par sms, sont projetés à l’endroit-même où a eu lieu l’événement !

C’est poétique, et plutôt original… Une ville gigantesque, racontée et mise en lumière par ses habitants.

La vidéo est un peu (trop) sentimentale, mais le concept est sympa !

 

 

A demain,

Matteo

–> Light Posts Projectors, agence Dim & Canzian, découvrez le site ici, en portugais.